par Mike Dash | 24 août 2016

La chambre du roi

On raconte une histoire à propos de Napo­­léon et de la Grande Pyra­­mide. Quand Bona­­parte visita Gizeh durant son expé­­di­­tion sur le Nil de 1798, il voulut passer une nuit seul à l’in­­té­­rieur de la chambre du roi, ce tombeau bordé de granite qui repose au centre de la pyra­­mide. On la tient géné­­ra­­le­­ment pour être l’en­­droit où Khéops, le plus puis­­sant souve­­rain de l’An­­cien Empire égyp­­tien (env. 2690–2180 av. notre ère), fut enterré pour l’éter­­nité. Elle contient encore le sarco­­phage brisé du pharaon, fait d’une pierre rouge dont on dit qu’elle sonne comme une cloche lorsqu’on la frappe.

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La Bataille des pyra­­mides
François-Louis-Joseph Watteau
1798–1799

S’étant aven­­turé seul dans les entrailles de la pyra­­mide, parcou­­rant ses étroits couloirs à la lueur vacillante d’une bougie, Napo­­léon ne repa­­rut que le lende­­main matin. Il était pâle et agité mais refu­­sait obsti­­né­­ment de répondre à ceux qui s’enquer­­raient de ce qu’il s’était passé cette nuit-là. Ce n’est que 23 ans plus tard, étendu sur son lit de mort, que l’em­­pe­­reur consen­­tit enfin à confier son secret. Se redres­­sant au prix d’ef­­forts doulou­­reux, il se mit à parler… mais s’in­­ter­­rom­­pit presque immé­­dia­­te­­ment. « Oh, à quoi bon », murmura-t-il en se rallon­­geant. « Vous ne me croi­­riez pas. » Cette histoire est fausse. Le secré­­taire intime de Napo­­léon, Louis Antoine Fauve­­let de Bour­­rienne, qui était à ses côtés en Égypte, certi­­fie que l’em­­pe­­reur n’a jamais péné­­tré dans la crypte. (On raconte égale­­ment que Bona­­parte, pendant qu’on s’af­­fai­­rait à prendre les dimen­­sions de l’ex­­té­­rieur de la pyra­­mide, calcula que la struc­­ture conte­­nait suffi­­sam­­ment de pierre pour ériger un mur de quatre mètres de haut et de 30 centi­­mètres d’épais­­seur tout autour de la France.) Le fait qu’on raconte cette histoire, cepen­­dant, témoigne de la fasci­­na­­tion exer­­cée par le plus mysté­­rieux de tous les monu­­ments. Cela nous rappelle l’in­­té­­rieur de la pyra­­mide est au moins aussi capti­­vant que ses dehors colos­­saux. On peine à imagi­­ner que le monu­­ment en hommage à Khéops fut bâti à partir de 2,3 millions de blocs de pierre, dont chacun pèse en moyenne plus de deux tonnes, et qu’ils furent taillés avec de simples outils de cuivre. Il n’est pas moins impres­­sion­­nant de réali­­ser que ses côtés sont préci­­sé­­ment alignés avec les points cardi­­naux et qu’au­­cun ne dépasse les autres de plus de cinq centi­­mètres. Sans comp­­ter qu’a­­vec ses 146,58 mètres d’ori­­gine, la Grande Pyra­­mide est restée la construc­­tion humaine la plus haute du monde pendant près de 4 000 ans – jusqu’à ce que la flèche centrale de la Cathé­­drale de la Vierge Marie de Lincoln soit ache­­vée en 1310. Mais ces super­­­la­­tifs ne nous sont d’au­­cune aide pour éluci­­der les mystères qu’elle recèle.

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La Grande Pyra­­mide de Gizeh
Crédits : DR

Encore aujourd’­­hui, peu de gens se risque­­raient à affir­­mer qu’on connaît la raison pour laquelle  Khéops ordonna la construc­­tion du système de couloirs et de chambres le plus complexe de toutes les pyra­­mides. La sienne est la seule des 35 tombeaux simi­­laires construits entre 2630 et 1750 av. J.-C. à conte­­nir des tunnels et des cryptes loin au-dessus du niveau du sol. (Ses prédé­­ces­­seurs, la pyra­­mide rhom­­boï­­dale et la pyra­­mide nord de Dahchour, ont leurs chambres au niveau du sol ; et toutes les autres sont des struc­­tures solides dont les chambres funé­­raires.) Pendant long­­temps, l’hy­­po­­thèse la plus commu­­né­­ment admise était que les carac­­té­­ris­­tiques uniques de la Grande Pyra­­mide étaient dues à une succes­­sion de chan­­ge­­ments dans ses plans. Elle suggère qu’ils devaient s’ac­­cor­­der à la stature de plus en plus divine que le pharaon acquit au cours de son règne. Mais l’égyp­­to­­logue améri­­cain Mark Lehner a rassem­­blé nombre d’élé­­ments qui suggèrent que les plans étaient arrê­­tés bien avant que le début de la construc­­tion. Si tel est le cas, sa dispo­­si­­tion inté­­rieure n’en est que plus mysté­­rieuse. En 1818, la Quar­­terly Review écri­­vit après de minu­­tieux calculs que les couloirs et les chambres connues de la pyra­­mide n’oc­­cu­­paient qu’un 7 400e de son volume. « En comp­­tant le fait que chaque espace atte­­nant a été laissé plein pour servir de sépa­­ra­­tion, elle pour­­rait cacher 3 700 chambres de la taille de celle du sarco­­phage. » Si les réflexions qui donnèrent lieu aux plans de la pyra­­mide restent incon­­nues, il subsiste une seconde énigme qui devrait être plus facile à résoudre : qui furent les premiers hommes à péné­­trer dans la Grande Pyra­­mide après qu’elle fut scel­­lée, aux envi­­rons de 2566 avant J.-C. ? Et que trou­­vèrent-ils à l’in­­té­­rieur ?

Le passage secret

C’est une ques­­tion à laquelle les études tradi­­tion­­nelles accordent excep­­tion­­nel­­le­­ment peu d’at­­ten­­tion, peut-être parce qu’il est géné­­ra­­le­­ment admis que toutes les tombes égyp­­tiennes – à l’ex­­cep­­tion notable de celle de Toutân­­kha­­mon – furent pillées dans les années qui suivirent leur achè­­ve­­ment. Il n’y a aucune raison de suppo­­ser que la Grande Pyra­­mide de Gizeh aurait échappé à ce sort : les pilleurs de tombes n’avaient aucun respect pour les morts et nous avons la preuve qu’ils étaient actifs dans la région de Gizeh. Quand la plus petite des trois pyra­­mides, qui fut bâtie par Myké­­ri­­nos, le petit-fils de Khéops, fut ouverte en 1837, on y trouva une momie qui avait été enter­­rée là envi­­ron un siècle avant notre ère. En d’autres termes, le tombeau avait été pillé et réuti­­lisé. La preuve que la Grande Pyra­­mide subit elle aussi des pillages est moins évidente : les récits sur lesquels s’ap­­puient les égyp­­to­­logues disent deux choses rela­­ti­­ve­­ment contra­­dic­­toires.

Ils suggèrent tout d’abord que les étages supé­­rieurs de la struc­­ture restèrent scel­­lés jusqu’à ce que les Arabes n’en découvrent l’en­­trée au IXe siècle de notre ère. Mais ils disent égale­­ment que lorsqu’ils entrèrent pour la première fois dans la chambre du roi, le sarco­­phage royal était déjà béant et qu’il n’y avait aucune trace de la momie de Khéops. Cette ques­­tion épineuse dépasse de loin le champ acadé­­mique. De nombreuses histoires dans la culture popu­­laire prennent comme point de départ l’idée que Khéops ne fut jamais enterré là, et suggèrent que la pyra­­mide n’était pas un tombeau mais le récep­­tacle d’un savoir ancien, un accu­­mu­­la­­teur d’éner­­gie, voire même une carte du futur de l’hu­­ma­­nité. Sachant cela, il importe de savoir ce que les divers antiquaires, explo­­ra­­teurs et scien­­ti­­fiques qui visi­­tèrent Gizeh avant l’avè­­ne­­ment de l’égyp­­to­­lo­­gie moderne au XIXe siècle écri­­virent sur le sujet.

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Accès au couloir ascen­­dant en 1910
Crédits : John et Edgar Morton

La pyra­­mide abrite deux réseaux de tunnels distincts, le plus bas des deux étant simi­­laire à ceux qui furent retrou­­vés dans les autres pyra­­mides, tandis que le plus haut (qui fut soigneu­­se­­ment dissi­­mulé et demeura peut-être caché plus long­­temps) est n’existe que dans la Grande Pyra­­mide. L’en­­trée de ce dernier est dissi­­mu­­lée à 17 mètres au-dessus du sol sur la face nord du monu­­ment. Ce long couloir descend en pente et s’en­­fonce dans les profon­­deurs de la roche qui forme le socle de la pyra­­mide, sur une chambre inache­­vée. Cette caverne rudi­­men­­taire et inac­­ces­­sible aujourd’­­hui est dotée d’un puits énig­­ma­­tique, creusé dans son sol. Elle marque l’en­­trée d’un petit tunnel exigu dont l’usage reste inconnu, qui s’achève en impasse. Loin au-dessus, au cœur du volume de la pyra­­mide, le second système de tunnel mène à une série de chambres funé­­raires. Pour se prému­­nir contre les pilleurs de tombes, le couloir ascen­­dant était obstrué par trois blocs bouchons de granite rouge, et l’en­­trée du couloir descen­­dant était dissi­­mulé par une dalle de calcaire en appa­­rence iden­­tique aux pierres envi­­ron­­nantes. En-dessous s’étendent la grande gale­­rie au plafond de 8,60 m de hauteur, la chambre de la reine et la chambre du roi. D’ex­­ci­­tantes décou­­vertes furent faites dans les conduits de venti­­la­­tion retrou­­vés dans les deux chambres, qui condui­­saient à l’ex­­té­­rieur de la pyra­­mide. Ceux de la chambre de la reine restèrent occul­­tés par des pièces de maçon­­ne­­rie jusqu’à ce qu’on les redé­­cou­­vrît au XIXe siècle.

Dans les années 1990, ils furent explo­­rés par des mini-robots télé­­com­­man­­dées qui révé­­lèrent qu’ils se termi­­naient par de mysté­­rieuses « portes » minia­­tures. Des révé­­la­­tions qui ne firent que ravi­­ver l’es­­poir que la pyra­­mide dissi­­mu­­lait encore bien des secrets… Il est géné­­ra­­le­­ment admis que le couloir descen­­dant fut décou­­vert dans l’An­­tiquité. Héro­­dote, en 445 av. J.-C., et le géographe Stra­­bon d’Ama­­sée, autour de l’an 20, y firent tous deux réfé­­rence. En revanche, rien ne permet de savoir si ce secret avait été percé par les Grecs ou les Romains. Ce n’est qu’au IXe siècle, sous le règne d’un souve­­rain musul­­man parti­­cu­­liè­­re­­ment curieux, le calife abbas­­side Abū Jaʿfar Abdullāh al-Ma’mūn ibn Hārūn al-Rashīd, que les archives rede­­viennent dignes d’in­­té­­rêt. C’est là qu’il convient de mieux étudier les preuves à notre dispo­­si­­tion. La plupart des textes acadé­­miques affirment qu’Al-Ma’mūn fut le premier à décou­­vrir les étages supé­­rieurs de la pyra­­mide, en l’an 820. À cette époque, disent-ils, l’em­­pla­­ce­­ment de l’en­­trée origi­­nelle était depuis long­­temps oublié, et le calife choi­­sit ce qui semblait être un endroit idéal pour que ses hommes creusent une nouvelle entrée. Leur tâche fut couron­­née de succès au-delà de leurs espé­­rances.

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La percée d’Al-Ma’mūn
Crédits : Jon Bodsworth

Le maga­­zine Popu­­lar Science décri­­vait la chose en ces termes en 1954 : « Commençant par la face nord, à quelques mètres de l’en­­trée secrète qu’ils n’avaient pas décou­­verte, les hommes d’Al-Ma’mūn creu­­sèrent un tunnel à l’aveu­­glette dans la roche de la pyra­­mi­­de… Le tunnel avait progressé d’une tren­­taine de mètres vers le sud de l’édi­­fice quand le fracas étouffé d’un bloc de pierre, quelque part autour d’eux, attira l’at­­ten­­tion des mineurs. Creu­­sant vers l’est d’où prove­­nait le son, ils débou­­chèrent dans le couloir ascen­­dant. Leurs martè­­le­­ments avait fait chuter la plaque de calcaire qui dissi­­mu­­lait l’en­­trée du passage. » Pour bien des égyp­­to­­logues, c’est de cette façon que les hommes d’Al-Ma’mūn réali­­sèrent qu’ils avaient décou­­vert un passage secret. En creu­­sant leur tunnel dans le granite impé­­né­­trable, ils avaient émergé dans le couloir ascen­­dant, au-dessus de la grande gale­­rie. Arri­­vés là, ils avaient déjoué la plupart des défenses de Khéops et les étages supé­­rieurs de la pyra­­mide s’ou­­vrirent à eux.

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QUI A DÉROBÉ LE TRÉSOR DU PHARAON ET SA MOMIE ?

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Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Inside the Great Pyra­­mid », paru dans le Smith­­so­­nian Maga­­zine. Couver­­ture : Une vieille photo de la Grande Pyra­­mide.


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