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par Nathaniel Rich | 28 septembre 2014

Atlan­tis

La première plon­gée à une profon­deur de 300 mètres a été effec­tuée en 1962 par Hannes Keller, un mathé­ma­ti­cien suisse exubé­rant de 28 ans, qui portait des lunettes aux montures demi-cerclées et buvait une bouteille de Coca-Cola chaque matin en guise de petit déjeu­ner. Avec cette plon­gée, Keller a fran­chi un record qu’il avait lui-même fixé l’an­née précé­dente, lorsqu’il était descendu briè­ve­ment à 221 mètres. Ce qui lui a permis d’ef­fec­tuer ces plon­gées sans se tuer était un secret bien gardé. À l’époque, il était géné­ra­le­ment admis qu’au­cun être humain ne pouvait descendre en toute sécu­rité au-delà de 100 mètres de profon­deur. Car à partir de 30 mètres, un plon­geur respi­rant de l’air pur commence à perdre la tête.

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Hannes Keller
Physi­cien, mathé­ma­ti­cien, plon­geur de l’ex­trême et musi­cien
Crédits : Esther Keller

Cet état, la narcose à l’azote, est égale­ment connu sous le nom d’ « ivresse des profon­deurs », car le plon­geur a la sensa­tion d’avoir bu l’es­to­mac vide – le rapport étant d’en­vi­ron un verre de martini ingur­gité tous les 15 mètres de profon­deur. Mais un plus grand danger encore guette les plon­geurs en eaux profondes : la mala­die des cais­sons, une mani­fes­ta­tion des symp­tômes de décom­pres­sion quand l’azote sature les vais­seaux sanguins. Le problème n’est ici pas de descendre, mais de remon­ter. Alors que le plon­geur revient à la surface, les bulles d’azote gros­sissent, s’ins­tallent dans les arti­cu­la­tions, les artères, les organes, et parfois le cerveau ou la moelle épinière, où elles peuvent causer de vives douleurs et poten­tiel­le­ment la mort. Plus le plon­geur descend profon­dé­ment, plus il doit remon­ter lente­ment afin d’évi­ter les acci­dents de décom­pres­sion. En 1956, un maître d’équi­page de la Royal Navy plon­gea avec succès à 180 mètres de profon­deur, en respi­rant un mélange d’hé­lium et d’oxy­gène pour éviter la narcose à l’azote, mais il mit douze heures à remon­ter à la surface. En compa­rai­son, après sa première plon­gée record, Keller est remonté à la surface en moins d’une heure. Il s’est targué d’uti­li­ser un mélange « secret » de gaz dans son équi­pe­ment respi­ra­toire, diffé­rents mélanges étant néces­saires à diffé­rentes profon­deurs, mais il ne révéla aucun chiffre exact. Après qu’un rédac­teur de Life, ayant accom­pa­gné Keller dans sa plon­gée à 221 mètres, a écrit un article sur son exploit, la marine améri­caine s’est inté­res­sée à lui. De même que la compa­gnie pétro­lière Shell. La Navy finança Keller à hauteur de 22 000 dollars pour effec­tuer une plon­gée à 300 mètres. Shell a fourni un navire de forage en mer expé­ri­men­tal nommé Eureka, ainsi qu’un sas de décom­pres­sion. À l’époque, Shell avait déjà commencé les forages offshore, mais jusqu’à une profon­deur de 75 mètres seule­ment. Comme parte­naire de plon­gée, Keller a choisi un autre jour­na­liste, Peter Small, un rédac­teur de 35 ans du maga­zine Triton (désor­mais Diver), et l’un des fonda­teurs du club British Sub-Aqua. La plon­gée a eu lieu dans le sud de la Cali­for­nie, au large de l’île de Santa Cata­lina ; Keller et Small avaient pour objec­tif d’être les premiers êtres humains à atteindre le plateau conti­nen­tal. À bord de l’Eureka, les obser­va­teurs comp­taient plusieurs offi­ciers du programme de plon­gée expé­ri­men­tale de la Navy ; un groupe de chez Shell ; deux jeunes plon­geurs de sécu­rité ; et Mary Small, la femme de Peter, âgée de 23 ans. Les Small s’étaient mariés moins de trois mois aupa­ra­vant. Le 3 décembre peu avant midi, les deux hommes sont entrés dans un cais­son de plon­gée baptisé l’Atlan­tis, que Keller avait conçu et construit. Il mesu­rait 2 m 15 de haut et 1 m 30 de diamètre, les plon­geurs pouvant s’en extraire par une écou­tille infé­rieure. L’Atlan­tis était connecté à l’Eureka par diffé­rents câbles, l’un d’entre eux permet­tant aux obser­va­teurs d’ob­ser­ver les plon­geurs sur une télé­vi­sion en circuit fermé. Il a fallu seize minutes à l’Atlan­tis pour descendre à 300 mètres, en comp­tant les pauses permet­tant aux plon­geurs de véri­fier l’équi­pe­ment et chan­ger de mélanges d’air. Une fois au fond, deux mètres au-dessus du lit marin, Keller est sorti par l’écou­tille. Il était équipé de deux drapeaux, l’un suisse et l’autre améri­cain, qu’il comp­tait plan­ter au fond de l’océan. Mais tout juste était-il sorti dans les ténèbres océa­niques que le tissu des drapeaux s’est pris dans le tuyau de son respi­ra­teur. Il n’y voyait rien. Il lui a fallu deux minutes pour s’ex­traire des drapeaux, après quoi il est retourné au cais­son, épuisé et pris de vertiges. Dans sa confu­sion, Keller ne s’est pas rendu compte qu’une de ses palmes s’était prise dans l’écou­tille, l’em­pê­chant de la scel­ler. Quand il s’est aperçu que son mélange fuyait, et qu’ils n’en auraient pas en quan­tité suffi­sante pour la remon­tée, il est passé à de l’air pur, et les deux hommes se sont instan­ta­né­ment évanouis.

Une fois scellé, l’Atlan­tis a été remonté à la surface. Keller et Small ont repris connais­sance.

L’équi­page à bord de l’Eureka a remonté le cais­son jusqu’à une profon­deur de 60 mètres, et les deux plon­geurs de sécu­rité sont allés l’exa­mi­ner. Il ont décou­vert que le cais­son perdait de la pres­sion, et ils étaient inca­pables de le scel­ler à nouveau. Quand l’un des plon­geurs, Chris Whit­ta­ker, étudiant à UCLA et ami de Small, a refait surface, son visage était ensan­glanté. Il semblait sonné. Contre l’avis de l’équi­page, Whit­ta­ker et son parte­naire ont fait une deuxième descente pour récu­pé­rer Small. L’autre plon­geur a pu couper la palme, permet­tant à l’écou­tille de se fermer, mais Whit­ta­ker n’est pas revenu. Son corps n’a jamais été retrouvé. Une fois scellé, l’Atlan­tis a été remonté à la surface. Keller et Small ont repris connais­sance. Pendant six heures, ils sont restés dans le cais­son tandis que la pres­sion de l’air était graduel­le­ment réduite. Mis-à-part le fait d’avoir subi des hallu­ci­na­tions dues à l’oxy­gène durant une tren­taine de minutes, Keller a signalé peu d’ef­fets nocifs. Small, lui, a dormi par inter­mit­tences. Après plusieurs heures, Keller a remarqué que Small avait arrêté de respi­rer. De la mousse lui couvrait la bouche. Le cais­son a été ouvert, et Small conduit en toute urgence à un navire-hôpi­tal de la Navy, mais il était trop tard. Un légiste a déter­miné que la cause du décès était la mala­die des cais­sons. En effet, ses tissus et ses organes étaient parse­més de bulles d’air. Malgré cette tragé­die, Keller est parvenu à vali­der sa théo­rie. Life a publié un autre article compor­tant un entre­tien avec Kenneth MacLeish, le rédac­teur qui avait accom­pa­gné Keller lors de sa précé­dente plon­gée. « Le concept était brillant ; sa mise-en-place peut-être pas », a écrit MacLeish dans un terrible euphé­misme. Il conti­nuait ainsi : « Keller pour­sui­vra ses recherches, et tout plon­geur ou cher­cheur des fonds marins doit s’en réjouir. Sa méthode permet­tra l’ou­ver­ture des mers au plon­geur, libre­ment, sans entrave, lui offrant la possi­bi­lité d’en­trer direc­te­ment en contact et de toucher… et l’ani­mal humain éten­dra encore un peu plus sa capa­cité unique à se rendre là où il n’est pas fait pour aller. »

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Peter et Mary Small

Les mots de MacLeish étaient plus prophé­tiques qu’il ne pouvait l’ima­gi­ner. Quand des diri­geants de Mico­peri, une société italienne spécia­li­sée en construc­tion marine, ont décou­vert les avan­cées de Keller, ils ont poussé Shell à lui four­nir un finan­ce­ment complé­men­taire. Les deux socié­tés se sont asso­ciées pour construire de nouvelles instal­la­tions permet­tant à Keller de pour­suivre ses recherches, et ont ainsi formé une joint-venture du nom de Sub Sea Oil Services. Durant les vingt années qui ont suivi, les plon­geurs de Shell sont descen­dus jusqu’à une profon­deur de 580 mètres. Le scaphandre libre a révo­lu­tionné l’in­dus­trie pétro­li­fère, permet­tant à des êtres humains d’ex­traire du pétrole d’en­droits auxquels ils ne devaient pas avoir accès. Ce qui n’a procuré aucun récon­fort à Mary Small, veuve à 23 ans. Inter­viewée par un jour­na­liste juste après la tragé­die de Cata­lina, elle parlait de la mort de son mari comme d’ « un de ces acci­dents de plon­gée ». Mais elle s’est suici­dée neuf semaines plus tard. Son corps a été retrouvé dans sa maison de Londres, des photo­gra­phies de son mari dissé­mi­nées par terre autour d’elle, dans une pièce emplie de gaz.

À la dure

Aujourd’­hui, afin de permettre la main­te­nance des pipe­lines et des plate­formes offshore, il est écono­mique­ment voire même géopo­li­tique­ment néces­saire pour les compa­gnies pétro­lières d’en­voyer régu­liè­re­ment des plon­geurs à des profon­deurs de 300 mètres, et de les y main­te­nir à ce niveau de compres­sion pendant près d’un mois. Les plon­geurs qui exercent ce métier sont quasi exclu­si­ve­ment des hommes, et ont géné­ra­le­ment entre 25 et 40 ans. Plus jeunes, ils n’au­raient ni l’ex­pé­rience ni l’an­cien­neté requises pour réali­ser pareilles missions. Plus âgés, leur corps ne leur permet­trait peut-être plus de suppor­ter les trau­ma­tismes asso­ciés. Le terme utilisé pour dési­gner ces plon­gées de longue durée est « plon­gée en satu­ra­tion », et se réfère au fait que les tissus du plon­geur absorbent leur quan­tité maxi­male de gaz inerte. L’in­dus­trie est actuel­le­ment dans une phase d’ex­pan­sion, débu­tée en 2005 après que les oura­gans Katrina et Rita ont détruit à eux deux plus d’une centaine de plate­formes de forage dans le Golfe du Mexique, et en ont rendu une cinquan­taine inopé­rantes. Les tempêtes ont endom­magé égale­ment près de deux-cents pipe­lines, et contri­bué à quatre-cents acci­dents de pollu­tion. Des engins télé­gui­dés n’ont pu évaluer et répa­rer qu’une partie des dégâts. Une large part du travail a dû être accom­pli par des plon­geurs. Les salaires ont augmenté inci­dem­ment et depuis, alors que l’in­dus­trie pétro­lière fore dans des eaux de plus en plus profondes, le besoin en plon­geurs conti­nue de croître. Tout le monde n’est pas fait pour ce job. Un plon­geur ne peut être claus­tro­phobe ou asocial, puisqu’il doit passer la majeure partie de son temps confiné dans une minus­cule capsule scel­lée en compa­gnie de plusieurs autres plon­geurs. Il doit être disci­pliné et pers­pi­cace, car il se retrou­vera très certai­ne­ment face à des dangers impré­vus. Beau­coup de plon­geurs sont d’an­ciens mili­taires, ou ont travaillé comme couvreurs ou méca­ni­ciens. « Les meilleurs sont ceux qui ont beau­coup de confiance en eux-mêmes et en leurs capa­ci­tés », m’ex­plique Phil Newsum, un ancien plon­geur. « Vous devez être prêt à vous adap­ter à n’im­porte quelle situa­tion. La philo­so­phie du plon­geur veut que quand on plonge, on doit s’at­tendre à ce que quelque chose ne tourne pas rond. »

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Un plon­geur au travail
San Diego, Cali­for­nie
Crédits : Andrew McKaskle

À cause de la profon­deur, le travail est souvent effec­tué dans le noir, une unique petite lampe fron­tale illu­mi­nant les alen­tours. Des plon­geurs m’ont raconté des histoires de rencontres fortuites avec des raies manta, des requins-taureau, et des pois­sons-loup qui peuvent atteindre deux mètres de long, et auxquels ont prête une appa­rence malé­fique, due à leurs yeux renfon­cés, leur museau en forme de pelle, et leur mâchoire armée d’im­pres­sion­nantes canines. Un plon­geur m’a envoyé une vidéo, filmée à partir d’une caméra embarquée dans le casque de plon­gée, d’une énorme tortue jouant à lui mordre les pieds et les mains toutes les deux minutes. Le plon­geur a fina­le­ment renvoyé l’ani­mal voguer vers d’autres eaux en le menaçant au moyen d’une perceuse. Quelqu’un d’autre m’a envoyé une photo d’un plon­geur chevau­chant un requin baleine moucheté, comme s’il s’agis­sait d’un rodéo. Désor­mais direc­teur d’un groupe indus­triel nommé Asso­cia­tion of Diving Contrac­tors Inter­na­tio­nal (ADCI), Newsum estime que seules trois personnes sur quinze ayant été diplô­mées d’une école de plon­gée sont à même de suppor­ter la rigueur de mise pour faire carrière. Beau­coup sont appâ­tées par les salaires élevés, mais peu parviennent à surmon­ter les pres­sions physiques et psycho­lo­giques. Ceux qui parviennent à tenir y sont souvent pous­sés par passion pour les singu­la­ri­tés du métier. La vie d’un scaphan­drier est moins stable encore que celle d’un voya­geur de commerce ou celle d’un merce­naire. Le scaphan­drier n’or­ga­nise pas son propre plan­ning et a très peu de contrôle sur son sort, ce qui tend à expliquer pourquoi les plon­geurs entre deux missions ont la répu­ta­tion de vivre « à la dure », comme le dit Newsum. Le plon­geur ne sait jamais quand il sera appelé sur sa prochaine mission, et quand c’est le cas, il doit se rendre le plus vite possible vers le port ou l’hé­li­port le plus proche. Un plon­geur pros­père travaille offshore 160 jours par an, cumu­la­ti­ve­ment. Une mission peut aussi bien durer une jour­née que deux mois. Dans le Golfe du Mexique, le travail abonde durant les mois les plus chauds, de la fin mars jusqu’en novembre, mais la saison des oura­gans tombe à cette période. Les oura­gans sont à la fois une béné­dic­tion et une malé­dic­tion – ils inter­rompent des missions en cours, mais en créent de nouvelles. Les plon­geurs ne travaillent pas pour des compa­gnies pétro­lières, mais pour des pres­ta­taires privés, qui vont des petites opéra­tions indé­pen­dantes au grosses compa­gnies cotées en bourse comme Cal Dive, Helix Energy Solu­tions, et Ocea­nee­ring. Ces gros pres­ta­taires disposent de leurs propres programmes d’en­traî­ne­ment pour la plon­gée en satu­ra­tion, programmes souvent plus rigou­reux que ce que qu’exige la loi fédé­rale. Cette indus­trie est globa­le­ment à cheval sur les ques­tions de sécu­rité, parti­cu­liè­re­ment depuis la tragé­die de la plate­forme BP Deep­wa­ter Hori­zon. Shell ou ExxonMo­bil n’en­ga­ge­ront certai­ne­ment pas un pres­ta­taire à la répu­ta­tion négli­gente.

Plus vous plon­gez en profon­deur et plus vous êtes payé.

La plupart des plon­geurs offshore préfèrent les missions en satu­ra­tion (« C’est dans la sat que ça paye », a coutume de dire Newsum), mais après avoir été diplômé d’une école de plon­gée et avoir passé les tests physiques, un plon­geur doit débu­ter comme « tendre », ou apprenti plon­geur. Un tendre servira dans l’équipe de soutien pour les plon­geurs en profon­deur, et pourra travailler dans des profon­deurs aussi basses qu’1 m 20. Les tendres assistent géné­ra­le­ment dans les missions impliquant les pipe­lines de pétrole, qui sont souvent enfouis de 1 m 20 à 1 m 80 sous la couver­ture boueuse des fonds marins, afin d’évi­ter tout contact avec les bateaux et la faune marine. Un tendre peut être appelé pour enter­rer ou répa­rer une conduite, utili­ser des jets manuels afin de dépla­cer les fonds et permettre à la conduite de s’en­fon­cer sous le sol. Il peut aussi mettre à jour une conduite, prépa­rant ainsi le terrain pour qu’un plon­geur plus expé­ri­menté puisse la répa­rer. Un apprenti gagne envi­ron 40 000 dollars par an. Plus vous plon­gez en profon­deur et plus vous êtes payé. En deuxième ou troi­sième année, un apprenti peut être promu, ou « libéré », comme plon­geur à plein-temps. Son salaire augmen­tera entre 60 000 et 75 000 dollars par an. Il débu­tera comme « plon­geur à l’air », s’en­fonçant jusqu’à 35 mètres tout en conti­nuant à respi­rer de l’air. Les missions à cette profon­deur peuvent comprendre l’ex­trac­tion d’ou­tils d’un lieu de travail, ou bien la coupe et la récu­pé­ra­tion de la corde en poly­pro­py­lène qui court du navire en surface jusqu’au lieu de travail sous-marin. Puis le plon­geur pourra se voir confier des missions plus complexes sous la barre des 30 mètres, au-delà de laquelle il doit respi­rer un mélange afin d’évi­ter de subir les effets de la narcose à l’azote, tout en mani­pu­lant d’im­por­tants appa­reils. Un plon­geur respi­rant des mélanges à plein-temps peut gagner plus de 100 000 dollars par an. Il sera amené à accom­plir des missions à des profon­deurs plus impor­tantes, avec divers niveaux de diffi­culté et de tech­ni­cité, jusqu’à ce que son contrô­leur de plon­gée le juge capable de passer plon­geur en satu­ra­tion. Les « sats » peuvent gagner 200 000 dollars par an. C’est dans la sat que ça paye.

Le complexe de satu­ra­tion

Un complexe de plon­gée en satu­ra­tion ressemble à une petite station spatiale. Il peut être de taille variable, et accueillir de six à vingt-quatre plon­geurs. Un complexe typique, situé sur le pont d’un bateau ou d’une plate­forme pétro­lière, est consti­tué de quatre éléments prin­ci­paux. Le premier est le dortoir, ressem­blant au wagon d’un train-couchette ou d’un sous-marin. On y trouve des lits super­po­sés aux mate­las igni­fu­gés, ainsi qu’un coin banquette avec télé­vi­sion (les complexes plus impor­tants peuvent même dispo­ser de deux, voire quatre capsules indi­vi­duelles). Une caméra, souvent surnom­mée « Big Brother », scrute par un hublot, obser­vant les plon­geurs. D’autres hublots, couverts de plexi­glas, offrent un aperçu du monde exté­rieur aux plon­geurs en situa­tion d’iso­le­ment.

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Cais­son hyper­bare
Panama City, Floride
Crédits : Jayme Pasto­ric

En rampant dans une petite conduite reliée aux dortoirs, on atteint le sas de trans­fert, un petit cais­son compor­tant toilette, évier et pomme de douche. Au-dessus de ce sas se trouve une écou­tille menant à la cloche de plon­gée, qui peut avoir la forme d’une amphore, d’un globe ou d’un cylindre tassé. La cloche est imbriquée dans un exosque­lette de tuyaux, lui permet­tant d’être ratta­chée ou non au complexe. Un autre portail mène au cais­son de recom­pres­sion, ou cais­son hyper­bare, l’équi­valent d’un canot de sauve­tage, offrant à l’équi­page assez de mélanges d’air pour trois jours. Sur les navires plus récents, mieux équi­pés, le complexe de satu­ra­tion est construit dans le corps même du bâti­ment, sous le pont. Sur ces modèles, les cloches sont lancées à l’eau par une ouver­ture dans la coque, ou puits central. Une fois les plon­geurs isolés dans le complexe de satu­ra­tion, la pres­sion de l’air est augmen­tée jusqu’à valoir la pres­sion trou­vée à la profon­deur de la mission, ce qui prend géné­ra­le­ment une jour­née. Le mélange respi­rable dans le complexe est aussi ajusté en consé­quence – plus la mission se déroule en profon­deur, plus on ajoute d’hé­lium au mélange (en plus de permettre aux plon­geurs d’évi­ter les risques de narcose à l’azote, l’hé­lium devient plus respi­rable sous pres­sion à cause de sa faible densité ; il est égale­ment plus rapide à expur­ger des organes et tissus que des gaz plus lourds). Cela donne aux plon­geurs la voix de Donald Duck, ou celle d’un enfant ayant inhalé de l’hé­lium en ballon à une fête d’an­ni­ver­saire. Mais un plon­geur dans le complexe ne réalise pas toujours qu’il sonne comme Donald Duck, car les autres membres de l’équi­page parlent tous comme lui. Cet état est connu sous le nom d’ « oreille d’hé­lium ». On doit souvent rappe­ler au plon­geur d’ar­ti­cu­ler correc­te­ment quand il parle à l’in­ter­phone à ses super­vi­seurs et à l’équipe d’in­ter­ven­tion d’ur­gence, char­gée de sa surveillance à l’ex­té­rieur du complexe. Les systèmes de satu­ra­tion sont souvent équi­pés de déco­deurs de langage à l’hé­lium, des appa­reils qui ralen­tissent la vitesse des paroles des plon­geurs. Une des socié­tés construi­sant ces appa­reils se targue de leur capa­cité à corri­ger le « discours à l’hé­lium d’un plon­geur en un niveau de langage intel­li­gible ». La nour­ri­ture est appor­tée à l’équi­page par un sas médi­cal, un passage étroit servant de bouche d’ac­cès au complexe. Le sas est scellé de chaque côté. Avant d’ac­cé­der à leurs plats, les plon­geurs doivent l’ame­ner au même niveau de pres­sion que le reste du complexe. Des chan­ge­ments de pres­sion peuvent affec­ter l’odo­rat, et les repas paraissent alors fades. Certains aliments, en parti­cu­lier ceux compor­tant des bulles d’air, ne supportent pas la compres­sion. Les bois­sons carbo­na­tées s’éventent. Le riz souf­flé se rétracte. Les pancakes se racor­nissent. Certains maté­riaux se décom­posent aussi : le poly­sty­rène par exemple rape­tisse ou implose. Toutes les missions ayant lieu à des profon­deurs de 100 mètres ou plus doivent léga­le­ment utili­ser un système en satu­ra­tion, mais il fait même sens finan­ciè­re­ment parlant d’en utili­ser un à des profon­deurs moindres pour des missions plus complexes. Un plon­geur utili­sant des mélanges de gaz ne peut rester en immer­sion très long­temps, car ces plon­gées néces­sitent de nombreuses heures de décom­pres­sion et de récu­pé­ra­tion. A contra­rio, les plon­geurs en satu­ra­tion peuvent travailler huit heures d’af­fi­lée et ne doivent subir de décom­pres­sion qu’une seule fois, lorsqu’il est temps de quit­ter le complexe. La plon­gée en satu­ra­tion peut s’avé­rer plus écono­mique, même à des profon­deurs moindres, car l’hé­lium inhalé par les plon­geurs, couteux en soi, n’est pas gaspillé, mais recy­clé. En satu­ra­tion, les gaz exha­lés sont captu­rés par un système de récu­pé­ra­tion, les envoyant vers un appa­reil qui les « nettoie » et les asso­cie à de l’hé­lium et à un mélange d’oxy­gène frais, pour les resti­tuer dans les réser­voirs d’air. L’air, comme les plon­geurs, sont ainsi recy­clés.

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Josh Moore en mission
San Diego, Cali­for­nie
Crédits : Andrew McKaskle

La plon­gée en satu­ra­tion permet au travail de conti­nuer sans inter­rup­tion, jusqu’à complé­tion de la mission. Les plon­geurs travaillent habi­tuel­le­ment par paire, puisque les cloches abritent géné­ra­le­ment deux personnes. Une équipe de trois paires peut ainsi travailler sans inter­rup­tion en 3 / 8. La cloche fonc­tionne comme un ascen­seur desser­vant deux niveaux : le site de travail sous-marin et le complexe de satu­ra­tion. Les plon­geurs peuvent regar­der la lumière dimi­nuer par le hublot alors qu’ils s’en­foncent dans les profon­deurs de l’océan. Bien souvent, quand les plon­geurs atteignent leur profon­deur de travail – ce qui peut prendre plus d’une heure – l’eau est plon­gée dans le noir absolu. La cloche dispose de panneaux d’éclai­rage externes fonc­tion­nant comme des phares ; ils sont utili­sés pour illu­mi­ner la zone de travail, qu’il s’agisse d’une vieille plate­forme devant être déman­te­lée, ou d’une tête de puits abîmée. La cloche est connec­tée au complexe de satu­ra­tion par une large gaine renfer­mant plusieurs tuyaux, appor­tant mélanges respi­ra­toires, élec­tri­cité, ainsi que des lignes en fibre optique pour les commu­ni­ca­tions. La vie des plon­geurs dépend de ce cordon, dit « ombi­li­cal ». De plus petits cordons ombi­li­caux relient les plon­geurs à la cloche. Une caméra vidéo est placée dans le scaphandre de chaque plon­geur, ainsi qu’un micro­phone permet­tant au plon­geur de commu­niquer avec son super­vi­seur (ces derniers sont souvent d’an­ciens plon­geurs en satu­ra­tion ayant passé l’âge pour plon­ger). Parce qu’à cette profon­deur, l’eau approche, voire dépasse les tempé­ra­tures néga­tives, un tube pompe de l’eau chaude, collec­tée à la surface de l’océan, dans la combi­nai­son de plon­gée. Ce qui la trans­forme en jacuzzi person­nel. Il est souvent fait mention de l’his­toire, quelque peu douteuse, d’un plon­geur dont le cordon d’air a aspiré une méduse à la surface, pour la pomper dans sa combi­nai­son, la méduse mécon­tente se retrou­vant piégée entre ses fesses. Une fois leur mission termi­née, les plon­geurs ne peuvent pas tout simple­ment quit­ter le complexe. Ils doivent d’abord subir une décom­pres­sion. Le calcul équi­vaut à une jour­née de décom­pres­sion tous les 30 mètres de profon­deur, plus une jour­née. Ce qui signi­fie pour un équi­page en satu­ra­tion à une profon­deur de 300 mètres une attente de onze jours avant de pouvoir quit­ter le complexe (les plon­geurs descendent rare­ment à plus de 300 mètres, la limite à partir de laquelle ils s’ex­posent au syndrome nerveux des hautes pres­sions, causant nausées, vomis­se­ments, trem­ble­ments, et confu­sion). Durant la phase de décom­pres­sion, la pres­sion dans le complexe de satu­ra­tion est graduel­le­ment réduite, par phases suivies de pauses succes­sives, afin que le corps n’entre pas en état de choc. Le mélange respi­ra­toire évolue égale­ment, jusqu’au dernier jour où les plon­geurs respirent enfin de l’air normal. En sortant du complexe de satu­ra­tion, ils subissent un examen médi­cal complet et sont gardés en obser­va­tion pendant vingt-quatre heures. Ils doivent attendre soixante-douze heures avant d’em­barquer dans un avion. Si l’équipe de satu­ra­tion se trouve déjà à proxi­mité, leur pres­ta­taire les enverra alors sur une autre mission. Il est toujours moins onéreux pour une compa­gnie pétro­lière d’en­ga­ger un équi­page déjà en mer, plutôt que de faire venir une nouvelle équipe du conti­nent. Avec un peu de chance, l’équi­page rejoin­dra un complexe de satu­ra­tion en seule­ment quelques jours.

Le réflexe d’im­mer­sion

Plon­ger reste un métier dange­reux, mais pas pour les raisons qui ont hanté les premiers expé­ri­men­ta­teurs comme Hannes Keller. Un débat passionné reste toujours d’ac­tua­lité quant aux réper­cus­sions de la plon­gée en satu­ra­tion sur la santé à long terme. Certaines études scien­ti­fiques ont démon­tré un effet modéré sur la perte de mémoire spatiale, la vigi­lance et le temps de réac­tion, parmi les plon­geurs ayant travaillé en satu­ra­tion pendant plus de trois ans et demi. Une de ces études a été mention­née par le gouver­ne­ment norvé­gien en 2000, quand il a été décidé d’ac­cor­der plusieurs millions de dollars de compen­sa­tion aux plon­geurs en satu­ra­tion ayant travaillé dans l’in­dus­trie pétro­li­fère en Mer du Nord entre 1965 et 1990. Plus de dix ans après, il n’existe toujours pas de consen­sus quant aux effets rési­duels de la plon­gée en satu­ra­tion sur la santé. Le travail en lui-même reste néan­moins extrê­me­ment dange­reux. Un rapport du CDC en 1998 esti­mait que le taux de morta­lité pour des plon­geurs profes­sion­nels était quarante fois supé­rieur au niveau natio­nal pour tous les domaines d’ac­ti­vité, avec une moyenne annuelle de 180 décès pour 100 000 plon­geurs actifs. Ces chiffres ont quelque peu baissé cette dernière décen­nie, durant laquelle, selon les Gardes-côtes améri­cains, dix-neuf plon­geurs ont trouvé la mort offshore. Vingt-quatre autres plon­geurs sont morts inshore (lacs, rivières et ports de pêche où la plon­gée au tuba peut être pratiquée). Ce qui donne une moyenne globale annuelle d’un décès pour mille plon­geurs, soit vingt-huit fois la moyenne natio­nale.

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L’ac­ci­dent de Chris Lemons

Cela fait de la plon­gée profes­sion­nelle la troi­sième occu­pa­tion la plus dange­reuse, après la pêche et l’abat­tage d’arbres. Très peu de ces décès sont impu­tables à des mala­dies causées par la décom­pres­sion. Au lieu de quoi, les plon­geurs sont confron­tés aux mêmes menaces qui guettent tous les travaux requé­rant l’uti­li­sa­tion d’ap­pa­reils volu­mi­neux. Sauf que les risques pour un plon­geur sont multi­pliés par le danger du travail sous-marin, la vision limi­tée, et le fait d’être engoncé dans la combi­nai­son. La plupart des plon­geurs ont des histoires horribles à parta­ger. Paul Spark, actuel­le­ment super­vi­seur sur un vais­seau de support de plon­gée en Mer du Nord, a travaillé comme plon­geur pendant vingt-neuf ans. Lors de sa première plon­gée, en 1977, pour répa­rer un bloc obtu­ra­teur de puits par 120 mètres de fond, sa cloche de plon­gée a été inon­dée, le noyant presque, ainsi que son collègue. Plus tard, il a failli être écrasé par une bride pleine de 450 kilos, une plaque servant à scel­ler l’ex­tré­mité d’une conduite ; un « pois­son-loup plutôt massif » lui a mordu le pied jusqu’au sang ; durant une mission de sauve­tage sur le Kursk, le sous-marin nucléaire russe qui a sombré dans la mer de Barents en 2000, empor­tant avec lui ses 118 occu­pants, il y a eu une grosse explo­sion. Spark utili­sait un jet à haute pres­sion pour percer des trous dans la coque inté­rieure quand elle a retenti. Il s’en est sorti indemne, et il est retourné, hébété, à son navire de plon­gée. Il n’a jamais su ce qui avait causé l’ex­plo­sion. La liste des plon­geurs à avoir rendu l’âme en 2012 inclut Bard Sprout, un employé de la Global Diving and Salvage de 29 ans, tué dans le Golfe du Mexique lors d’une plon­gée pour déta­cher un filet pris dans l’hé­lice d’un bateau. Paul De Waal, 27 ans, tué alors qu’il nettoyait la coque d’un bateau de croi­sière, le Norwe­gian Star. Pierre Rossouw, 29 ans, employé d’Un­der­wa­ter Engi­nee­ring, s’est brisé la nuque lors de la chute d’une grue. Jarrod Hamp­ton, 22 ans, est mort lors de sa deuxième jour­née de travail pour Paspa­ley Pearls, lors d’une plon­gée pour récu­pé­rer des coquilles d’huîtres sauvages au large de la côte nord-ouest austra­lienne. Felix Dzul, 36 ans, est décédé lors d’une plon­gée pour récu­pé­rer des holo­thu­ries au large de la pénin­sule du Yuca­tan. Si la plupart des acci­dents ont lieu durant des plon­gées aux mélanges, il y a des excep­tions. Le 25 septembre, un plon­geur en satu­ra­tion du nom de Chris Lemons inspec­tait une struc­ture de forage – une grande struc­ture métal­lique servant de guide à la foreuse – dans le champ pétro­li­fère de Hunting­ton en Mer du Nord, à 180 km d’Aber­deen, en Écosse. La struc­ture se trou­vait à 100 mètres sous la surface. La cloche de plon­gée de Lemons a été treuillée par un navire nommé le DSV Bibby Topaz. Tandis que Lemons et son parte­naire de plon­gée condui­saient des tests sur la struc­ture, le GPS du Bibby Topaz est tombé en panne et le navire s’est mis à déri­ver avec le courant, empor­tant avec lui la cloche de plon­gée. Lemons et son parte­naire ont été arra­chés à la struc­ture par leurs cordons ombi­li­caux. L’autre plon­geur est parvenu à nager jusqu’à la cloche, mais le cordon de Lemons s’est prit dans la struc­ture et s’est déchiré. Cinq minutes plus tard, le Bibby Topaz avait dérivé à plus de 250 mètres, aban­don­nant Lemons sur la struc­ture, sans réserve d’air ou d’eau chaude. Il avait bien une réserve d’ur­gence en oxygène, mais son réser­voir en conte­nait pour quinze minutes maxi­mum. Afin de conser­ver l’oxy­gène, Lemons s’est assis au milieu de la struc­ture et a tenté, malgré les tempé­ra­tures glaciales, de rester aussi immo­bile que possible. Quand sa réserve d’oxy­gène s’est épui­sée, il s’est évanoui. Quinze autres minutes passèrent avant que le plon­geur de secours ne loca­lise Lemons et le ramène à la cloche. Par miracle, bien que Lemons n’ait pas respiré pendant quinze minutes, il a pu être réanimé. La froi­deur de l’eau semble avoir été un facteur crucial. Par instinct, tous les mammi­fères, lors d’une submer­sion dans l’eau froide, suspendent ou limitent les opéra­tions super­flues afin de conser­ver le plus d’éner­gie possible pour survivre ; c’est ce qu’on appelle le réflexe d’im­mer­sion. Le cœur bat lente­ment, les vais­seaux sanguins se contractent, le méta­bo­lisme ralen­tit, la diges­tion s’ar­rête. Comme un ordi­na­teur puisant sur sa batte­rie, le corps s’éteint afin de préser­ver ce qu’il en reste. Si Lemons n’avait pas perdu son cordon d’eau chaude, il est peu probable qu’il en serait sorti vivant.

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Chris Lemons à plusieurs centaines de mètres de profon­deur

Durant les cinq dernières années, le salaire moyen d’un plon­geur a augmenté de 50 %. « Parce qu’il existe des appa­reils télé­gui­dés plus sophis­tiqués, tout le monde veut croire que la plon­gée humaine tend à dispa­raître », m’in­dique Phil Newsum, le direc­teur de l’ADCI. « Mais il reste beau­coup d’ac­ti­vi­tés sous-marines néces­si­tant une inter­ven­tion humaine, et ce n’est pas prêt de s’ar­rê­ter. » J’ai demandé à Newsum s’il avait des regrets, à un niveau profes­sion­nel. « Il y a un prix à payer, dit-il. Mais beau­coup de gens passent leur vie à cher­cher quelque chose à aimer, et je l’ai trouvé. Tout le monde dans ce milieu peut s’en enor­gueillir. À chaque fois que je rencontre de nouvelles personnes, elles veulent en savoir plus sur mon travail. Personne ne pose ces ques­tions à un docteur, à un avocat ou un infor­ma­ti­cien. » « C’est vrai qu’on ressent cette décharge d’adré­na­line – c’est proba­ble­ment ce qui a poussé la majeure partie d’entre nous à travailler dans cette indus­trie. Mais je ne me consi­dère pas pour autant comme un casse-cou. Ma vraie passion est pour les grands fonds. L’in­connu me fascine. » Ce qui le place dans la même caté­go­rie que les Hannes Keller et Peter Small, mais sans doute pas de Shell.


Traduit de l’an­glais par Gwen­dal Pado­van d’après l’ar­ticle « Diving Deep into Danger », paru dans la New York Review of Books. Couver­ture : Un plon­geur en satu­ra­tion, par Eric Lipp­mann.

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