fbpx

par Olivia Solon | 9 juin 2016

Les petits doigts de Jessica glissent sur la surface de l’iPad, faisant défi­ler les photos jusqu’à affi­cher une vidéo parti­cu­liè­re­ment diver­tis­sante : un clip de 12 secondes dans lequel on la voit se dandi­ner maladroi­te­ment sur « Single Ladies », le morceau de Beyoncé. La petite fille de 18 mois tape sur « lecture » avant de lais­ser échap­per un cri de joie. Après avoir visionné deux fois la séquence, elle revient à la page d’ac­cueil et ouvre l’ap­pli­ca­tion YouTube pour regar­der un épisode du dessin animé coloré Billy Bam Bam. Arri­vée à la moitié, elle le délaisse pour une partie de Yo Gabba Gabba!, un jeu mobile dans lequel des fruits anthro­po­morphes s’aven­turent dans le ventre d’un person­nage. Quand la mère de Jessica, Sandy, tente de reprendre l’iPad, la crise de colère qu’elle déclenche menace de virer à la catas­trophe nucléaire : la lèvre infé­rieure de la petite trem­blote furieu­se­ment, de grosses larmes roulent sur ses joues et ses mains se recroque­villent en poings rageurs tandis qu’elle pousse des cris aigus. « Ça lui arrive souvent », dit Sandy. « Elle semble préfé­rer l’iPad à tout le reste. Parfois, c’est la seule chose qui peut la calmer », ajoute-t-elle, agitant fréné­tique­ment une licorne en peluche rose devant le nez de sa fille pour tenter de l’apai­ser

. Comme de nombreux parents, elle s’inquiète à propos de l’ob­ses­sion de son enfant pour les écrans. Elle voudrait savoir quelles sont les acti­vi­tés les plus appro­priées pour elle, et après combien de temps elle doit l’en écar­ter. Il s’est écoulé six ans depuis le lance­ment de l’iPad et, avec lui, la renais­sance des tablettes tactiles. Les choses sont allées trop vite pour la recherche acadé­mique, ce qui signi­fie qu’il est diffi­cile de déter­mi­ner l’im­pact à long terme de l’ex­po­si­tion d’un jeune cerveau aux tablettes et aux smart­phones. Certains experts craignent que ces appa­reils, lorsqu’ils sont utili­sés d’une certaine manière, nuisent au déve­lop­pe­ment du cerveau des jeunes enfants en affec­tant poten­tiel­le­ment leur atten­tion, leur contrôle moteur, leurs facul­tés de langage et leur vision – tout parti­cu­liè­re­ment chez les moins de cinq ans, qui sont l’objet d’un déve­lop­pe­ment céré­bral intense. Les entre­prises de tech­no­lo­gie et les déve­lop­peurs d’ap­pli­ca­tions ont fait des prouesses marke­ting sur le sujet, en acco­lant des mots comme « éduca­tif » ou « e-lear­ning » à leurs produits, la plupart du temps sans aucune base scien­ti­fique. Mais que sont suppo­sés faire les parents ? ulyces-ipadbaby-01

À tâtons

Les gens ont toujours eu peur des nouveaux médias. Il y a près de 2 500 ans, Socrate décriait la diffu­sion de l’écri­ture, arguant qu’elle érode­rait la mémoire et la connais­sance humaines. Au XVe siècle, c’est l’im­pri­me­rie qui agitait les esprits. Les moines béné­dic­tins, auxquels la rédac­tion de manus­crits béné­fi­ciait gran­de­ment, se dres­sèrent contre l’im­pri­me­rie méca­nique, dont ils avançaient qu’elle risquait d’en­flam­mer les jeunes esprits influençables. Quand la radio fit son appa­ri­tion, elle aussi fut perçue comme une menace. On l’ac­cu­sait de distraire les enfants de leurs devoirs d’école. Un article de 1936 paru dans le maga­zine anglais Gramo­phone rappor­tait que les jeunes avaient « pris l’ha­bi­tude de parta­ger leur atten­tion entre la tache rébar­ba­tive de leurs devoirs d’école et le plai­sir irré­sis­tible provoqué par le haut-parleur ». Cepen­dant, peu de tech­no­lo­gies ont envahi nos vies – et celles de nos enfants – avec aussi peu de remous que l’in­for­ma­tique mobile, incar­née le plus souvent par les smart­phones ou les tablettes. Ces appa­reils ont la taille idéale pour être mani­pu­lés par de petites mains, et les écrans tactiles sont simples d’uti­li­sa­tion pour des petits doigts. Sans comp­ter la foule de choses qu’il est possible de faire avec : regar­der des vidéos, jouer à des jeux, dessi­ner et commu­niquer avec des proches qui se trouvent à des milliers de kilo­mètres de là.

ulyces-ipadbaby-02
Cet appa­reil est-il diabo­lique ?

En 2011, un an après le lance­ment de l’iPad, moins de 10 % des enfants améri­cains de moins de deux ans avaient déjà utilisé des tablettes ou des smart­phones, mais en 2013, ce nombre avait quasi­ment quadru­plé. Une étude française de 2015 a démon­tré que 58 % des enfants âgés de moins de deux ans avaient déjà utilisé une tablette ou un télé­phone mobile au cours de leur brève exis­tence. Les consé­quences de l’uti­li­sa­tion à long terme de tels appa­reils ne sont pas claires. L’Aca­dé­mie améri­caine de pédia­trie (AAP) a péché par excès de prudence en recom­man­dant de ne pas expo­ser du tout les enfants âgés de moins de deux ans aux écrans, et fixant la limite à deux heures par jour pour les plus âgés. Des restric­tions qui ne prennent pas en compte le nombre de gens qui ont inté­gré natu­rel­le­ment ces appa­reils dans la vie de leurs enfants, et qui ne reflètent pas non plus le fait que certaines inter­ac­tions avec des écrans peuvent s’avé­rer béné­fiques. « Si votre enfant est âgé de moins de deux ans et qu’il est exposé à un écran, cela ne causera aucun dommage à son cerveau : il ne va pas deve­nir idiot », assure Michael Rich, profes­seur asso­cié de pédia­trie à l’école de méde­cine de Harvard et membre de l’AAP. « Mais il y a des incon­vé­nients poten­tiels, et les parents sont tenus d’ef­fec­tuer une balance béné­fice-risque. »

L’AAP est actuel­le­ment en train de refor­mu­ler ses direc­tives, qui devraient être publiées à la fin de l’an­née 2016. Mais pourquoi n’en savons-nous pas plus à propos des risques que courent les enfants en utili­sant des écrans ? C’est qu’il y a un souci fonda­men­tal à la base de l’en­semble de ce secteur de la recherche : qu’en­tend-on exac­te­ment par « temps d’écran » ? Tout d’abord, il est impor­tant de distin­guer les diffé­rents types d’écrans : parlons-nous d’un écran de télé­vi­sion, de celui d’une tablette, d’un smart­phone ou bien d’une liseuse ? Ensuite, la nature du contenu est impor­tante : s’agit-il d’un jeu de dessin inter­ac­tif, d’un e-book, d’un appel sur Skype avec grand-mère ou d’un dessin animé regardé en strea­ming sur Netflix ? Enfin, il faut tenir compte du contexte : y a-t-il quelqu’un pour s’oc­cu­per de l’en­fant dans la pièce, qui s’adresse à lui pendant qu’il inter­agit avec l’écran, ou bien est-il laissé à lui-même ?

Les moins de trois ans, en parti­cu­lier, ont besoin d’un équi­libre dans leurs acti­vi­tés.

Actuel­le­ment, nous dispo­sons de recherches appro­fon­dies sur les enfants et leur expo­si­tion à la télé­vi­sion, mais nous ne savons pas encore à quel point elles s’ap­pliquent aux écrans inter­ac­tifs comme les tablettes et les smart­phones. Nous savons certaines choses, cepen­dant. La plupart des spécia­listes du déve­lop­pe­ment infan­tile s’ac­cordent pour dire que même si le temps passé devant un écran peut être diver­tis­sant, il n’en décou­lera pas une expé­rience d’ap­pren­tis­sage parti­cu­liè­re­ment riche. Regar­der un dessin animé à la télé ou sur une tablette ne fait pas de diffé­rence : l’ex­pé­rience est globa­le­ment la même. Avoir une vidéo en cours de lecture ou la télé­vi­sion allu­mée quand un enfant est en train de faire autre chose peut le distraire et l’éloi­gner du jeu et de l’ex­pé­rience d’ap­pren­tis­sage qui l’ac­com­pagne, affec­tant néga­ti­ve­ment son déve­lop­pe­ment. Il a égale­ment été démon­tré que les heures passées avec la télé en fond sonore réduisent l’in­te­rac­tion entre les enfants et leurs parents, ce qui impacte de façon impor­tante le déve­lop­pe­ment de la parole.

Ce déport de l’at­ten­tion soulève de grandes préoc­cu­pa­tions : si on confie les enfants à des écrans comme on le ferait à des baby-sitters, ils n’in­te­ra­gissent pas avec les personnes censées prendre soin d’eux ou avec le monde physique. Il n’y a pas tant d’heures que cela dans une jour­née, et le temps passé devant les écrans l’est au dépend d’ac­ti­vi­tés sûre­ment plus béné­fiques. Les moins de trois ans, en parti­cu­lier, ont besoin d’un équi­libre dans leurs acti­vi­tés entre jeux instruc­tifs, explo­ra­tion de leur envi­ron­ne­ment natu­rel, mani­pu­la­tion de jouets maté­riels et socia­li­sa­tion avec d’autres enfants et d’autres adultes. Le temps d’écran crois­sant implique de réduire ces autres acti­vi­tés. « Les parents doivent penser de façon stra­té­gique », dit le pédiatre Dimi­tri Chris­ta­kis, direc­teur du Centre pour la santé de l’en­fant, le compor­te­ment et le déve­lop­pe­ment à l’Ins­ti­tut de recherche infan­tile de Seat­tle. « Si votre enfant est éveillé pendant 12 heures et que deux d’entre elles sont consa­crées à manger, comment comp­tez-vous orga­ni­ser le reste du temps ? » Le problème, c’est que les tablettes sont aussi atti­rantes pour les enfants que pour les adultes. Grâce à leur design, leur poly­va­lence et leurs inter­faces intui­tives, les tablettes sont idéales pour permettre aux enfants de dessi­ner, de résoudre des puzzles et de s’amu­ser n’im­porte où. Ajou­tez à cela les efforts marke­ting des socié­tés spécia­li­sées dans les médias numé­riques et des déve­lop­peurs d’ap­pli­ca­tions mobiles – dont le succès se mesure au temps que les gens passent scot­chés devant leurs produits –, et vous obte­nez un jouet qu’il est diffi­cile de reprendre des mains des enfants. Beau­coup d’ap­pli­ca­tions sont conçues pour être stimu­lantes, elles contiennent des récom­penses visuelles et audi­tives amusantes pour chaque mission accom­plie. Pour Chris­ta­kis, cela fait vibrer la corde sensible de notre fierté. En se disant : « Je l’ai fait ! », on ouvre le circuit de la récom­pense de notre cerveau. « Le plai­sir qu’un enfant prend à toucher un écran et déclen­cher une anima­tion est à la fois édifiant et poten­tiel­le­ment addic­tif », dit-il.

maxresdefault-3-1024x576
Dimi­tri Chris­ta­kis
Crédits : DR

Pour cette raison, les tablettes et les smart­phones font office de parfaites tétines, parti­cu­liè­re­ment durant de longs trajets en avion ou au restau­rant. « L’ap­pa­reil lui-même est perçu comme une source de plai­sir et de récon­fort, et les parents en jouent », affirme Chris­ta­kis. « C’est assez répandu », dit Jenny Radesky, profes­seure adjointe en pédia­trie à l’uni­ver­sité du Michi­gan. « Cela devient l’ou­til incon­tour­nable, le plus simple à utili­ser pour les parents. » Bien qu’u­tile à court terme, il est impor­tant que les jeunes enfants soient capables de déve­lop­per des méca­nismes internes d’auto-régu­la­tion, et notam­ment d’ap­prendre sans être systé­ma­tique­ment récom­pen­sés ou d’être capables de devoir patien­ter sans stimu­la­tion numé­rique à portée de main. Dimi­tri Chris­ta­kis ajoute que, de façon empi­rique, lui et d’autres spécia­listes voient des patients de plus en plus jeunes utili­ser ces appa­reils de façon compul­sive. « Nous savions déjà que l’uti­li­sa­tion abusive d’In­ter­net par des enfants plus âgés et des adoles­cents est une réalité, et cela prouve que le même schéma peut s’ap­pliquer aux plus petits », dit-il. Il mène actuel­le­ment des recherches pour en apprendre plus à ce sujet.

Les problèmes des écrans

Au Centre de recherches neuro­lo­giques inté­gra­tives de Seat­tle, une portée de souri­ceaux roses gigotent en masse derrière leur mère. La famille de rongeurs habite un réci­pient en plas­tique trans­pa­rent rempli de sciure, parmi les centaines d’autres qui sont empi­lés sur des étagères rota­tives. Il s’agit des souris dites « de contrôle » utili­sées par Dimi­tri Chris­ta­kis, le neuros­cien­ti­fique Nino Rami­rez et leur équipe, alors qu’ils tentent de comprendre l’im­pact d’une expo­si­tion média­tique effré­née sur de jeunes cerveaux.

ulyces-ipadbaby-03
L’ex­pé­rience de Chris­ta­kis et Rami­rez

De l’autre côté du couloir, une expé­rience est en cours. Un des bocaux à souris est encer­clé de projec­teurs et de haut-parleurs. Pendant 42 jours, six heures par jour, les souri­ceaux sont expo­sés à la bande-son surex­ci­tée de dessins animés de la chaîne Cartoon Network, accom­pa­gnées de projec­tions synchro­ni­sées de lumières rouges, bleues et vertes. Le dispo­si­tif a été conçu pour décou­vrir ce qu’il se passe dans leurs cerveaux quand ils sont stimu­lés de façon exces­sive par un média durant une phase cruciale de leur déve­lop­pe­ment. Les résul­tats sont saisis­sants. « Les soumettre à ces hyper-stimu­la­tions lorsqu’ils sont bébés tend à les rendre hyper­ac­tifs pour le reste de leur vie », explique Rami­rez. Les souris hyper-stimu­lées prennent plus de risques et rencontrent plus de diffi­cul­tés pour apprendre et rester atten­tives. Elles sont par exemple trou­blées par des objets qu’elles ont déjà vu aupa­ra­vant, et ont plus de diffi­cul­tés à se dépla­cer dans un laby­rinthe. Lorsqu’il leur est offert de prendre une dose de cocaïne, les souris hyper-stimu­lées se révèlent plus sujettes à l’ad­dic­tion que le groupe témoin. Ces chan­ge­ments compor­te­men­taux sont dues aux méta­mor­phoses de leurs cerveaux.

En théo­rie, le même phéno­mène s’ap­plique aux enfants : les surex­po­ser à ces médias – parti­cu­liè­re­ment à une époque enva­hie de tablettes au strea­ming inces­sant, de vidéos au déclen­che­ment incon­trô­lable et des jeux inter­ac­tifs flashys – peut causer un déséqui­libre dans une partie du cortex céré­bral appe­lée « ganglions de la base ». Il s’agit de la partie du cerveau permet­tant de se foca­li­ser sur des taches critiques et d’igno­rer les distrac­tions. Une stimu­la­tion aussi exces­sive risque de débou­cher sur des problèmes compor­te­men­taux dans la vie adulte, parti­cu­liè­re­ment en termes d’at­ten­tion, de mémoire et d’im­pul­si­vité. « Il semble qu’il soit possible de surs­ti­mu­ler les jeunes cerveaux à tel point que la vie quoti­dienne ne les exci­tera plus dans les mêmes propor­tions », d’après le docteur Rami­rez.

ulyces-ipadbaby-04
Dr Nino Rami­rez
Crédits : DR

Mais avant de déclen­cher la panique géné­rale autour d’une géné­ra­tion d’hy­per­ac­tifs inca­pables de se concen­trer et d’adultes post-mille­nials accros à la cocaïne, il est impor­tant de souli­gner que ces expé­riences ont soulevé de nombreuses critiques pour de multiples raisons. Six heures quoti­diennes de n’im­porte quelle acti­vité repré­sente une grande quan­tité de temps, tout parti­cu­liè­re­ment pour des mammi­fères nocturnes comme les souris (bien que les cher­cheurs assurent que les rongeurs ne présentent aucun signe de stress).

En outre, Chris­ta­kis, Rami­rez et leurs collègues ne mettent pas les souris face à un véri­table écran diffu­sant un contenu censé – il s’agit d’un simu­lacre d’écran en forme de flashs lumi­neux. La recherche sur les rongeurs menée à Seat­tle est unique en termes d’ap­proche et d’en­ver­gure, ce qui explique pourquoi on s’y réfère si fréquem­ment pour illus­trer les effets néga­tifs du temps d’écran. Et bien que le modèle des souris ne soit en aucun cas infaillible, il est utile pour étudier les méca­nismes sous-jacents liés à des proces­sus cogni­tifs élémen­taires, qui sont grosso modo les mêmes chez tous les mammi­fères. Étant donné que les souris sont dotées d’une longé­vité rela­ti­ve­ment courte, il est possible d’exa­mi­ner leurs trajec­toires de déve­lop­pe­ment sur des périodes plus restreintes et d’ob­te­nir un aperçu concret de ce qui se trame dans leurs cerveaux. Et tout ceci peut être réalisé dans un envi­ron­ne­ment contrôlé qu’on ne saurait repro­duire avec des sujets humains. Si, comme le suggèrent les résul­tats de l’ex­pé­rience, le déve­lop­pe­ment cogni­tif est affecté par l’ex­po­si­tion aux médias, alors ces recherches pour­raient avoir un impact sur le type d’in­te­rac­tions avec les écrans que nous auto­ri­sons aux jeunes enfants. Les parents doivent-ils s’inquié­ter ? « Ils doivent se montrer vigi­lants et rester prudents vis-à-vis du temps d’ex­po­si­tion aux écrans de leurs enfants, ainsi que des conte­nus auxquels ils ont accès », met en garde le docteur Chris­ta­kis. Bien qu’il soit diffi­cile de mener des expé­riences contrô­lées avec de véri­tables nouveaux-nés, il est donc possible d’ob­ser­ver ce qu’il se passe « dans leur envi­ron­ne­ment natu­rel ». À partir de quoi nous pouvons établir des liens avec leurs habi­tudes des appa­reils mobiles. En Cali­for­nie, Maria Liu dirige la Clinique pour la préven­tion de la myopie au sein de l’école d’op­to­mé­trie de l’uni­ver­sité de Cali­for­nie à Berke­ley. Elle a observé une nette augmen­ta­tion de la myopie chez les jeunes enfants. « Elle augmente de façon alar­mante dans le monde entier, et l’ini­tia­tion des jeunes enfants aux appa­reils mobiles est un facteur déter­mi­nant de cette augmen­ta­tion. »

ulyces-ipadbaby-05
Les tablettes sont parti­cu­liè­re­ment adap­tées à l’usage des tout petits

Durant les premières années de notre exis­tence, nos globes oculaires sont très adap­tables et malléables. Aussi, passer de nombreuses heures à se foca­li­ser sur des objets trop proches de nous rend l’œil davan­tage sujet à la myopie. « Le globe oculaire va se déve­lop­per plus en longueur pour compen­ser la tension causée par cette vision rappro­chée », explique Maria Liu. Elle n’a aucune recom­man­da­tion précise en termes de limi­ta­tion de temps d’écran, quel que soit l’ap­pa­reil, mais elle affirme que « des pauses fréquentes dans le travail de la vision rappro­chée » sont cruciales. Les tablettes et les smart­phones sont tenus la plupart du temps plus proches du visage que d’autres appa­reils comme les écrans de télé­vi­sion et les ordi­na­teurs de bureau. Et bien que les livres sont lus de près, des études ont montré que les enfants avaient tendance à les tenir plus éloi­gnés d’eux que les écrans.

Autre aspect problé­ma­tique des écrans : il a été démon­tré qu’ils pertur­baient le sommeil. La lumière bleue émise par les écrans rétro-éclai­rés peut déré­gler notre rythme méta­bo­lique natu­rel, en empê­chant la sécré­tion de méla­to­nine, l’hor­mone du sommeil. Cela peut égale­ment conduire à des troubles du sommeil, chez les enfants comme chez les adultes. Sandy raconte que si Jessica utilise la tablette avant d’al­ler se coucher, elle devient « clai­re­ment irri­table ». Aussi, dit-elle, ils préfèrent utili­ser des livres. Ce souci explique la raison pour laquelle la dernière version d’iOS  s’ac­com­pagne d’un « mode nuit », qui permute auto­ma­tique­ment de la lumière bleue de l’écran à une couleur plus chaude avant le couché.

LISEZ ICI LA SUITE DE L’HISTOIRE

LES ÉCRANS SONT-ILS VRAIMENT DANGEREUX POUR NOS ENFANTS ?

ulyces-ipadbaby-couv01


Traduit de l’an­glais par Nico­las Prouillac et Adélie Floch d’après l’ar­ticle « Smart­phones won’t make your kids dumb. We think », paru dans Mosaic.

Couver­ture : Un enfant face à un iPad.


PLUS DE SCIENCE