par Peter Piot | 3 août 2014

« Monte dans cet avion ! Ils sont dingues ici, tu le sais ! » crie le respon­­sable de Kin Avia, une des rares compa­­gnies aériennes rela­­ti­­ve­­ment sûres de la Répu­­blique Démo­­cra­­tique du Congo. Il est presque 10 heures du matin à Kinshasa, et cela fait déjà plusieurs heures que nous essayons de régler les forma­­li­­tés admi­­nis­­tra­­tives néces­­saires pour nous envo­­ler vers Bumba. En d’autres termes, nous devons passer l’im­­mi­­gra­­tion pour effec­­tuer un vol domes­­tique. L’aé­­ro­­port de Bumba est le plus proche de Yambuku, notre desti­­na­­tion. Ce village se trouve dans la province de l’Équa­­teur, à envi­­ron 1 000 kilo­­mètres de la capi­­tale, dans le nord-ouest du pays. Je vais passer deux semaines dans ce pays pour fêter mon 65e anni­­ver­­saire et remer­­cier les personnes qui ont joué un rôle impor­­tant dans ce qui allait deve­­nir les deux expé­­riences les plus déter­­mi­­nantes de ma vie : enquê­­ter sur les premières attaques connues du virus Ebola en 1976 et décou­­vrir une impor­­tante épidé­­mie hété­­ro­­sexuelle de Sida en 1983. Ma femme Heidi m’ac­­com­­pagne dans ce voyage ainsi qu’une équipe améri­­caine de tour­­nage. Ils souhaitent réali­­ser un docu­­men­­taire consa­­cré aux épidé­­mies. Mes amis Jean-Jacques Muyembe, direc­­teur de l’Ins­­ti­­tut Natio­­nal de Recherche Biomé­­di­­cale (INRB) de la RDC, Eugene Nzila, un des pion­­niers du Projet Sida (fondé en 1984, c’est le prin­­ci­­pal projet de recherche consa­­cré au Sida en Afrique) et Annie Rimoin, une épidé­­mio­­lo­­giste de l’uni­­ver­­sité de Los Angeles sont égale­­ment présents.

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Au cœur de la jungle
Crédits : Peter Piot

Atter­­ris­­sage à Bumba

Quand j’avais 27 ans, alors que je n’étais pas encore tout à fait formé, j’ai eu l’op­­por­­tu­­nité dont tout aspi­­rant micro­­bio­­lo­­giste rêve : décou­­vrir un nouveau virus, enquê­­ter sur son mode de trans­­mis­­sion et empê­­cher sa propa­­ga­­tion. Tout a commencé lorsque mon labo­­ra­­toire à l’Ins­­ti­­tut de Méde­­cine Tropi­­cale d’An­­vers a reçu un échan­­tillon de sang en prove­­nance du pays qui s’ap­­pe­­lait encore le Zaïre. Cet échan­­tillon avait été prélevé sur une nonne flamande, morte des suites de la fièvre jaune. Du moins, c’est ce qu’on pensait. Notre labo­­ra­­toire a démon­­tré que cet échan­­tillon conte­­nait un virus jusqu’a­­lors inconnu. Une fois cette décou­­verte vali­­dée par le Centre pour le contrôle et la préven­­tion des mala­­dies, il fut nommé Ebola, en réfé­­rence à une rivière située à 100 km au nord de Yambuku, le point de départ de l’épi­­dé­­mie. Ce virus allait être l’un des plus meur­­triers que l’hu­­ma­­nité ait connu. Mabalo Lokela, le direc­­teur de l’école de Yambuku, mourut au début de mois de septembre 1976 des suites d’une fièvre impor­­tante asso­­ciée à une diar­­rhée fulgu­­rante et des saigne­­ments. Sa mort ébranla la commu­­nauté de la petite mission catho­­lique. Bien­­tôt, l’hô­­pi­­tal était rempli de patients souf­­frant des mêmes symp­­tômes : ils moururent presque tous en moins d’une semaine.

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Peter Piot et son équipe en 1976
Crédits : Peter Piot

Cet événe­­ment était en fait les premiers signes de l’épi­­dé­­mie d’Ebola, un virus dont le vecteur de conta­­mi­­na­­tion serait les chauves-souris. Quatre souches connues sont dange­­reuses pour les humains, la plus létale étant celle nommée « Zaïre » et dont le taux de morta­­lité atteint 90 %. La trans­­mis­­sion entre indi­­vi­­dus s’ef­­fec­­tue soit via des injec­­tions conta­­mi­­nées, le contact avec le sang et les liquides orga­­niques, ou des rapports sexuels, et le virus se trans­­met proba­­ble­­ment entre la mère et l’en­­fant. Envi­­ron une semaine après l’in­­fec­­tion, les personnes conta­­mi­­nées déve­­loppent une fièvre sévère, accom­­pa­­gnée de diar­­rhées et de vomis­­se­­ments. Ils saignent et souffrent de « coagu­­la­­tion intra­­vas­­cu­­laire dissé­­mi­­née » : des petits caillots se forment dans tous les vais­­seaux sanguins de l’or­­ga­­nisme et entraînent une pertur­­ba­­tion du fonc­­tion­­ne­­ment des organes. La mort survient une semaine après les premiers symp­­tômes. À Yambuku, sur les 318 personnes diagnos­­tiquées comme étant porteuses du virus, 90 % moururent. C’est-à-dire plus de la moitié de l’équipe médi­­cale de l’hô­­pi­­tal ainsi que 39 personnes parmi les 60 familles vivant à la mission. La région entière fut dévas­­tée et certains villages perdirent 1 habi­­tant sur 11 unique­­ment à cause d’Ebola. Monter dans un C130 Hercules en direc­­tion de Bumba en 1976 était moins compliqué que d’ef­­fec­­tuer un vol commer­­cial en 2014, même si cela impliquait de char­­ger dans l’avion-cargo un Land Rover, de l’équi­­pe­­ment médi­­cal et des barils d’es­­sence. Dans l’avion, il y avait avec nous un Zaïrois, un Améri­­cain, un Français et deux Belges : beau­­coup de blagues commencent comme ça. Cepen­­dant, les pilotes étaient d’hu­­meur exécrable. Ils n’ap­­pré­­ciaient pas de devoir survo­­ler une zone d’épi­­dé­­mie. Leurs collègues leur avaient-ils raconté que les oiseaux tombaient du ciel autour de Yambuku et que les cadavres étaient alignés le long des routes ? À l’at­­ter­­ris­­sage, l’avion s’est brusque­­ment arrêté et les pilotes ne sont pas sortis de la cabine. Ils n’ont même pas voulu arrê­­ter les moteurs. Ils voulaient décol­­ler le plus vite possible et éviter tout contact avec les popu­­la­­tions locales. Des centaines de gens, silen­­cieux, nous regar­­daient sortir par la porte arrière de l’avion. Ils ont ensuite crié lorsque nous avons sorti le Land Rover. Nous étions les premiers à briser la quaran­­taine mise en place autour de la région et les gens étaient persua­­dés que nous allions arrê­­ter l’in­­fec­­tion, appor­­ter de la nour­­ri­­ture et des médi­­ca­­ments. Sitôt l’avion déchargé, les pilotes crièrent « Bonne chance ! » et décol­­lèrent. Une impres­­sion de déjà-vu me saisit lorsque nous atter­­ris­­sons sur la piste en terre rouge de Bumba. Le pilote congo­­lais se souvient de moi, il faisait partie de l’ar­­mée de l’air zaïroise en 1970. « Une nouvelle épidé­­mie d’Ebola ? » me demande-t-il, anxieux. Avec les inévi­­tables doua­­niers et le service d’im­­mi­­gra­­tion, seules quelques personnes sont présentes sur la piste. Un homme nous attend, tout comme en 1976 : le père Carlos Rommel, prêtre de la paroisse Notre Dame, qui travaille au Congo depuis 51 ans et prin­­ci­­pa­­le­­ment à Bumba. Il a arrangé les moindres détails pour nous, en plus de gérer de manière imper­­tur­­bable un hôpi­­tal, une paroisse et quatre écoles dans un pays ou rien n’est jamais acquis pour de bon.

L’hé­­li­­co­­ptère s’est écrasé dans la forêt 15 minutes plus tard et les trois passa­­gers sont morts.

Notre convoi de jeeps s’élance vers la mission catho­­lique de Bumba où nous reste­­rons les prochains jours, comme nous l’avions fait quatre décen­­nies plus tôt. Peu de choses ont changé : aucune route pavée ou goudron­­née dans cette ville comp­­tant 150 000 personnes et très peu de maisons faites en briques ou en ciment. Cette ville était jadis un port impor­­tant sur le fleuve Congo, mais la guerre, les émeutes et la corrup­­tion sont passées par là. Même si le trajet jusqu’à Kinshasa peut prendre jusqu’à six semaines à la saison sèche, les bateaux sont toujours surchar­­gés de gens, de voitures et de biens. Bien que située sur le mythique fleuve Congo, il n’y a pas d’eau courante à Bumba. Les filles et les femmes vont y cher­­cher l’eau sauf dans les secteurs où le père Carlos a creusé des puits. Il semble être le seul à inves­­tir dans les infra­s­truc­­tures et les services sociaux de la ville, et il le fait même parfois avec son propre argent. La seule élec­­tri­­cité produite vient d’un unique et bruyant géné­­ra­­teur. La première chose que je vois lorsque je visite l’hô­­pi­­tal public est un énorme camion noir garé près de l’en­­trée. Le mot « Morgue » est écrit dessus. Pas très enga­­geant. Du bétail paît entre les bâti­­ments. L’hô­­pi­­tal est presque entiè­­re­­ment vide puisque les patients doivent payer pour tout et n’ont que diffi­­ci­­le­­ment accès aux soins, ce qui inclut notam­­ment les médi­­ca­­ments et les tests pour le VIH. L’État ne prodigue aucune aide depuis des années. Avec Muyembe et Rimoin, deux des plus grands spécia­­listes de la variole du singe, nous exami­­nons une fillette de neuf ans qui a contracté cette mala­­die. C’est en RDC que l’on trouve le plus de cas de cette mala­­die qui ressemble à la variole, main­­te­­nant éradiquée. Cette affec­­tion est trans­­mise non seule­­ment par les singes mais aussi par d’autres animaux sauvages. De nombreux virus d’ori­­gine animale peuvent affec­­ter les humains et même être à l’ori­­gine de véri­­tables épidé­­mies : le VIH et la grippe sont de ceux-là. Contras­­tant avec l’hô­­pi­­tal public, l’hô­­pi­­tal de Notre Dame dont s’oc­­cupe la mission catho­­lique est propre et accueille de nombreux patients, mais le manque de médi­­ca­­ments s’y fait égale­­ment ressen­­tir. Muyembe et moi-même avons de longues conver­­sa­­tions à propos des raisons de cette négli­­gence totale de la santé d’un peuple et ce que nous pouvons faire en tant qu’u­­ni­­ver­­si­­taires. Il nous rappelle sans cesse la devise de l’Uni­­ver­­sité de Kinshasa dont il a été le doyen en méde­­cine : « La science n’est rien sans conscience. » C’est aussi la devise du lycée catho­­lique de Bumba.

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Le village de Yambuku
Crédits : Peter Piot

Regar­­der dans la cour depuis notre chambre à la mission m’évoque l’un des moments les plus marquants de mon séjour en 1976. Tôt dans l’après-midi, un héli­­co­­ptère Alouette (cadeau du président Valéry Giscard d’Es­­taing au président du Zaïre Mobutu Sese Seko) est arrivé à Yambuku pour m’em­­me­­ner rencon­­trer des hauts fonc­­tion­­naires améri­­cains à Bumba. Comme il commençait à faire vrai­­ment sombre, et que je sentais que ces messieurs ne voulaient pas venir au plus près de l’ac­­tion, j’ai décidé de ne pas y aller. Cela m’a sauvé la vie – l’hé­­li­­co­­ptère s’est écrasé dans la forêt 15 minutes plus tard et les trois passa­­gers sont morts, dont un sala­­rié de la mission qui m’avait remplacé à bord afin de rendre visite à sa famille à Bumba. Je me suis toujours dit que le pauvre homme était mort à ma place. Trois jours plus tard, j’ai dû récu­­pé­­rer les corps gonflés qu’un chas­­seur avait trou­­vés, à deux heures de marche à travers une forêt quasi-impé­­né­­trable du village le plus proche. Etant donné qu’il n’y avait pas de cercueils, j’ai dû en fabriquer moi-même à l’ate­­lier de la mission, à Bumba, qui était le seul endroit où trou­­ver des planches en bois. Durant des années, je n’ai pas pu parler de tout cela, et aujourd’­­hui encore la vue d’une pile de planches dans cet atelier est extrê­­me­­ment pertur­­bante.

Voyage à Yambuku

Bumba, ce matin, m’évoque beau­­coup de distrac­­tions ainsi que des souve­­nirs, mais je suis impa­­tient de voir Yambuku. La route R337 est une piste de terre rouge qui traverse le feuillage vert et dense de la forêt équa­­to­­riale. C’est la saison sèche et pendant les quatre heures et demie de route sur plus de 100 km, nous aper­­ce­­vons deux camions char­­gés de marchan­­dises et de passa­­gers, quatre motos trans­­por­­tant bien plus de quatre personnes ou des vélos char­­gés de riz, de caca­­huètes, de pois­­son séché et de viande de la brousse, de manioc, d’huile de palme et de bananes.

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La route de Bumba à Yambuku
Crédits : David Holt

En descen­­dant la route bosse­­lée de Bumba à Yambuku, je me cram­­ponne ferme­­ment à une poignée afin de ne pas être éjecté du siège avant, et ma tête résonne des souve­­nirs de ma première visite. La forêt est un peu à l’écart des villages main­­te­­nant, les arbres ayant été abat­­tus pour servir de combus­­tible au cours des années, et il y a bien plus d’en­­fants que dans mes souve­­nirs. Il y a aussi quelques nouveaux bâti­­ments en ciment dans plusieurs des villages que nous traver­­sons – la plupart du temps un seul parmi les huttes en terre et les Salles du Royaume, lieux de culte des témoins de Jého­­vah. Il y avait des plan­­ta­­tions de palmiers à huile autre­­fois, la propriété d’Uni­­le­­ver, ainsi que des rizières, mais elles ont été aban­­don­­nées depuis, à cause des guerres et de la dété­­rio­­ra­­tion des infra­s­truc­­tures et des trans­­ports. Les derniers emplois ont disparu avec ces cultures, et beau­­coup de gens vivent main­­te­­nant en autar­­cie – se réfu­­giant dans la forêt pendant des semaines lorsque divers groupes armés enva­­hissent la région. En appro­­chant de Yambuku, le conduc­­teur désigne une zone reconquise par les plantes et les mauvaises herbes, qui faisait partie d’un village dont les habi­­tants ont fui durant l’épi­­dé­­mie d’Ebola pour ne jamais reve­­nir. Brusque­­ment, la forêt s’ouvre et la route fait des boucles à travers des champs de café déser­­tés et des bambous, avant que nous arri­­vions en vue de Yambuku. Nous sommes accueillis par le chef de secteur, Chris­­tophe Nzan­­golo, deux méde­­cins et quatre sœurs congo­­laises, qui nous attendent depuis midi sur la terrasse de la mission. On nous sert de la bière tiède, on échange quelques bana­­li­­tés, et nous sommes accom­­pa­­gnés vers nos chambres. Celles-ci sont en piètre état, à l’image du reste du bâti­­ment. La mission catho­­lique à Yambuku a été fondée par l’ordre de Scheut, dans les années 1930, avec le soutien d’une entre­­prise coton­­nière dans ce qui était alors le Congo Belge. Des reli­­gieuses du Sacré-Cœur de Marie l’ont rejointe ensuite. Pendant des années, le village a été un centre fleu­­ris­­sant pour l’édu­­ca­­tion, la santé et l’agri­­cul­­ture, et par certains aspects, cet endroit était une véri­­table image de carte postale. Mais l’épi­­dé­­mie d’Ebola de 1976, combi­­née à un sévère revers écono­­mique et des guerres à répé­­ti­­tion, a mené à un déclin de toutes ces acti­­vi­­tés. La mission a d’abord été pillée par les soldats de Mobutu, et plus récem­­ment par les rebelles de Bemba, qui combat­­taient l’ac­­tuel régime de Joseph Kabila et qui ont volé l’am­­bu­­lance et la radio à bande laté­­rale unique, le seul moyen qu’a­­vaient les habi­­tants du village pour commu­­niquer avec le monde exté­­rieur. (Il m’a fallu un certain temps pour me rendre compte que les nombreux petits trous dans les piliers de la terrasse du couvent étaient en fait des impacts de balles.) Depuis le départ des reli­­gieuses flamandes il y a de cela une dizaine d’an­­nées, seules des reli­­gieuses congo­­laises sont restées, et il n’y a pas eu d’argent dispo­­nible pour le rempla­­ce­­ment ou le main­­tien en état des vastes bâti­­ments du couvent. L’aus­­tère maison pour les invi­­tés où nous rési­­dons se désin­­tègre lente­­ment, les enfants à l’école primaire s’as­­seyent et écrivent à même la terre, et l’hô­­pi­­tal ne possède pas de médi­­ca­­ments, dispo­­sant unique­­ment de quelques mate­­las. Le puis­­sant géné­­ra­­teur que nous avions laissé en 1976 est toujours intact, mais il y manque des pièces essen­­tielles, qui repré­­sentent en tout un coût de quelques centaines de livres seule­­ment. Mais l’argent manque et, de toute façon, les reli­­gieuses n’ont aucune idée de l’agen­­ce­­ment des pièces manquantes.

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Une carte des villages
Crédits : Peter Piot

La jungle a envahi les plan­­ta­­tions de café, qui pous­­saient bien autre­­fois, et qui employaient une portion impor­­tante de la popu­­la­­tion. Les gens survivent main­­te­­nant grâce à ce que la terre fertile, la végé­­ta­­tion et le gibier peuvent leur appor­­ter. Contrai­­re­­ment à Kinshasa, il n’y a pas d’obé­­sité à Yambuku et, selon les méde­­cins locaux et de ce que l’on peut en voir, pas de malnu­­tri­­tion non plus, en dépit d’un régime mono­­tone composé de manioc, de bananes plan­­tains frites, agré­­menté occa­­sion­­nel­­le­­ment de pois­­son ou de gibier de la brousse. Malgré toutes les diffi­­cul­­tés et le manque d’em­­ploi régu­­lier, cepen­­dant, enfants et adultes s’ha­­billent de manière impec­­cable. Lorsque nous partons pour une prome­­nade mati­­nale pour profi­­ter de l’air frais avant que la chaleur écra­­sante n’en­­ve­­loppe le village, nous pouvons voir les femmes balayer le seuil de leurs huttes de terres au toit de paille, ou aller cher­­cher de l’eau et laver leurs enfants. Ils font partie du milliard de personnes les plus défa­­vo­­ri­­sées du monde, luttant pour survivre avec ce que la nature a à leur offrir. Ils possèdent juste assez, mais n’ont aucun surplus pour faire face à une urgence.

Un jour de 1976

Quand nous sommes arri­­vés à Yambuku, le 20 octobre 1976, nous sommes allés direc­­te­­ment à la maison d’ac­­cueil, qui se trou­­vait entre le couvent des reli­­gieuses et celui des prêtres. Trois sœurs euro­­péennes et un prêtre se tenaient à l’ex­­té­­rieur, une corde les sépa­­rant de nous. Ils avaient lu qu’en cas d’épi­­dé­­mie, il était néces­­saire d’éta­­blir un cordon sani­­taire, ce qu’ils ont inter­­­prété au pied de la lettre. Un message était suspendu à un arbre, il disait en langue lingala qu’il était inter­­­dit de s’ap­­pro­­cher pour cause de risque de mort, et de lais­­ser les messages à trans­­mettre sur un morceau de papier. Lorsque les sœurs nous ont crié en français « N’ap­­pro­­chez pas ! Restez de l’autre côté de la barrière ou vous mour­­rez ! », j’ai immé­­dia­­te­­ment su, à leur accent, qu’elles venaient d’une région voisine de la mienne en Flandres. J’ai sauté au-dessus de la barrière, disant en néer­­lan­­dais : « Nous sommes ici pour vous aider et pour stop­­per l’épi­­dé­­mie. Tout va bien se passer. »

Sukato est l’un des rares survi­­vants de l’épi­­dé­­mie d’Ebola ayant fait rage en 1976.

Elles se sont décom­­po­­sées, se sont serrées les unes contre les autres et se sont cram­­pon­­nées à mes bras en pleu­­rant. Nous pouvions lire la terreur sur leurs visages, convain­­cues qu’elles étaient de leur mort immi­­nente à cause de ce virus qui avait déjà emporté quatre de leurs compa­­gnons et un prêtre, en l’es­­pace de quelques semaines. Une fois instal­­lés, les sœurs nous ont préparé un copieux ragoût de bœuf pour le dîner et ont commencé à nous racon­­ter l’his­­toire de l’épi­­dé­­mie. Elles ont décrit en détail comment leurs collègues étaient morts, qui étaient les premières victimes à la mission et dans d’autres villages, et qu’au­­cun trai­­te­­ment ne semblait agir. L’une des sœurs avait gardé des notes scru­­pu­­leuses sur chaque patient. Elles ont décidé que nous devions dormir sur le sol des salles de classe, car nous ne savions pas si les chambres du couvent étaient conta­­mi­­nées ou non. Mais je n’ai pas dormi beau­­coup durant cette première nuit à Yambuku, un millier de ques­­tions me traver­­sait l’es­­prit, accom­­pa­­gnant les sons de la forêt au dehors. Il a rapi­­de­­ment été clair que quelque chose n’al­­lait pas à l’hô­­pi­­tal. L’enquête épidé­­mio­­lo­­gique menée par notre équipe a confir­­mée les soupçons : les gens étaient infec­­tés à l’hô­­pi­­tal par des injec­­tions réali­­sées avec des seringues et des aiguilles conta­­mi­­nées (seule­­ment cinq seringues et aiguilles étaient distri­­buées aux infir­­mières chaque matin), et le person­­nel de l’hô­­pi­­tal tout comme ceux qui étaient présents aux enter­­re­­ments étaient infec­­tés à leur tour via l’ex­­po­­si­­tion aux fluides corpo­­rels infec­­tés par le virus. De plus, il semblait y avoir trans­­mis­­sion des mères à leurs bébés. La ferme­­ture de l’hô­­pi­­tal (qui, de toute façon, avait été déserté par les patients terri­­fiés) a été l’ac­­tion déci­­sive qui mit fin à l’épi­­dé­­mie d’Ebola, et la dernière victime est morte le 5 novembre. En termes simples, de mauvaises pratiques hospi­­ta­­lières avaient tué des centaines de personnes. Les mission­­naires faisaient indis­­cu­­ta­­ble­­ment un travail précieux pour l’édu­­ca­­tion et le déve­­lop­­pe­­ment de la commu­­nauté, mais la gestion d’un hôpi­­tal (sans méde­­cin, puisqu’ils n’avaient pas pu en trou­­ver un pour travailler dans un endroit si reculé) était au-delà de leurs compé­­tences. Le 16 décembre 1976, la quaran­­taine a été levée après quatre longs mois. L’avion de trans­­port mili­­taire qui est venu nous rame­­ner avec nos précieux échan­­tillons, l’équi­­pe­­ment labo­­ran­­tin, et la Land Rover a été notre seul contact avec le monde depuis notre arri­­vée trois mois plus tôt. Il a été presque assailli par tous ceux qui voulaient quit­­ter la région.

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L’avion tant redouté par Peter Piot
Crédits : Peter Piot

J’ai eu une discus­­sion animée avec les pilotes, qui remplis­­saient l’avion de paniers et de maté­­riel appar­­te­­nant au géné­­ral Bumba, leur supé­­rieur ultime, et permet­­taient à d’autres gens qui avaient versé un pot de vin de monter à bord. Il restait à peine de la place pour nous et notre maté­­riel. Rien ne pouvait être consi­­déré comme acquis au Zaïre ! J’ai parle­­menté, juré, plai­­santé, et nous sommes fina­­le­­ment tous monté dans l’ap­­pa­­reil. Je me suis soudai­­ne­­ment rendu compte que j’étais devenu sûr de moi. Mais ce n’est pas la fin de l’his­­toire. L’avion Buffalo était surchargé, et la charge était mal répar­­tie. Les pilotes ont décollé droit vers une gigan­­tesque tempête tropi­­cale. Nous avons touché la cime de quelques arbres et avant d’at­­teindre notre alti­­tude de croi­­sière, et l’avion a plongé durant ce qui a semblé plusieurs centaines de mètres. Il n’y avait pas de cein­­tures et de lourdes caisses s’en­­vo­­laient et nous percu­­taient. Nous avons tout de même atteint Kinshasa sains et saufs, mais mes jambes trem­­blaient quand nous sommes sortis de l’avion. Pour moi, voler a été plus dange­­reux que m’oc­­cu­­per des patients ou mani­­pu­­ler des échan­­tillons de virus.

Les causes du désastre

Des dizaines d’an­­nées plus tard, c’est une immense joie de voir Sukato Mand­­zomba marcher douce­­ment dans ma direc­­tion. « Comment allez-vous ? », demande-t-il simple­­ment. « Comment va la famille ? Ma femme et moi sommes telle­­ment heureux que vous soyez revenu. » Il sourit timi­­de­­ment, comme si nous nous étions rencon­­trés quelques jours plus tôt. Sukato est l’un des rares survi­­vants de l’épi­­dé­­mie d’Ebola ayant fait rage en 1976. En tant qu’in­­fir­­mier de 24 ans, il a été infecté pendant qu’il prenait soin des patients souf­­frant de fièvre hémor­­ra­­gique, mais il n’a jamais déve­­loppé la forme sévère et mortelle qui provoque des hémor­­ra­­gies et un choc septique. Sukato faisait partie des premières personnes que nous avons vues à notre arri­­vée à Yambuku en 1976, et après s’être remis de la mala­­die, il s’est engagé comme volon­­taire pour prendre soin des patients et nous assis­­ter dans nos travaux cliniques et épidé­­mio­­lo­­giques.

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Un carnet de notes
Crédits : Peter Piot

Il dirige main­­te­­nant le rudi­­men­­taire labo­­ra­­toire de l’hô­­pi­­tal, avec comme seuls équi­­pe­­ments un micro­­scope et une centri­­fu­­geuse manuelle. Comme on peut s’y attendre venant de Sukato, les registres du labo­­ra­­toire sont impec­­ca­­ble­­ment tenus et il me montre le bacille carac­­té­­ris­­tique, présent dans les prélè­­ve­­ments de crachats de nombreux patients infec­­tés de la tuber­­cu­­lose. L’hô­­pi­­tal n’a pas changé par rapport à mes souve­­nirs, même s’il accueille beau­­coup moins de patients alors qu’il dispose main­­te­­nant d’un méde­­cin compé­tent. La raison prin­­ci­­pale qui fait que les gens s’en tiennent éloi­­gné est le manque de médi­­ca­­ment à bas prix (le gouver­­ne­­ment n’en a envoyé aucun depuis deux ans) et leur pauvreté extrême, qui les empêchent de payer les frais deman­­dés – puisqu’il n’y a aucun système d’as­­su­­rance mala­­die. Les médi­­ca­­ments sont ache­­tés au marché hebdo­­ma­­daire des envi­­rons de Yandongi et ensuite vendus avec un béné­­fice pour subven­­tion­­ner l’hô­­pi­­tal. Dans la minus­­cule phar­­ma­­cie de l’hô­­pi­­tal, on peut trou­­ver six vélos, de l’huile de palme et quelques sacs de riz, lais­­sés comme rétri­­bu­­tion par des patients qui ne pouvaient pas payer leurs médi­­ca­­ments. La « zone sani­­taire » de Yambuku couvre 14 000km² et 260 000 habi­­tants, mais n’a pas d’am­­bu­­lance, aucun moyen de commu­­ni­­ca­­tion, presque aucun médi­­ca­­ment et un unique frigo pour entre­­po­­ser les vaccins. Les deux méde­­cins et les infir­­mières tentent de trou­­ver des solu­­tions sans aucun soutien de leur gouver­­ne­­ment ou de la commu­­nauté inter­­­na­­tio­­nale. Beau­­coup auraient laissé tomber mais ils sont des modèles d’en­­ga­­ge­­ment profes­­sion­­nel et de dignité parmi l’ex­­trême pauvreté, l’État ayant renoncé à assu­­mer la moindre respon­­sa­­bi­­lité. Depuis cette première visite, des épidé­­mies de fièvre hémor­­ra­­gique Ebola se sont déclen­­chées plus de vingt fois, toutes en Afrique, excep­­tés quelques cas déve­­lop­­pés en labo­­ra­­toire. Cette année, et pour la première fois, le virus Ebola a causé une épidé­­mie dans toute l’Afrique de l’Ouest, apparu origi­­nel­­le­­ment en Guinée-Cona­­kry. Les humains sont un hôte provi­­den­­tiel, puisqu’un virus qui tue son hôte en quelques semaines ne pour­­rait pas survivre dans la nature. À l’heure actuelle, la façon dont le virus est arrivé dans cette partie du conti­nent n’est pas claire, même si son génome a été retrouvé dans des chauves souris frugi­­vores du Gabon. En règle géné­­rale, Ebola est une mala­­die courante en cas de pauvreté et de contact fréquent avec la faune sauvage, mais elle est égale­­ment courante dans les hôpi­­taux dysfonc­­tion­­nels qui peuvent deve­­nir le centre de conta­­gion du virus au travers d’injec­­tions croi­­sées entre patients ainsi que du manque­­ment aux règles d’hy­­giène de base. Le person­­nel de santé est d’ailleurs le premier touché et la plus affec­­tée des popu­­la­­tions. En théo­­rie, il est très simple de conte­­nir les épidé­­mies d’Ebola : avec des gants, un lavage des mains dans les règles, l’uti­­li­­sa­­tion d’ai­­guilles stériles, l’iso­­la­­tion des patients, se débar­­ras­­ser rapi­­de­­ment et hygié­­nique­­ment des corps des malades tués par Ebola ainsi que le suivi et l’ob­­ser­­va­­tion des anciens patients pendant quelques semaines. Mais en réalité, les infra­s­truc­­tures de santé où Ebola surgit sont habi­­tuel­­le­­ment très pauvres et la panique mène à la propa­­ga­­tion de l’in­­fec­­tion, les gens qui n’hé­­si­­tant pas à fuir les zones touchées, comme c’est le cas en ce moment en Afrique de l’Ouest.

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Une tenue de protec­­tion
Crédits : Peter Piot

Tant que les services de santé ne seront pas satis­­fai­­sants, il conti­­nuera d’y avoir des épidé­­mies occa­­sion­­nelles d’Ebola dans les régions du conti­nent où le virus est tapi dans certains animaux. En théo­­rie, il n’y a aucun besoin d’en­­voyer de nombreux experts externes puisque les mesures de contrôle sont très simples et peu onéreuses, en plus de pouvoir être mises en place par des profes­­sion­­nels locaux et des volon­­taires. Cepen­­dant, la réalité est qu’à cause du carac­­tère conta­­gieux et haute­­ment mortel de la mala­­die, ainsi qu’a­­vec l’ac­­tuelle faci­­lité des gens à traver­­ser les fron­­tières, les épidé­­mies d’Ebola et d’autres virus dange­­reux doivent toujours être consi­­dé­­rées comme une menace globale qui justi­­fient ample­­ment la recherche et l’aide inter­­­na­­tio­­nales. Le prix de la panique géné­­rale et de la pertur­­ba­­tion au sein de la société peut être consé­quent, avec ce person­­nel de santé dispro­­por­­tion­­nel­­le­­ment touché faisant que l’im­­pact de la mala­­die dépasse large­­ment le nombre de morts habi­­tuel­­le­­ment dû à Ebola.

Le chemin du retour

Ma dernière visite à Yambuku était en 1986, dix ans après la première épidé­­mie d’Ebola. Avec des collègues améri­­cains du Centre pour le Contrôle et la Préven­­tion des Mala­­dies, nous avions alors testé pour les anti­­corps du VIH des échan­­tillons de sang collec­­tés en 1976 et avions alors trouvé que 0.8 % étaient infec­­tés – 5 ans avant même que les premiers rapports sur le Sida soient publiés aux États-Unis. J’y étais retourné pour savoir ce qu’il était advenu des indi­­vi­­dus séro­­po­­si­­tifs et aussi pour voir si cet autre virus majeur dans ma vie s’était répandu plus loin dans la région. Nous avions appris que trois de ces personnes étaient mortes mais aussi que deux hommes et deux femmes vivaient avec le VIH depuis au moins dix ans et semblaient en bonne santé. Le taux de préva­­lence du VIH dans la popu­­la­­tion était toujours de 0.8 % même s’il montait à 11 % parmi les pros­­ti­­tuées de la région. Au même moment, la préva­­lence parmi les adultes de Kinshasa était de 6 % (aujourd’­­hui, la présence du VIH dans la capi­­tale est retom­­bée à 3 %).

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On inci­­nère les affaires d’un patient infecté
Crédits : Peter Piot

Nos recherches ont montré que non seule­­ment des gens peuvent vivre au moins dix ans avec le VIH, mais aussi que le virus exis­­tait déjà à faible échelle depuis des années en Afrique centrale. Avec les études géné­­tiques qui allaient suivre sur des souches de VIH venant de partout dans le monde et la décou­­verte que les chim­­pan­­zés pouvaient aussi être infec­­tés avec un virus très proche de celui de l’im­­mu­­no­­dé­­fi­­cience humaine, ces décou­­vertes ont aidé à éluci­­der les origines du VIH. Lors de notre dernier jour à Yambuku, l’équipe de tour­­nage tient à me filmer devant le porche du couvent. Il est désor­­mais barri­­cadé pour des raisons de sécu­­rité mais lorsque j’étais là durant l’épi­­dé­­mie, c’était mon endroit favori pour travailler et réflé­­chir pendant que je regar­­dais les gens se prome­­ner. C’est avec des senti­­ments parta­­gés que je dois quit­­ter ce bel endroit rempli de magni­­fiques indi­­vi­­dus. Un rêve auquel je fais réfé­­rence dans mon auto­­bio­­gra­­phie est devenu réalité : je suis revenu à Yambuku, le ground zero d’Ebola, un endroit et une expé­­rience qui ont changé ma vie. Mais je reste avec de nombreuses ques­­tions sans réponse : comment les gens vivent, survivent et meurent ici ? Quelles sont leurs aspi­­ra­­tions pour leurs enfants ? Il est terrible d’ob­­ser­­ver la dété­­rio­­ra­­tion des condi­­tions de vie et des infra­s­truc­­tures, rédui­­sant les gens à leur plus basse condi­­tion. Comme j’étais assis à côté du Père Carlos lors du voyage de retour vers Bumba, je lui ai demandé ce qui le pous­­sait à faire tout cela. Il m’a répondu alors que sa véri­­table reli­­gion était de combattre la pauvreté et l’injus­­tice. Et il s’est soudai­­ne­­ment tourné vers moi en me disant : « Tu m’as lancé un défi en 1976 : pourquoi n’ai-je pas fait davan­­tage pour la vie quoti­­dienne des habi­­tants de Bumba, en dehors des pratiques reli­­gieuses ? C’est suite à cela que j’ai décidé de construire un hôpi­­tal. Tu as vrai­­ment changé ma vie. » Deux jours plus tard, de retour à Kinshasa, nous avons pris notre première vraie douche depuis une semaine avant de nous rendre à un concert de la super­­s­tar Papa Wemba, avec plus de 20 anciens collègues avec qui j’avais travaillé sur le virus du Sida dans les années 1980 et 1990, au sein du programme nommé Projet Sida. Comme toujours, la rumba et le soukouss sont libé­­ra­­teurs pour moi. Le dyna­­misme exprimé par la musique congo­­laise reflète la créa­­ti­­vité et l’amour de la vie que ce peuple porte en lui. De nouveaux virus conti­­nue­­ront inévi­­ta­­ble­­ment d’ap­­pa­­raître, surtout là où les animaux vivent à proxi­­mité de la civi­­li­­sa­­tion, mais la guerre, la corrup­­tion du pouvoir et l’avi­­dité sont des désastres créés par l’homme, et ils peuvent être évités.

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Ebola

Traduit de l’an­­glais par Alexan­­dra Le Lay d’après l’ar­­ticle « My jour­­ney back to Ebola ground zero », paru dans le Finan­­cial Times. Couver­­ture : Les premières victimes d’Ebola.

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