par Michael Hirsh | 27 mars 2016

La commu­­nauté de Dear­­born

Dear­­born, dans le Michi­­gan, est une banlieue de Detroit qu’on surnomme parfois la « capi­­tale arabe de l’Amé­­rique du Nord ». On y trouve la plus grande mosquée du pays, ainsi que le Musée natio­­nal arabo-améri­­cain, des cafés à l’es­­thé­­tique d’ins­­pi­­ra­­tion moyen-orien­­tale et de la viande halal chez McDo­­nald’s. La ville est aussi la cible des propos alar­­mistes de l’ex­­trême-droite améri­­caine, ainsi que de commen­­taires et de raille­­ries isla­­mo­­phobes. Au rang de celles-ci, le « corres­­pon­­dant » saty­­rique de Fox News Jesse Watters, qui appa­­raît dans l’émis­­sion de Bill O’Reilly, s’est rendu à Dear­­born l’au­­tomne dernier pour deman­­der à ses habi­­tants : « Est-ce que le désert vous manque ? »

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Ronald Haddad
Crédits : cityof­­dear­­born.com

Ron Haddad est le chef de la police locale de Dear­­born, et il explique qu’on lui pose systé­­ma­­tique­­ment la même ques­­tion déso­­bli­­geante lorsqu’il voyage à travers le pays. « À tous les coups, on vient me voir en me poin­­tant du doigt pour m’ac­­cu­­ser. Je n’ai encore rien dit qu’ils sont déjà en colère », raconte-t-il. « Ils me demandent : “Est-ce que les gens de ta ville te feraient part d’actes de terro­­risme ?” » Ceux qui viennent tour­­men­­ter Haddad soupçonnent les musul­­mans de sa commu­­nauté de taire les dérives extré­­mistes de certains d’entre eux. Mais Haddad coupe court au débat. « Bien sûr qu’ils le font, s’il y a le moindre problème. » Car dans cette ville où près d’un tiers des 95 000 habi­­tants sont arabo-améri­­cains, le dépar­­te­­ment de police de proxi­­mité de Haddad a un réseau bien ancré de contacts au sein de la commu­­nauté, et il rend régu­­liè­­re­­ment visite aux 38 écoles de Dear­­born ainsi qu’à ses nombreuses mosquées. Il est le parrain d’un programme citoyen baptisé Step­­ping Up (« prendre part »), qui comprend une céré­­mo­­nie annuelle de remise des prix (la prochaine aura lieu le 12 avril) au cours de laquelle les habi­­tants sont remer­­ciés de leur inves­­tis­­se­­ment pour préser­­ver la tranquillité de la commu­­nauté.

Haddad raconte qu’à au moins deux occa­­sions au cours des récentes années, crai­­gnant l’in­­fluence sur leurs enfants de l’État isla­­mique ou de la propa­­gande qui circule sur Inter­­net, des parents musul­­mans inquiets lui ont signalé que quelque chose n’al­­lait pas avec leur fils. Dans un autre cas, ce sont des élèves du lycée, dont beau­­coup sont musul­­mans, qui l’ont appelé pour lui faire part de la dérive d’un de leurs cama­­rades. Si les choses se passent de cette façon, c’est en partie parce qu’ils ont quelqu’un à qui se confier, et parce qu’ils vivent sans distinc­­tion parmi les autres habi­­tants de Dear­­born, dit Haddad. Le programme d’aide sociale et de rensei­­gne­­ment de Haddad est consi­­déré comme un modèle à suivre par les auto­­ri­­tés et les agences du contre-terro­­risme améri­­cains. Et il ne s’agit là que d’une seule pièce d’un puzzle à l’échelle natio­­nale mis en place pour tisser des liens solides au sein des diffé­­rentes commu­­nau­­tés musul­­manes du pays. Peu d’Amé­­ri­­cains sont au fait de son exis­­tence. Et il y a fort à parier que le présen­­ta­­teur de Fox News, Bill O’Reilly, n’en a jamais entendu parler.

Les comi­­tés

Dans le sillage des atten­­tats-suicides de Bruxelles, qui ont fait 28 morts et blessé 350 personnes, les commu­­nau­­tés musul­­manes sont reve­­nues au centre de toutes les discus­­sions. En Europe, des jour­­na­­listes ont enquêté sur la colère qui couve au sein de certains quar­­tiers tels que Molen­­beek. Et dans la course à la prési­­dence améri­­caine, les senti­­ments anti-musul­­mans reviennent souvent sur le tapis – et pas seule­­ment à cause de Donald Trump. Si le candi­­dat à la proue du navire Répu­­bli­­cain passe son temps à clai­­ron­­ner : « Je vous l’avais dit » en rappe­­lant son projet de bannir tous les musul­­mans du terri­­toire améri­­cain, son plus proche rival, Ted Cruz, s’est égale­­ment exprimé sur le sujet : « Nous avons besoin de renfor­­cer le pouvoir des forces de l’ordre, pour qu’elles patrouillent et sécu­­risent les quar­­tiers musul­­mans avant qu’ils ne se radi­­ca­­lisent. »

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La ville exprime sa grati­­tude à l’un de ses citoyens
Crédits : cityof­­dear­­born.com

Cet étalage de haine et de suspi­­cion a affligé les fonc­­tion­­naires de police locale, qui sont très impliqués dans l’ef­­fort contre-terro­­riste. En réalité, disent-ils, les commu­­nau­­tés musul­­manes sont déjà en lien avec les services sociaux, les services de police locaux et de ceux du rensei­­gne­­ment. Loin d’être « radi­­ca­­li­­sées », elles se montrent pour la plupart incroya­­ble­­ment coopé­­ra­­tives. Certaines sources au sein des auto­­ri­­tés et des agences de sécu­­rité inté­­rieure inter­­­viewées pour la rédac­­tion de cet article m’ont parlé d’un effort silen­­cieux mais géné­­ra­­lisé dans la lutte améri­­caine contre le terro­­risme : à Dear­­born par exemple, l’ap­­proche est moins centrée sur les patrouilles et la surveillance que sur la mise en place de programmes d’aide sociale, d’échange et de rensei­­gne­­ment bien plus sophis­­tiqués. Résul­­tat, les quar­­tiers où vivent de nombreux habi­­tants musul­­mans y prennent part volon­­tiers. Cette semaine, il est prévu que le plus impor­­tant de ces programmes soit effec­­tif pour de bon : il s’agit de la consti­­tu­­tion d’une équipe de travail inter­­ins­­ti­­tu­­tion­­nelle à l’ini­­tia­­tive du dépar­­te­­ment de la Sécu­­rité inté­­rieure des États-Unis (DHS), qui pour la première fois va injec­­ter dans un endroit précis de l’argent et des hommes qui ont été alloués par diffé­­rentes agences comme le FBI et le DHS. Dans ce cadre, le FBI va mettre en place des cellules bapti­­sées « Comi­­tés de respon­­sa­­bi­­lité parta­­gée », qui rassem­­ble­­ront au sein de la même équipe des fonc­­tion­­naires de police locaux, des membres du FBI, des cellules psycho­­lo­­giques et éduca­­tives, des travailleurs sociaux, ainsi que des imams et d’autres auto­­ri­­tés reli­­gieuses pour travailler tous ensemble à l’éla­­bo­­ra­­tion de stra­­té­­gies d’in­­ter­­ven­­tion. « On teste », dit un haut respon­­sable des services de police. « Une fois que vous avez mérité la confiance d’une commu­­nauté, il faut passer à l’étape suivante. Tout l’enjeu de cette équipe est de profes­­sion­­na­­li­­ser ce proces­­sus, auquel nous faisons appel de façon natu­­relle depuis long­­temps. »

Les auto­­ri­­tés affirment que l’idée n’est pas de mettre la main sur des suspects. Bien au contraire, elles visent à se rappro­­cher de la source de l’alié­­na­­tion, et font tout leur possible pour rattra­­per les jeunes embri­­ga­­dés par l’EI ou d’autres propa­­gandes radi­­cales, et les aider à renouer avec la société grâce à la théra­­pie et au conseil avant qu’il ne soit trop tard. Les travailleurs sociaux et les théra­­peutes pour­­ront dans ce cadre accé­­der à des infor­­ma­­tions clas­­si­­fiées, et les Comi­­tés de respon­­sa­­bi­­lité parta­­gée discu­­te­­ront, entre autres, de savoir s’il y avait une véri­­table inten­­tion crimi­­nelle chez le jeune ou si des mesures alter­­na­­tives ne seraient pas préfé­­rables à des sanc­­tions plus sévères. Natu­­rel­­le­­ment, cette dyna­­mique nouvelle permet­­tra au FBI d’éta­­blir un réseau de sources fiables au sein des villes qui l’ap­­pliquent.

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Le Musée natio­­nal arabo-améri­­cain
Crédits : cityof­­dear­­born.com

Par le passé, certains projets fédé­­raux ont été sujets à contro­­verse – et les respon­­sables du FBI refusent de révé­­ler quelles villes ont été choi­­sies pour accueillir les comi­­tés test. Le maire de New York Bill de Blasio a annulé un programme d’éta­­blis­­se­­ment de profils du dépar­­te­­ment de la police de la ville dont l’ACLU, l’or­­ga­­nisme de protec­­tion des liber­­tés améri­­cain, a dénoncé qu’il aurait fait planer des soupçons sur tous les hommes de confes­­sion musul­­mane (l’af­­faire a provoqué un échange musclé entre Cruz et le maire de New York la semaine dernière). Le repré­­sen­­tant démo­­crate du Missouri Bennie Thomp­­son, un membre haut placé du Comité sur la sécu­­rité inté­­rieure, a envoyé une lettre au procu­­reur géné­­ral des États-Unis Loretta Lynch, à l’au­­tomne dernier, pour l’in­­ter­­ro­­ger sur certains de ces dispo­­si­­tifs intru­­sifs, incluant un site du FBI appelé Don’t Be a Puppet (« Ne sois pas une marion­­nette ») à desti­­na­­tion des écoles, et il a demandé plus d’in­­for­­ma­­tions sur les Comi­­tés de respon­­sa­­bi­­lité parta­­gée (ce à quoi le dépar­­te­­ment de la Justice a répondu qu’il s’agis­­sait d’un programme « pilote »). Car pour beau­­coup de gens, l’ou­­til prin­­ci­­pal du FBI pour démasquer de poten­­tiels terro­­ristes – les opéra­­tions d’in­­fil­­tra­­tion musclées – appar­­tient à un autre temps.

Une étude de 2014 réali­­sée par Human Rights Watch et l’Ins­­ti­­tut des droits de l’homme de l’école de droit de Colum­­bia a démon­­tré que « dans certains cas, le FBI a vrai­­sem­­bla­­ble­­ment créé de toutes pièces des terro­­ristes à partir d’hon­­nêtes citoyens en montant des opéra­­tions qui ont faci­­lité ou inventé la volonté d’agir de la cible. (…) Dans le cas des “Newburg Four” [quatre hommes musul­­mans du nord de l’État de New York qui ont été atti­­rés dans un complot et arrê­­tés par le FBI en 2014], un juge a déclaré que le gouver­­ne­­ment avait “eu l’idée du crime, fourni les moyens et levé tous les obstacles à sa réali­­sa­­tion”. Au cours du proces­­sus, ils ont trans­­formé en terro­­riste un homme dont les inten­­tions réelles s’ap­­pa­­ren­­taient d’après le juge à “de la bouf­­fon­­ne­­rie”. » Certains fonc­­tion­­naires de police défendent ces programmes en attes­­tant de leur effi­­ca­­cité, malgré la rareté des attaques de loups soli­­taires comme celles de San Bernar­­dino et du mara­­thon de Boston en 2013. Certains experts sont d’avis que des liens plus étroits avec les commu­­nau­­tés auxquelles ils appar­­te­­naient auraient pu conduire à la détec­­tion de Syed Rizwan Farook, le tireur de San Bernar­­dino qui cachait des armes dans son appar­­te­­ment ; et de Tamer­­lan Tsar­­naev, qui a commencé, trois ans avant les atten­­tats de Boston, à faire étalage de sa radi­­ca­­lité devant les membres de sa mosquée.

« Il est plus effi­­cace de deve­­nir ami avec les gens plutôt que de les tortu­­rer. »

Peut-être est-elle trop ambi­­tieuse, mais l’ap­­proche de l’Amé­­rique vis-à-vis de ses conci­­toyens musul­­mans tend à être plus nuan­­cée que celle de certains pays euro­­péens, où la police surveille des milliers de personnes qui n’ont pour la grande majo­­rité rien à voir avec le terro­­risme. Et de nombreux obser­­va­­teurs sont d’avis que cette façon de faire remonte à loin, ce qui apporte une réponse à la ques­­tion qu’il est légi­­time de se poser : étant donné que les États-Unis sont depuis long­­temps l’une des cibles prin­­ci­­pales de la colère des djiha­­distes, pourquoi n’y a-t-il pas sur leur terri­­toire de problèmes de terro­­risme plus systé­­ma­­tiques ?

La commu­­nauté

Il y a à cela certaines raisons évidentes. D’une part, l’Eu­­rope est physique­­ment ratta­­chée à la Syrie et à d’autres foyers du terro­­risme, tandis que ce n’est pas le cas des États-Unis. Depuis les premières heures d’Al-Qaïda, les terro­­ristes ont davan­­tage pris pour cible des bases de l’ar­­mée améri­­caine ou ses ambas­­sades à l’étran­­ger plutôt que sur son sol. Mais la plupart des experts sont d’ac­­cord pour dire que l’ex­­pli­­ca­­tion vient aussi de la nature des commu­­nau­­tés musul­­manes améri­­caines. « Je peux vous assu­­rer sans aucun doute qu’en plus de dix ans de carrière au sein du gouver­­ne­­ment fédé­­ral, les commu­­nau­­tés arabo-musul­­mane et sud-asia­­tique améri­­caines à travers tout le pays sont deve­­nues parmi les ressources les plus précieuses pour la préser­­va­­tion de la sécu­­rité inté­­rieure et la promo­­tion de nos valeurs natio­­nales », affirme George Selim, le respon­­sable du dépar­­te­­ment de la Sécu­­rité inté­­rieure qui a la charge du programme inter­­ins­­ti­­tu­­tion­­nel. Jessica Stern, une spécia­­liste de Harvard qui a passé des années à étudier la radi­­ca­­li­­sa­­tion, explique que l’un des problèmes que rencontrent les recru­­teurs de l’État isla­­mique aux États-Unis – où les jeunes musul­­mans conquis par Daech repré­­sentent moins d’un dixième des combat­­tants étran­­gers à avoir rejoint les rangs de l’EI – est que « les musul­­mans améri­­cains sont trop heureux. Les sondages révèlent aussi qu’ils sont très patriotes. Ils sont signi­­fi­­ca­­ti­­ve­­ment plus satis­­faits de la marche du pays que les non-musul­­mans. Quand leurs enfants sont séduits par l’idée de rejoindre des groupes djiha­­distes, leurs parents n’ont souvent pas le pouvoir de les en dissua­­der seuls. Heureu­­se­­ment, dans certaines villes améri­­caines, le person­­nel de police de proxi­­mité a tissé des liens de confiance avec eux. C’est un moyen de préven­­tion effi­­cace. »

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Le plafond du musée
Crédits : cityof­­dear­­born.com

Stern ajoute que la rela­­tive pros­­pé­­rité des musul­­mans améri­­cains produit un contraste évident avec leurs pairs euro­­péens. La jeunesse musul­­mane euro­­péenne est souvent victime de préju­­dices au travail et plus large­­ment au sein de la société. Ils ont plus de chance de se voir refu­­ser un emploi ou d’être moins payés pour le même travail que les autres. Un certain nombre d’af­­faires qui se sont dérou­­lées dans les récentes années aux États-Unis auraient pu prendre un tour aussi drama­­tique que les événe­­ments surve­­nus dans le métro de Bruxelles, mais cela n’a pas été le cas. Certaines sources parmi la police racontent qu’en 2010, un Pakis­­ta­­nais natu­­ra­­lisé améri­­cain venu de Loudoun County, en Virgi­­nie du Nord, qui était accusé de conspi­­rer en vue de faire explo­­ser des bombes dans des stations de métro, a été signalé par un autre membre de sa mosquée auprès de l’as­­so­­cia­­tion commu­­nau­­taire All Dulles Area Muslim Society.

Et en 2014, le FBI a été alerté par un infor­­ma­­teur local que trois adoles­­cents musul­­mans plani­­fiaient de rejoindre les rangs de l’État isla­­mique en Syrie. L’an­­cien direc­­teur du FBI William Webs­­ter m’a confié que la réus­­site des initia­­tives du Bureau en matière d’aide sociale prove­­nait de décen­­nies d’en­­traî­­ne­­ment au sauve­­tage d’otages – cette idée que le miel produit toujours de meilleurs effets que le vinaigre. « Il est plus effi­­cace de deve­­nir ami avec les gens plutôt que de les tortu­­rer », dit-il. Mais comme toujours, la menace évolue. John D. Cohen, qui était respon­­sable d’un programme du DHS pour contre­­car­­rer l’ex­­tré­­misme violent, et qui enseigne à présent à l’uni­­ver­­sité Rutgers, explique que la menace de l’État isla­­mique est deve­­nue si diffuse et ancrée sur le web qu’il n’y a plus de raison de se foca­­li­­ser sur les commu­­nau­­tés musul­­manes en parti­­cu­­lier. « Nous obser­­vons que les terro­­ristes poten­­tiels ne sont pas seule­­ment issus des commu­­nau­­tés isla­­miques, et qu’il n’ont pas toujours d’as­­cen­­dance musul­­mane », explique Cohen. « Ces gens sont pour la plupart pertur­­bés, et ce qui les attire est de voir leur vie asso­­ciée à une cause. Ils ne connaissent rien à l’is­­lam. »

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L’imam du Centre éduca­­tif isla­­mique Kerba­­laa
Il tient dans ses mains les pages de Corans brûlés devant sa mosquée
Crédits : Aysha Jamali

C’est aussi une ques­­tion d’ef­­fi­­ca­­cité en matière de partage d’in­­for­­ma­­tions. Le partage fait partie inté­­grante des programmes du dépar­­te­­ment de la Sécu­­rité inté­­rieure, ce qui est beau­­coup moins le cas en Europe. « Déjà, le désen­­chan­­te­­ment est plus grand chez certaines commu­­nau­­tés issues de l’im­­mi­­gra­­tion en Europe, et il y existe moins de rela­­tion de confiance entre les auto­­ri­­tés et les citoyens. Mais il y a une autre raison : depuis le 11 septembre aux États-Unis, l’in­­for­­ma­­tion circule beau­­coup mieux entre les polices natio­­nale et locale. (…) Je suspecte que lorsque la Turquie a fait part d’in­­for­­ma­­tions aux auto­­ri­­tés belges concer­­nant les suspects, elle s’est tour­­née vers les services de rensei­­gne­­ment, mais pas vers les fonc­­tion­­naires de police. Ils n’étaient peut-être pas au courant. »

Les respon­­sables de ces programmes s’inquiètent aujourd’­­hui de ce que la rhéto­­rique anti-musul­­mans qui plombe la campagne prési­­den­­tielle pour­­rait sabo­­ter le travail qu’ils ont méti­­cu­­leu­­se­­ment accom­­pli jusqu’ici. Quand les élec­­teurs améri­­cains jettent un œil anxieux vers ce qui se passe à l’étran­­ger, ils voient des explo­­sions, des djiha­­distes qui en réclament la pater­­nité, des échos du 11 septem­­bre… Et dans un pays qui compte moins d’1 % de citoyens musul­­mans, s’aper­­ce­­voir du fait que les commu­­nau­­tés musul­­manes sont horri­­fiées et inquiètes au même titre que les autres Améri­­cains n’est peut-être pas aisé. Mais elles font en réalité beau­­coup plus pour le rensei­­gne­­ment que d’autres commu­­nau­­tés. Haddad et ses collègues ont avant tout peur que cette nouvelle vague de poli­­ti­­ciens ouver­­te­­ment isla­­mo­­phobes puissent ravi­­ver la radi­­ca­­li­­sa­­tion qu’ils ont travaillé si dure­­ment à neutra­­li­­ser. Jusqu’ici, leurs efforts semblent pour­­tant porter leurs fruits : Charles Kurz­­man, socio­­logue à l’uni­­ver­­sité de Caro­­line du Nord, explique que même le nombre rela­­ti­­ve­­ment faible de musul­­mans améri­­cains à avoir été atti­­rés par l’idéo­­lo­­gie de l’État isla­­mique a baissé récem­­ment. « Le nombre de ceux qui cherchent à partir à l’étran­­ger [vrai­­sem­­bla­­ble­­ment pour gros­­sir les rangs de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion] a fait un léger bon entre la moitié de l’an­­née 2014 et la moitié de l’an­­née 2015, avant de chuter forte­­ment dans la seconde moitié de 2015 », dit-il. L’une des possibles raisons à cela est que « l’at­­trait de l’État isla­­mique a dimi­­nué en raison des images de violence et de bruta­­lité qu’ils propagent ». ulyces-dearborn-06 La rhéto­­rique de certains hommes poli­­tiques, dit Haddad, « est bien plus bles­­sante pour la commu­­nauté que pour moi ». « Je me sens mal pour eux. Il est diffi­­cile d’igno­­rer ce genre de choses quand on les rabâche 24 heures sur 24 sur les chaînes câblées. Les gens sont très mal infor­­més. »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « Inside the FBI’s Secret Muslim Network », paru dans POLITICO Maga­­zine. Couver­­ture : L’Is­­la­­mic Center of America.


CES TROIS ADOS DU MICHIGAN VOULAIENT FUGUER EN SYRIE

ulyces-teenagejihad-couv01 reit   Comment trois adoles­­cents sans histoire ont lente­­ment dérivé avant de tenter de rejoindre les rangs de l’État isla­­mique en Syrie. I. Un matin d’oc­­tobre Le jour où il décida d’ac­­com­­plir son voyage sacré, sa hijra vers l’État isla­­mique, Moham­­med Hamzah Khan, 19 ans, se réveilla avant l’aube dans sa maison de Boling­­brook, une banlieue de Chicago (Illi­­nois). Il marcha jusqu’à la mosquée voisine pour prier. C’était le samedi 4 octobre 2014, par une mati­­née inha­­bi­­tuel­­le­­ment fraîche. Hamzah, jeune homme mince à la barbe noire bien taillée, était habillé pour un temps plus clément avec ses jeans, ses bottes et son sweat-shirt gris. Car, à la fin du jour, il serait parti pour de bon : il aurait quitté ses parents, ses amis, son pays et tout ce qui lui était fami­­lier pour un avenir incer­­tain dans « le terri­­toire sacré du Shâm », comme il appe­­lait la Syrie. Il entraî­­ne­­rait avec lui son frère adoles­cent et sa sœur. « Alla­­hou akbar », invoquait-il en compa­­gnie des hommes de sa famille en tentant de chas­­ser ses doutes : « Dieu est grand. » Enfer­­mée dans sa chambre, en haut de la petite maison à deux étages des Khan, Mariyam*, la sœur de Hamzah, âgée de 17 ans, ache­­vait elle aussi sa prière : « Amen. » Puis, habillée d’une longue tunique et d’un panta­­lon de tissu léger, elle noua un foulard sombre autour de ses cheveux noirs et ondu­­lés, puis elle atten­­dit que son frère revînt à la maison. Mariyam était une jeune fille déli­­cate, aux yeux sombres étin­­ce­­lants, dotée d’une peau parfaite et d’un sourire radieux, ce que presque personne d’autre que sa famille ne voyait jamais en raison du niqab, le voile qui couvrait son visage. Bien­­tôt, si tout se passait comme prévu, Mariyam serait proba­­ble­­ment mariée à un djiha­­diste. Elle avait inspecté sa peau, à la recherche du moindre bouton. À quoi ressem­­ble­­rait son mari ? Elle espé­­rait qu’il serait beau et barbu comme Hamzah.

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Le centre commer­­cial de Boling­­brook

Quand les hommes revinrent de la mosquée, juste avant six heures, Mariyam patienta jusqu’à ce qu’elle entende son père retour­­ner au lit. Alors, pendant le court instant qui précé­­dait le réveil de ses parents, elle plaça quelques oreillers sous ses couver­­tures pour faire croire qu’elle dormait encore et elle repassa menta­­le­­ment la liste de ce qu’elle devait empor­­ter : des vête­­ments (pour cinq jours), des bottes, des chaus­­settes chaudes, une brosse à dents, une brosse à cheveux, son niqab, son hijab, le Coran et deux tubes de mascara Maybel­­line Great Lash (juste au cas où elle s’en­­fui­­rait). Elle enfila une abaya noire et sa veste à capuche préfé­­rée, celle aux motifs léopard, et jeta un dernier regard à sa chambre. Puis elle attrapa sa valise, descen­­dit les esca­­liers à pas de loups, se glissa par la porte avec ses frères et fila vers l’aé­­ro­­port dans un taxi. Les trois enfants Khan (*le prénom des deux plus jeunes a été changé car ils sont mineurs) avaient préparé leur voyage depuis le prin­­temps, en commu­­niquant par Inter­­net avec des gens qu’ils croyaient être des sympa­­thi­­sants de l’État isla­­mique en Syrie. Pendant ce temps, ils obtinrent secrè­­te­­ment des passe­­ports, des visas et, la semaine précé­­dant leur départ, trois billets d’avion pour Istan­­bul, pour un coût total de 2 600 dollars payés avec l’argent que Hamzah avait écono­­misé grâce à son travail dans un maga­­sin d’ar­­ticles ména­­gers. Une fois en Turquie, leur plan prévoyait de voya­­ger en bus depuis Istan­­bul jusqu’à la ville d’Adana, à douze heures de route. Là-bas, ils appel­­le­­raient un numéro de télé­­phone que leur avait donné l’un des sympa­­thi­­sants de l’État isla­­mique rencon­­tré sur la toile. « Et après… eh bien… j’en sais rien », admit Hamzah plus tard, devant le FBI.

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