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Des scien­ti­fiques révèlent que l’édi­tion de gènes cause des centaines de muta­tions incon­trô­lables

par   Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer   | 30 mai 2017

Sa décou­verte a été accla­mée par la commu­nauté scien­ti­fique, qui la consi­dère comme une des inven­tions les plus poten­tiel­le­ment trans­for­ma­trices de la méde­cine moderne. Et pour cause, Cas9 (pour « Clus­te­red Regu­lar Inters­pa­ced Short Palin­dro­mic Repeats asso­cia­ted protein 9 », ou CRISPR) est une protéine capable d’ap­por­ter des modi­fi­ca­tions chirur­gi­cales à l’ADN des êtres humains, des animaux et des plantes, comme on décou­pe­rait des plans dans le montage d’un film. Mais peut-être ses créa­teurs sont-ils allés trop loin. Dans une étude parue le 29 mai dernier, des scien­ti­fiques démontre que cette tech­no­lo­gie d’édi­tion géno­mique a causé des centaines de muta­tions inat­ten­dues dans le génome des sujets. « Il est essen­tiel que la commu­nauté scien­ti­fique consi­dère les dangers poten­tiels de toutes les muta­tions hors-cible engen­drées par CRISPR. Y compris les muta­tions de nucléo­tides et celles qui se produisent dans des régions non-codantes du génome », explique Stephen Tsang, du centre médi­cal de l’uni­ver­sité de Colum­bia. Lui et son équipe ont mené le premier dépis­tage entier du génome d’un orga­nisme vivant – deux souris – ayant subi l’édi­tion des gènes CRISPR. Ils ont décou­vert des muta­tions indé­si­rables dans des zones tota­le­ment indé­pen­dantes des gènes ciblés. Initia­le­ment, les scien­ti­fiques recher­chaient des muta­tions inhé­rentes à cette tech­no­lo­gie, en incluant celles qui ne modi­fiaient qu’un seul nucléo­tide – parti­cu­liè­re­ment des molé­cules qui servent de blocs de construc­tion à l’ADN et l’ARN. Ils se sont ensuite aperçus que la tech­nique avait réussi à corri­ger un gène qui provoque l’aveu­gle­ment chez les souris mais que néan­moins, les deux animaux ayant subi une telle modi­fi­ca­tion avaient enduré plus de 1 500 muta­tions et plus de 100 effa­ce­ments et inser­tions. « Aucune de ces muta­tions de l’ADN n’a été prédite par les algo­rithmes infor­ma­tiques utili­sés par les scien­ti­fiques pour détec­ter les effets hors-cible », rapporte l’équipe. Cette nouvelle étude tient à mettre en garde la commu­nauté scien­ti­fique : l’édi­tion de gènes est encore loin, très loin d’être au point, et il se pour­rait qu’une telle pratique ne soit pas compa­tible avec le genre humain. Source : EurekA­lert !