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par Mike Dash | 8 mai 2016

VOUS LISEZ LA PREMIÈRE PARTIE DE CETTE HISTOIRE

Le traî­­nard

Il y a près de quarante ans, le passé et le présent du Japon se rencon­­trèrent au bord d’une rivière traver­­sant la forêt tropi­­cale de l’île de Lubang, aux Philip­­pines. La rencontre eut lieu au crépus­­cule du 20 février 1974, alors que la brise retom­­bait et que l’air se remplis­­sait d’in­­sectes volants. L’homme qui incar­­nait le présent s’ap­­pe­­lait Norio Suzuki. Il avait quitté l’uni­­ver­­sité à 24 ans sans diplôme et portait ce jour-là un t-shirt, un panta­­lon bleu foncé, des chaus­­settes de laine et une paire de sandales en caou­t­chouc. Il était accroupi, occupé à allu­­mer un feu à partir d’une pile de bran­­chages, et il igno­­rait encore qu’il n’était pas seul. Celui qui le fixait depuis la lisière de la forêt était vêtu des haillons d’un uniforme mili­­taire et tenait un fusil à la main. Au moment de la rencontre, il avait passé presque trente ans sur l’île de Lubang, à conti­­nuer tout seul de livrer une guerre qui s’était offi­­ciel­­le­­ment termi­­née avec la capi­­tu­­la­­tion japo­­naise dans la baie de Tokyo le 2 septembre 1945.

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Les îles du Paci­­fique ont abrité de nombreux soldats japo­­nais

Le nom de cet homme incar­­nant le passé était Hirō Onoda. Offi­­cier des rensei­­gne­­ments de l’Ar­­mée impé­­riale japo­­naise, il était sur le point de deve­­nir très célèbre et allait sur ses 52 ans. Onoda n’avait pas quitté Lubang depuis 1944, quelques mois avant l’in­­va­­sion et la reprise des Philip­­pines par les Améri­­cains. Les dernières instruc­­tions qu’il avait reçues de son supé­­rieur immé­­diat lui ordon­­naient de se reti­­rer à l’in­­té­­rieur des terres de l’île – qui était petite et, en vérité, d’une impor­­tance stra­­té­­gique négli­­geable – et de haras­­ser les forces occu­­pantes jusqu’au retour de l’Ar­­mée impé­­riale. « Il vous est formel­­le­­ment inter­­­dit de mourir de votre propre main », lui avait-on dit. « Que ce soit dans trois ans ou dans cinq ans, quoi qu’il arrive, nous revien­­drons pour vous. En atten­­dant, tant qu’il vous reste un soldat, votre devoir est de le diri­­ger. » « Vous devrez peut-être vous nour­­rir de noix de coco. Si c’est le cas, prenez-en votre parti ! Aucune circons­­tance ne justi­­fie de se rendre. » La déter­­mi­­na­­tion d’Onoda à obéir fut telle qu’il ignora les efforts répé­­tés pour le persua­­der de se rendre – à l’aide de tracts, de haut-parleurs et de patrouilles au sol –, et il conti­­nua à livrer la guerre aux insu­­laires. Au cours de trois décen­­nies, accom­­pa­­gné d’un groupe de plus en plus réduit de compa­­gnons, il tua trente habi­­tants de Lubang et en blessa une centaine d’autres dans une guérilla spora­­dique qui vit l’Ar­­mée impé­­riale, autre­­fois si puis­­sante, réduite au meurtre de quelques vaches et à l’in­­cen­­die de piles de riz récol­­tées à l’orée de la jungle. Suite à la perte du dernier de ses quatre hommes lors d’un échange de coups de feu avec la police locale, Onoda persé­­véra seul dans sa mission.

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Hirō Onoda au début de la guerre

Cette fusillade allait consti­­tuer un moment capi­­tal dans la vie d’Onoda. Les Philip­­pins de la région étaient parfai­­te­­ment au courant que des survi­­vants de l’an­­cienne armée japo­­naise d’oc­­cu­­pa­­tion vivaient quelque part sur leur île, de même que l’étaient leur gouver­­ne­­ment et le gouver­­ne­­ment japo­­nais. Mais jamais aupa­­ra­­vant l’his­­toire n’avait eu de preuve suffi­­sam­­ment tangible pour atti­­rer l’at­­ten­­tion de la presse mondiale. C’est avec la décou­­verte de la preuve indis­­cu­­table de l’exis­­tence de ces soldats – le corps du compa­­gnon d’Onoda, le soldat de deuxième classe Kinshi­­chi Kozuka – que les jour­­na­­listes commen­­cèrent à s’in­­té­­res­­ser sérieu­­se­­ment à ces soldats retran­­chés à Lubang. Leurs histoires se foca­­li­­sèrent de plus en plus sur Onoda et la possi­­bi­­lité qu’il ait pu survivre à la fusillade pour se reti­­rer dans la jungle. C’est cette couver­­ture média­­tique qui attira l’at­­ten­­tion de Norio Suzuki.

Après être rentré de plusieurs années de voyages à travers l’Asie, il était à la recherche d’une nouvelle aven­­ture. Lorsqu’il annonça son inten­­tion de partir à la recherche « du lieu­­te­­nant Onoda, d’un panda et de l’abo­­mi­­nable homme des neiges, dans cet ordre », on ne le prit pas au sérieux. Plusieurs expé­­di­­tions avaient en effet déjà tenté de faire sortir Onoda de sa cachette, sans succès. Mais Suzuki avait un avan­­tage impor­­tant sur ses prédé­­ces­­seurs : sa recherche soli­­taire était si excen­­trique, voire absurde, qu’O­­noda ne se sentit pas menacé lorsqu’il rencon­­tra le jeune homme dans la jungle. Au contraire : après s’être assuré lors d’une soigneuse mission de recon­­nais­­sance qu’il n’y avait personne d’autre aux envi­­rons, il sortit de la jungle pour faire face à l’in­­trus. « S’il n’avait pas porté de chaus­­settes », écri­­rait Onoda plus tard, « je lui aurais peut-être tiré dessus. Mais il avait ces épaisses chaus­­settes en laine sous ses sandales. Les habi­­tants de l’île n’au­­raient jamais fait quelque chose de si étrange. Il s’est levé et s’est retourné. Ses yeux étaient ronds… il m’a fait face et m’a salué. Et m’a salué à nouveau. Ses mains trem­­blaient, et j’au­­rais juré que ses genoux aussi. Il a demandé : — Êtes-vous Onoda-san ? — Oui, je suis Onoda. — Vrai­­ment, c’est vous le lieu­­te­­nant Onoda ? J’ai hoché la tête, et il a conti­­nué. — Je sais que vous avez passé des années longues et diffi­­ciles. Mais la guerre est finie. Accep­­te­­riez-vous de retour­­ner au Japon avec moi ? Son utili­­sa­­tion de formules de poli­­tesse japo­­naises m’a convaincu qu’il avait été élevé au Japon, mais il préci­­pi­­tait trop les choses. Croyait-il qu’il lui suffi­­sait d’af­­fir­­mer que la guerre était finie pour que je retourne au Japon avec lui ? Après toutes ces années, j’étais en colère. — Non, je ne rentre­­rai pas ! Pour moi, la guerre n’est pas finie ! »

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Onoda sort de la jungle

Onoda aurait l’oc­­ca­­sion de s’ex­­pri­­mer avec beau­­coup d’élo­quence au retour de Suzuki, quelques semaines plus tard, accom­­pa­­gné d’ordres offi­­ciels de dépo­­ser les armes ; mais de toutes ses paroles, ce fut cette phrase qui résonna le plus profon­­dé­­ment. Le senti­­ment qu’elle expri­­mait fut reçu avec autant de chaleur par les anciens enne­­mis du vieux soldat, qui jugeaient admi­­rables sa téna­­cité et son désin­­té­­res­­se­­ment, que par son propre pays, qui avait à l’époque encore du mal à faire face au mili­­ta­­risme de la guerre et se méfiait de ceux qui procla­­maient leur loyauté au régime passé. Pour la plupart des Japo­­nais, souligne Beatrice Trefalt, Onoda n’était « admi­­rable que de la manière la plus incon­­for­­table ». En fin de compte, cepen­­dant, Onoda parvint à mettre tout le monde de son côté. Volu­­bile, doué pour la comé­­die et étran­­ge­­ment à l’aise de se trou­­ver au centre de l’at­­ten­­tion géné­­rale, l’homme qui avait vécu si long­­temps dans la jungle eut peu de diffi­­cul­­tés à se mettre en avant en tant que parti­­san, non pas de l’agres­­si­­vité et de l’im­­pé­­ria­­lisme, mais de la simpli­­cité et de l’au­­to­­no­­mie. Même les plus scep­­tiques de ses compa­­triotes finirent par voir en lui des choses impor­­tantes qu’ils avaient eux-mêmes oubliées.

Le samou­­raï et l’homme du peuple

On peut dire sans prendre de risques que le Japon de 1974 abri­­tait peu de sympa­­thi­­sants pour le gouver­­ne­­ment, l’ar­­mée ou l’idéo­­lo­­gie respon­­sable du massacre de Nankin en 1937 et du bombar­­de­­ment de Pearl Harbor en 1941 – pas même parmi ceux qui étaient conscients que le manque de ressources natu­­relles des îles japo­­naises avait poussé le pays sur le sentier de la guerre, ou parmi les anciens parti­­sans de l’anti-colo­­nia­­lisme qui consti­­tuait le but avoué du conflit. Mais beau­­coup de temps avait passé depuis 1945. La moitié de la popu­­la­­tion nippone était née après la fin de la guerre et n’avait aucun souve­­nir person­­nel des événe­­ments, de sa propa­­gande ou des cham­­pi­­gnons atomiques qui préci­­pi­­tèrent sa fin. Pour beau­­coup de Japo­­nais, ces soldats de l’après-guerre rappe­­laient certes la violence du récent passé du pays, mais ils portaient aussi l’éten­­dard d’une époque à laquelle on parta­­geait certaines valeurs. Dans les années 1970, les vété­­rans aigris étaient loin d’être les seuls Japo­­nais à consi­­dé­­rer que les jeunes géné­­ra­­tions étaient gâtées, victimes du consu­­mé­­risme et corrom­­pues par l’im­­por­­ta­­tion de modes et de musiques occi­­den­­tales.

Le nombre de Japo­­nais dont la desti­­née est demeu­­rée incon­­nue dans ces circons­­tances chao­­tiques est impres­­sion­­nant.

Quand on se souvient de la manière dont le Japon combat­­tit – repous­­sant les fron­­tières de son empire jusqu’à incor­­po­­rer une grande partie de la Chine, l’en­­semble de l’Asie du Sud-Est et de l’In­­do­­né­­sie, ainsi que la moitié de la surface totale du Paci­­fique ; cela avant de s’ef­­fon­­drer dans une série de dernières batailles suici­­daires, livrées sur des dizaines de milliers de kilo­­mètres carrés et qui n’épar­­gnèrent que peu de combat­­tants —, il n’est pas surpre­­nant que le pays ait souf­­fert d’in­­croyables diffi­­cul­­tés pour sépa­­rer les noms des morts de ceux des survi­­vants durant les derniers jours du conflit. Au moment de la capi­­tu­­la­­tion, 3,5 millions de soldats se trou­­vaient hors des fron­­tières, dont plus d’un million aux Philip­­pines, en Indo­­né­­sie et à travers le Paci­­fique.

Trois ans furent néces­­saires pour les rapa­­trier tous, sans comp­­ter les milliers d’entre eux qui eurent l’in­­for­­tune de se retrou­­ver derrière le rideau de fer ou le rideau de bambou et ne purent retour­­ner chez eux que des années plus tard. Le Japon contem­­po­­rain accueille encore une centaine d’ « enfants de la guerre » chaque année – aujourd’­­hui des adultes vieillis­­sants, nés en Chine, qui gran­­dirent dans un pays ravagé par la guerre civile et la révo­­lu­­tion. Le nombre de Japo­­nais dont la desti­­née est demeu­­rée incon­­nue dans ces circons­­tances chao­­tiques est impres­­sion­­nant. La marine à elle seule a rendu publics les noms de 720 000 « dispa­­rus » en 1946, et même si le Bureau d’as­­sis­­tance aux rapa­­triés – établi non seule­­ment pour rapa­­trier les soldats station­­nés outre-mer mais aussi pour faire l’in­­ven­­taire de ceux qui étaient encore en vie – fit un travail héroïque en passant les dossiers au peigne fin et en inter­­­ro­­geant les survi­­vants, ce nombre s’éle­­vait toujours à 651 en 1950 : l’an­­née où tous ceux dont on n’avait aucune nouvelle furent offi­­ciel­­le­­ment présu­­més morts. Il est peu surpre­­nant, en ces circons­­tances, que des équipes de « recherche d’os », envoyées fouiller les îles du Paci­­fique à la recherche de dépouilles à rapa­­trier aux familles de soldats, aient parfois fait la rencontre de soldats cachés.

Les premiers à avoir été signa­­lés étaient un groupe de huit soldats en Nouvelle-Guinée, qui confièrent à leurs sauve­­teurs que durant les quatre années écou­­lées depuis la fin de la guerre, ils avaient survécu en se nour­­ris­­sant « de souris et de pommes de terre ». Les plus célèbres furent sans doute les 21 sujets impé­­riaux rassem­­blés sur la petite île d’Ana­­ta­­han en 1951. Comme plusieurs autres groupes simi­­laires, ils eurent la bonne fortune d’être station­­nés sur une île oubliée de l’avan­­cée améri­­caine, et survé­­curent les six années suivantes en rela­­tive bonne santé. La chose la plus inté­­res­­sante à leur propos – tout du moins aux yeux d’une presse avide de scan­­dales – était la présence dans le groupe d’une seule femme, Hika Kazuko, dont on rapporta que les affec­­tions furent l’objet de luttes violentes. Selon les versions les plus pitto­­resques de l’his­­toire d’Ana­­ta­­han, onze des trente mate­­lots échoués sur l’île y trou­­vèrent leur perte – dont quatre s’étaient consi­­dé­­rés à un moment où à un autre comme le « mari » de Kazuko.

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Les troupes japo­­naises marchent vers le front

Dans l’en­­semble, cepen­­dant, les histoires de décou­­verte de soldats japo­­nais dans le Paci­­fique atti­­rèrent remarqua­­ble­­ment peu d’at­­ten­­tion jusqu’aux années 1960. Il y a plusieurs raisons à cela. La plus impor­­tante, au début en tout cas, fut le désir plus ou moins conscient de nombreux Japo­­nais de lais­­ser leur expé­­rience derrière eux. « Les morts de guerre », remarque Trehaft, « en vertu de leur sacri­­fice et de leur absence, ont pu être pardon­­nés et commé­­mo­­rés jusqu’à un certain point, mais ceux qui sont reve­­nus, même beau­­coup plus tard, consti­­tuent des cas beau­­coup plus déli­­cats. » Non seule­­ment ils avaient combattu dans une guerre injuste qui s’était soldée par une cuisante défaite, mais ils n’avaient même pas fait en sorte d’y mourir… Cette atti­­tude s’at­­té­­nua avec le temps : cinq autres soldats décou­­verts en Nouvelle-Guinée en 1955 furent briè­­ve­­ment loués en tant qu’ « esprits vivants des morts de guerre ». Mais il fallut attendre 1972 – l’an­­née où le compa­­gnon d’Onoda fut tué – pour que le retour d’un soldat japo­­nais caché attire pour la première fois l’at­­ten­­tion du monde entier.

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Dans ce cas-là, les circons­­tances étaient véri­­ta­­ble­­ment extra­­or­­di­­naires. Le sergent Shoi­­chi Yokoi avait survécu dans la jungle de l’île améri­­caine de Guam en passant ses jour­­nées caché dans une cachette minu­­tieu­­se­­ment creu­­sée dans le sol. Si peu digne qu’ait pu être cette exis­­tence, son ingé­­nio­­sité et sa téna­­cité étaient indé­­niables, et le Japon l’ac­­cueillit à bras ouverts à son retour. Le fait même que Yokoi ne fit guère que survivre fut trans­­formé en vertu, tout comme les circons­­tances de sa capture, loin d’être héroïques – il fut pris, affamé, par des villa­­geois qui firent sa rencontre alors qu’il cher­­chait des crevettes dans une rivière. Yokoi fut célé­­bré comme quelqu’un de mani­­fes­­te­­ment « spécial » : avant la guerre, il avait été tailleur, et on loua sa capa­­cité à se fabriquer des boutons et des chaus­­sures, de même que son talent pour éviter les plantes et les animaux non comes­­tibles qui furent fatals à deux de ses compa­­gnons. Émer­­geant de la jungle comme un critique prononcé de la poli­­tique japo­­naise durant la guerre (y compris de l’in­­tou­­chable empe­­reur Hiro­­hito), Yokoi pouvait aussi faci­­le­­ment être présenté comme une victime – de sa propre éduca­­tion rudi­­men­­taire, de sa forma­­tion mili­­taire, de l’igno­­rance déli­­bé­­rée des affaires courantes qui consti­­tuait un aspect impor­­tant de la propa­­gande de l’ar­­mée, de la censure et de la répres­­sion. Le sergent Yokoi avait une dernière leçon à trans­­mettre. Il avait su dès 1952 que la guerre était finie, mais s’il ne s’était pas rendu plus tôt, ce n’était pas par patrio­­tisme. Sachant que le bushido exhor­­tait à l’ab­­né­­ga­­tion et au suicide plutôt qu’à la pratique de l’ins­­tinct de survie, il admit fran­­che­­ment qu’il avait eu peur d’être traité en déser­­teur, traduit en cour martiale et exécuté s’il était jamais rapa­­trié.

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Shoi­­chi Yokoi à son départ en guerre et à son retour

Il semble remarquable main­­te­­nant – et il semblait étrange alors – que deux soldats aussi dispa­­rates que Yokoi et Onoda aient émergé de deux jungles diffé­­rentes, sur deux îles diffé­­rentes, à seule­­ment quelques mois d’in­­ter­­valle. Yokoi était un appelé, un sous-offi­­cier, et un paci­­fiste qui vivait caché dans un trou, se nour­­ris­­sait d’es­­car­­gots et de lézards et émer­­gea de la jungle sale et malade, son fusil si corrodé qu’il était inuti­­li­­sable, prêt à admettre que la guerre tout entière avait été une erreur. Onoda était un offi­­cier éduqué à l’école de Nakano, une école d’élite pour comman­­dos, qui vivait comme bon lui semblait à l’in­­té­­rieur de Lubang, entre­­te­­nait régu­­liè­­re­­ment son arme et pour­­sui­­vait le combat contre l’en­­nemi dès qu’il en avait l’oc­­ca­­sion. Onoda s’était main­­tenu en forme pendant plus de trois décen­­nies, à tel point que lors de sa rencontre avec Norio Suzuki, il était en meilleure forme que le Japo­­nais moyen de son âge. Il était facile de conclure (et beau­­coup l’ont fait) que la diffé­­rence entre Onoda et Yokoi était celle qui existe « entre un samou­­raï et un homme du peuple ». Ce qu’on oublie presque systé­­ma­­tique­­ment, cepen­­dant, lorsqu’on se penche sur les fasci­­nants contrastes entre le soldat de Lubang et celui de Guam, c’est qu’un troi­­sième soldat émer­­gea de la jungle quelques mois seule­­ment après la capi­­tu­­la­­tion d’Onoda, en consé­quence directe de la publi­­cité qui accom­­pa­­gna celle-ci. Il s’ap­­pe­­lait Teruo Naka­­mura, il était le « dernier des derniers » de tous ceux qui conti­­nuèrent le combat pour le Japon après 1945 – et il était aussi diffé­rent d’Onoda et de Yokoi que ces deux hommes l’étaient entre eux. L’his­­toire de Naka­­mura est si parti­­cu­­lière et si peu racon­­tée qu’elle vaut la peine qu’on se penche sur ce cas étrange et problé­­ma­­tique.

LISEZ ICI LA SUITE DE L’HISTOIRE

QUE SONT DEVENUS LES TROIS SOLDATS APRÈS LEUR RETOUR ?

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Traduit de l’an­­glais par Jade Marin et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « Final strag­­gler: the Japa­­nese soldier who outlas­­ted Hiroo Onoda », paru dans A Blast From the Past. Couver­­ture : Hirō Onoda rentre enfin de la guerre.


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