par Pierre Ballester | 0 min | 10 juillet 2014

Le vacarme des tambours. Roule­­ments clairs et ronds qui déferlent en rafales, ricochent sur les murs, écla­­boussent sur la peau en gouttes de chair de poule. La fumée, le sang, les vapeurs de clai­­rin et le parfum entê­­tant des fleurs de mombin. L’air me prend à la gorge, chaque respi­­ra­­tion alimente le vertige. Déroute abso­­lue des sens. Mon âme est un bateau dont l’équi­­page ivre défait en rigo­­lant les amarres censées le main­­te­­nir à bon corps. Le chant décor­­seté des houn­­sis monte à tue-tête vers le ciel. La musique va et vient, enfle et crève, bat et lèche le pied du poto­­mi­­tan. Houle sonique, vagues sonores. Les voix grimpent les unes sur les autres, tour­­billonnent autour du pilier central telle une nuée d’in­­sectes courant et dégrin­­go­­lant sur l’écorce d’un tronc d’arbre.

vaudou-haïti-ulyces-03
Les musi­­ciens jouent sous le regard d’Ogou-bada­­gri
Crédits : Emile Rabaté

Dans la masse bigar­­rée des initiés qui dansent au milieu du péri­­style, une mambo perd brusque­­ment l’équi­­libre. Elle titube, ses jambes flanchent, elle se retient aux murs, puis se jette tout à coup au sol, s’étale de tout son long, ventre plaqué contre terre. Son corps est agité de convul­­sions violentes, comme frappé d’une crise d’épi­­lep­­sie. Mais ses tres­­sau­­te­­ments sont d’une autre nature. Un loa chevauche la femme foudroyée, il entre dans son corps pour en prendre posses­­sion. Un fris­­son traverse l’as­­sis­­tance : « Dambal­­lah ! Dambal­­lah-wèdo ! » Le dieu serpent est là. Il darde la langue, siffle, rampe en ondu­­lant sur le sol. Le génie des rivières est telle­­ment près de moi qu’il suffi­­rait de me pencher pour le toucher du doigt. Et ce foutu appa­­reil photo qui m’a claqué dans les mains ! Quatre heures que je mitraille sans comprendre. Deux jours que j’at­­tends ce moment. Des mois que je ronge mon frein en vue de ces précieux instants. Rien. Je n’au­­rai rien sur pelli­­cule. Ni Dambal­­lah, ni Ogou, ni même Erzu­­lie-Dantor. Tout cela à cause d’une bête panne de batte­­rie. Un abîme sans fond s’ouvre dans ma poitrine. J’ai envie de pleu­­rer. Mais je brûle les étapes. Reve­­nons en arrière, trente-six heures plus tôt, quand tout a commencé.

La contre­­danse

Bureau Natio­­nal d’Eth­­no­­lo­­gie (BNE), en plein cœur de Port-au-Prince. Ce jour-là, les étudiants de la faculté voisine brûlent des pneus et caillassent des voitures en guise de mani­­fes­­ta­­tion pour un motif obscur. La clameur des barri­­cades tour­­mente le silence paisible qui drape le jardin de l’ins­­ti­­tu­­tion. Erol Josué, hougan récem­­ment nommé à la tête du BNE, nous reçoit dans son bureau pour une courte inter­­­view au milieu des statues, icônes, et autres objets vaudous qui encombrent la pièce. Son diagnos­­tic, mitigé, souligne autant les dérives liées à l’évan­­gé­­li­­sa­­tion rampante du pays, que les indices évidents d’une réaf­­fir­­ma­­tion par la société civile de son atta­­che­­ment à la reli­­gion des ancêtres, dans un contexte de bien­­veillance du gouver­­ne­­ment pour le culte vaudou.

« Le vaudou est le ciment même de la société haïtienne. » – Erol Josué

« Beau­­coup de choses se passent aujourd’­­hui dans le vaudou, en bien comme en mal. Malheu­­reu­­se­­ment, dans cette société, le vaudou est souvent galvaudé. Par exemple, après le séisme – pour ne pas citer toutes les dérives précé­­dentes ! – on disait que le vaudou était respon­­sable de l’épi­­dé­­mie de choléra, qu’il fabriquait des poudres de choléra. On a raconté tout un tas de bêtises comme cela, et les vaudoui­­sants en ont souf­­fert. Beau­­coup d’entre eux ont été lynchés, par igno­­rance. Tout cela en grande partie à cause des sectes protes­­tantes qui viennent dans le pays pour stig­­ma­­ti­­ser, désta­­bi­­li­­ser psycho­­lo­­gique­­ment la société. Cette campagne d’évan­­gé­­li­­sa­­tion se fait au détri­­ment du vaudou, au détri­­ment de l’Haï­­tien même, de sa confiance en lui-même. Se conver­­tir de cette façon brutale, en se détrui­­sant, en te faisant croire que tes ancêtres sont le diable en personne, c’est une façon d’at­­taquer le vaudou mais aussi l’Haï­­tien dans son essence, dans son exis­­tence. Parce que le vaudou est le ciment même de la société haïtienne, son moteur idéo­­lo­­gique. De concert, l’État, avec le minis­­tère des Cultes, commence à travailler sur la ques­­tion de l’as­­ser­­men­­ta­­tion des prêtres vaudous. Parce que les vaudoui­­sants ont demandé leur droit de profes­­ser offi­­ciel­­le­­ment, afin de pouvoir célé­­brer leurs mariages, leurs funé­­railles, etc. Un couple qui veut se marier dans le vaudou devrait pouvoir avoir un papier offi­­ciel au même titre que les catho­­liques et les protes­­tants. À ce jour, l’État décide de prendre ses respon­­sa­­bi­­li­­tés, d’ai­­der le vaudou. Par exemple, là, nous travaillons avec le gouver­­ne­­ment sur un projet dans les lakous pour monter des forêts sacrées, des jardins ethno-bota­­niques, faire égale­­ment des inven­­taires sur la méde­­cine tradi­­tion­­nelle qui peut servir à la méde­­cine occi­­den­­tale biochi­­mique. Je pense qu’il est normal et légi­­time, aujourd’­­hui, de donner ses lettres de noblesse à cette société, cette culture vaudoue. » Après l’en­­tre­­tien, direc­­tion Carre­­four, un quar­­tier popu­­laire du sud-ouest de la capi­­tale où a lieu la céré­­mo­­nie. Le pick-up noir fend le flot de voitures tel Moïse écar­­tant les eaux. Les offi­­ciels n’hé­­sitent pas à abuser de la sirène et du gyro­­phare pour éviter les embou­­teillages. Trente minutes plus tard, le véhi­­cule se gare dans une rue sale, au pied d’une maison grisâtre.

vaudou-haïti-ulyces-06
Les murs du péri­­style sont ornés de saints chré­­tiens
Crédits : Emile Rabaté

Le portail rouge s’ouvre sur une cour en longueur, au bout de laquelle se trouve le péri­­style de Sœurette, la mambo du lakou. Sur les murs écar­­lates du temple, sont peints Ogou-Bada­­gri, Erzu­­lie-Freida et Erzu­­lie-Dantor. La dernière trône au-dessus de l’au­­tel, Vierge Noire enve­­lop­­pée d’une soie bleue, tenant un petit Jésus afri­­cain dans ses bras. La table est pleine de victuailles desti­­nés aux loas. Sur le rebord en ciment à la base du poto­­mi­­tan, quelques bouteilles de rhum cinq étoiles tiennent un conci­­lia­­bule. Il flotte une odeur mysté­­rieuse dans l’air, entê­­tante et capi­­teuse. Les musi­­ciens sont alignés sur des chaises métal­­liques. Tambou­­rins, tambours et accor­­déon se répondent. Erol et une poignée d’ini­­tiés se succèdent devant eux pour quelques pas de danse. Cette phase du rituel, appe­­lée contre­­danse, sert à annon­­cer la céré­­mo­­nie à venir. C’est un rite presque mondain, pour lequel les parti­­ci­­pants n’ont pas besoin de porter de vête­­ment parti­­cu­­lier, à la diffé­­rence du sacri­­fice où tout le monde est tenu d’être en blanc. Très courte, la contre­­danse dure à peine une heure. Rendez-vous est pris à 18 h le même jour pour le bal loas.

Le bal loas

Exté­­rieur nuit. Un homme au crâne rasé monte la garde devant la porte du lakou. Il est assis sur une chaise, bras solen­­nel­­le­­ment croi­­sés sur son torse bombé. Un petit feu de bois crépite à ses pieds. « J’at­­tends Legba », dit-il. « Papa Legba », vieillard infirme, couvert de haillons, qui, la pipe à la bouche et une sacoche en bandou­­lière, marche péni­­ble­­ment, appuyé sur une béquille. Malgré son appa­­rence, ce loa détient un immense pouvoir : lui seul peut ouvrir la barrière qui sépare les hommes des esprits. C’est pourquoi il est toujours appelé en premier dans les céré­­mo­­nies. Sans les faveurs de Legba, toute commu­­ni­­ca­­tion avec les loas est rendue impos­­sible. Le péri­­style est presque vide. Mis à part les musi­­ciens qui jouent inlas­­sa­­ble­­ment la même mélo­­die. Au bout d’une heure d’at­­tente, le bal loas commence. L’in­­vité d’hon­­neur saisit le pot rafraî­­chis­­soir, une écuelle conte­­nant de l’eau parfu­­mée au mombin, puis entame une série de liba­­tions à des endroits stra­­té­­giques du péri­­style : devant l’au­­tel, autour du poto­­mi­­tan, et enfin devant l’en­­trée de la salle. La troupe d’ini­­tiés qui gravite autour du lakou entre au compte-goutte dans le péri­­style. Sœurette recouvre sa tête d’un foulard blanc et invite une autre mambo à danser avec elle. L’un des houn­­sis décroche du poto­­mi­­tan un drapeau blanc bordé de franges dorés. Cet éten­­dard sacré porte habi­­tuel­­le­­ment le nom vaillant du lakou. Pas celui-là. D’ailleurs je ne trouve nulle part inscrit le nom du lakou. Tout le monde danse devant les musi­­ciens tandis que l’homme au drapeau fait vire­­vol­­ter l’étoffe. La musique s’ar­­rête un instant. Sœurette verse des liba­­tions de rhum aux pieds des trou­­ba­­dours, desti­­nées à redon­­ner des forces aux instru­­ments. Survient une panne de courant. Incident banal en Haïti, où l’élec­­tri­­cité n’est distri­­buée que quelques heures par jour. Des bougies sont dispo­­sées aux quatre coins du péri­­style. Les murs se peuplent d’ombres indis­­tinctes et mouvantes.

Chaque fois qu’il termine une série de coups, l’homme esquisse avec le bout du manche un signe en forme d’as­­té­­risque par terre, un symbole sacré utilisé commu­­né­­ment dans le vaudou.

Sœurette revient vers les musi­­ciens en leur présen­­tant une bouteille déco­­rée de paillettes de toutes les couleurs, renfer­­mant proba­­ble­­ment un esprit. Nouvelles liba­­tions de rhum. Après le drapeau, c’est à présent un fouet qu’on décroche du pilier central. Un homme aux muscles noueux, casquette noire vissée sur la tête, s’en empare et le claque une dizaine de fois sur le sol, à gauche puis à droite des fidèles qui se sont remis à danser. Chaque fois qu’il termine une série de coups, l’homme esquisse avec le bout du manche un signe en forme d’as­­té­­risque par terre, un symbole sacré utilisé commu­­né­­ment dans le vaudou. L’air est saturé des odeurs de rhum et de bougies parfu­­mées. Une hounsi lance de brefs coups de sifflets par-dessus les craque­­ments du fouet. Nouvelle pause. Les discus­­sions reprennent comme si de rien n’était. Chacun attrape une poche d’eau fraîche pour palier la sueur qui coule de leur front. La reprise se fait avec l’ap­­pel à Legba, afin d’ou­­vrir la barrière. Musi­­ciens et chan­­teurs tournent autour du poto­­mi­­tan, puis sortent du péri­­style. La petite file indienne s’en­­gouffre en dansant dans la cour, et s’ar­­rête devant le portail du lakou, où attend toujours l’homme au crâne rasé. Du rhum et du goudron sont versés sur les braises du foyer. Sœurette lève vers les quatre points cardi­­naux une cale­­basse remplie d’un mélange d’igname, de plan­­tain, de hareng et d’herbes aroma­­tiques. Ce rite d’orien­­ta­­tion est toujours observé pour les objets du culte, il sert à les présen­­ter aux loas. Les houn­­sis se présentent tour à tour devant la mambo, prennent une poignée du mélange, puis le fourrent dans une sacoche en osier, en offrande à Legba. L’opé­­ra­­tion termi­­née, la proces­­sion retourne dans le péri­­style. Les chants redoublent d’ar­­deur. Il fait une chaleur moite. Chant. Chant. Longue danse. Gémis­­se­­ments de l’ac­­cor­­déon. Batte­­ments sourds des tambours. La mono­­to­­nie déglin­­guée de l’or­­chestre agace les tympans. Un homme d’une soixan­­taine d’an­­nées anime la piste d’une danse sacca­­dée. Il martèle le sol de ses pieds, envoie ses bras valdin­­guer. Erol grati­­fie l’as­­sis­­tance d’une danse fluide et enle­­vée. Le bal loas conti­­nue ainsi encore une heure au moins. Après coup, le direc­­teur du BNE m’ex­­plique l’ori­­gine de cette pratique. Dans le sud du pays, la coutume veut que l’on donne ce bal avant de procé­­der aux sacri­­fices. Le vaudou étant une reli­­gion dansée, ses rituels doivent être faits en mouve­­ment. Plus les fidèles sont mobiles, plus ils plai­­ront aux loas et s’at­­ti­­re­­ront leurs faveurs. La tradi­­tion du bal loas, qui consiste à feindre une fête mondaine tout en s’adon­­nant au vaudou, remonte au temps de l’es­­cla­­vage. Selon Erol Josué, la céré­­mo­­nie commençait à l’époque de jour, sous l’œil vigi­­lant des maîtres. Les noirs se mettaient donc en condi­­tion pour le rituel, tout en trom­­pant la surveillance des blancs. Une fois que ceux-ci partaient se coucher, la véri­­table céré­­mo­­nie pouvait commen­­cer. Je ris de cette ruse. Sans savoir que mon appa­­reil photo en fera bien­­tôt les frais.

Le sacri­­fice

vaudou-haïti-ulyces-12
Le vévé d’Er­­zu­­lie Dantor
Crédits : Emile Rabaté

Je n’au­­rais pas dû manger d’ome­­lette ce matin. Les œufs me tordent l’es­­to­­mac. Et l’idée de voir couler du sang frais avant midi n’aide pas la diges­­tion. J’ar­­rive au lakou sur les coups de 9 h. Une femme passe la serpillière dans le péri­­style, tandis que les hommes font tour­­ner une bouteille de rhum à l’ex­­té­­rieur. Chacun d’entre eux verse quelques gouttes par terre avant de boire. Les musi­­ciens s’af­­fairent autour de leurs instru­­ments. Ils retendent la peau des tambours. Au fond de la cour, les femmes font la cuisine, à deux pas des gros cochons noirs qui se prélassent dans la boue, sans connaître le sort qui les attend. Un hougan tout de blanc vêtu dessine le vévé d’Er­­zu­­lie-Dantor devant l’au­­tel. La Vierge Noire peinte au mur semble épier tous ses gestes. Il pince entre son pouce et son index de la cendre placée dans une assiette. D’une main assu­­rée, il trace des lignes de cendre et de marc de café sur le sol. Lente­­ment, minu­­tieu­­se­­ment, ses doigts vont et viennent de l’as­­siette au dessin, du dessin à l’as­­siette. Le hougan tourne pendant une heure autour du vévé qui prend progres­­si­­ve­­ment forme : un cœur percé de deux épées entouré de toutes sortes de symboles. Vers 11 h, une petite congré­­ga­­tion blanche, compo­­sée de Sœurette, ses houn­­sis, Erol et sa mère mambo, prend place devant l’au­­tel. Assis en demi-cercle autour du vévé, ils récitent le Pater Noster. Les cochons accom­­pagnent la prière de leurs coui­­ne­­ments rauques-aigus. Ils défèquent et urinent sur le sol du péri­­style. Un foulard rouge est noué autour de leur ventre, signe qu’ils sont desti­­nés à Erzu­­lie, tout comme l’in­­dique leur pelage noir : Dantor étant une divi­­nité petro, elle n’ac­­cepte que les animaux de cette couleur.   La prière se trans­­forme petit à petit en chant vaudou. Erol entame l’air annonçant l’ou­­ver­­ture offi­­cielle de la céré­­mo­­nie. Le chœur se lève d’un même mouve­­ment, va saluer les musi­­ciens, tourne autour du poto­­mi­­tan en versant des liba­­tions de rhum, puis répète l’opé­­ra­­tion devant l’au­­tel. Pendant ce temps, les couteaux sacri­­fi­­ciels sont nettoyés au clai­­rin. Une flaque d’al­­cool est enflam­­mée au milieu du vévé. Les lames sont passées au feu. Le hougan qui a tracé le symbole d’Er­­zu­­lie prend un couteau dans chaque main, les bran­­dit devant lui, fers croi­­sés, les orientent, les montre aux musi­­ciens, au poto­­mi­­tan, et enfin à la Vierge Noire qui trône au-dessus de l’au­­tel. Les chants roulent encore ainsi une ving­­taine de minutes.

La mère d’Erol a les traits tirés. Elle me confie ne plus se souve­­nir de ce qu’elle a fait sous l’em­­prise d’Er­­zu­­lie-Dantor.

La mère d’Erol bascule subi­­te­­ment, comme si elle venait de rece­­voir un coup de poing en pleine face. Le hougan aux couteaux se préci­­pite pour vapo­­ri­­ser du clai­­rin sur son corps, expul­­sant le liquide par la bouche à la manière des cracheurs de feu. La mambo sonnée chan­­celle, écarquille les yeux, secoue vive­­ment la tête. Erzu­­lie-Dantor l’a choi­­sie comme choual. La possé­­dée pousse des cris de douleur tandis que le loa entre bruta­­le­­ment dans son corps. Les houn­­sis nouent un foulard bleu autour de sa tête, et un autre, rouge, autour de sa taille. La Vierge Noire est parmi nous. Erzu­­lie-Dantor est une bonne mère, préve­­nante, atten­­tion­­née, mais aussi une séduc­­trice. Elle salue d’un air agui­­cheur les hommes dans l’as­­sis­­tance, les embrasse un à un, foudroie des yeux les autres femmes, qu’elle voit comme des concur­­rentes. Une hounsi est chevau­­chée à son tour, une seconde Erzu­­lie vient se joindre au sacri­­fice. Une écuelle d’eau parfu­­mée est donnée à boire aux cochons. Une fois qu’ils ont ingéré le liquide, ils deviennent la propriété des loas. Les deux Dantor s’em­­parent alors des couteaux, un sourire carnas­­sier aux lèvres. Les bêtes sentant leur heure arri­­ver hurlent à la mort. Erzu­­lie plaque le cochon à terre d’une simple pres­­sion du pied. Quatre hommes aident à le main­­te­­nir au sol en lui tenant ferme­­ment les pattes. Erzu­­lie se penche. Sa lame attaque la gorge de l’ani­­mal qui couine et se débat de plus belle. Le couteau émoussé coupe tant bien que mal la peau épaisse du cochon. Le sang gicle et coule dans la bassine en faïence appor­­tée pour le récol­­ter. Les grogne­­ments faiblissent à mesure que la vie quitte le corps tres­­sau­­tant de la bête. Son cadavre est mis de côté. Son compa­­gnon d’in­­for­­tune est offert à la deuxième Erzu­­lie, qui a observé le premier sacri­­fice avec une exci­­ta­­tion non dissi­­mu­­lée. Elle danse de joie en s’ap­­pro­­chant de sa victime. La même scène se répète, avec la même violence. L’odeur métal­­lique du sang enva­­hit le péri­­style, mêlée à la puan­­teur des excré­­ments. Le char­­cu­­tage accom­­pli, Dantor trempe un doigt dans l’hé­­mo­­glo­­bine et trace une croix de sang sur le front de Sœurette. Elle marque égale­­ment son cou, ses bras, et lui dépose quelques gouttes sur la langue. Les animaux morts sont croix-signés par les fidèles, c’est-à-dire recou­­verts de symboles tracés à la cendre, de petits tas de maïs, ainsi que de quelques billets pour appor­­ter la richesse. Puis le loa quitte le corps des possé­­dées. Les chouals sans cava­­lier tiennent à peine sur leurs jambes. Elles sont trans­­por­­tées à l’air libre pour reprendre leurs esprits. La mère d’Erol a les traits tirés. Elle me confie ne plus se souve­­nir de ce qu’elle a fait sous l’em­­prise d’Er­­zu­­lie-Dantor.

Ogou, Zaka, Dambal­­lah et cie

Le même jour à 18 h. La vie traîne au lakou : discus­­sions éparses, clopes et flasques de rhum. Les habits blancs de ce matin ne sont plus de mises. Musi­­ciens et houn­­sis débarquent parés de leurs plus belles couleurs. Une heure, deux heures, trois heures passent. On m’ap­­porte à manger, et je redoute de voir arri­­ver dans mon assiette des morceaux des porcs égor­­gés ce matin. Je constate avec soula­­ge­­ment qu’il s’agit de cabris en sauce. L’heure tourne. Les musi­­ciens reprennent leur mélo­­die usée. La foule emplit peu à peu le péri­­style. Ce matin, nous étions une dizaine. Nous sommes près de cinquante ce soir à venir saluer les loas. La reine-chan­­te­­relle, sorte de maes­­tro vaudou, inter­­­rompt les danses mondaines sur les coups de 22 h. Elle entonne : « Bonsoir, bonsoir messieurs dames… » La céré­­mo­­nie semble commen­­cée, mais je suis frappé par le peu d’en­­train des chan­­teuses, qui poussent la chan­­son­­nette avec un air blasé, sans vrai­­ment danser, en fumant des ciga­­rettes. On dirait des ouvrières fati­­guées d’ac­­com­­plir un travail à la chaîne. Pendant trois quarts d’heure encore les chants se succèdent avec l’in­­do­­lence des vagues des Caraïbes. Flux, reflux, mer étale. Comme à la messe, les fidèles se lèvent et s’as­­soient à inter­­­valles. Un hougan tenant dans sa main un pot-rafraî­­chis­­soir semble bénir par des gestes amples l’en­­semble de l’au­­di­­toire. Perplexe, je fais des photos en cascade. Malé­­dic­­tion ! l’ap­­pa­­reil tombe en panne. Moins de dix minutes après, les fameux tambours sacrés, peints en rouge, jaune, vert et ornés de vévés, font leur appa­­ri­­tion. En voyant les percus­­sion­­nistes s’ins­­tal­­ler, honnê­­te­­ment, j’ai la rage. Le feu dans mes méninges est aussi­­tôt douché par le raz-de-marée sonore qui inonde le péri­­style, roule­­ments clairs et ronds qui déferlent en rafales, ricochent sur les murs, écla­­boussent sur la peau en gouttes de chair de poule.

vaudou-haïti-ulyces-11
Choual hagard après le départ de son cava­­lier
Crédits : Emile Rabaté

La mambo terras­­sée par Dambal­­lah-wèdo est enve­­loppé d’un drap blanc. Un hougan s’age­­nouille pour parler au dieu serpent. Dambal­­lah doit partir, on ne l’a pas encore appelé, sa présence main­­te­­nant risque de fâcher les autres loas. Les convul­­sions s’apaisent. Deux hommes viennent soule­­ver la mambo pour l’em­­me­­ner dehors. Le chœur appelle Agoué, le génie des mers et des bateaux. Le batte­­ment des tambours se répand dans la foule comme une épidé­­mie. Les vibra­­tions se propagent dans le sol, sourdent du béton dans les pieds, traversent les jambes en fris­­sons. Le spec­­tacle des vaudoui­­sants déchaî­­nés fait jaillir une vision hors du temps. Trois cents ans plus tôt, dans la nuit colo­­niale, les maîtres s’en­­dor­­maient, sourire aux lèvres, bercés par l’illu­­sion que les nègres se diver­­tis­­saient, sourds aux hymnes de révolte traves­­tis sous des airs harmo­­nieux, aveugles à la trans­­hu­­mance des âmes qui rega­­gnaient pour un temps les rives de l’Afrique-Guinée. Quelle enivrante jouis­­sance cela devait être ! Le vibrato doux-amer dans les voix des houn­­sis retrouve l’émo­­tion intacte de leurs ancêtres. Le temps d’une céré­­mo­­nie, temps et espace sont abolis. Les houn­­sis promènent à travers le péri­­style une énorme bouteille de clai­­rin, une tige de canne à sucre et un chapeau de paille ceint d’un foulard rouge. Ce sont les attri­­buts de Ti Jean, un esprit arbo­­ri­­cole repré­­senté sous la forme d’un nain à un seul pied. Un hougan en panta­­lon orange et chemise bario­­lée entre en transe. Un autre vient lui souf­­fler de la fumée de ciga­­rette au visage. Du nuage de fumée sort Ti Jean, dansant et tour­­noyant à cloche-pied. On lui enlève ses chaus­­sures, on retrousse son panta­­lon, on noue un foulard rouge à son épaule et lui remet ses attri­­buts. Ti Jean salue en riant la foule, qui se met à crier de peur quand le dieu fait tout à coup tour­­ner son bâton au-dessus de sa tête d’un air menaçant. Les loas petros ont des sautes d’hu­­meur tota­­le­­ment impré­­vi­­sibles.

Le loa passe ses mains dans les flammes, qui conti­­nuent de brûler sur ses doigts, et fourre ses paumes enflam­­mées dans la poche de certains fidèles.

Une femme qui souffre d’une douleur au genou se présente à Ti Jean pour qu’il la soigne. Le loa consi­­dère sa jambe avec atten­­tion. Il applique ses mains dessus puis y verse quelques gouttes de clai­­rin. Tandis que la dame regagne son siège en boitant déjà moins, une flaque d’al­­cool est allu­­mée sur le rebord du poto­­mi­­tan. Le loa passe ses mains dans les flammes, qui conti­­nuent de brûler sur ses doigts, et fourre ses paumes enflam­­mées dans la poche de certains fidèles, pour leur appor­­ter la richesse. À en juger par sa descente de clai­­rin, Ti Jean est un sacré poche­­tron. Il se jette d’ailleurs sur une femme en faisant mine de lui faire l’amour sauva­­ge­­ment. Le gaillard effec­­tue une dernière danse devant les tambours sacrés, avant de s’écrou­­ler de tout son long. Pause. L’am­­biance rede­­vient soudai­­ne­­ment triviale. Chacun rit et discute avec son voisin. Les conver­­sa­­tions semblent plus denses qu’a­­vant le début de la céré­­mo­­nie. Comme si le rituel avait revi­­goré les sympa­­thies, galva­­nisé l’es­­prit de commu­­nauté, resserré les liens sociaux. À la reprise, Cousin Zaka descend dans le péri­­style. Alfred Métraux quali­­fie ce loa de « ministre de l’Agri­­cul­­ture » du panthéon vaudou, car il règne sur les champs et les travaux agri­­coles. Ses attri­­buts sont les mêmes que ceux de Ti Jean, à la diffé­­rence que la tige de canne à sucre est rempla­­cée par un macoute, une sacoche en osier. Il s’in­­carne dans un petit homme trapu et jovial. Après avoir salué la foule, Zaka fait taire les tambours sacrés pour passer le relais aux musi­­ciens du début de la soirée. Une sorte de bal mondain commence alors, auquel tout le monde est convié. Alors que je danse molle­­ment en retrait, Zaka traverse la foule et m’at­­trape par le poignet. Je me retrouve au milieu du péri­­style, sous les cris enthou­­siastes de la foule amusée. Le loa danse face à moi, et je tente de lui faire honneur en plaçant mes meilleurs mouves. Mon style semble lui plaire. Si bien qu’il se met à m’as­­per­­ger le visage de clai­­rin. Aveu­­glé par l’al­­cool dont les vapeurs me remontent dans le nez, je ne vois pas arri­­ver la mambo qui m’ar­­rache à Zaka en bran­­dis­­sant ses doigts croix. Je proteste mais la prêtresse me rassoit d’au­­to­­rité sur ma chaise. Cet événe­­ment marque un tour­­nant dans ma percep­­tion de la céré­­mo­­nie. Après cela, l’am­­biance festive et convi­­viale des débuts m’ap­­pa­­raî­­tra de plus en plus hostile.

La Vierge Noire

Car les loas à venir n’ont pas le tempé­­ra­­ment guille­­ret de Ti Jean ou Zaka. En témoigne l’ar­­ri­­vée toni­­truante d’Ogou-ferraille, divi­­nité des forges aux incli­­nai­­sons guer­­rières. Son choual est un jeune homme baraqué, qu’on enru­­banne de plusieurs foulards rouges avant de lui remettre une longue machette. À peine s’en est-il saisi que Ogou frappe violem­­ment le plat de la lame sur le rebord du poto­­mi­­tan. La foule bran­­dit aussi­­tôt ses doigts en croix pour se proté­­ger des élans furieux du loa. Sœurette est forcée d’in­­ter­­ve­­nir. La mambo se plante devant Ogou, elle gronde ses mauvaises manières. Ogou écoute ses reproches en opinant du chef. Les remon­­trances termi­­nées, il serre vigou­­reu­­se­­ment la main de Sœurette, puis se verse une rasade de rhum dans l’oreille. Ce qui ne l’em­­pêche pas d’être envoyé quelques minutes dans la case-loa pour aller se calmer. Ogou choi­­sit en reve­­nant cinq femmes dans l’as­­sis­­tance. Il les désigne de la pointe de sa machette. Celles-ci s’age­­nouillent devant lui, tandis que le loa tire de grandes bouf­­fées d’un cigare, avant de leur envoyer la fumée au visage. Congé­­diant ces dames d’un brusque mouve­­ment de lame, il se met à faire le tour du péri­­style pour serrer la main de chaque personne présente. Ogou-ferraille a une poigne très ferme. De la main gauche comme de la droite.

vaudou-haïti-ulyces-04
À manger pour les loas
Crédits : Emile Rabaté

Il est bien­­tôt deux heures du matin, et j’éprouve la sensa­­tion désa­­gréable de me trou­­ver dans une fête dont j’au­­rais dû partir il y a long­­temps. Les convives avinés commencent à avoir l’al­­cool mauvais. Les regards s’obs­­cur­­cissent. Les sourires virent aux grimaces. L’am­­biance est élec­­trique. Sans comp­­ter qu’Er­­zu­­lie-Dantor débarque en agitant son poignard à tout va. Le premier homme qu’elle somme de venir la saluer se retrouve à genoux, couteau sous la gorge, le loa voci­­fé­­rant des « kéké­­ké­­kéké » incom­­pré­­hen­­sibles. Le type en sort indemne, mais je ne suis pas rassuré quand je vois la lame accu­­sa­­trice d’Er­­zu­­lie poin­­tée dans ma direc­­tion. J’ap­­proche timi­­de­­ment, l’air de marcher sur des œufs. La Vierge Noire me fait signe de m’age­­nouiller. J’ob­­tem­­père. « Kééé-kéké­­kéké !!! », hurle-t-elle en me toisant de ses yeux globu­­leux. L’éclair froid de sa lame passe et repasse sous mes yeux. Elle me saisit les mains et tourne mes paumes vers le ciel. Le plat de son couteau vient s’abattre plusieurs fois sur ma peau. À présent sa pointe pique fréné­­tique­­ment mes doigts. Puis le fil de la lame se pose sur mon annu­­laire. « Kééé-kéké­­kéké !!! » L’image d’un moignon sangui­­nolent traverse mon esprit, quand un inter­­­prète secou­­rable me traduit ses paroles : « Est-ce que tu l’aimes ? » J’aime toutes les femmes suscep­­tibles de me tuer dans la seconde, si cela peut leur faire plai­­sir. « Kééé-kéké­­kéké !!! » « Veux-tu l’épou­­ser ? » Sans hési­­ta­­tion, oui. Notre union est scel­­lée par trois baisers baveux. Je réprime l’en­­vie de m’es­­suyer aussi­­tôt les lèvres. On me dit d’al­­ler me rasseoir, mais déjà Erzu­­lie-Dantor me court après pour me remettre à genoux. « Kééé-kéké­­kéké !!! » Pas besoin de traduc­­teur pour comprendre : « Tu crois t’en tirer ainsi mon chéri ? » Et vas-y pour trois nouveaux baisers. Après m’avoir relevé, Erzu­­lie se jette à mon cou et se met à me chevau­­cher. Dantor me viole symbo­­lique­­ment devant l’en­­semble des fidèles, pendant un moment qui me semble inter­­­mi­­nable. Puis elle me lâche enfin. Je regagne ma chaise pour de bon, complè­­te­­ment abasourdi. À peine deux minutes que je suis marié, et j’ai déjà hâte de voir ma femme décam­­per. Mon esto­­mac se noue tandis que je la regarde faire mine de poignar­­der un homme, au motif qu’il a refusé qu’elle passe le couteau sur sa langue. Dantor reste dans le péri­­style durant une éter­­nité. Sa présence m’épuise psycho­­lo­­gique­­ment, sans comp­­ter les tambours qui commencent à me courir sur les nerfs. J’en ai ma claque. Je veux sortir prendre l’air, mais les gens qui m’en­­tourent refusent que je sorte de la salle. Un coup d’œil circu­­laire m’ap­­prend que beau­­coup sont partis, et que la majo­­rité des gens restant sont assou­­pis sur leur siège. La dernière appa­­ri­­tion de la soirée est celle d’un Guédé, un esprit des cime­­tières. Sœurette fait irrup­­tion dans le péri­­style coif­­fée d’un képi, avec des lunettes noires et un plas­­tron scin­­tillant sur le torse. Le Guédé va trou­­ver l’in­­vité d’hon­­neur, lui soutire de l’argent, et montre les victuailles posées sur l’au­­tel avec un air de reproche. Après avoir serré la main de chaque personne dans l’as­­sem­­blée, réveillant exprès les dormeurs, le Guédé s’en­­fuit en courant. Les houn­­sis lancent leurs derniers feux de voix dans la nuit port-au-prin­­cienne. Il est 4 h du matin lorsque les tambours s’éteignent. Je dors d’un sommeil sans rêve à même le sol du péri­­style. Pour être réveillé à l’aube par le batte­­ment lanci­­nant des tambou­­rins. Sœurette et les musi­­ciens font le tour du lakou en enton­­nant un dernier « Aux champs ». La petite troupe marche jusqu’au portail donnant sur la rue. Sœurette ouvre grand la porte. Elle esquisse une danse pares­­seuse sur le trot­­toir pous­­sié­­reux. Bien­­tôt, le rugis­­se­­ment des moteurs, les plaintes des klaxons, les harangues traî­­nantes des marchands ambu­­lants, reprennent leurs droits sur les refrains vaudou.


Annexes

Le vaudou [le lexique est à retrou­­ver en bas de page, NDA] est une reli­­gion de type syncré­­tique. Elle est compo­­sée de plusieurs rites afri­­cains mêlés à des pratiques chré­­tiennes. Son histoire commence dans la seconde moitié du XVIIe siècle, avec l’ar­­ri­­vée des premiers contin­­gents d’es­­claves à Saint-Domingue en prove­­nance du golfe du Bénin. En exami­­nant la liste des divi­­ni­­tés vaudoues, on s’aperçoit que les prin­­ci­­pales d’entre elles appar­­tiennent aux panthéons des Fon et des Yoruba : Legba, Dambal­­lah-wèdo, Ezili, Agoué, Zaka et bien d’autres ont encore leurs temples dans les villes et les villages du Togo, du Daho­­mey et du Nigé­­ria. Les vaudoui­­sants conservent le souve­­nir des origines de ces loas, qu’ils regroupent dans la grande famille des divi­­ni­­tés d’Afrique-Guinée. Le terme vaudou vient du Fon (vodû), qui signi­­fie à la fois « dieu », « esprit » et « image » – ce que les Euro­­péens appel­­le­­raient « fétiches ». La forma­­tion du vaudou en Haïti ne s’ex­­plique que par la présence, dans les ateliers, de prêtres ou de servi­­teurs des dieux connais­­sant le rituel. Sans eux, les systèmes reli­­gieux du Daho­­mey ou du Nigé­­ria se seraient dégra­­dés en pratiques inco­­hé­­rentes ou en simples rites de magie noire ou blanche. Or, malgré l’ar­­ra­­che­­ment brutal à leur milieu social, les esclaves ont pu, en terre d’exil, recons­­ti­­tuer en partie les cadres reli­­gieux dans lesquels ils avaient été élevés. Le vaudou n’a toute­­fois plus grand-chose à voir avec ses rites d’ori­­gine. La trans­­mis­­sion orale et l’éloi­­gne­­ment géogra­­phique ont lente­­ment trans­­formé les pratiques afri­­caines. Les emprunts au chris­­tia­­nisme, en plus du mélange de plusieurs rites afri­­cains, a donné nais­­sance à une nouvelle reli­­gion. Tout vaudoui­­sant qui se respecte est aussi bon chré­­tien. Il se rend aussi bien au péri­­style qu’à l’église. Contrai­­re­­ment à ce qu’on pour­­rait penser, l’in­­té­­gra­­tion d’élé­­ments chré­­tiens dans le vaudou n’est pas le fruit d’une volonté de traves­­tis­­se­­ment des cultes afri­­cains par les esclaves, pour donner le change aux pasteurs. L’évan­­gé­­li­­sa­­tion brutale, les tenta­­tives d’éra­­di­­ca­­tion sauvage du vaudou en Haïti prennent leur essor à la fin du XIXe siècle. Les esclaves, ralliés d’au­­to­­rité à l’Église par une asper­­sion d’eau bénite, mais rare­­ment instruits plus avant, embras­­sèrent le catho­­li­­cisme comme une reli­­gion pouvant contri­­buer, par sa puis­­sance, au renfor­­ce­­ment du pouvoir des loas. Pour les prêtres, les loas étaient des créa­­tures diabo­­liques ; pour leurs ouailles, Dieu ayant créé les loas, ils ne pouvaient être fonciè­­re­­ment mauvais. La confu­­sion entre certains saints catho­­liques et des divi­­ni­­tés vaudoues vient du fait que les vaudoui­­sants trou­­vaient dans des repré­­sen­­ta­­tions chré­­tiennes des éléments qu’ils attri­­buaient aux loas. Ainsi, Saint Jacques le Majeur, figuré sous les traits d’un cheva­­lier bardé de fer, est iden­­ti­­fié à Ogou-bada­­gri, le loa guer­­rier. « Le contraste entre rada et petro est défini surtout par les traits de carac­­tères attri­­bués aux loas de chacune de ces deux caté­­go­­ries », écrit Alfred Métreaux dans Le Vaudou Haïtien. « Leur oppo­­si­­tion n’est pas sans rappe­­ler celle qui, en Grèce, sépa­­rait les Olym­­piens des dieux chtho­­niens. De même qu’à côté d’un Zeus olym­­pien il y avait un Zeus chtho­­nien, le vaudou connaît un Legba rada et un Legba petro. (…) Le mot “petro” suggère immanqua­­ble­­ment des idées de force impla­­cable, de dureté et même de féro­­cité qui ne sont pas asso­­ciées a priori avec l’image que l’on se fait des rada. On emploie pour les petro les adjec­­tifs tels que “raides”, “amers”, et même “salés”, tandis que les rada sont “doux”. » Choual : Forme créole du mot « cheval ». Personne possé­­dée par un loa.
 Clai­­rin : Rhum blanc bon marché, forte­­ment alcoo­­lisé. Houm­­for : Maison des loas. Espace fermé conte­­nant les attri­­buts des divi­­ni­­tés, ainsi qu’un ou plusieurs autels sur lesquels sont dispo­­sés des objets sacrés (cruches ou bouteilles renfer­­mant des esprits, icônes, etc.) et parfois de la nour­­ri­­ture.
  Hougan : Prêtre.
  Hounsi : Homme ou femme ayant passé les rites d’ini­­tia­­tion, et qui assiste le hougan ou la mambo dans les cére­­mo­­nies. 
 Lakou : Forme créole de « la cour ». Enceinte regrou­­pant à la fois le houm­­for, le péri­­style et les habi­­ta­­tions des fidèles. La struc­­ture sociale d’un lakou évoque celle d’un village, placé sous l’au­­to­­rité suprême du hougan ou de la mambo qui le tient. Loa : Être surna­­tu­­rel. Géné­­ra­­le­­ment traduit par « dieu » ou « divi­­nité », un loa appar­­tient plutôt à la caté­­go­­rie des esprits. Le vaudou en compte telle­­ment que leur nombre exact est presque incal­­cu­­lable. Ils sont plusieurs centaines, regrou­­pés en diverses familles, en fonc­­tion de leur carac­­tère et de leur origine.
 Mambo : Prêtresse.
 Péri­­style : Lieu où se déroulent les céré­­mo­­nies et les danses rituelles, annexé au houm­­for. Poto­­mi­­tan : Pilier placé au centre du péri­­style, trait d’union entre le monde des hommes et des esprits. Les loas tran­­sitent par lui pour descendre parmi les fidèles, d’où son carac­­tère éminem­­ment sacré.
 Vévé : Dessin symbo­­lique repré­­sen­­tant les attri­­buts d’un loa, que l’on trace sur le sol avec de la farine de maïs, de la cendre, du marc de café ou de la brique pilée. Merci à Tatiana et Raymond,
 pour m’avoir aidé à iden­­ti­­fier les loas au fil de leur appa­­ri­­tion, Ainsi qu’à Alfred Métraux,
 pour la mine d’or offerte par ses travaux sur le vaudou. Couver­­ture : Vaudou haïtien, Calvin Hennick.

Down­load WordP­ress Themes Free
Premium WordP­ress Themes Down­load
Free Down­load WordP­ress Themes
Free Down­load WordP­ress Themes
free down­load udemy paid course
Free Download WordPress Themes
Free Download WordPress Themes
Premium WordPress Themes Download
Download Nulled WordPress Themes
free download udemy course

Plus de wild