par Mary O'Hara | 30 août 2016

Why so serious?

Un jour, Maeve Higgins s’est mise au défi. L’hu­­mo­­riste irlan­­daise voulait savoir à quoi ressem­­ble­­rait la vie si elle arrê­­tait de rire de choses qui n’étaient pas drôles. Il s’est avéré que ce n’était pas aussi facile qu’elle l’ima­­gi­­nait. « C’était super dur », dit-elle. « Le rire met de la graisse dans les rouages, c’est une habi­­tude. Il est très diffi­­cile d’ar­­rê­­ter de se marrer. »

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Higgins et Ronson sur scène
Crédits : Jour­­nal Snaps

Il est près de 23 heures à New York et dehors, l’air est glacé. Higgins et son ami Jon Ronson sont en coulisse, cachés derrière un épais rideau noir. Ils discutent de la façon dont s’est passée la dernière de leur série de stand-up mensuelle, I’m New Here – Can You Show Me Around?. Ils sont satis­­faits. Ce soir, le duo remporté l’adhé­­sion du public jeune et bran­­ché qui a bravé le froid pour se blot­­tir dans ce pub à l’éclai­­rage tamisé. Ils sont venus cher­­cher des rires pour se réchauf­­fer. Leur spec­­tacle s’ins­­pire de ce qu’on ressent lorsqu’on est nouveau dans une ville. Higgins et Ronson partent de leur expé­­rience, ils sont arri­­vés il y a peu à Brook­­lyn. Higgins (très popu­­laire en Irlande) et Ronson (l’au­­teur des Chèvres du Penta­­gone) sont d’avis que l’ex­­pé­­rience du rire sur scène est unique en son genre. Il y a une curieuse alchi­­mie à l’œuvre lorsque les gens se rassemblent spéci­­fique­­ment dans le but de rire (ou pas, selon la qualité du show). « C’est une connexion unique », dit Ronson. « C’est de ça que parle le spec­­tacle : de notre connexion avec le public… Je crois que ça vient aussi du fait qu’en étant réunis dans une pièce où tout le monde rit, on étudie le langage corpo­­rel des uns et des autres. »


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Jon Ronson
Crédits : Tues­­day Agency

Higgins acquiesce. « Carré­­ment. C’est libé­­ra­­teur. » Selon elle, les humo­­ristes sont parfois des anthro­­po­­logues de circons­­tance lorsqu’ils font face à un public. Ils sont à même d’ob­­ser­­ver la façon dont les gens réagissent ou inter­­a­gissent lorsqu’ils entendent quelque chose qui les fait rire. « Par exemple, je vois souvent les couples obser­­ver la réac­­tion de l’autre. “C’est OK si je ris de ça ?” » Faire rire les gens a aussi le pouvoir de rassé­­ré­­ner celui l’hu­­mo­­riste lui-même. « C’est parfait pour moi », dit Ronson. Il aime ce dispo­­si­­tif, qui permet aux deux amis de racon­­ter des histoires drôles dans un espace presque intime. « Ce spec­­tacle est vrai­­ment une théra­­pie pour moi. » Les spec­­tacles comiques sont davan­­tage qu’un moyen effi­­cace de passer une soirée agréable, et l’hu­­mour est plus qu’une chose amusante. Ils font partie de notre vie de tous les jours. Qu’on raconte une histoire amusante à ses amis au café, qu’on fasse une blague auto-déva­­lo­­ri­­sante après qu’on nous a fait un compli­­ment ou qu’on lance un trait d’hu­­mour noir à un enter­­re­­ment, l’hu­­mour est partout. Mais à quoi sert-il ? Et peut-il chan­­ger quoi que ce soit à la façon dont on se sent, dont on pense et dont on agit ?

Une expé­­rience commune

En tant qu’é­lé­­ment incon­­tour­­nable des rela­­tions humaines, l’hu­­mour est un sujet de réflexion pour les intel­­lec­­tuels depuis des siècles. Comme le profes­­seur de psycho­­lo­­gie Peter McGraw et le jour­­na­­liste Joel Warner l’ex­­pliquent dans leur récent ouvrage, « Platon et Aris­­tote se sont penchés sur la signi­­fi­­ca­­tion du rire en posant les fonda­­tions de la philo­­so­­phie occi­­den­­ta­­le… Charles Darwin cher­­chait son origine dans les cris de joie des chim­­pan­­zés lorsqu’on les chatouillait. Quant à Sigmund Freud, il sondait les moti­­va­­tions sous-jacentes des blagues dans les recoins de notre incons­­cient. » On doit l’une des théo­­ries les plus tenaces concer­­nant l’hu­­mour au philo­­sophe Thomas Hobbes. Il affir­­mait que le rire servait à se moquer de la faiblesse et à exer­­cer sa supé­­rio­­rité. S’il s’agit sans aucun doute de la fonc­­tion d’un certain type de rire, c’est une expli­­ca­­tion morose et bien trop partielle du véri­­table sens de l’hu­­mour. « Ce qui me vient tout de suite à l’es­­prit quand je pense à l’hu­­mour, c’est qu’il s’agit d’une heureuse évolu­­tion. Ça nous évite d’avoir à nous taper sur le crâne avec des bâtons », explique Scott Weems, auteur et neuros­­cien­­ti­­fique cogni­­tif. stacks_image_4163Dans son dernier livre, Weems passe en revue une série d’études acadé­­miques sur le rire, dont celles qui utili­­sant un scan­­ner pour déter­­mi­­ner quelles parties du cerveau sont stimu­­lées lorsque quelque chose nous fait rire. Sa théo­­rie est que l’hu­­mour a essen­­tiel­­le­­ment une fonc­­tion de soutien psycho­­lo­­gique. Il s’agi­­rait d’un méca­­nisme de défense nous aidant à appré­­hen­­der des messages complexes et contra­­dic­­toires, une « réponse au conflit et à la confu­­sion qui règnent dans notre cerveau ». Selon lui, c’est en partie la raison pour laquelle nous rions face à des événe­­ments tragiques qui n’ont a priori rien de drôle. Le fait que nous soyons capables de rire à des blagues sur les atten­­tats ne signi­­fie-t-il pas que nous recher­­chons collec­­ti­­ve­­ment du sens à des événe­­ments qui nous ont profon­­dé­­ment pertur­­bés ? L’hu­­mour de mauvais goût ou dirigé contre un groupe parti­­cu­­lier de personnes peut géné­­rer des conflits, mais pour Weems, c’est un moyen pour nous de compo­­ser avec des sujets ou des senti­­ments diffi­­ciles.

Avec les années, les cher­­cheurs ont pu démon­­trer que certains registres comiques, comme la satire, avaient une puis­­sante fonc­­tion sociale. L’hu­­mour est capable de briser des tabous aussi bien que de deman­­der des comptes aux puis­­sants. C’est un sujet qu’Avner Ziv, qui a écrit un certain nombre de livres sur l’hu­­mour, explore en profon­­deur. Il écrit que « la comé­­die et la satire ont comme déno­­mi­­na­­teur commun d’es­­sayer de trans­­for­­mer la société au moyen de l’hu­­mour. Ces deux formes comiques consti­­tuent une excel­­lente illus­­tra­­tion de la fonc­­tion sociale de l’hu­­mour. » De nombreux humo­­ristes placent les ques­­tions de société au centre de leur travail. Pour certains, il ne s’agit pas seule­­ment de faire rire mais aussi de chan­­ger la façon dont nous pensons – et peut-être même dont nous agis­­sons. Josie Long est l’hu­­mo­­riste anglaise qui incarne le mieux cette mouvance. Humo­­riste et mili­­tante, Long a la répu­­ta­­tion d’avoir un humour léger et opti­­miste. Elle monte sur scène depuis qu’elle est adoles­­cente et ses récentes perfor­­mances radio­­pho­­niques sur la BBC ont un grand succès outre-Manche. Pour­­tant, au fil de sa carrière, elle a sciem­­ment choisi d’abor­­der des ques­­tions poli­­tiques et sociales dans ses spec­­tacles. Elle est convain­­cue que les humo­­ristes ont un rôle à jouer pour expliquer les grands problèmes actuels et en rire.

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Josie Long
Crédits : josie­­long.com

« La poli­­tique afflige et déses­­père souvent », dit-elle. « Il y a une maxime qui dit que la satire sert “à conso­­ler les affli­­gés et à affli­­ger les nantis”. C’est pourquoi l’hu­­mour est si impor­­tant pour moi. C’est une façon d’être utile aux autres. » Dans son travail, Long passe les réali­­tés poli­­tiques de la Grande-Bretagne contem­­po­­raine au crible de l’hu­­mour. Pour elle, il est vital de comprendre que l’hu­­mo­­riste est un poids qui sert à contre­­ba­­lan­­cer celui du fana­­tisme ou des discri­­mi­­na­­tions. Elle a aussi à cœur de discer­­ner les types d’hu­­mour suscep­­tibles de renfor­­cer les stéréo­­types néga­­tifs. « Je veux être sûre de taper sur les puis­­sants, pas sur les faibles », dit-elle. Pour Long, les chro­­niques auda­­cieuses de John Oliver ou Stewart Lee ont aujourd’­­hui une « place très puis­­sante » dans le champ humo­­ris­­tique et social. Le rôle qu’ils jouent au sein de la société contem­­po­­raine va incon­­tes­­ta­­ble­­ment au-delà du diver­­tis­­se­­ment. Leur travail est la preuve que l’hu­­mour peut avoir un impact plus grand. « Aujourd’­­hui, les gens écoutent plus John Oliver que les commen­­ta­­teurs poli­­tiques », dit-elle. « Quoi qu’il se passe dans la société britan­­nique, le stand-up enclenche immé­­dia­­te­­ment un proces­­sus de réin­­ter­­pré­­ta­­tion », dit Sophie Quirk, auteure et cher­­cheuse à l’uni­­ver­­sité du Kent. « C’est un proces­­sus qui implique néces­­sai­­re­­ment davan­­tage que la simple expres­­sion du point de vue de l’ar­­tiste. Si on trouve une blague offen­­sante, on proteste en ne riant pas. »

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John Oliver
Crédits : HBO

Elle s’est entre­­te­­nue avec de nombreux humo­­ristes pour le besoin de ses recherches. « Je pense que les cher­­cheurs négligent souvent le fait que l’hu­­mour a beau­­coup de poids en société », dit-elle. « Plai­­san­­ter est un moyen de créer du lien entre les gens. » Quant à l’hu­­mour poli­­tique, il peut favo­­ri­­ser le senti­­ment de parta­­ger des idéaux. « Si vous rassem­­blez des gens et que vous les faites rire en faveur d’opi­­nions géné­­ra­­le­­ment perçues comme margi­­nales, vous renfor­­cez ces opinions en quelque sorte. » « Je pense aussi que l’hu­­mour peut être le vecteur d’idées néfastes », ajoute-t-elle, faisant écho à Long. Elle est d’avis qu’il est impor­­tant d’étu­­dier la façon dont l’hu­­mour peut renfor­­cer ou discré­­di­­ter certains stéréo­­types. D’après l’hu­­mo­­riste poli­­tique new-yorkais John Fugel­­sang, le succès gran­­dis­­sant de l’hu­­mour poli­­tique aux États-Unis est un aspect fasci­­nant du rôle de l’hu­­mour dans le diver­­tis­­se­­ment améri­­cain – et dans la culture du pays au sens large. « Je pense que si quelqu’un parvient à vous faire rire de la situa­­tion déplo­­rable du monde dans lequel on vit, non seule­­ment cette personne gagne votre admi­­ra­­tion, mais à un certain niveau, elle gagne aussi votre confiance. » Dans le cas des États-Unis, l’hu­­mour s’est consi­­dé­­ra­­ble­­ment amélioré car la situa­­tion a énor­­mé­­ment empiré. « Les humo­­ristes poli­­tiques vivent un âge d’or. C’est peut-être parce qu’on a plus que jamais besoin d’eux. » Les meilleurs humo­­ristes sont souvent les meilleurs anthro­­po­­logues et les meilleurs critiques, d’après lui. « Quand il est réussi, l’hu­­mour poli­­tique est un vecteur de vérité. »

Un sujet sérieux

L’hu­­mo­­riste britan­­nique Stephen K. Amos attire des milliers de personnes à ses spec­­tacles depuis des années. Chaque soir, il fait salle comble. Amos est convaincu que lorsque les humo­­ristes abordent sciem­­ment une théma­­tique sociale préoc­­cu­­pante comme le racisme ou l’ho­­mo­­pho­­bie, ils ne se contentent pas de mettre les gens de bonne humeur pendant quelques instants, ils les touchent à un degré bien plus impor­­tant. Et même s’il ne pour­­rait pas le prou­­ver par des chiffres, il affirme que l’im­­pact social et psycho­­lo­­gique de l’hu­­mour entraîne une recon­­nais­­sance plus impor­­tante. Évidem­­ment, certains types d’hu­­mour n’ont pas de portée sociale mani­­feste – les humo­­ristes n’es­­sayent pas de chan­­ger le monde comme un seul homme –, mais Amos prétend qu’une des proprié­­tés singu­­lières de l’hu­­mour, « lorsqu’il est réussi », est d’ex­­plo­­rer des idées d’une façon non-conven­­tion­­nelle pour subver­­tir les normes sociales.

« Souvent, les humo­­ristes utilisent la logique pour donner du sens à des choses doulou­­reuses. »

La recherche étaye ses propos. Bien que le rôle de l’hu­­mour soit avant toute chose d’être diver­­tis­­sant, en s’en­­tre­­te­­nant avec des humo­­ristes, Sharon Lockyer – socio­­logue et direc­­trice du centre d’études comiques de l’uni­­ver­­sité Brunel – a iden­­ti­­fié un certain nombre d’autres fonc­­tions. Elles incluent la remise en cause « des stéréo­­types et des discours domi­­nants qui margi­­na­­lisent et stig­­ma­­tisent des indi­­vi­­dus en parti­­cu­­lier », comme ceux qui ont trait à l’in­­fir­­mité ou à la sexua­­lité. Amos aborde fréquem­­ment les ques­­tions de l’ho­­mo­­sexua­­lité et de l’eth­­ni­­cité sur scène, en retour­­nant les stéréo­­types. « Je ne fais pas ça pour choquer », dit-il. « Je m’at­­taque à des choses qui sont impor­­tantes pour moi. À une époque, on se conten­­tait de faire des blagues. Mais ça a changé, aujourd’­­hui les gens parlent de choses impor­­tantes. » Pour donner un exemple du pouvoir de l’hu­­mour, Amos raconte la fois où un adoles­cent est venu le voir après un spec­­tacle durant lequel Amos raconte le jour où il a annoncé à sa famille qu’il était gay. « Ce jeune est venu me voir et il m’a dit : “Je suis venu tout seul… Je crois que je suis gay et je vais l’an­­non­­cer à mes parents ce soir.” » Une autre fois, une femme qui avait amené son père au spec­­tacle a dit à Amos que cela l’avait amené à recon­­si­­dé­­rer la façon dont il voyait les homo­­sexuels. « Toucher les gens de cette façon est un senti­­ment merveilleux », dit-il. « Mon travail, c’est de les aider à libé­­rer en eux les éléments chimiques qui les font rire de façon incon­­trô­­lable. Si ça passe par la remise en cause de certaines idées toutes faites sur la personne que je suis, ça me va. Je sais faire. » « Souvent, les humo­­ristes utilisent la logique pour donner du sens à des choses doulou­­reuses », dit John Fugel­­sang. « Avec des blagues, ils expriment des émotions et des idées compliquées qui, lorsqu’on les laisse au fond de soi sans les exami­­ner, demeurent obscures. »

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Stephen K. Amos
Crédits : Dave

Quand il s’agit de ques­­tions de société, « l’hu­­mour peut être un véri­­table remède », dit-il. « On le voit avec l’hu­­mour afro-améri­­cain, l’hu­­mour LGBT, l’hu­­mour latino, l’hu­­mour reli­­gieux et l’hu­­mour fémi­­niste. Ça nous amène à penser de façon plus souple et ça replace les situa­­tions dans le cadre de cette expé­­rience commune qu’on appelle la vie. » Alfie Moore est un autre convaincu du pouvoir de l’hu­­mour. Poli­­cier de profes­­sion (actuel­­le­­ment en congé sabba­­tique) et inter­­­ve­­nant régu­­lier sur la BBC, le métier de Moore est on ne peut plus sérieux. Pour­­tant, il met à profit son expé­­rience pour repous­­ser les fron­­tières de l’hu­­mour. Son credo est de se moquer du main­­tien de l’ordre et de jouer les funam­­bules à la fron­­tière du sérieux et de la bêtise, en utili­­sant l’hu­­mour pour souli­­gner l’ab­­sur­­dité de certaines poli­­tiques. Moore raconte que les gens viennent à ses spec­­tacles avec leurs propres idées sur la police, mais il arrive qu’ils en ressortent avec une percep­­tion diffé­­rente du métier et de la façon dont il s’ins­­crit dans la société. « Récem­­ment, j’ai entendu quelqu’un dire : “S’ils rient, c’est qu’ils écoutent.” Je pense que c’est très vrai. » « Personne ne m’a jamais écouté quand j’étais dans la police. Je n’avais aucune influence. Je n’ai jamais rencon­­tré d’of­­fi­­ciers supé­­rieurs ni même le chef de mon district. Main­­te­­nant que je ne suis plus dans la police, beau­­coup de gens m’écoutent. Mon émis­­sion sur Radio 4 rassemble 1,4 millions d’au­­di­­teurs à chaque épisode. J’ai reçu des mails venant de commis­­saires. »

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Alfie Moore
Crédits : alfie­­moore.com

L’hu­­mour noir et méchant de Liz Carr repose sur des obser­­va­­tions déran­­geantes. Comme Amos, Carr, qui est aussi auteure et comé­­dienne, est d’avis que consi­­dé­­rer l’hu­­mour comme quelque chose de frivole témoigne d’une incom­­pré­­hen­­sion de sa place dans le monde. Au cours de sa carrière, elle s’est essayée à la radio, à la télé­­vi­­sion, au stand-up et aux sketchs. Carr est une des pion­­nières du milieu aujourd’­­hui bouillon­­nant des humo­­ristes frap­­pés d’in­­fir­­mi­­tés. Elle est répu­­tée pour défier constam­­ment les conven­­tions : dans ses spec­­tacles, elle utilise des mots qu’on emploie géné­­ra­­le­­ment pour humi­­lier les personnes handi­­ca­­pées. Une façon pour elle de se les réap­­pro­­prier et de leur ôter leur venin. Elle risque de déran­­ger plus de monde encore très bien­­tôt avec sa comé­­die musi­­cale sur le suicide assisté, qui sera inter­­­pré­­tée au London’s Royal Festi­­val Hall à l’au­­tomne 2016. D’après elle, c’est un exemple de plus de la façon dont l’hu­­mour peut s’aven­­tu­­rer sur les terrains les plus sombres pour encou­­ra­­ger les gens à remettre en cause leur façon de voir les choses. « Souvent, on ne sait pas comment réagir à propos de tout ça », dit-elle. « On se dit qu’on ne devrait pas rire de ceci ou de cela. Je pense au handi­­cap, par exemple. Les gens ne veulent offen­­ser personne. Mais il y a des choses à en dire, et si vous pouvez le faire par le rire, c’est un soula­­ge­­ment pour tout le monde. En tant qu’hu­­mo­­riste, votre simple présence peut chan­­ger la façon dont les gens inter­­a­gissent entre eux… Je pense que l’hu­­mour amène à s’ou­­vrir d’une manière qu’on ne trouve nulle part ailleurs. »

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Liz Carr
Crédits : BBC First

La socio­­logue Sharon Lockyer a étudié les connexions entre humour et infir­­mité. Elle a publié plusieurs articles qui ont pour sujet l’opi­­nion d’hu­­mo­­ristes handi­­ca­­pés à propos de l’hu­­mour dans indus­­trie télé­­vi­­suelle anglaise. Un glis­­se­­ment s’est opéré entre l’époque où les gens handi­­ca­­pés étaient la cible de l’hu­­mour et celle où ils sont deve­­nus humo­­ristes. Lockyer pense que cette trans­­for­­ma­­tion comme d’autres – les blagues mépri­­santes seraient de moins en moins tolé­­rées – sont indi­­ca­­tives de chan­­ge­­ments plus profonds dans la société. « Le poten­­tiel poli­­tique de l’hu­­mour indique clai­­re­­ment qu’il mérite qu’on le prenne au sérieux. »

Open mic

Notre appé­­tit pour l’hu­­mour ne cesse de croître. Les plus grands humo­­ristes attirent des milliers et des milliers de personnes à leurs spec­­tacles. Des artistes aussi popu­­laires que Louis CK se sont mis à diffu­­ser leurs spec­­tacles sur Inter­­net, et on ne compte plus le nombre de Vines et de vidéos YouTube à visée comique qui déferlent sur la Toile. Certains des podcasts les plus popu­­laires au monde sont humo­­ris­­tiques, comme WTF, de Marc Maron, qui compte envi­­ron 5 millions de télé­­char­­ge­­ments par mois et une moyenne de 450 000 par épisode. Il y a même un podcast pour humo­­ristes animé par un humo­­riste, sobre­­ment inti­­tulé The Come­­dian’s Come­­dian Podcast.

« Ce n’est pas parce qu’une chose est drôle qu’elle est insi­­gni­­fiante. »

Les cher­­cheurs sont pour leur part de plus en plus inté­­res­­sés par l’hu­­mour. On les rassemble souvent sous l’étiquette des « humou­­ro­­logues ». En 2009, un labo­­ra­­toire de recherche dédié à « l’étude scien­­ti­­fique de l’hu­­mour, ses anté­­cé­­dents et ses consé­quences » a ouvert au sein de l’uni­­ver­­sité du Colo­­rado à Boul­­der (HuRL). Et au Royaume-Uni, le Centre d’études de l’hu­­mour (CCSR) a été mis en place au sein de l’uni­­ver­­sité Brunel en 2013 pour étudier l’im­­pact social de l’hu­­mour. Peter McGraw, expert en théo­­rie de l’émo­­tion et du compor­­te­­ment déci­­sion­­nel au HuRL, s’est un jour entendu dire par un collègue issu d’une grande univer­­sité privée qu’é­­tu­­dier l’hu­­mour allait « tuer sa carrière ». De son côté, il est convaincu que puisqu’on fait l’ex­­pé­­rience du rire bien plus souvent que de la peur ou du regret, l’étu­­dier a autant de mérite que d’autres sujets préten­­du­­ment plus dignes d’in­­té­­rêt. « Les gens recherchent l’hu­­mour dans diffé­­rents aspects de leurs vies, dans leur consom­­ma­­tion de diver­­tis­­se­­ment ou lorsqu’ils sont en famille et entre amis. Il a été prouvé qu’on l’uti­­li­­sait pour affron­­ter la réalité. Mais il y a autre chose qui me semble impor­­tant : lorsque vous essayez d’être drôle et que vous échouez, vous pouvez créer du conflit. Vous risquez de contra­­rier les gens, voire de les mettre en colère. » Sophie Quirk explique qu’il n’y a que lorsqu’elle établit un lien entre l’hu­­mour et un sujet dit « sérieux », comme la poli­­tique ou la néga­­ti­­vité, que ses pairs sont suscep­­tibles d’y accor­­der de l’at­­ten­­tion. « Ce n’est pas parce qu’une chose est drôle qu’elle est insi­­gni­­fiante », dit-elle. « Les gens pensent qu’é­­tu­­dier la peur est capi­­tal. La raison pour laquelle le rire est négligé est qu’il s’agit d’un phéno­­mène drôle et exci­­tant. Vous convien­­drez que c’est très, très bizarre. »

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Le Comedy Cellar, un comedy club mythique de New York
Crédits : South­­paw Beagle

La recherche explore de nombreux aspects de la ques­­tion – de ce qu’il se passe dans le cerveau quand on comprend une blague aux béné­­fices cardio­­vas­­cu­­laires du rire. Elle pour­­rait aussi conduire à des révé­­la­­tions sur la nature des gens qui choi­­sissent le rire comme carrière. Un travail de recherche présenté en 2014 suggère par exemple qu’en dépit de leur métier, les humo­­ristes étudiés présen­­taient moins d’ac­­ti­­vité dans les régions du cerveau asso­­ciées au plai­­sir et à la jouis­­sance nées de l’hu­­mour compa­­rés aux autres sujets. « Nous allons commen­­cer à voir des gens étudier l’hu­­mour de la même façon que les géné­­ra­­tions précé­­dentes ont étudié l’in­­tel­­li­­gence », dit Scott Weems. « L’hu­­mour est peut-être le moyen de comprendre enfin ce que la condi­­tion humaine a de si parti­­cu­­lier… Je ne sais pas si on le décou­­vrira de mon vivant, mais on est sur la bonne voie. »

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Sur la côte Paci­­fique des États-Unis, Jamie Masada déborde d’éner­­gie. Nous sommes au bar de l’étage surplom­­bant la scène du Laugh Factory comedy club, sur Sunset Boule­­vard à Los Angeles. Il s’ap­­prête à animer la soirée open mic hebdo­­ma­­daire durant laquelle de jeunes humo­­ristes montent sur scène pendant trois minutes durant lesquelles ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Le meilleur est souvent mauvais mais ça n’a pas d’im­­por­­tance pour Masada. Depuis 30 ans qu’il anime cette soirée, il a vu tout ce qu’il y avait à voir. Au moins, ils tentent de faire marrer les gens.

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Soirée open mic au Laugh Factory
Crédits : laugh­­fac­­tory.com

Masada a émigré en Amérique depuis l’Iran lorsqu’il était adoles­cent. Il affirme que si obser­­ver le public d’une nuit sur l’autre lui a bien appris quelque chose, c’est que l’hu­­mour a un impact profond sur la façon dont nous nous sentons, et sur la façon dont nous agis­­sons. Il se rappelle avoir vu des gens arri­­ver au comedy club avec une tête d’en­­ter­­re­­ment et ressor­­tir avec un grand sourire au visage, litté­­ra­­le­­ment trans­­for­­més. Sans comp­­ter les couples mariés qui repartent enla­­cés alors qu’ils se parlaient à peine en entrant. « C’est essen­­tiel pour nous tous », dit-il. « Nous avons besoin de rire comme de respi­­rer. » L’exu­­bé­­rance de Masada peut sembler inté­­res­­sée (après tout, c’est le patron du club), mais cela ne veut pas dire qu’il a tort. Des méca­­nismes profonds sont à l’œuvre dans le travail de beau­­coup d’hu­­mo­­ristes, surtout lorsque l’hu­­mour touche à des ques­­tions poli­­tiques et sociales. « Vous devriez essayer ! » m’en­­cou­­rage-t-il, un grand sourire au visage. « Faire rire quelqu’un est le plus grand pouvoir qu’un être humain peut avoir ! » Il ne plai­­sante pas.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « A serious busi­­ness: what can comedy do? », paru dans Mosaic. Couver­­ture : La salle vide d’un comedy club.


PORTRAIT DE LARRY DAVID ET DE SON NOMBRIL

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De ses débuts de comique new-yorkais au succès de Sein­­feld et Curb Your Enthu­­siasm, rencontre avec l’ar­­tiste qui fait ses premiers pas à Broad­­way.

Larry David observe un sac de postier en cuir brun posé sur le sol d’un studio situé à l’étage d’un immeuble de la 42e rue, lorsqu’il déclare, sans s’adres­­ser à quiconque en parti­­cu­­lier : « — Je n’avais jamais eu de sac à main avant. Et là, tout d’un coup, j’en ai un. — Ce n’est pas vrai­­ment un sac à main, corrige sa parte­­naire Rita Wilson. C’est une sacoche. — Non, insiste-t-il, c’est un sac à main. Il y a des trucs dedans qui font très sac à main. — Sa sangle est trop longue, réplique Wilson. — Jusqu’où tu trim­­bales ça ? demande Anna Shapiro, la metteuse en scène. Ce serait un sac à main si seule­­ment tu devais le mettre dans une voiture. » Mais il n’en a pas fini au sujet des effets person­­nels. David renché­­rit en parlant du sac à dos à roulettes dont il se sert pour voya­­ger, et de l’ha­­bi­­tude qu’il a de toujours mettre ses bagages dans la soute de l’avion pour ne pas avoir à les soule­­ver jusqu’au compar­­ti­­ment supé­­rieur (son imita­­tion du mouve­­ment relève du panto­­mime dédai­­gneux, comme si ce geste souli­­gnait une faiblesse de sa part).

La 42ème rue à New York, temple du stand up et du théâtreCrédits
La 42e rue à New York, temple du stand up et du théâtre

Par un jeudi après-midi, il y a peu, David, Wilson et le reste de la troupe répé­­taient Fish in the Dark, la première pièce de théâtre de David en tant qu’au­­teur et – excep­­tion faite d’ap­­pa­­ri­­tions dans des pièces scolaires en primaire et au collège – en tant que comé­­dien. David a eu l’idée d’écrire cette pièce grâce à son ami Llyod Braun, un respon­­sable de diver­­tis­­se­­ment dont le père, puis­­sant avocat de Beverly Hills spécia­­lisé dans le droit de la musique, venait de mourir après trois jours sous surveillance médi­­cale. « On commençait la Shiv’ah », se souvient Braun, « Larry était venu chez moi le premier jour, et je lui ai raconté un tas d’his­­toires sur les récents événe­­ments, car certaines étaient folles et hila­­rantes. Par exemple : un cousin éloi­­gné qui débarque d’on ne sait où parce qu’il veut se lancer dans le show­­biz. Pour moi, cette histoire avait du poten­­tiel. Là, on a commencé à se dire qu’il y a un sketch incroyable à faire. Et Larry a dit tout de suite: “Ça, c’est une pièce pour Broad­­way.” »

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