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La vengeance du milliar­daire Peter Thiel contre le maga­zine Gawker est digne d’un thril­ler

par   Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer   | 9 juin 2016

Le pitch ? Un milliar­daire rancu­nier dirige dans l’ombre un arse­nal juri­dique pour ruiner un média dit « de cani­veau » qui lui a fait du tort. peter-thiel-Mike-Denton-gawker-affaire-hulk-hoganPeter Thiel (à gauche) et Mike Denton, au cœur d’une affaire judi­ciaire qui fait couler beau­coup d’encre aux USA. Les prota­go­nistes ? Peter Thiel : milliar­daire liber­ta­rien, fonda­teur de PayPal, siège au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Face­book en tant qu’un des premiers inves­tis­seurs de la firme. Gawker : média en ligne spécia­lisé dans la révé­la­tion de scan­dales et de rumeurs (base­line : « Les rumeurs d’aujourd’­hui sont l’info de demain »). Nick Denton : son fonda­teur. Hulk Hogan : star du catch et de télé-réalité. En 2012, Gawker diffuse une sextape montrant le catcheur Terry Bollea, alias Hulk Hogan, au lit avec la femme d’un de ses amis. Outre le scan­dale conju­gal, la célé­brité attaque le site pour atteinte à la vie privée. Hogan gagne la procé­dure, et Gawker est condamné à lui verser 140 millions de dollars de dommages et inté­rêts. Outch. Le média est aujourd’­hui en appel, face à un verdict qui pour­rait lui faire mettre la clé sous la porte. Mais comment Hulk Hogan, star de seconde main ruinée par son récent divorce, a-t-il pu se payer Charles Harder, l’avo­cat des plus grandes stars holly­woo­diennes ? article-gawker-sextape-hogan-thiel-dentonL’ar­ticle de Gawker à la base de ce qui est devenu un débat d’idées aux États-Unis Le maga­zine Fusion a récem­ment rapporté que c’est Peter Thiel qui avait secrè­te­ment financé de nombreux procès en cours contre Gawker. Le site a révélé son homo­sexua­lité en 2006, contre sa volonté. Le milliar­daire, adepte des échecs et fin stra­tège impla­cable, orga­nise alors secrè­te­ment sa vengeance face à ce qu’il consi­dère comme « l’équi­valent d’Al-Qaïda dans la Sili­con Valley ». Il crée un groupe d’avo­cats char­gés de repé­rer des personnes en conflits avec Gawker, et finance notam­ment le procès de Hogan à hauteur de dix millions de dollars. Après les révé­la­tions, le milliar­daire assume publique­ment avoir préparé sa vengeance dans l’ombre pendant dix ans, arguant d’une mission de bien­fai­sance face à ce média qu’il juge repré­sen­ta­tif des pires dérives jour­na­lis­tiques. Problème ? L’avo­cat Charles Harder n’at­taque pas que le site, mais aussi direc­te­ment ses jour­na­listes. Et dans l’af­faire Hogan, le juriste a soigneu­se­ment refusé que son client soit remboursé par la compa­gnie d’as­su­rance de Gawker. Les 140 millions reviennent donc direc­te­ment à la charge du média, une volonté flagrante de la part du milliar­daire de le couler finan­ciè­re­ment. harder-hogan-sextape-bubbaHulk Hogan (à droite) lors d’une confé­rence de presse donnée par son avocat Charles Harder (au centre). Cette affaire provoque depuis peu un véri­table débat natio­nal aux USA. Les parti­sans du droit à la vie privée pour les célé­bri­tés face à ceux qui consi­dèrent la volonté d’un busi­ness­man de couler un média comme une atteinte à la liberté d’ex­pres­sion. Vie privée ou liberté d’ex­pres­sion, donc ? Entre un média de bas-étage et un milliar­daire machia­vé­lique, c’est toute la Sili­con Valley qui prend désor­mais posi­tion dans ce qui ressemble au scéna­rio d’un grand film à suspense, dont on est bien en peine de distin­guer les gentils des méchants. [MàJ du 17/08/2016] Mardi 16 août 2016, le groupe Univi­sion a racheté Gawker grâce à une enchère de 135 millions de dollars. Le fonda­teur de Gawker Nick Denton est plus que déçu du résul­tat. Selon le jour­na­liste de Recode Peter Kafka, Denton esti­mait l’an­née dernière que son média valait au bas mot 250 millions de dollars. Mais la tour­mente qu’il connaît l’a consi­dé­ra­ble­ment déva­lué. Gawker rejoint ainsi The Onion et Fusion au sein d’Uni­vi­sion, dont les mille­nials sont la cible prin­ci­pale. C’est aussi le jour qu’a choisi le milliar­daire Peter Thiel pour publier une tribune dans le New York Times, dans laquelle il se pose en leader du combat pour la confi­den­tia­lité en ligne et réaf­firme qu’il ne regrette rien. « Gawker a violé ma vie privée et s’est enri­chi dessus », écrit-il. « Je suis fier d’avoir contri­bué finan­ciè­re­ment à l’af­faire Hogan. Je le soutien­drai jusqu’à sa victoire finale – Gawker a fait part de son inten­tion de faire appel – et je soutien­drai avec plai­sir quiconque se retrou­vera dans la même posi­tion. » Pour Peter Thiel, « la défense de la vie privée à l’ère numé­rique est une source de préoc­cu­pa­tion perma­nente ». Un article qui fran­chit cette limite « et n’est d’au­cune utilité publique » ne devrait jamais être publié. Main­te­nant que Gawker a trouvé repre­neur, il y a fort à parier que l’af­faire trou­vera une conclu­sion rapide et qu’on obser­vera quelques réajus­te­ments de la ligne du maga­zine main­te­nant qu’il a rejoint l’écu­rie Univi­sion. Sources : Fusion/Recode/The New York Times Peter Thiel a mis des billes dans leur affaire. ↓ 1