par Morten Skjoldager | 19 février 2015

Il était parti à la recherche de sœurs jumelles âgées de 16 ans, qui s’étaient envo­­lées en Syrie pour épou­­ser des djiha­­distes, mais il est tombé entre les griffes de l’État isla­­mique. Retenu prison­­nier pendant plus d’un mois, Ahmad Walid Rashidi a été torturé et contraint de heur­­ter d’autres prison­­niers avant d’être relâ­­ché.  Aujourd’­­hui, il raconte son histoire.

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Cela ressem­­blait à une chambre froide. Un de ces endroits sombres où les carcasses sont suspen­­dues par des crochets au plafond. Mais ce qui était suspendu aux crochets n’était pas mort. Ligo­­tée et effrayée, cette personne encore en vie avait les yeux bandés par un morceau de tissu gris et ne pouvait qu’i­­ma­­gi­­ner alors l’hor­­reur qui l’at­­ten­­dait. Ahmad Walid Rashidi regar­­dait avec horreur le prison­­nier suspendu. Il essayait de rester calme, il savait que paniquer n’ai­­de­­rait personne. Ahmad avait lui-même été détenu pendant près d’un mois, mais il pouvait se dépla­­cer plus libre­­ment que les autres. Il n’était cepen­­dant toujours pas libre. Derrière Ahmad, un homme montait la garde. Celui-ci tenait dans une main un tube en plas­­tique. Ahmad respira profon­­dé­­ment lorsque le tube siffla dans l’air pour s’abattre sur l’homme suspendu, sans défense. Dans cette geôle sombre au fin fond de la Syrie, dans l’en­­ceinte une prison surveillée par les combat­­tants de l’État isla­­mique, il était impos­­sible de ne pas entendre les hurle­­ments qui rico­­chaient sur les murs.

Les jumelles

Deux mois plus tôt, Ahmad, Danois d’ori­­gine afghane, était bien loin de se trou­­ver en Syrie dans une prison contrô­­lée par Daesh. Durant cette belle jour­­née d’été de la fin du mois de juin, l’étu­­diant en méde­­cine de 22 ans se prélas­­sait dans le parc d’at­­trac­­tions des Jardins de Tivoli, à Copen­­hague, quand son portable a sonné. « Si tu veux vrai­­ment appor­­ter ton aide, c’est main­­te­­nant », lui a mysté­­rieu­­se­­ment dit son ami. Deux sœurs de la famille de son ami avaient disparu. Les jeunes femmes, dont la famille était origi­­naire de Soma­­lie, avaient vécu ces dix dernières années en Grande-Bretagne. Élèves sérieuses d’une école du quar­­tier de Beswick à Manches­­ter, les jumelles aimaient la mode, les selfies et le shop­­ping.

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Ahmad en juin 2014
Crédits : Walking Future

Mais un matin de la fin du mois de juin, alors que leurs parents venaient les réveiller pour aller à l’école, elles avaient disparu. Les jumelles ne s’étant pas présen­­tées à l’école, les parents ont appelé la police. À la faveur de la nuit, les adoles­­centes de 16 ans s’étaient appa­­rem­­ment glis­­sées hors de la maison de la famille, une villa en brique rouge de Chorl­­ton-cum-Hardy, un quar­­tier mancu­­nien. Elles s’étaient envo­­lées vers la Turquie, faisant proba­­ble­­ment route vers la zone de guerre syrienne. Plusieurs de leurs amis ont rapporté plus tard que les sœurs jumelles avaient décidé de partir pour la Syrie après avoir lu des choses au sujet de l’EI, sur Inter­­net et dans des tracts de propa­­gande que des isla­­mistes radi­­caux leur avaient donné à Manches­­ter. Les deux filles étaient nées au Dane­­mark et s’étaient vues confé­­rer la natio­­na­­lité. Après que la police britan­­nique a lancé l’alerte, le service de rensei­­gne­­ment du Dane­­mark (le PET) a bloqué les passe­­ports des jeunes femmes pour tenter de les empê­­cher de gagner la Syrie. Mais Ahmad soupçon­­nait que les auto­­ri­­tés ne pour­­raient pas agir assez rapi­­de­­ment. Et quand leur famille a assuré qu’ils étaient prêts à couvrir ses frais s’il partait à la recherche des filles, le jeune homme n’a pas mis long­­temps à se déci­­der. Deux jours après l’ap­­pel, Ahmad, qui avait perdu une jambe en Afgha­­nis­­tan lorsqu’il était enfant, a fait son paque­­tage : des sous-vête­­ments, quelques habits ainsi que son passe­­port danois, des médi­­ca­­ments et de la crème pour le visage. Comme il ne s’at­­ten­­dait pas à être absent plus d’une semaine, il a préparé un sac léger et laissé les clefs de son appar­­te­­ment de Copen­­hague à un ami.

« Je savais que, plus le temps passait, plus il serait diffi­­cile de les sauver. » — Ahmad Walid Rashidi

Le soir du 24 juin 2014, Ahmad a pris un avion pour la Turquie. De là, il gagne­­rait la Syrie. Ce voyage allait chan­­ger sa vie. Pendant trente-six jours, il allait être détenu par les combat­­tants de l’État isla­­mique. Il n’ou­­bliera jamais les coups, les cris, les odeurs et la peur des autres prison­­niers. « Ma vie n’a jamais été tout à fait normale, mais c’est la chose la plus folle que j’ai jamais vécue », affirme Ahmad, dont la seule moti­­va­­tion pour entre­­prendre ce voyage étaient les liens qu’en­­tre­­te­­nait son ami avec la famille des jumelles. Selon les points de vue, il s’agit soit de l’his­­toire héroïque d’un homme qui a mis sa vie en jeu pour sauver celle d’au­­trui, soit du récit d’un aven­­tu­­rier naïf qui s’est jeté tête la première dans la fosse aux lions. Son histoire est un témoi­­gnage rare, celui d’une personne reve­­nue d’un endroit rare­­ment appro­­ché par des étran­­gers. Étant donné sa nature, il n’a pas été possible d’au­­then­­ti­­fier par des sources directes le récit de ses trente-six jours passés en prison. Mais nous avons conversé avec diffé­­rentes auto­­ri­­tés danoises, une source ayant des contacts avec l’État isla­­mique dans la région, un conseiller en sécu­­rité doté de solides connais­­sances en matière de capti­­vité, un membre de la famille des jumelles, ainsi que plusieurs amis d’Ah­­mad au Dane­­mark qui étaient au courant de son esca­­pade. Ces multiples voix confirment qu’il a été détenu en Syrie et leurs récits ont aidé à rassem­­bler les morceaux du puzzle et à racon­­ter ce qui s’est déroulé en son absence.

En route vers la Syrie

Le 28 juin 2014, l’air du soir était humide lorsque Ahmad a péné­­tré sur le parking de l’aé­­ro­­port de Hatay, dans le sud de la Turquie. Depuis peu, cet aéro­­port est loca­­le­­ment connu comme « l’aé­­ro­­port inter­­­na­­tio­­nal de Daesh », car les djiha­­distes occi­­den­­taux l’uti­­lisent fréquem­­ment pour se rendre en Syrie afin de prendre part à la guerre. À présent, Ahmad emprun­­tait le même chemin pour tenter d’ar­­ra­­cher les jeunes sœurs aux mains des djiha­­distes. « Je ne savais pas si elles se trou­­vaient en Turquie ou en Syrie. Mais je savais que, plus le temps passait, plus il serait diffi­­cile de les sauver », se souvient-il.

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À la fron­­tière turco-syrienne

Ahmad a pris un taxi pour Reyhanli, une ville proche de la fron­­tière, et il est descendu dans un hôtel modeste. Il a passé les jours suivants à essayer d’éta­­blir des contacts avec ceux qui pour­­raient l’ai­­der à retrou­­ver les jumelles. Ses traits moyen-orien­­taux et son ascen­­dance musul­­mane lui ont permis de se rendre dans un village situé à la fron­­tière syrienne et de s’en­­tre­­te­­nir avec certains rebelles modé­­rés. Il n’a cepen­­dant trouvé personne qui avait entendu parler des jumelles. Le 28 juin, Ahmad a écrit un message Face­­book à l’un de ses amis au Dane­­mark, lui disant qu’il avait peur que la mission ne s’avère diffi­­cile si les sœurs jumelles avaient rejoint un groupe de rebelles spéci­­fique : « Je me suis rendu à la fron­­tière syrienne et, en reve­­nant, j’ai décou­­vert que les filles ne se trou­­vaient pas encore en Syrie – elles sont proba­­ble­­ment encore en Turquie. Il y a trois impor­­tants groupes de rebelles en Syrie et j’ai parlé avec deux d’entre eux. Je n’ai pas pu parler au dernier, qui est Daesh. C’est celui qui séduit géné­­ra­­le­­ment les filles et, une fois qu’elles sont entre leurs mains, on ne peut plus faire grand-chose. » Ahmad a pour­­suivi ses recherches durant plusieurs jours. Il a rencon­­tré ses contacts et eu d’in­­ter­­mi­­nables discus­­sions avec des personnes qui pouvaient être ou non en mesure de l’ai­­der. Certains affir­­maient qu’ils pour­­raient trou­­ver les filles seule­­ment si la famille payait bien et d’autres disaient qu’en échange d’une grosse somme de livres turques, ils proté­­ge­­raient Ahmad en cas de problème. D’après Ahmad, il a égale­­ment rencon­­tré des repré­­sen­­tants de l’État isla­­mique. La rencontre a eu lieu le 30 juin près du café d’une ville de la fron­­tière turque appe­­lée Sanliurfa. Le jeune homme en ques­­tion, plutôt barraqué, lui a dit qu’il pour­­rait l’ai­­der à assu­­rer sa sécu­­rité en Syrie. Vers la fin du mois de juin, une des jumelles a posté une photo sur Insta­­gram et a écrit qu’elle avait rejoint le cali­­fat de l’État isla­­mique : « Je remer­­cie Dieu… J’ai 16 ans et je fais partie des femmes guer­­rières de Dawlat al-Islam. Je vous jure qu’en un jour nous avons quitté l’An­­gle­­terre pour aller à Sham (le nom arabe qui désigne la Syrie, nde). Dieu est grand. Je voudrais que vous soyez tous là et que vous puis­­siez voir ce que je vois. La ville est incroya­­ble­­ment belle. Le drapeau noir est partout. Les femmes sont entiè­­re­­ment couvertes et un million de mouches m’at­­taquent en perma­­nence. Inch Allah, je vais bien­­tôt avoir une bonne connexion Inter­­net. J’ai pris beau­­coup de photos avec mon iPad et je voudrais vous les montrer. Si Dieu le veut. »

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Sous contrôle de l’EI

Plus tard, le message a été supprimé. Mais cela suppo­­sait que les filles se trou­­vaient dans la partie de la Syrie sous contrôle de l’EI. Les jours suivants, Ahmad a rencon­­tré un homme venu d’An­­tioche, en Turquie. Il semblait avoir des contacts fiables à l’in­­té­­rieur du terri­­toire de l’EI. Pour 5 000 dollars, il l’ai­­de­­rait à trou­­ver les filles. « Il m’a dit qu’elles se trou­­vaient en Syrie et qu’elles étudiaient à l’école de la charia d’Al-Bab », une ville syrienne au nord-est d’Alep, relate Ahmad, « et qu’elles étudie­­raient là pendant trois à quatre semaines avant de pouvoir sortir et se marier. » Ahmad a égale­­ment rencon­­tré Dimi­­tri Bontinck, un homme belge devenu célèbre dans son pays pour avoir récu­­péré son fils en Syrie après que ce dernier fût devenu djiha­­diste. Depuis, Dimi­­tri Bontinck a aidé d’autres familles à accom­­plir la même chose. Dans le sud-est de Gazian­­tep, en Turquie, il a promis à Ahmad qu’il mène­­rait une enquête en faisant le tour de ses contacts. « J’ai fait ce que je pouvais. Il se lançait dans une mission dange­­reuse », nous a confié Dimi­­tri Bontinck. Mais il a refusé de nous commu­­niquer plus de détails, « car cette affaire est encore sensible ». Selon Ahmad, une grande partie de ce qu’il a entendu était rempli d’am­­bi­­guïté. Mais un témoi­­gnage, pour­­tant, se démarquait des autres. Celui d’un porte-parole de l’État isla­­mique datant du 6 juillet, qui rappor­­tait que, quelques jours plus tard, les jumelles seraient mariées à deux djiha­­distes de double natio­­na­­lité, britan­­nique et afghane. Les contacts de Bontinck ont confirmé l’in­­for­­ma­­tion.

« Peur d’être tué ou forcé de rejoindre le djihad. » — message de Ahmad

Les noces immi­­nentes ont mis Ahmad sous pres­­sion. « Une fois que les jumelles seront mariées, il n’y aura pas de retour possible », s’est dit Ahmad. Les femmes mariées sur le terri­­toire de l’État isla­­mique sont consi­­dé­­rées comme la propriété de leur mari et ne sont pas auto­­ri­­sées à voya­­ger sans leur permis­­sion. Ahmad s’est dit qu’il risquait d’at­­ti­­rer l’at­­ten­­tion en se rendant seul sur le terri­­toire de l’EI pour tenter d’en­­trer en contact avec deux femmes mariées, étant donné les règles strictes en vigueur sur la sépa­­ra­­tion des hommes et des femmes. « Nous avons donc convenu que la mère vien­­drait en Turquie pour aider la mission », raconte Ahmad, qui a prétendu qu’il était le gendre de la mère des filles. Ainsi, il pour­­rait l’ac­­com­­pa­­gner en Syrie et atti­­re­­rait moins l’at­­ten­­tion. Vers le 20 juillet, la mère des filles est arri­­vée à Gazian­­tep. « Elle me disait qu’elle ne serait plus capable de se regar­­der dans un miroir si elle n’es­­sayait pas de tout faire pour rame­­ner ses filles à la maison. Elle était très coura­­geuse », se rappelle Ahmad. Nous avons contacté cette dernière, mais elle a refusé de commen­­ter l’af­­faire. Cepen­­dant, la famille a confirmé que la mère avait pris l’avion pour Gazian­­tep et qu’elle s’était ensuite rendue en Syrie avec Ahmad. Le lende­­main de son arri­­vée, Ahmad a utilisé Viber, une appli­­ca­­tion télé­­pho­­nique, pour envoyer un message à un ami au Dane­­mark lui disant qu’il était « très inquiet », car il pour­­rait être forcé de parti­­ci­­per à cette « guerre sainte ». « Peur d’être tué ou forcé de rejoindre le djihad », a-t-il écrit. Mais il sentait qu’il devait malgré tout tenter de sauver les filles. Ainsi, le 2 août à 5 heures du matin, Ahmad et la mère des jeunes femmes ont fait leurs sacs et se sont prépa­­rés à partir. Sans aucun garde du corps. À 5 h 04, Ahmad a envoyé un message sur Viber à une amie de Copen­­hague : « Je n’ai pas dormi de la nuit, je suis trop tendu. Nous faisons route vers la Syrie. » Il a caché son argent et son passe­­port dans sa jambe arti­­fi­­cielle et le reste de ses posses­­sions dans ses deux sacs en plas­­tique. Dans un ultime message, il a envoyé une photo de ses sacs à son amie : « Nous partons, je t’écri­­rai dès que possible – prends soin de toi. » Il y avait un autre message : si dans huit jours son amie n’avait reçu aucune nouvelle de lui, elle devrait aler­­ter les auto­­ri­­tés.

L’in­­fil­­tré

Pour la plupart des gens, il est incom­­pré­­hen­­sible de s’em­­barquer ainsi sans prépa­­ra­­tion dans une mission périlleuse pour sauver deux incon­­nues. Mais la vie d’Ah­­mad Rashidi est jalon­­née d’évé­­ne­­ments incom­­pré­­hen­­sibles.

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Ahmad en 2013
Crédits : Sigaard­s­foto

Né à Kaboul, capi­­tale de l’Af­­gha­­nis­­tan, il y a vécu jusqu’à l’âge de 5 ans. À l’époque, les conflits entre seigneurs de guerre dévas­­taient le pays et, lors une fusillade, Ahmad a été touché par une balle perdue. Il a survécu, mais a perdu une jambe. Après sept mois passés à l’hô­­pi­­tal, une ONG occi­­den­­tale a conduit Ahmad en Alle­­magne, où il a reçu des soins médi­­caux, appris l’al­­le­­mand et été placé en famille d’ac­­cueil. Quand il est retourné en Afgha­­nis­­tan, son père et son frère avaient été tués et la situa­­tion du pays s’était dété­­rio­­rée à tel point que le reste de sa famille avait décidé de fuir. En novembre 2000, ils se sont envo­­lés pour l’Iran, pour fina­­le­­ment s’ins­­tal­­ler au Dane­­mark où la famille a été placée dans un centre d’ac­­cueil et où Ahmad a obtenu sa première véri­­table jambe arti­­fi­­cielle. Il a égale­­ment reçu un permis de séjour et est allé à l’école. Hélas, il s’y faisait harce­­ler et avait beau­­coup de diffi­­cul­­tés à travailler – ses souve­­nirs d’Af­­gha­­nis­­tan le tour­­men­­taient encore. Sa frus­­tra­­tion s’est trans­­for­­mée en colère, et sa colère a trouvé un exutoire dans la crimi­­na­­lité. Ahmad a fait face à de nombreux problèmes de violence et d’agres­­si­­vité jusqu’à ce qu’il change de voie. Mettant sa haine au placard, il a fondé une orga­­ni­­sa­­tion cari­­ta­­tive bapti­­sée Walking Future (Futur en marche), qui distri­­bue des prothèses aux personnes bles­­sées en Afgha­­nis­­tan pendant la guerre. Il a égale­­ment écrit des articles et s’est inscrit à l’uni­­ver­­sité, où il a étudié la méde­­cine. Il avait achevé la première année de sa License quand il a reçu l’ap­­pel pour aider à retrou­­ver les jumelles.

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Le 2 août au matin, sous un soleil brûlant, Ahmad et la mère des jeunes femmes ont traversé la fron­­tière en emprun­­tant un chemin de passeur. Leur desti­­na­­tion était Manbij, une ville située entre Racca et Al-Bab. Selon des sources locales que nous avons inter­­­ro­­gées, Manbij est connue pour être un carre­­four pour les Occi­­den­­taux se rendant en Syrie. Pour Ahmad, il était possible que des personnes y aient entendu parler des jumelles. Une fois sur place, il a tout de suite commencé à deman­­der autour de lui. Il a égale­­ment cher­­ché des repré­­sen­­tants de l’État isla­­mique, se présen­­tant devant eux sous le nom d’Ah­­mad al-Afghani (Ahmad l’Af­­ghan), leur livrant les raisons de son voyage : il était venu ici avec sa belle-mère pour rendre visite à ses filles. « Le problème était de faire en sorte que la mère voie ses filles. C’était notre objec­­tif », explique Ahmad. « Nous verrions bien ce qui arri­­ve­­rait ensuite. Nous ne pouvions faire sortir les filles d’ici que si elles dési­­raient partir. »

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Une rue de Manbij
À mi-chemin de Al-Bab et Kobané
Crédits : Google

Cette expli­­ca­­tion n’est pas celle de la famille. D’après eux, Ahmad devait se rendre en Syrie afin de rame­­ner les jumelles à la maison. Dans la nuit du 3 août, ils ont dormi chez un membre local de l’État isla­­mique, qui connais­­sait une des personnes qu’Ah­­mad avait rencon­­trées en Turquie. Ahmad a écrit à l’un de ses amis un message dans lequel il dit avoir établi sur place de bonnes rela­­tions. « Plutôt satis­­fait de la situa­­tion. L’EI ne me touchera pas car je suis un civil et les civils ne me touche­­ront pas car je suis de l’EI. Chacun y trouve son compte. » Et un peu plus tard le même jour : « J’ai été invité à dîner avec eux (Daesh, nde), je vais donc pouvoir péné­­trer dans leur base. J’at­­tends ce moment avec impa­­tience. »

Les adieux

Mais ses bonnes rela­­tions avec des hommes d’in­­fluence n’ont pas duré. Le 4 août au matin, Ahmad n’a plus donné de nouvelles.

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L’une des jumelles
Démons­­tra­­tion de manie­­ment des armes
Crédits : Twit­­ter (Source : The Guar­­dian)

Lui et la mère des jumelles avaient rencon­­tré de sérieux problèmes. En recher­­chant les filles, ils ont trouvé la maison où SH, l’une des jumelles, avait récem­­ment vécu avec un homme anglo-afghan. Selon Ahmad, elle s’est mariée avec lui depuis. « J’étais en colère et telle­­ment frus­­tré que j’ai dit aux personnes qui se trou­­vaient près de la maison que j’al­­lais impliquer la police de l’EI pour que nous puis­­sions voir les filles », raconte Ahmad. « D’abord, ils ont pris la mère, puis ils m’ont embarqué au poste de police pour régler cette histoire. » Il aurait eu tort de penser que les choses se régle­­raient simple­­ment. « Le poste de police était établi dans un vieux cinéma qui avait été bombardé. Quand nous sommes entrés, j’ai retrouvé plusieurs Anglais et Alle­­mands qui avaient rejoint l’État isla­­mique », raconte Ahmad. « Puis les discus­­sions ont commencé. On accu­­sait la mère d’être appa­­rue sur une chaîne de télé­­vi­­sion occi­­den­­tale et de s’en être pris verba­­le­­ment à l’État isla­­mique. Quant à moi, j’étais accusé d’être un jour­­na­­liste et un infi­­dèle. » Ils ont rapi­­de­­ment décou­­vert que c’était l’un des nouveaux maris des jumelles qui avait proféré cette accu­­sa­­tion – plusieurs de nos sources ont confirmé ce fait. Dans les heures qui ont suivi, tout semblait incer­­tain. Ahmad et la mère des jeunes filles avaient eux-mêmes contacté la police de Daesh, mais cela s’est avéré être une erreur : ils ont été conduits dans des prisons diffé­­rentes. « Il n’y avait aucun moyen de sortir. La nuit était tombée et il y avait des moudja­­hi­­din masqués partout dans la prison. J’ai alors compris que j’étais leur prison­­nier. Mais je n’avais pas peur, je pensais n’avoir rien fait de mal et que c’était juste une ques­­tion de temps avant qu’ils ne découvrent que ces accu­­sa­­tions étaient menson­­gères », assure Ahmad. Une chose cepen­­dant l’inquié­­tait. Lorsqu’il était en Turquie, il avait pris contact avec le jour­­na­­liste d’une chaîne de télé­­vi­­sion occi­­den­­tale et avait enre­­gis­­tré son numéro en utili­­sant les initiales de la chaîne. Si les combat­­tants de l’État isla­­mique le décou­­vraient, Ahmad aurait de graves problèmes. Les gardiens de prison ont confisqué tous ses effets person­­nels : son sac et son casque audio, son passe­­port, son porte­­feuille en cuir et les notes pliées à l’in­­té­­rieur, sa carte « Ikea Family » et sa carte fidé­­lité d’un maga­­sin de grande distri­­bu­­tion.

« Ils ont commencé à me battre. Je n’ai pas résisté, je savais que cela ne ferait qu’em­­pi­­rer les choses. » — Ahmad

Il avait caché dans sa prothèse la carte-clé pour son système de signa­­ture élec­­tro­­nique, sa carte d’étu­­diant et sa carte de crédit, ainsi que celle de la mère. Les agents de Daesh n’ont jamais mis la main dessus. Mais ils se sont empa­­rés de son télé­­phone portable. « Je me suis dit : “Merde, fais chier !” » se souvient-il. Mais quand on l’a jeté dans la cellule, il a très vite eu autre chose à penser. « Il y avait telle­­ment de monde assis là-dedans qu’on ne pouvait pas étendre ses jambes. Je devais m’as­­seoir les genoux recroque­­vil­lés, en posi­­tion fœtale sur le ciment », raconte Ahmad. « Une autre prison avait été bombar­­dée. L’EI devait donc dépla­­cer certains de ses prison­­niers dans celle où j’étais. Les toilettes étaient dans la cellule, et l’air était nauséa­­bond. » L’État isla­­mique avait inter­­­dit aux prison­­niers de parler, confie-t-il, mais ce n’était pas le silence pour autant. Très vite, les cris ont commencé. Les gardiens de la prison n’avaient pas tous la même concep­­tion de leur mission. Si certains étaient décon­­trac­­tés, voire agréables, se remé­­more Ahmad, les autres étaient plutôt à ranger dans la caté­­go­­rie des enfoi­­rés. Ils s’en prenaient violem­­ment aux prison­­niers sans la moindre raison. La première fois qu’Ah­­mad a entendu les cris, qui devien­­draient bien­­tôt le bruit de fond perma­nent de sa déten­­tion, c’était le deuxième jour. « Un des prison­­niers avait parlé à voix haute. Les gardiens sont arri­­vés, l’ont attrapé par le col et l’ont sorti de la cellule. On pouvait les entendre lui taper dessus et il n’est revenu parmi nous que plusieurs heures après », raconte Ahmad. Parmi les prison­­niers se trou­­vait un curieux mélange de petits délinquants et de djiha­­distes. Ils n’étaient pas otages, simple­­ment des gens qui avaient eu la malchance de passer par leur terri­­toire sans dispo­­ser des bons papiers ou qui avaient, d’une manière ou d’une autre, trans­­gressé les règles de l’État isla­­mique. Dans une même cellule étaient réunis Arabes, Turcs et Occi­­den­­taux, mais les femmes étaient sépa­­rées des hommes, confor­­mé­­ment à la charia – la loi isla­­mique. D’après Ahmad, il y avait si peu de lumière dans les geôles qu’il était diffi­­cile de comp­­ter les jours avec préci­­sion. On passait le temps en conver­­sant à voix basse, en espé­­rant ne pas être choisi par les gardiens pour la prochaine série de coups.

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L’EI n’épargne que trop rare­­ment ses prison­­niers

Deux jours plus tard, ils l’ont sorti de la cellule et jeté sur le sol en pierre de la petite cour, au clair de Lune. « Ils m’ont frappé et je suis tombé. Alors ils ont commencé à me rouer de coups de pieds. Je n’ai pas résisté, je savais que cela ne ferait qu’em­­pi­­rer les choses. J’ai protégé mon visage en espé­­rant que ce serait bien­­tôt terminé. Il ne fallait surtout pas commen­­cer à pleu­­rer ou quoi que ce soit. De ce que j’ai pu voir avec les autres prison­­niers, les plus effrayés étaient ceux qu’on frap­­pait le plus », explique Ahmad. Il raconte que les coups ont conti­­nué de pleu­­voir pendant plusieurs heures avant qu’on ne le ramène en cellule. Ahmad a été sévè­­re­­ment battu. Les gardiens semblaient trai­­ter les prison­­niers selon une échelle variable – le pire trai­­te­­ment était réservé aux moins dévots. Et jusqu’à présent, les gardiens ne semblaient pas convain­­cus qu’Ah­­mad était musul­­man pratiquant. Ils pensaient au contraire qu’il était jour­­na­­liste, ou qu’il était un espion au service de l’Oc­­ci­dent. Et Ahmad était anxieux : il igno­­rait où la mère des jumelles avait été emme­­née, comment elle était trai­­tée et si elle avait pu dire quelque chose qui aurait mis leur couver­­ture en danger. Il savait parfai­­te­­ment de quoi l’État isla­­mique était capable. « On m’a prévenu que si les accu­­sa­­tions portées contre nous s’avé­­raient véri­­diques, nous serions déca­­pi­­tés. » Après trois jours passés dans cette prison fétide, on l’a trans­­féré dans une autre, située dans les montagnes près d’Al-Bad, sans lui préci­­ser pourquoi. Même après avoir tenté plusieurs fois de le décou­­vrir, on ne lui a donné aucune infor­­ma­­tion sur ce qui était arrivé à la mère des jumelles. Les condi­­tions de vie dans la nouvelle prison étaient quelque peu meilleures – d’après Ahmad, la cellule mesu­­rait huit pas sur quinze. Il a passé la majo­­rité de son temps à tenter de convaincre ses ravis­­seurs de son inno­­cence et de sa ferveur reli­­gieuse. Dans ce but, il priait régu­­liè­­re­­ment, feignait d’avoir une excel­­lente connais­­sance de la reli­­gion, lu ardem­­ment le Coran et « accep­­tait de parler en mal du Dane­­mark et de l’Oc­­ci­dent, car l’État isla­­mique approu­­vait cela ».

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Des prison­­niers kurdes dans une vidéo de propa­­gande de l’EI

Mais la bruta­­lité s’est encore accrue dans ce nouvel envi­­ron­­ne­­ment, et c’était pire encore après les prières du vendredi. « Ils entraient alors dans les cellules et en sortaient des prison­­niers. Je ne savais pas toujours ce que ces derniers avaient fait, mais ils les emme­­naient dehors et on enten­­dait le bruit des coups de feu ou des têtes qu’on coupait. C’était horrible. » Ahmad se souvient d’un vieil homme qui a fait ses adieux aux autres prison­­niers, et les a serrés dans ses bras avant de s’en aller pour ne jamais reve­­nir. « Quand ils criaient “Takbîr !” et qu’on enten­­dait ni les coups de feu, ni le bruit d’une voiture s’éloi­­gnant avec le prison­­nier à bord, on savait qu’il avait été déca­­pité », explique Ahmad. Il y avait aussi les cris « venant du sous-sol » – ceux des personnes tortu­­rées –, et ceux des gardiens de prison : « Dieu est grand ! » Ahmad mangeait très peu. « Quand on est dépos­­sédé d’au­­tant de contrôle, il faut s’ac­­cro­­cher à ce qu’on peut. Il fallait que je contrôle ce que j’in­­gé­­rais. J’ai utilisé ce moyen pour lais­­ser une marque, pour prou­­ver que j’étais fort et toujours indé­­pen­­dant. » Ahmad raconte qu’il a été battu à plusieurs reprises et soumis à une pres­­sion psycho­­lo­­gique inces­­sante pour admettre que les accu­­sa­­tions profé­­rées par le mari de SH, une des jumelles, étaient fondées. Un jour, on lui a donné un petit carnet. À l’encre noire, Ahmad y a écrit ses adieux à sa famille.

La terreur

Fin août, Ahmad a été déplacé dans un autre bâti­­ment de la ville. Là, dans sa troi­­sième geôle, les condi­­tions de déten­­tion étaient meilleures, dit-il. Trois semaines s’étaient écou­­lées et l’État isla­­mique n’avait toujours aucune preuve à rete­­nir contre lui, qui prou­­vait qu’il était espion ou jour­­na­­liste. Dans sa tête, il répé­­tait les réponses qu’il donne­­rait aux ques­­tions que ses ravis­­seurs pour­­raient éven­­tuel­­le­­ment lui poser : Pourquoi avait-il traversé la fron­­tière turco-syrienne à plusieurs reprises ? Pourquoi avait-il péné­­tré dans le cali­­fat ? Pourquoi risquait-il sa vie pour deux filles qui n’étaient même pas de sa famille ? Pourquoi ne voulait-il pas rejoindre les djiha­­distes ?

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Les rues d’Al-Bab
Crédits

Au même moment, il voyait enfin des signes qui montraient que les membres de Daesh commençaient à lui faire confiance. Les connais­­sances acquises grâce à ses études en méde­­cine lui donnaient une certaine valeur. On lui a même demandé d’éva­­luer l’état de santé de plusieurs autres prison­­niers. D’un côté, Ahmad rece­­vait un trai­­te­­ment plus favo­­rable, de l’autre, on lui deman­­dait de « faire des choses aux autres prison­­niers » dont il n’est pas fier, comme de rester passif aux côtés des déte­­nus tortu­­rés. Ou de jeter de l’eau glacée au visage de ses cama­­rades de cellule pour prou­­ver sa soumis­­sion aux gardiens. Ahmad était réti­cent à évoquer ces moments, sauf pour décla­­rer : « Je n’étais pas content de le faire, mais il le fallait. Et j’ai réussi à convaincre les gardiens que crier sur les prison­­niers était plus effi­­cace que de les frap­­per. Grâce à moi, ils ont traité les prison­­niers bien mieux qu’ils ne l’au­­raient fait sans mon inter­­­ven­­tion. » Début septembre, on lui a dit qu’un tribu­­nal de la charia allait statuer sur les accu­­sa­­tions portées contre la mère des filles et lui-même.

C’est seule­­ment quand l’avion qui trans­­por­­tait Ahmad a atterri à Copen­­hague que la terreur s’est évanouie en lui.

« Au cours d’un inter­­­ro­­ga­­toire, j’ai répété plusieurs fois que si l’État isla­­mique trou­­vait des preuves pour étayer les accu­­sa­­tions, alors j’ac­­cep­­tais d’être déca­­pité », dit-il. « Mais que je savais être inno­cent. » Fina­­le­­ment, les juges du tribu­­nal de la charia ont établi qu’il n’y avait aucune preuve de leur culpa­­bi­­lité. Un docu­­ment signé par le tribu­­nal d’Alep confirme qu’Ah­­mad a bien été remis en liberté et avait de nouveau « le droit de traver­­ser les fron­­tières de l’État isla­­mique », car il n’avait à répondre de « rien ». Les accu­­sa­­tions profé­­rées par le mari de SH contre la mère et Ahmad prouvent que le mari a été détenu pendant un certain temps lui aussi, avant d’être relâ­­ché. Ce fait nous a été confirmé par plusieurs sources. Ahmad raconte qu’a­­près sa libé­­ra­­tion, il a été conduit auprès de la mère des filles. Il est parvenu à réunir la mère et ses filles quand ces dernières ont dû être enten­­dues en qualité de témoins. À cette occa­­sion, les jumelles ont passé la nuit avec leur mère. La famille, en revanche, donne une autre version des faits : la mère a bien pu voir l’une de ses filles, mais Ahmad n’a jamais rencon­­tré ni l’une, ni l’autre. Il était clair que les jumelles n’avaient en aucun cas l’in­­ten­­tion de rentrer à Manches­­ter avec leur mère. Elles voulaient rester en Syrie. Avec les docu­­ments signés en sa posses­­sion, Ahmad et la mère étaient enfin auto­­ri­­sés à circu­­ler libre­­ment dans la région. D’après Ahmad, les docu­­ments ne les auto­­ri­­saient cepen­­dant qu’à circu­­ler à l’in­­té­­rieur des fron­­tières de l’État isla­­mique. Aussi, pour rentrer chez eux, ils n’ont pas compté sur l’aide de  Daesh, mais sur celles de leurs contacts locaux, sous couver­­ture. Dans la version des faits livrée par la famille, c’est en revanche l’État isla­­mique qui a arrangé leur retour dans leurs pays respec­­tifs. Ils s’ac­­cordent toute­­fois pour dire qu’on les a conduits jusqu’à la ville de Jaru­­bu­­lus, où ils sont montés dans un bus en direc­­tion de la fron­­tière turque.

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Ahmad en pleine forme
Février 2015
Crédits : Face­­book

« Il commençait à faire sombre, et on a dû attendre une demi-heure à la fron­­tière pour voir si la police se trou­­vait de l’autre côté. Fina­­le­­ment, nous sommes passés par groupes de quatre personnes. De l’autre côté, il y avait deux camion­­nettes blanches de livrai­­son, sans lumières, moteurs arrê­­tés. On nous a conduits à l’ar­­rêt de bus de la ville turque de Gazian­­tep », se rappelle Ahmad. Le lende­­main, l’am­­bas­­sade du Dane­­mark à Ankara leur a avancé les billets d’avions, et c’est seule­­ment au moment de l’at­­ter­­ris­­sage à l’aé­­ro­­port de Copen­­hague le 12 septembre que la terreur a commencé à s’éva­­nouir en lui. Ahmad était enfin de retour au Dane­­mark. D’après certaines infor­­ma­­tions, les jumelles se trouvent toujours en Syrie, sur le terri­­toire de l’État isla­­mique. L’une des filles a récem­­ment tweeté la photo d’un petit chaton roux, posé sur la poitrine d’un homme en treillis. La jeune fille de 16 ans avait l’air boule­­ver­­sée : le chat s’était visi­­ble­­ment enfui. Si Dieu le veut, « nous serons réunis » au para­­dis, a-t-elle écrit, signant d’un émoti­­cône larmoyant et d’un petit cœur.


Traduit de l’an­­glais par Ségo­­lène Jaillet et Estelle Sohier d’après l’ar­­ticle « I was a priso­­ner of the Isla­­mic State », paru dans Poli­­ti­­ken. Couver­­ture : Des moudja­­hi­­din de l’État isla­­mique. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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