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Ce cher­cheur a calculé le chiffre d’af­faires de la mafia italienne

par   Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer   | 7 septembre 2016

La Camorra, la ‘Ndran­gheta, la Cosa Nostra et la Sacra corona unita consti­tuent les quatre mafias italiennes les plus influentes. Qui dit mafia dit forcé­ment mystère, discré­tion, jeux d’in­fluence et zones d’ombre. Diffi­cile ainsi d’éva­luer les sommes astro­no­miques que de telles orga­ni­sa­tions peuvent engran­ger. Certains y vont tout de même de leurs esti­ma­tions, avançant des chiffres allant de 150 milliards pour les quatre orga­ni­sa­tions à 53 milliards pour une seule. Fran­cesco Calde­roni est crimi­no­logue, profes­seur à l’univer­sità catto­lica del Sacro Cuore de Milan en Italie et cher­cheur au Trans­crime, un centre de recherche sur le crime inter­na­tio­nal implanté au sein de l’uni­ver­sité. Il a élaboré un système de calcul complexe qui permet­trait d’éva­luer de façon précise le chiffre d’af­faires annuel des quatre plus grandes orga­ni­sa­tions mafieuses italiennes. Chaque groupe est implanté dans diffé­rentes branches d’ac­ti­vi­tés, qui génèrent chacune des reve­nus très variables. Vlcsnap-2010-02-28-19h51m08s99Corleone, en Sicile — Crédits : DR Selon lui, les « chiffres mythiques » avan­cés par les uns et les autres parti­cipent à « véhi­cu­ler des stéréo­types au sein des popu­la­tions, stimulent la xéno­pho­bie, augmentent la peur du crime et affectent la percep­tion de ce que sont les problèmes réels ». Le cher­cheur précise que la plupart des études sont biai­sées d’avance parce qu’elles envi­sagent les mafias selon un modèle écono­mique spéci­fique, tout en consi­dé­rant certaines variables struc­tu­relles. Il en ressort un chiffre d’af­faires plus ou moins sorti de nulle part et très souvent éloi­gné de la réalité. Au sein du Trans­crime, Calde­roni s’est donc foca­lisé sur la mafia, les marchés illé­gaux et les poli­tiques qui luttent contre le crime orga­nisé. Afin d’or­ga­ni­ser ses calculs, il a établi une sélec­tion des neuf prin­ci­pales acti­vi­tés crimi­nelles grâce auxquelles la mafia génère de l’argent : exploi­ta­tion sexuelle des femmes, trafic d’armes à feu, trafic de drogue, contre­façon, vente illi­cite de ciga­rettes, paris illé­gaux, trai­te­ment illé­gal des déchets, prêts et extor­sion de fonds. Il a ensuite étudié sépa­ré­ment chaque acti­vité. Avec cette méthode, Calde­roni est arrivé à la conclu­sion suivante : la Mafia géné­re­rait approxi­ma­ti­ve­ment 10,7 milliards d’eu­ros par an, soit 0,7 % du PIB italien, l’ex­tor­sion de fonds consti­tuant son acti­vité prin­ci­pale. La Camorra et la ‘Ndran­gheta sont les groupes mafieux aux plus hauts reve­nus, avec respec­ti­ve­ment 3,3 et 3 milliards d’eu­ros. Elles tota­li­se­raient 68 % des acti­vi­tés mafieuses en Italie. 003-1983-Napoli-Armed-Camorra-member-being-questionedUn membre de la Cosa Nostra inter­rogé en 1983 — Crédits : DR La présence de chacune de ces mafias est tout parti­cu­liè­re­ment impor­tante dans leurs régions d’ori­gine : l’ouest de la Sicile et la Catane pour la Cosa Nostra, les provinces de Naples et de la Caserte pour la Camorra, le sud de la Calabre pour la ‘Ndran­gheta. Même si le crime orga­nisé italien consti­tue avant tout un problème natio­nal, il est souvent comparé à une pieuvre tita­nesque dont les tenta­cules s’étendent sur de nombreux autres pays : l’Es­pagne, l’Al­le­magne et les Pays-Bas en premier lieu, mais égale­ment l’Al­ba­nie, la Belgique, la Suisse en encore la France. Fran­cesco Calde­roni souligne égale­ment le fait que contrai­re­ment aux croyances popu­laires, la majo­rité des pays dans lesquels d’im­por­tantes mafias sont implan­tées sont des démo­cra­ties, des États de droit aux faibles niveaux de corrup­tion et aux systèmes juri­diques avan­cés. « En Italie, je pense que la majo­rité des reve­nus des mafias proviennent de extor­sion de fonds, de la protec­tion privée et des prêts. Ces acti­vi­tés sont étroi­te­ment asso­ciées à la zone d’in­fluence de chacune des mafias. Les connec­tions des groupes mafieux avec la poli­tique et le monde des affaires leur permettent de main­te­nir leur emprise sur leurs terri­toires », explique enfin Calde­roni. Il déclare impli­ci­te­ment que la prépon­dé­rance du crime orga­nisé en géné­ral reste très diffi­cile à endi­guer, tant au niveau local qu’aux niveaux natio­nal et inter­na­tio­nal. Sources : Trans­crime Pour aller plus loin >>>>>>>>>>> Comment la mafia napo­li­taine a donné le cancer aux Italiens. ulyces-mafiacancer-07