On dit que six gouttes d'acqua tofana auraient suffi à terrasser un homme. Il n'est donc pas surprenant que le poison sicilien ait terrifié l'Europe du XVIIe siècle.

par Mike Dash | 2 juin 2015

À l’aube de l’au­­tomne 1791, alors qu’il travaillait sans relâche sur le requiem qui allait tant contri­­buer à sa légende, Wolf­­gang Amadeus Mozart tomba grave­­ment malade. Convaincu qu’il n’avait aucune chance de survivre, il commença à disser­­ter sur la mort, et affirma qu’il écri­­vait le Requiem pour lui-même. « J’ai clai­­re­­ment la sensa­­tion qu’il ne me reste plus long­­temps à vivre ; je suis sûr qu’on m’a empoi­­sonné. Je n’ar­­rive pas à me défaire de cette idée… Quelqu’un m’a donné de l’acqua tofana et a calculé l’heure exacte de ma mort. »

Les scien­­ti­­fiques bataillent depuis main­­te­­nant près de deux siècles pour décou­­vrir les circons­­tances de la mort du compo­­si­­teur. Certains d’entre eux ont conclu qu’il avait bel et bien été assas­­siné. Mais la plupart penchent en faveurs d’autres diagnos­­tics, suggé­­rant qu’il mourut de la syphi­­lis, d’une forme grave de rhuma­­tismes, voire même des effets mortels d’une surcon­­som­­ma­­tion de côtes de porc pas assez cuites… Quoi qu’il en soit, Mozart était quant à lui abso­­lu­­ment persuadé d’avoir été empoi­­sonné. Par un produit rare, inco­­lore, inodore, dénué de goût, impos­­sible à détec­­ter, et dont les pouvoirs morti­­fères étaient si puis­­sants qu’une dose bien calcu­­lée pouvait garan­­tir la mort d’une victime une semaine, un mois, voire un an après l’in­­ges­­tion. Le compo­­si­­teur n’était pas le seul à redou­­ter ce poison.

Bien qu’aujourd’­­hui oublié, ce liquide mysté­­rieux tant craint par Mozart était un des plus grands mystères de l’Eu­­rope des Lumières. On prêtait à l’acqua-tofana des pouvoirs quasi-surna­­tu­­rels, et elle accu­­sée de centaines de morts terri­­ble­­ment doulou­­reuses. Ce qui est toute­­fois surpre­­nant, puisque rien ne prouve qu’elle ait jamais réel­­le­­ment existé. Et si tel est le cas, rien n’ex­­plique sa compo­­si­­tion, son origine, où et quand elle fut utili­­sée pour la première fois, ni pourquoi elle fut bapti­­sée ainsi.

The Last Hours of Mozart de Henry Nelson O'Neil (1860)
Henry Nelson O’Neil
The Last Hours of Mozart
1860

La formule secrète

L’his­­toire commu­­né­­ment admise est la suivante : l’acqua-tofana fut créée par une Sici­­lienne du nom de Giulia Tofana, qui vivait et travaillait à Palerme dans la première moitié du XVIIe siècle. Il s’agis­­sait d’un liquide limpide en appa­­rence inof­­fen­­sif, mais dont quatre à six gouttes « suffi­­saient pour terras­­ser un homme ». Son compo­­sant prin­­ci­­pal était l’ar­­se­­nic, et son usage se répan­­dit très large­­ment dans le Sud de l’Ita­­lie. Elle était surtout utili­­sée par les femmes sur leur époux, le plus souvent pour héri­­ter de leur fortune – les poisons étaient à cette époque ouver­­te­­ment quali­­fiés de « poudres d’hé­­ri­­tage ».

L’exis­­tence même de l’acqua-tofana consti­­tuait ainsi une véri­­table menace à l’en­­contre de ce qui était alors consi­­déré comme l’ordre natu­­rel des choses : un monde dans lequel les hommes régnaient en tyrans sur leurs familles, et où même les jeunes filles les plus nobles étaient vendues comme du bétail pour des mariages le plus souvent dénués d’amour. Pour cette raison, il convient de tenir compte de la miso­­gy­­nie de l’époque lorsqu’on plonge dans cette histoire : l’une des seules constantes dans les divers récits de ces événe­­ments est la repré­­sen­­ta­­tion de Tofana et de ses amies en sorcières, et de leurs clientes en infi­­dèles Jéza­­bel. Le Cham­­bers’s Jour­­nal, par exemple, insiste sur l’hor­­reur vécue par un homme puis­­sant réduit à néant par son épouse, et explique que le poison était un assas­­sin silen­­cieux :

Circe Invidiosa de John William Waterhouse (1892)
John William Wate­­rhouse
Circe Invi­­diosa
1892

« Admi­­nis­­tré dans le vin, le thé ou quelque autre liquide par la flat­­teuse traî­­tresse, il ne produi­­sait qu’un effet à peine déce­­lable ; le mari n’était pas au mieux, se sentait faible, alan­­gui, si peu indis­­posé qu’il n’ap­­pe­­lait même pas le méde­­cin… Après la seconde dose de poison, cette faiblesse et cette léthar­­gie étaient plus pronon­­cées… La belle Médée, qui expri­­mait tant d’inquié­­tude pour l’état de son mari, n’ex­­ci­­tait guère les soupçons, et prépa­­rait peut-être la pitance de son époux, comme le pres­­cri­­vait le docteur, de ses belles mains. De la sorte, la troi­­sième goutte était admi­­nis­­trée, et mettait à terre même l’homme le plus vigou­­reux. Le docteur était tout à fait perplexe en voyant qu’un mal en appa­­rence simple résis­­tait à son trai­­te­­ment, et alors qu’il igno­­rait toujours la nature de ce mal, d’autres doses étaient admi­­nis­­trées, jusqu’à ce qu’en­­fin, la mort fasse sienne sa victi­­me… Pour sauver sa répu­­ta­­tion vertueuse, l’épouse deman­­dait alors un examen post-mortem. Les résul­­tats : il n’y avait rien, si ce n’est qu’elle pouvait se poser en inno­­cente, et alors on se rappe­­lait que son mari était mort sans la moindre souf­­france, sans inflam­­ma­­tion, fièvre ou spasmes. Si, après ces événe­­ments, l’épouse formait un nouvel atta­­che­­ment au cours de l’an­­née ou des deux ans suivants, nul ne pouvait la condam­­ner, car, tout bien consi­­déré, il eût été diffi­­cile pour elle de conti­­nuer de porter le nom d’un homme dont les proches l’avaient accu­­sée de l’avoir empoi­­sonné. »

Ainsi, le carac­­tère indé­­tec­­table de l’acqua-tofana était son plus grand atout. « Les obser­­va­­teurs les plus fins, pour­­suit le Cham­­bers’s Jour­­nal, étaient tout à fait inca­­pables de témoi­­gner de sa présence dans les organes d’une de ses victimes, même après l’exa­­men post-mortem le plus conscien­­cieux. L’acqua-tofana était, de ce fait, l’ou­­til idéal de tout empoi­­son­­neur. » Son action lente avait deux avan­­tages majeurs : elle provoquait des symp­­tômes ressem­­blant à ceux d’une mala­­die déjà bien avan­­cée, et – détail non négli­­geable dans une Italie alors très pieuse – elle permet­­tait au mari à l’ago­­nie de mettre ses affaires en ordre et assu­­rait qu’il était capable de se repen­­tir de ses péchés. Son entrée au para­­dis ainsi garan­­tie, son assas­­sin n’avait aucune raison de se sentir coupable en pensant au sort réservé à son âme éter­­nelle. Au cours d’une carrière qui dura plus de cinquante ans (selon les mêmes sources), Tofana et ses acolytes utili­­sèrent ce poison pour se débar­­ras­­ser d’au moins 600 victimes.

Pendant toutes ces années, leur secret fut bien gardé par un ensemble gran­­dis­­sant de clientes satis­­faites. L’Abbé Gagliani, joueur mondain et spiri­­tuel, écri­­vit près d’un siècle plus tard : « Il n’y avait pas une femme à Naples qui ne dispo­­sait d’une dose, expo­­sée aux yeux de tous au milieu de ses parfums. Elle seule savait de quelle fiole il s’agis­­sait et pouvait la diffé­­ren­­cier des autres. »

La puis­­sance inéga­­lée attri­­buée à l’acqua-tofana, son carac­­tère haute­­ment mortel et indé­­tec­­table, sont impos­­sibles à repro­­duire de nos jours.

Il demeure tout de même plusieurs inco­­hé­­rences dans ces récits. Il existe de grandes dispa­­ri­­tés entre deux versions de l’his­­toire de Tofana. La première histoire la décrit pros­­père en Sicile dès les années 1630 ; la seconde la trouve en prison, un siècle plus tard. Elle est censée avoir opéré à Palerme, Naples et Rome, et inventé le poison qui porte son nom, ou en être du moins l’hé­­ri­­tière. L’in­­cer­­ti­­tude plane égale­­ment sur les ingré­­dients de son élixir. La plupart des sources s’ac­­cordent à dire que l’acqua-tofana était prin­­ci­­pa­­le­­ment compo­­sée d’ar­­se­­nic. Mais certains suggèrent qu’elle conte­­nait égale­­ment de la linaire, de la cantha­­ride offi­­ci­­nale, de l’ex­­trait de muflier, une solu­­tion d’hé­­mé­­ro­­calle connue sous le nom d’aqua cymba­­la­­ria, et même de la salive d’aliéné. Le mystère s’épais­­sit autour des circons­­tances et des causes de la mort de Tofana.

Une source avance l’idée d’une mort natu­­relle en 1651. Une autre raconte qu’elle s’est réfu­­giée dans un couvent, où elle vécut plusieurs années, conti­­nuant à fabriquer le poison et à le faire circu­­ler par l’en­­tre­­mise d’un réseau de nonnes et de prêtres. Plusieurs autres sources affirment qu’elle fut arrê­­tée, tortu­­rée puis exécu­­tée, même si elles l’an­­noncent de façon contra­­dic­­toire morte en 1659, 1709 ou encore en 1730. Dans un récit parti­­cu­­liè­­re­­ment détaillé, Tofana fut tirée de force de son refuge et étran­­glée, après quoi « pendant la nuit, son corps fut jeté à l’en­­droit du couvent où on l’avait arrê­­tée ». Il existe un dernier élément, tout aussi énig­­ma­­tique et bien plus diffi­­cile à croire. La puis­­sance dévas­­ta­­trice attri­­buée à l’acqua-tofana, ainsi que son carac­­tère haute­­ment mortel et indé­­tec­­table, sont impos­­sibles à repro­­duire de nos jours.

L’élixir était censé faire partie de ces « poisons lents » si redou­­tés au XVIIe siècle. Des poisons aux effets si progres­­sifs que la victime semblait, selon les mots de Charles Mackay, « mourir suite à une dété­­rio­­ra­­tion natu­­relle ». Mais les potions de l’époque que nous connais­­sons n’avaient pas les quali­­tés attri­­buées au poison de Tofana : elles étaient moins fiables, plus faci­­le­­ment détec­­tables, et produi­­saient des symp­­tômes bien plus violents. Tout ceci nous laisse confron­­tés à un problème. Serait-il possible qu’une asso­­cia­­tion de fabri­­cants de poisons amateurs fût, d’une façon ou d’une autre, acci­­den­­tel­­le­­ment tombé sur une formule secrète ? Ou est-il plus raison­­nable de conclure que les récits sur Tofana sont forte­­ment exagé­­rés, ou bien le fruit d’une forme d’hys­­té­­rie contem­­po­­raine, peu à peu changé en légende ?

Vue de Palerme de Robert Salmon (1845)
Robert Salmon
Vue de Palerme
1845

Les deux Tofana

L’étude des divers récits portant sur l’acqua-tofana et ses créa­­teurs, du plus récent au plus ancien, permet d’éclai­­rer certains aspects du mystère, sans pour autant le résoudre entiè­­re­­ment. Il appa­­raît que deux versions de l’his­­toire s’af­­frontent, et qu’il existe donc deux Tofana. Le premier récit, et certai­­ne­­ment le plus crédible des deux, repose sur des archives italiennes et fut élaboré par deux savants du XIXe siècle. Ales­­san­­dro Ademollo (1826–1891) compila les conclu­­sions de ses recherches dans un petit livret inti­­tulé I Misteri dell’Acqua Tofana, et Salva­­tore Salo­­mene-Marino (1847–1916) publia l’ar­­ticle « L’Acqua Tofana » dans la revue Nuove Effe­­me­­ridi Sici­­liane.

Si ces deux travaux parurent en 1881, Ademollo publia avant Salo­­mene-Marino, et il est possible que l’enquête de ce dernier fût inspi­­rée par la lecture de I Misteri, ouvrage qu’il cite dans son article. Réunies, leurs conclu­­sions situent indu­­bi­­ta­­ble­­ment Tofana dans la Sicile du début du XVIIe siècle, et expliquent qu’elle faisait en réalité partie d’un cercle d’em­­poi­­son­­neuses et de femmes éclai­­rées qui, ensemble, faisaient commerce de la mort dans toute une partie de l’Ita­­lie, et ce durant une tren­­taine d’an­­nées. La version concur­­rente des événe­­ments prend forme à partir de docu­­ments en français et en alle­­mand datant de la première moitié du XVIIIe siècle. Ces récits dépeignent une Tofana active au cours des premières années du XVIIIe siècle et toujours en vie en 1730, entre les murs d’une prison napo­­li­­taine.

Pour recons­­ti­­tuer la vie réelle de Giulia Tofana, en dépit de plusieurs siècles de rumeurs, de piètres manus­­crits et d’af­­fa­­bu­­la­­tions, mieux vaut débu­­ter avec Salo­­mene-Marino. Cet antiquaire sici­­lien décou­­vrit dans le Compe­­dio di diversi successi in Palermo dall’anno 1632 – écrit par un notaire contem­­po­­rain de Palerme, Baldas­­sare Zampar­­rone (1581–1648) – le récit le plus ancien et le plus signi­­fi­­ca­­tif à ce sujet. Il s’agit d’une descrip­­tion de l’exé­­cu­­tion d’une empoi­­son­­neuse du nom de Teofa­­nia di Adamo, le 12 juillet 1633. Une autre source, Noti­­zie piace­­voli e curiose ossia aned­­do­­ti… du chro­­niqueur Gaetano Alessi, décrit le poison utilisé dans cette affaire sous le nom d’ « Acqua Tufà­­nia ». Salo­­mene-Marino en conclut que c’est Di Adamo qui créa le poison appelé acqua-tofana, et que ce dernier fut nommé d’après son nom par la suite. Ces sources indiquent qu’elle vendait ce poison dans la capi­­tale sici­­lienne à l’aide d’une complice, Fran­­cesca La Sarda.

ulyces-tofana-04
Manuel Ocaranza
Trave­­su­­ras del amor
1871

Selon ces mêmes archives, le poison de Di Adamo tuait ses victimes en trois jours, et il semble que La Sarda et Di Adamo aient agi sans entrave durant un certain temps avant d’être captu­­rées et jugées. À cette époque, la Sicile faisait partie de l’em­­pire espa­­gnol, et il semble que ce fût le vice-roi espa­­gnol Ferdi­­nando Afán de Ribera qui s’at­­tri­­bua la plus grande part du mérite pour avoir traduit en justice les deux femmes.

Son impli­­ca­­tion dans l’af­­faire, ainsi que la mort épou­­van­­table de Di Adamo (selon les sources de Salo­­mene-Marino, elle est morte suite à une forme d’écar­­tè­­le­­ment inhu­­main, même au regard des critères habi­­tuels ; ou qu’elle fut « placée vivante puis enfer­­mée dans un sac de toile… [et] jetée du toit de la Vicai­­rie, devant le public », selon la version du bota­­niste du XVIIe siècle Paolo Boccone, né à Parlerme l’an­­née de la mort de Di Adamo), suggèrent que les crimes de ces deux femmes étaient alors jugés parti­­cu­­liè­­re­­ment ignobles.

Une autre piste quant à la nature de l’acqua-tofana fut donnée par Ademollo, qui situe ce poison à Naples dans les années 1643–1645. Il est utile de préci­­ser que cette ville était elle aussi propriété espa­­gnole à cette époque – C’était même la capi­­tale du Royaume des Deux-Siciles. Naples était donc préci­­sé­­ment le genre d’en­­droit suscep­­tible d’at­­ti­­rer des réfu­­giés de Palerme fuyant les auto­­ri­­tés sici­­liennes. Que ceci ait eu ou non une influence sur notre affaire, les notes non publiées du repré­­sen­­tant de Florence à Naples, Vincenzo de’Me­­dici, retracent l’ar­­res­­ta­­tion d’une troi­­sième femme pour empoi­­son­­ne­­ment, et donne des détails sur les effets du poison utilisé.

Selon Ademollo, le poison napo­­li­­tain fonc­­tion­­nait exac­­te­­ment de la même façon que celui de Di Adamo, et était donc proba­­ble­­ment de l’acqua-tofana. Cette conclu­­sion semble un peu hâtive, car si l’in­­gré­­dient prin­­ci­­pal de l’acqua-tofana était l’ar­­se­­nic, de nombreux poisons à base d’ar­­se­­nic auraient produit des symp­­tômes simi­­laires, et les notes de Medici, qui sont toujours conser­­vées dans les archives de Florence, n’aident pas à résoudre le problème. Impos­­sible égale­­ment de connaître le nom, les méthodes, les clients ou le destin de cette empoi­­son­­neuse napo­­li­­taine. L’acqua-tofana a toujours été inti­­me­­ment asso­­ciée à la ville de Rome, et c’est là que nous décou­­vrons Giulia Tofana pour la première fois, quelques années après l’em­­poi­­son­­ne­­ment de Naples.

Salo­­mene-Marino affirme qu’elle était venue à Rome depuis Palerme, et s’échine à lui trou­­ver un lien avec Teofa­­nia di Adamo. Il était alors habi­­tuel, note-t-il, pour les enfants de parents portant un prénom inha­­bi­­tuel d’en héri­­ter, ce dernier deve­­nant alors leur patro­­nyme. C’est en partant de ce prin­­cipe qu’il suggère que Tofana était la fille de Teofa­­nia. Salo­­mene-Marino était une auto­­rité recon­­nue sur les tradi­­tions sici­­liennes, et pour­­rait bien avoir raison sur ce point. Il est toute­­fois bon de noter que cette rela­­tion ténue, qui n’a nulle­­ment été démon­­trée, consti­­tue le seul lien concret entre Di Adamo et Tofana, et entre les empoi­­son­­ne­­ments de Palerme dans les années 1630 et ceux de Rome deux décen­­nies plus tard. Ademollo, qui fonde ses travaux de recherche sur de vieux registres de cour prove­­nant de l’Archi­­vio di Stato di Roma, ainsi que sur le célèbre jour­­nal du gentil­­homme romain Giacinto Gigli, et Salo­­mene-Marino écrivent tous les deux que Tofana était arri­­vée dans ce qui était alors la riche capi­­tale des États ponti­­fi­­caux, en compa­­gnie d’une femme bien plus jeune qu’elle, Giro­­lama Spara.

Les deux femmes avaient appa­­rem­­ment fui Palerme suite à une tenta­­tive d’em­­poi­­son­­ne­­ment ratée, avant de reprendre rapi­­de­­ment leurs acti­­vi­­tés. Elles recru­­tèrent plusieurs nouvelles complices : deux créa­­trices de poison, Giovanna de Gran­­dis et Maria Spinola (surnom­­mée Grifola), et deux vendeuses ou « distri­­bu­­trices », Laura Cris­­polti et Graziosa Farina. Ce cercle parvint à obte­­nir régu­­liè­­re­­ment de l’ar­­se­­nic en nouant des liens avec un prêtre douteux, le Père Giro­­lamo de Saint-Agnès-en-Agone, nouvelle église du centre de Rome. Il semble que le frère de Giro­­lamo était apothi­­caire et peu scru­­pu­­leux sur l’iden­­tité de ses clients. Ce groupe de six femmes fabriqua et vendit l’acqua-tofana à Rome dans les années 1650.

On en sait si peu sur ces femmes qu’il est impos­­sible de faire mieux que de spécu­­ler quant à leurs véri­­tables liens et ce qui les avait réunies en premier lieu. Aucun schéma précis n’émerge, mais Tofana semblait être la meneuse (De Gran­­dis confessa que Tofana lui avait appris à confec­­tion­­ner les poisons), et il appa­­raît que le cercle était consti­­tué d’au­­tant de Sici­­liennes que de Romaines. Maria Spinola venait de Sicile, même si elle vivait à Rome depuis 1627, mais De Gran­­dis et les deux « distri­­bu­­trices », Cris­­polti et Farina, étaient nées dans la Ville Éter­­nelle, et utili­­saient vrai­­sem­­bla­­ble­­ment leurs contacts sur place pour trou­­ver des clients.

Giulia Tofana a sévit à Rome vers 1650Crédits
Giulia Tofana sévit à Rome vers 1650
Crédits

Tofana mourut en 1651, proba­­ble­­ment dans son propre lit, et appa­­rem­­ment sans être suspec­­tée de quoi que ce fût. Ce fut Spara qui prit les commandes du cercle à sa suite. Selon Ademollo, elle était la veuve d’un gentil­­homme floren­­tin du nom de Carrozzi, et elle évoluait avec aisance dans les cercles aris­­to­­cra­­tiques, tandis que De Gran­­dis avait surtout affaire à des clients moins haut placés. Selon un manus­­crit de l’époque, retrouvé dans les archives locales, Spara se compor­­tait en « femme rusée », vendant des charmes et des remèdes aux dames et à la noblesse de Rome. Ces acti­­vi­­tés lui permirent non seule­­ment de rencon­­trer de nouveaux clients poten­­tiels, mais égale­­ment de déce­­ler avec finesse lesquels de ces clients étaient heureux ou malheu­­reux en ména­­ge— notam­­ment ceux qui étaient assez déses­­pé­­rés pour cher­­cher des solu­­tions dras­­tiques, et capables de garder un secret.

Nous ne dispo­­sons que de quelques indices permet­­tant de savoir comment les membres de cette asso­­cia­­tion crimi­­nelle géraient leurs affaires. Spara et ses consœurs, comme l’af­­firment nos deux histo­­riens italiens, dissi­­mu­­laient l’ar­­se­­nic fourni par le Père Giro­­lamo et le dissi­­mu­­laient, d’abord en le trans­­for­­mant en liquide, puis en le mettant dans des pots de verre étique­­tés « Manne de Saint Nico­­las ». Une huile de guéri­­son mira­­cu­­leuse censée prove­­nir des os du saint, dans la loin­­taine ville de Bari. Les fluides qu’on disait avoir été recueillis dans son tombeau étaient alors communs, circu­­lant dans des flacons à la déco­­ra­­tion très élabo­­rée.

Grâce à la répu­­ta­­tion de sain­­teté de la manne et celle selon laquelle elle guéris­­sait tous les maux, il était impro­­bable qu’une de ces « bouteilles saintes » atti­­rât les soupçons ou fût inspec­­tée de près. Nous savons égale­­ment (du moins, c’est ce qu’A­­de­­mollo nous raconte) que si Spara était prin­­ci­­pa­­le­­ment moti­­vée par l’argent, il lui arri­­vait de donner du poison gratui­­te­­ment aux femmes pauvres prison­­nières d’une situa­­tion déses­­pé­­rée, par pitié ou par colère face aux abus qu’elles subis­­saient des mains de leurs misé­­rables maris…

LISEZ ICI LA SUITE DE L’ARTICLE

LES MYSTÈRES DU CERCLE DE SPARA

ulyces-acquatofana2-1-couv

Lire l’épi­­sode 2 du Plus meur­­trier des poisons : « Le cercle de Spara ».

Lire l’épi­­sode 3 du Plus meur­­trier des poisons : « À la cour du Roi-Soleil ».

Lire l’épi­­sode 4 du Plus meur­­trier des poisons : « Le réseau magique ».


Traduit de l’an­­glais par Juliette Dorotte d’après l’ar­­ticle « Aqua Tofana: slow-poiso­­ning and husband-killing in 17th century Italy ». Couver­­ture : Détail de The Love Potion, de Evelyn de Morgan (1903).

Down­load WordP­ress Themes
Down­load WordP­ress Themes Free
Down­load WordP­ress Themes Free
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
free online course
Free Download WordPress Themes
Download Premium WordPress Themes Free
Download Nulled WordPress Themes
Free Download WordPress Themes
download udemy paid course for free

Plus de monde