par Rachel Monroe | 17 octobre 2016

Chat veut plus

En octobre dernier, je suis reve­­nue chez moi après un mois d’ab­­sence et mon chat ne me parlait plus. Il refu­­sait d’en­­trer dans la maison. Dès qu’il me voyait, il s’en­­fuyait. Il a toujours vécu en partie à l’ex­­té­­rieur et fait preuve d’un tempé­­ra­­ment indé­­pen­­dant, aussi au début je ne me suis pas inquié­­tée. Peut-être qu’il n’avait pas accro­­ché avec la femme qui avait sous-loué ma maison en mon absence. Peut-être qu’il m’en voulait d’être partie. Ou peut-être qu’il savou­­rait simple­­ment les dernières semaines d’été et son lent crépus­­cule, à courir après les souris dodues qui remuent dans l’herbe.

Quelques jours ont passé, puis toute une semaine et il conti­­nuait à m’évi­­ter. Deux semaines après mon retour à la maison, j’ai passé un après-midi assise sans bouger, à le regar­­der prendre le soleil dans la cour de mon voisin. Il avait l’air en bonne santé et content de lui, en pleine forme féline. Mais soudain, il a dû sentir mon regard peser sur lui : il s’est redressé et a sauté pres­­te­­ment par-dessus la barrière, dispa­­rais­­sant pour aller se réfu­­gier dans quelque espace secret où il aime se prélas­­ser. J’ai fini par solli­­ci­­ter mes amis pour qu’ils arpentent le quar­­tier avec moi en appe­­lant son nom – comme s’il avait jamais été le genre d’ani­­mal à rappliquer sur demande. Je me suis aven­­tu­­rée aussi loin que j’ai pu dans les brous­­sailles qui s’étendent de l’autre côté de la voie ferrée, en essayant de l’ap­­pâ­­ter avec de l’herbe-aux-chats. J’ai acheté de la nour­­ri­­ture incroya­­ble­­ment chère, humide, bio et sans céréales, le genre de nour­­ri­­ture pour chats accom­­pa­­gnée d’un sachet d’herbes et d’épices, et lui ai déposé devant la porte. Ça n’a pas marché, alors j’ai tenté avec la pâtée la plus basique possible – ces espèces de globules gris très suspects, suspen­­dus dans de la gelée. J’es­­sayais de lui envoyer un message : je te donne­­rai ce que tu veux, mon pote, pourvu que tu rentres à la maison. Mais il n’est pas rentré à la maison.

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Rachel Monroe vit à Marfa, au Texas
Crédits : NPR

Mon voisin le voyait plus que moi. Il aimait se montrer au lever du jour pour le regar­­der nour­­rir ses poules. Ils étaient parve­­nus à un accord de paix fragile, mais dès que j’ap­­pa­­rais­­sais, il filait dans une de ses cachettes secrètes. Un matin au début du mois de novembre, les buses avaient disparu – le signe que le premier froid de l’an­­née allait venir. Cette nuit-là, le temps a changé. Le vent souf­­flait comme un intrus cher­­chant à s’in­­fil­­trer dans la maison, et il y avait du gel sur l’herbe au matin. Mon voisin m’a rassuré : Musa était venu le regar­­der nour­­rir les poules et il n’avait pas l’air d’al­­ler mal. Les mystères inson­­dables de sa vie secrète me rendait folle. Où est-ce qu’il dormait ? Où est-ce qu’il mangeait ? Savait-il qu’il me brisait le cœur ? En décembre, mon ami Bran­­don est passé un jour me rendre un livre qu’il m’avait emprunté. Lorsqu’il m’a demandé comment j’al­­lais, j’ai commencé à pleu­­rer sans plus pouvoir m’ar­­rê­­ter. Je me sentais idiote, mais aussi très, très triste. « Tu es sûr que c’est à cause du chat ? » m’a-t-il demandé. Je voyais ce qu’il voulait dire, mais j’étais sûre que oui. J’ai appelé ma mère pour parler. « Peut-être qu’il faut juste que tu acceptes qu’il a envie d’un autre style de vie », a-t-elle dit. Je lui ai raccro­­ché au nez sans même rappe­­ler pour m’ex­­cu­­ser. Deux semaines avant Noël, j’ai expliqué à une amie en ville que si j’avais l’air plus angois­­sée qu’à l’ha­­bi­­tude, c’était simple­­ment parce que j’es­­sayais de m’ac­­cou­­tu­­mer au fait que mon chat ne voulait plus être mon chat. « Sans décon­­ner », m’a-t-elle dit. « Bon, voilà ce que tu vas faire : tu vas appe­­ler Dawn. » C’est là qu’elle m’a donné le numéro de la voyante pour chats.

~

Il peut sembler ridi­­cule de dire que mon chat a arrêté de me parler, car évidem­­ment, il ne m’a jamais parlé. Je ne suis pas chamane et je ne vis pas dans un dessin animé Disney. Mais les gens qui ont des animaux domes­­tiques voient bien ce que je veux dire. Quand on vit avec des animaux, on est impliqué dans une forme de commu­­ni­­ca­­tion simple mais constante avec eux.

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Musa, c’est le blanc
Crédits : Rachel Monroe

Le degré incroyable d’in­­ti­­mité que nous parta­­geons avec nos compa­­gnons non-humains nous rend fami­­liers de leurs expres­­sions et de leur langage corpo­­rel. Nous appre­­nons peu à peu à déco­­der leurs jappe­­ments et leurs miau­­le­­ments. Pour­­tant, le manque d’un langage parlé commun fait qu’il subsiste toujours un fossé d’in­­com­­pré­­hen­­sion entre nous. Peut-être est-ce la raison pour laquelle parler aux animaux est un fantasme aussi durable : les Grecs racon­­taient déjà qu’Or­­phée avait la capa­­cité de commu­­niquer musi­­ca­­le­­ment et mystique­­ment avec les bêtes sauvages. 2 000 ans plus tard, les enfants lisent des livres à propos de person­­nages imagi­­naires dotés de la faculté de parler aux croco­­diles. Et les gens achètent des livres comme How to Speak Cat? (comment parler le chat), qui promet d’ana­­ly­­ser les 16 diffé­­rents types de miau­­le­­ments que produit votre chat. Sur YouTube, on voit pas mal d’in­­di­­vi­­dus à priori normaux filmer leurs chiens émettre des sons confus, suppo­­sés sonner comme « I love you ».

Notre désir de parler à nos animaux est si fort et nous sommes prêts à passer l’éponge sur pas mal d’ab­­sur­­di­­tés. L’au­­teur de How to Speak Cat? a admis que sa théo­­rie des 16 miau­­le­­ments était fabriquée de toutes pièces. Ceux qui vivent avec des animaux ont forcé­­ment un jour ou l’autre cédé à cette forme parti­­cu­­lière de solip­­sisme qui nous fait proje­­ter nos pensées et nos senti­­ments humains sur les animaux avec lesquels nous vivons. (Je suis sortie avec un type qui m’avait confié que la clé pour comprendre sa mère, c’était de prendre chaque phrase dans laquelle elle parlait de ce que son chien pensait ou ressen­­tait et de rempla­­cer son nom par le sien : Daisy est si contente de te rencon­­trer ! Daisy est fati­­guée. Daisy est très exci­­tée quand il y a trop de monde à la maison.) D’où l’objec­­tion morale à l’an­­thro­­po­­mor­­phisme : « Imagi­­ner que les animaux pensent comme les humains ou faire porter aux animaux des rôles humains est une forme de narcis­­sisme auto-centré : nous contem­­plons le monde et n’y voyons que notre propre reflet », écrivent Lorraine Daston et Gregg Mitman dans leur livre sur la ques­­tion. L’an­­thro­­po­­mor­­phisme peut aussi reflé­­ter un manque d’ima­­gi­­na­­tion. Assi­­mi­­ler le compor­­te­­ment d’un trou­­peau d’élé­­phants à celui d’une famille nombreuse améri­­caine, ou faire porter un tutu à un York­­shire frappe ces critiques comme un genre de provin­­cia­­lisme d’es­­pèce, un échec presque patho­­lo­­gique à saisir la diver­­sité majes­­tueuse du monde natu­­rel. « Un provin­­cia­­lisme compa­­rable à celui de ces touristes qui portent des œillères et s’ima­­ginent que les natifs des pays étran­­gers qu’ils visitent auront les mêmes coutumes ou la même langue qu’ils pratiquent chez eux. »

Dawn

Lorsque j’ai fait mes recherches sur elle en ligne, Dawn s’est avérée être bien plus qu’une « simple » voyante pour chats. Son site présente des photos de toutes sortes d’ani­­maux, allant des chevaux aux rongeurs. Il y a aussi des liens vers son livre pour enfants, qui parle d’un lapin géant. D’après sa biogra­­phie, elle aime la brode­­rie, faire du roller et passer du temps avec des animaux.

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Dawn Allen
Crédits : DR

Sur son site, Dawn fait atten­­tion à bien défi­­nir où commencent et où finissent ses capa­­ci­­tés. Elle peut commu­­niquer direc­­te­­ment avec les animaux par télé­­pa­­thie, aidant ses clients à apprendre « ce que ressentent leurs animaux, quels sont leurs besoins et qui ils sont vrai­­ment ». Les premières consul­­ta­­tions télé­­pho­­niques durent 40 minutes – « parfait pour savoir tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur votre compa­­gnon » – et coûtent 65 dollars. Je ne suis pas de nature à croire aux médiums, même si j’ai­­me­­rais. Comparé à certains de mes amis qui s’en­­voient des textos avec leurs chamanes ou s’em­­barquent dans des quêtes de vision dans le désert, je me suis toujours trou­­vée terri­­ble­­ment terre-à-terre et peu récep­­tive aux miracles. J’étais pour­­tant allée consul­­ter une voyante quand j’avais 20 ans. Elle a dit que j’avais une vieille âme, ce qui ne voulait pas dire grand-chose pour moi. J’eu le senti­­ment qu’elle devait dire cela à tout le monde. Mais là, j’étais déses­­pé­­rée. J’ai réservé la prochaine séance dispo­­nible chez la voyante pour chats. Dawn m’a appelé à 11 heures un mardi matin. Je lui ai expliqué la situa­­tion, en butant sur les mots. J’avais peur qu’elle soit assez douée pour voir que je ne croyais pas aux voyants, encore moins pour chats, et encore beau­­coup moins par télé­­phone à plus de 3 000 kilo­­mètres d’ici. Je lui ai raconté toute l’his­­toire : mon mois d’ab­­sence, la sous-loca­­taire, et la froi­­deur persis­­tante de Musa. « Mmh », dit-elle, comme si je l’avais mise face à une énigme parti­­cu­­liè­­re­­ment retorse. « C’est un cas diffi­­cile, n’est-ce pas ? » La voix de Dawn était patiente mais ferme. Je n’avais aucun mal à l’ima­­gi­­ner pronon­­cer des paroles apai­­santes pour calmer un animal en panique. Elle m’a demandé si je savais ce que Musa mangeait et où il le mangeait, et s’il y avait eu quelque autre chan­­ge­­ment signi­­fi­­ca­­tif à la maison. « Ma mère dit que peut-être qu’il ne veut tout simple­­ment plus être mon chat », ai-je dit. « Non. Bien sûr que non », a-t-elle répondu. « Ces choses-là prennent juste du temps. » Elle avait l’air confiante et opti­­miste. J’ai réalisé que c’était moi, l’ani­­mal qu’elle calmait. « À présent je vais me taire quelques instants, car je parle avec Musa », m’a dit Dawn. « Mais si vous ne m’en­­ten­­dez pas après une dizaine de minutes, c’est proba­­ble­­ment que nous aurons été décon­­nec­­tées. Il faudra que vous me rappe­­liez dans ces cas-là. »

Rester silen­­cieuse avec une étran­­gère au télé­­phone semblait étran­­ge­­ment intime. Je me suis deman­­dée s’il y avait une sorte de fil psychique sur lequel je devrais me concen­­trer, ou si mes efforts ne feraient qu’ajou­­ter de la friture sur la ligne. Au lieu de quoi j’ai fermé les yeux et commencé à comp­­ter mes respi­­ra­­tions. Après avoir atteint 17, Dawn s’est remise à parler. « Eh bien, il est adorable, n’est-ce pas ? Il dit qu’il vous aime fort. » J’au­­rais pu verser quelques larmes. Et si ce n’était que la version pour animaux de la « vieille âme » ? C’est ce que je me suis dit, ou que j’avais besoin de me dire. Peut-être n’y avait-il pas grande diffé­­rence entre les deux à ce moment-là. Dawn m’a raconté que Musa avait été très effrayé par mon départ et l’ar­­ri­­vée de la sous-loca­­taire. Même s’il savait que j’étais reve­­nue depuis des mois, il était en quelque sorte bloqué dans une boucle trau­­ma­­tique qui déclen­­chait chez lui de l’an­xiété à chaque fois qu’il me voyait. Il allait bien – il lui a dit qu’un de mes voisins le nour­­ris­­sait – mais il n’était pas au mieux de sa forme. Elle m’a dit que la liberté était ce qu’il chéris­­sait le plus, et que s’il rentrait à l’in­­té­­rieur, même pour une seconde, il fallait que je le laisse sortir dès qu’il le deman­­dait. Elle a ajouté qu’elle l’avait genti­­ment encou­­ragé à rentrer à la maison, où il faisait bon et où il y avait de la nour­­ri­­ture en abon­­dance.

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L’hi­­ver à Marfa
Crédits : Rachel Monroe

Notre temps était écoulé, mais je conti­­nuais à songer à des ques­­tions pour garder Dawn au bout du fil. Je n’étais pas tout à fait prête à la lais­­ser partir. Notre conver­­sa­­tion de 40 minutes avait été comme une de ces séances de théra­­pie parti­­cu­­liè­­re­­ment intenses où l’on ressort lessivé, avec le senti­­ment de s’être lavé le cœur à l’eau vive. Vous allez proba­­ble­­ment vous dire que j’in­­vente, mais je jure que c’est ce qu’il s’est passé : deux jours après que j’ai parlé avec Dawn, je travaillais à mon bureau quand j’ai entendu un miau­­le­­ment. Musa se tenait dehors à attendre, l’air un peu agacé. J’ai ouvert la porte et l’ai laissé entrer, en essayant de ne pas faire de geste brusque. Il s’est promené dans la maison avec noncha­­lance, se frot­­tant contre moi comme s’il n’avait pas passé les deux derniers mois à éviter tout contact. Puis il a semblé chan­­ger d’avis et il est sorti. Je lui ai laissé la porte ouverte. Quelques minutes plus tard, il est revenu et s’est préci­­pité vers son bol de nour­­ri­­ture. Je l’ai écouté mâcher ses croquettes, un son qui m’avait manqué sans que je m’en aperçoive. Sa présence dans la maison était comme un petit miracle, le genre de merveille dont ne sont crédi­­tés que les saints les plus obscurs. C’était la fin du mois de décembre. Depuis ce jour, nous avons repris notre rela­­tion où nous l’avions lais­­sée. Musa dort sur mon lit, roulé en boule comme un cloporte. Le matin, il se plaint jusqu’à ce que je le laisse sortir. Il aime toujours regar­­der les poules manger. Lorsque les soirées sont chaudes, je m’as­­sieds sur le porche et boit une bière pendant que Musa garde un œil sur les oiseaux.

L’abîme

Il y a envi­­ron un siècle, un profes­­seur de mathé­­ma­­tiques et mystique alle­­mand du nom de Wilhelm von Osten avait un cheval nommé Hans le Malin. Sur une période de plusieurs années, von Osten raconte qu’il a patiem­­ment donné à Hans l’équi­­valent d’un ensei­­gne­­ment de mater­­nelle, lui appre­­nant même les bases de l’ari­th­­mé­­tique. hans1La conver­­sa­­tion allait dans les deux sens : Hans commu­­niquait avec ses sabots, frap­­pant le sol un certain nombre de fois pour indiquer un nombre ou une lettre parti­­cu­­liers. Les fans affluaient sur la propriété de von Osten, située aux abords de Berlin, pour voir le cheval en personne. Hans le Malin faisait montre de ses talents devant des ducs et des méde­­cins. La plupart des gens étaient conquis : Von Osten deman­­dait à son cheval combien de dames se tenaient en rang devant lui, et il tapait du sabot le nombre exact de fois. Hans était appa­­rem­­ment capable de faire la diffé­­rence entre l’or, l’argent et le cuivre. Il connais­­sait les jours de la semaine et savait quel était le mois de l’an­­née. Il réali­­sait des opéra­­tions d’ari­th­­mé­­tique très simples et savait lire l’heure. « La versa­­ti­­lité de Hans est épous­­tou­­flante », écri­­vait le New York Times en 1904. « Il sait distin­­guer chapeaux de feutre et chapeaux de paille, cannes et para­­pluies. Il connaît même les diffé­­rentes couleurs. » Mais tout le monde n’était pas convaincu.

En 1907, un groupe d’ex­­perts – des psycho­­logues, des zoologues ainsi qu’un dres­­seur de cirque – connu sous le nom de Commis­­sion Hans a élaboré une série d’ex­­pé­­riences pour essayer de faire la lumière sur les extra­­or­­di­­naires capa­­ci­­tés de Hans le Malin. Ils ont mis des œillères à l’ani­­mal et essayé de faire poser les ques­­tions par quelqu’un d’autre que von Osten. Au final, la commis­­sion a conclu qu’il n’y avait pas de triche­­rie à l’œuvre, mais égale­­ment que le cheval n’était pas capable de comprendre le langage humain, du moins pas au sens où von Osten l’en­­ten­­dait. Il était si juste dans l’in­­ter­­pré­­ta­­tion du langage corpo­­rel de son maître qu’il était capable de repé­­rer les indices les plus subtils – des indices que von Osten n’avait pas conscience de donner :

L’état requis pour que la bonne réac­­tion se produise n’était pas l’at­­tente passive que le cheval tape le nombre qu’on lui avait demandé de taper, ni le désir qu’il le fasse, mais plutôt la déter­­mi­­na­­tion qu’il devait le faire. Un « tu dois » indi­­cible était trans­­mis au cheval. Cet état émotion­­nel était enre­­gis­­tré dans sa conscience sous forme d’une sensa­­tion de tension muscu­­laire entre la tête et le cou, par des sensa­­tions intra-orga­­niques, et fina­­le­­ment par un senti­­ment de malaise progres­­sif. Lorsque le nombre final était atteint, la tension se relâ­­chait soudai­­ne­­ment et lais­­sait la place à une curieuse sensa­­tion de relaxa­­tion.

Cette révé­­la­­tion publique n’a pas décou­­ragé les fans de Hans le Malin, qui conti­­nuaient à affluer pour le voir. Von Osten n’a jamais été tota­­le­­ment convaincu que son cheval ne le compre­­nait pas – peut-être parce qu’ils commu­­niquaient tous les deux à un degré de compli­­cité remarquable, même si la forme de cette conver­­sa­­tion n’était pas exac­­te­­ment ce que von Osten pensait qu’elle était. hans2Il y a évidem­­ment des expli­­ca­­tions ration­­nelles au retour de mon chat. Mon père, fervent maté­­ria­­liste, croit que Musa a profité du fait que la voyante pour chats m’avait calmée. Un quel­­conque message subtil trans­­mis par mon langage corpo­­rel lui aura fait savoir que j’avais décidé de lui accor­­der autant de liberté qu’il voulait. Au final, le méca­­nisme m’im­­porte peu. Qu’il s’agisse de télé­­pa­­thie, de langage corpo­­rel ou bien de chance, je ne vois pas le retour de Musa autre­­ment que comme un miracle. « Le mot “amour” est absent de l’in­­dex de l’Ox­­ford Compa­­nion du compor­­te­­ment animal ainsi que l’En­­cy­­clo­­pé­­die du compor­­te­­ment animal », écrit le compor­­te­­men­­ta­­liste animal Jona­­than Balcombe dans son livre. Il émet l’hy­­po­­thèse que c’est en partie car « il est diffi­­cile, sinon impos­­sible, de faire la preuve de l’amour d’un autre indi­­vidu, même chez l’homme. C’est le défi de l’ex­­pé­­rience privée. »

Quand on est proche de quelqu’un – chat, humain ou quoi que ce soit d’autre –, il est facile de le tenir pour acquis, jusqu’à ce qu’ils fassent quelque chose qui nous fait les regar­­der en se disant : Oh ! Tu es une créa­­ture diffé­­rente avec un esprit diffé­rent du mien ! Et voilà qu’un abîme vous sépare. Le « défi de l’ex­­pé­­rience privée » de Balcombe m’a semblé être une formule polie pour parler du senti­­ment désa­­gréable de s’ou­­vrir le gouffre inéluc­­table qui sépare tous les esprits. Malgré cela, nous conti­­nuons à faire de nos messages des avions de papier que nous envoyons voler par-dessus le préci­­pice. Je pense que certains d’entre eux arrivent à bon port. « Le désir de penser avec les animaux » n’est pas toujours solip­­siste, écrivent Daston et Mitman dans leur ouvrage sur le sujet. Certaines fois, il s’agit même de tout le contraire – « un acte virtuose mais condamné d’em­­pa­­thie totale ». La distance est toujours là, et nous essayons sans cesse de l’abo­­lir, de quelque façon que ce soit.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « The Cat Psychic », paru dans Hazlitt. Couver­­ture : Une voyante, un chat, l’uni­­vers, des éclairs. (Ulyces)


APOCALYPSE MIAOU AU CŒUR DE LA SECTE QUI VÉNÈRE LES CHATS COMME DES ÊTRES DIVINS

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Lorsque l’as­­so­­cia­­tion Eva’s Eden a ouvert son refuge pour chatons, personne n’ima­­gi­­nait que ses béné­­voles faisaient partie d’un culte aussi absurde que dange­­reux.

La liste des raisons pour lesquelles vous êtes suscep­­tible de connaître Colum­­bia est vite faite. C’est dans cette ville du Tennes­­see qu’est né James K. Polk, le 11e président des États-Unis. Chaque année en avril y est orga­­nisé le « jour de la mule », avec sa parade et son festi­­val. Et peut-être avez-vous eu vent des émeutes qui s’y sont dérou­­lées en 1946, quand ses habi­­tants afro-améri­­cains luttaient pour que l’avo­­cat Thur­­good Marshall ait le droit d’exer­­cer sa profes­­sion (il a plus tard été élu à la Cour Suprême). Il se pour­­rait aussi qu’elle abrite un culte apoca­­lyp­­tique des chats.

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Le logo de l’Éden d’Ève

La révé­­rende Sheryl Ruth­­ven et quelques dizaines de ses adeptes ont quitté l’État de Washing­­ton il y a trois ans. Ils cher­­chaient un endroit où vivre en paix en atten­­dant tranquille­­ment l’apo­­ca­­lypse. D’ici là, ils espé­­raient sauver le plus de chats possible. D’après les écrits de Ruth­­ven et des entre­­tiens avec ses anciens adeptes, les chats seraient des créa­­tures divines censées porter les 144 000 âmes mention­­nées dans le Livre de la Révé­­la­­tion. Mais l’his­­toire contro­­ver­­sée du groupe l’a suivi à travers le pays. En public, les adeptes de Ruth­­ven – qui s’oc­­cupent d’un refuge pour chats à but non lucra­­tif connu sous le nom d’Eva’s Eden (l’Éden d’Ève) – se présentent comme une asso­­cia­­tion paisible dévouée à Mère Nature et à la vie en harmo­­nie. Ils recueillent chez eux des dizaines de chatons et orga­­nisent des jour­­nées d’adop­­tion dans leur cara­­vane clima­­ti­­sée, trans­­for­­mée en cour de récré pour chats. « Notre credo a toujours été d’ai­­der à apai­­ser les souf­­frances, nous sommes l’Éden d’Ève … nous appor­­tons l’amour au monde, un chat après l’autre », ont-ils écrit dans un post Face­­book aujourd’­­hui effacé. Mais certains de ses anciens adeptes disent que le minis­­tère de Ruth­­ven est un culte de la person­­na­­lité dédié à sa prophé­­tesse. Elle préten­­drait être la Divine Made­­leine, la réin­­car­­na­­tion d’une figure messia­­nique qui créera un nouvel Éden après l’apo­­ca­­lypse. Ces anciens adeptes racontent qu’ils adulaient Ruth­­ven, suivant chacun de ses comman­­de­­ments, même lorsqu’il a leur a fallu aban­­don­­ner leurs familles pour la suivre. Ils admi­­nistrent main­­te­­nant une page Face­­book dénonçant ce qu’ils consi­­dèrent comme une secte. L’Éden d’Ève nie en bloc. Ils affirment que ces anciens membres sont des haters coor­­don­­nés par l’ex-mari de Ruth­­ven, voués à calom­­nier leur foi. L’as­­so­­cia­­tion a répondu aux critiques en les attaquant en ligne et en échan­­geant des lettres de menaces de pour­­sui­­tes… avant de poster des vidéos d’ado­­rables chatons sur YouTube.

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