par Ronus | 13 avril 2016

LISEZ LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE ICI

Les loups

« On était les rois du monde et 50 nous détes­­tait », raconte Irv Gotti. « Il nous enten­­dait à la radio et ça le rendait dingue. Mais je n’ai jamais dit à personne de ne pas le signer. Seule­­ment, quand les gens m’ap­­pe­­laient à ce sujet, je répon­­dais : “Je n’aime pas ce type et je ne veux rien avoir à faire avec lui.” Si ça c’est de l’os­­tra­­cisme, alors je suis coupable. » Murder Inc. voulait enter­­rer 50 Cent parce qu’il avait osé s’en prendre à eux.


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Supreme O.G.

« Irv Gotti n’était pas assez puis­­sant pour arrê­­ter la carrière de qui que ce soit », dit 50. « Mais il a tenté son coup quand même. » Murder Inc. était le label du moment, et ils avaient Supreme avec eux. Leur influence était consi­­dé­­rable et ils pensaient logique­­ment pouvoir gâcher la vie de 50. Mais tandis qu’ils deve­­naient peu à peu d’au­­then­­tiques gang­s­ters, ils sont tombés sous la coupe de Preme. Preme était respecté dans la rue comme au siège de Murder Inc. Il était leur Don Corleone. « Je sais que sur le papier, c’était Irv le patron », dit Supe­r­­head. « Mais quand Preme débarquait et disait quelque chose, tout le monde l’écou­­tait. » Preme avait même les clés de l’im­­meuble d’Uni­­ver­­sal Music et il allait et venait comme bon lui semblait. Lui et ses parte­­naires de crime faisaient ce qu’ils voulaient dans les locaux de Murder Inc. Ce que Supreme trafiquait exac­­te­­ment là-bas, c’est la ques­­tion que se posait beau­­coup de flics qui l’avaient à l’œil.

Au cours de leur enquête sur la Supreme Team, ils l’ont un jour suivi jusqu’au siège d’Uni­­ver­­sal Music Group, au coin de la Huitième Avenue et de la 50e Rue. Il a passé le contrôle de sécu­­rité sans encombres et a disparu dans l’as­­cen­­seur. Un agent de sécu­­rité a dit aux agents qu’il s’agis­­sait de « M. Supreme », et il a ajouté qu’il travaillait en haut, chez Murders Inc. Mais les agents n’ont pas cru une seconde que Preme était un cadre de Def Jam, le label proprié­­taire de Murder Inc. Ils soupçon­­naient quelque chose de bien plus nuisible. Preme jouait le jeu, malgré tout. Il tenait son rôle de protec­­teur et aver­­tis­­sait tous les nouveaux venus : « Ne jouez jamais aux cons avec Murder Inc. » C’était grâce à eux qu’il croû­­tait, et il avait pour mission de proté­­ger leurs inté­­rêts. Preme était sur les deux fronts à l’époque, l’en­­ter­­tain­­ment et la rue. Il menait une double vie. Pour lui, le beef avec 50 Cent était déri­­soire, mais 50 ne voulait pas la fermer. « Il est colé­­reux et il dit toujours ce qu’il pense », dit Preme. Murder Inc. et Preme régnaient sur les quar­­tiers aussi bien que sur l’in­­dus­­trie de la musique. « It’s Murdah », le slogan de Murder, Inc., était graffé sur les murs de South Jamaica pour que tout le monde sache bien qui diri­­geait le quar­­tier.

La vie avait fait un tour complet pour Preme : dans les années 1980, les murs étaient couverts de graffs « Supreme Team ». « Il y avait quelque chose de spécial entre Moi et Preme », dit 50. « On parlait pas mal ensemble à un moment. Mais on a trop de choses en commun pour bien s’en­­tendre. Sa vision des choses, c’est qu’il doit pouvoir faire ce qu’il veut, et c’est aussi la mienne. » 50 savait que Murder Inc. voulait sabo­­ter sa carrière. « J’avais rendez-vous pour un contrat avec DJ Clue et Rich Skane, son mana­­ger », raconte 50. « Et le premier truc qu’il m’a dit, c’est : “OK, j’ai parlé avec les loups et ils m’ont dit qu’il n’y avait pas de souci pour faire affaires avec toi.” À l’ori­­gine, Preme pensait que j’avais essayé de le tuer, car quelqu’un lui avait tiré dessus à la station service. Mais Skane m’a dit : “J’ai parlé à Preme, et il m’a assuré qu’il n’y avait pas de problème. Il a eu la preuve que tu n’y étais pour rien.” » Depuis que Preme était de retour aux affaires, sa vie avait été mena­­cée à deux reprises. « La nouvelle géné­­ra­­tion pensait que l’époque de Preme était révo­­lue. Ils ne respec­­taient personne », dit Tuck. lls ont bien failli l’avoir à la station service. « Ils ont essayé de le coin­­cer pour l’al­­lu­­mer », raconte le South­­side Player – un autre membre de la Supreme Team. « Mais Preme était bon conduc­­teur et il a réussi à s’en­­fuir. »

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La Supreme Team dans les années 1980

Même si Murder Inc. crevait d’en­­vie de gâcher la carrière de 50, Preme a décidé une fois de plus de lais­­ser une chance au gamin. Preme était un vrai gang­s­ter, ces trucs de rap n’avaient aucune valeur à ses yeux. « Je pense qu’il sent bien quand une situa­­tion peut dégé­­né­­né­­rer, et vu qu’il connais­­sait les deux parties, je pense qu’il se sentait obligé de se mettre au milieu pour tenter de trou­­ver une issue paci­­fique au problème », analyse T. « C’est quelqu’un de très diplo­­mate qui pense que la violence est une option qui peut être évitée. Mais comme il était du côté de Murder Inc., il s’est mis à dos certains de leurs rivaux. » Dont 50 Cent. Et même un gang­s­ter qui tente de se ranger à son seuil de tolé­­rance. « Après la réunion à laquelle 50 n’est pas venue, Preme a dit qu’il ne pouvait plus rien pour lui », raconte T. Supreme a cessé de se pronon­­cer en faveur de la paix lorsqu’il a réalisé que 50 était un provo­­ca­­teur, une répu­­ta­­tion qu’il s’était taillé avec le morceau « Ghetto Qur’an (Forgive Me Part 1) », sorti en 2000. Chaz avait averti 50 que le morceau déplai­­rait à pas mal de crimi­­nels cités dans les lyrics, mais 50 ne voulait rien savoir. Le morceau se retrou­­ve­­rait sur son premier album chez Colum­­bia, Power of the Dollar, que Jam Master Jay avait aidé à produire. Chaz a souhaité bonne chance à 50 après l’avoir aidé à décro­­cher le deal avec Colum­­bia.

Pour son premier album, 50 avait besoin d’une contro­­verse. Il a fait de son mieux. « Preme adore se faire voir », dit 50. « Il veut être une putain de star. C’est pour ça que la première fois qu’il a entendu l’al­­bum, il m’a dit qu’il l’avait aimé. Il avait aimé “Ghetto Qur’an”. » Le morceau est un véri­­table arbre généa­­lo­­gique des dealers du Queens, et les paroles rendent hommage aux person­­nages légen­­daires qui ont peuplé l’en­­fance de 50 – dont Preme et Prince. « Les vété­­rans du Viet­­nam ont eu leur mémo­­rial et tout ce que les mecs du Queens ont eu, ceux qui étaient dans la partie à l’époque, c’est cette chan­­son », dit 50. Il voulait qu’elle soit un hommage aux gang­s­ters qu’il admi­­rait quand il était plus jeune. Il n’avait pas écrit le morceau pour les balan­­cer, mais quelque part entre le studio et les rues du Queens, sa signi­­fi­­ca­­tion s’est perdue et il était deve­­nue syno­­nyme de manque de respect envers les gang­s­ters du quar­­tier. « C’était très factuel », dit Supreme en parlant du morceau. « Dedans, il dit : “Supreme était le busi­­ness­­man et Prince était le tueur.” »

Mais Preme pense malgré tout que 50 n’au­­rait jamais dû parler de ces affaires en public. « À mon époque, il y avait un code de conduite », dit Supreme. « On ne parlait pas des types tant qu’ils n’étaient pas derrière les barreaux. » https://www.youtube.com/watch?v=BBqLuWGf3ZE&nohtml5=False 50 avait voulu bien faire, mais tout le monde l’avait aban­­donné. Il voulait passer pour un gang­s­ter, mais les gang­s­ters le consi­­dé­­raient comme une balance à cause de sa chan­­son. Il ne pouvait pas gagner… et pour­­tant, il y est arrivé. 50 a su trans­­for­­mer l’échec et la contro­­verse en succès. On n’en avait pas fini avec lui. Chaque fois que Murder Inc. bais­­sait la garde ou se détour­­nait, 50 contre-attaquait en les faisant passer pour des lâches. C’est alors que Preme et Murder Inc. ont décidé de se débar­­ras­­ser de 50. « 50 n’a jamais fait les 400 coups », dit T. « Tout ce que 50 a fait, c’est d’al­­ler dans un boot camp – un truc que ne ferait jamais Supreme –, où des types te gueulent en plein visage de faire 100 pompes. » « Ce gamin n’a jamais rien vécu », dit Preme. « Moi, j’ai vécu parmi les loups. » Mais même les plans les mieux prépa­­rés peuvent mal tour­­ner.

Laza­­rus

Le 24 mai 2000, 50 et un ami à lui étaient assis à l’ar­­rière d’une voiture garée devant la maison de sa grand-mère, sur la 161e rue à South Jamaica. Une ombre s’est avan­­cée vers le véhi­­cule, du côté de 50, et lui a tiré neuf balles dans le corps, le touchant à la main, à la hanche, au mollet, dans la poitrine et au visage. Son assaillant pris la fuite, lais­­sant 50 pour mort. Mais il a survécu. « Quand je me suis fait tirer dessus, il était midi, c’est dire à quel point je n’étais pas en sécu­­rité », raconte 50. « Même en pleine jour­­née j’étais en danger. Je serais allé au super­­­mar­­ché avec ma mère, ç’au­­rait été pareil. Je ne suis pas du genre à avoir peur, mais quand vous avez affaire à de vrais gang­s­ters, vous êtes dans une impasse. Ça arrive telle­­ment vite que vous ne pouvez même pas répliquer. J’ai eu peur tout le long. Je regar­­dais dans le rétro­­vi­­seur en me disant : “Putain de merde, quelqu’un m’a tiré dans le visage. Ça brûle, ça brûle, ça brûle.” »

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50 Cent à l’hô­­pi­­tal dans son film
Crédits : Para­­mount Pictures

Le lieu­­te­­nant Richard Bellucci, de la brigade des homi­­cides du Queens, était chargé d’écrire le rapport. D’après Bellucci, 50 était dans une voiture quand deux autres véhi­­cules lui ont barré la route. Un homme est sorti d’un des véhi­­cules et lui a tiré dessus de nombreuses fois avant de prendre la fuite. 50 n’a pas voulu coopé­­rer avec la police, et il maudis­­sait la Terre entière sur le chemin de l’hô­­pi­­tal. Le lieu­­te­­nant Bellucci n’a pas insisté davan­­tage pour pous­­ser 50 à parler. Résul­­tat, personne n’a jamais su qui lui avait tiré dessus. Mais dans une inter­­­view sur la station de radio Hot 97, 50 a iden­­ti­­fié Darryl “Hommo” Baum comme étant le tireur. Et dans l’un de ses morceaux, il rappe : « Hommo m’a tiré dessus/Trois mois après il s’est fait descendre », sous-enten­­dant qu’il était poten­­tiel­­le­­ment impliqué dans l’af­­faire. Mais le jour­­na­­liste Ethan Brown remet les pendules à l’heure : « Ce qui est arrivé au type qui a tiré sur 50 a moins à voir avec le hip-hop et 50 que ce qu’il veut que les gens croient. »

Love, un autre membre de la Supreme Team, raconte de son côté que Supreme, Chaun­­cey « God B » Milli­­ner et Robert « Son » Lyons – le garde du corps de Ja Rule et tireur présumé – se sont retrou­­vés dans un garage de Brook­­lyn immé­­dia­­te­­ment après l’at­­taque de mai 2000. Love raconte que Preme et les deux autres ont tendu une embus­­cade à 50 devant la maison de sa grand-mère, et qu’il s’est fait tirer dessus pour avoir cité le nom de Preme dans le morceau « Ghetto Qur’an ». Croyant que 50 y était resté, le trio a retrouvé Love. Ils se sont lavés les mains à l’al­­cool isopro­­py­­lique et ont convenu d’un alibi : ils étaient allés faire du shop­­ping dans le centre de Brook­­lyn. « Supreme a dit : “Je l’ai eu” », raconte Love. « Je ne savais pas de qui il parlait, alors Supreme m’a dit clai­­re­­ment qu’il avait eu 50 Cent. Il pensait qu’il était mort. Il s’était fait tirer dessus beau­­coup de fois et il y avait beau­­coup de sang. Il m’a expliqué qu’ils avaient attendu qu’il sorte de chez sa grand-mère et qu’il monte dans une voiture. C’est là qu’ils lui ont tiré dessus. » Love ajoute que Preme avait engagé Son pour se débar­­ras­­ser de 50, et il affirme que Son avait de la poudre à canon sur les mains quand il l’a vu. Aux yeux de Supreme et de Murder Inc., 50 avait eu ce qu’il méri­­tait : la justice de la rue.

Preme réglait ses problèmes en les élimi­­nant. C’était un gang­s­ter. Au sein Murder Inc., où se brouillait la fron­­tière entre l’en­­ter­­tain­­ment et la réalité, ce qui s’était passé semblait justi­­fié à tout le monde. Quand Chaz avait tourné le dos à 50, il l’avait condamné à mort. Sans un authen­­tique gang­s­ter pour le proté­­ger, le tuer était accep­­table. « Après m’être fait tirer dessus, j’ai appelé la maison de ma grand-mère », dit 50. « Je lui ai demandé : “Quelqu’un a cher­­ché à me joindre ici ?” Elle m’a dit que non. “Tu es bien sûre que personne n’a cher­­ché à me joindre chez toi ? Le vieux n’a pas appelé ?” Ces types avaient 50 et 47 ans. J’ai insisté : “Tu n’as pas reçu de coup de fil d’un vieux monsieur qui deman­­dait à me parler ?” Elle m’a assuré que non. Alors dans ma tête, je me suis dit que même si Chaz ne savait pas exac­­te­­ment ce qui allait se passer avant, main­­te­­nant il était au courant. C’est pour ça qu’il n’avait pas appelé. Et ils se demandent pourquoi je n’ai pas voulu aller à la réunion avec lui… » Pour 50, il était clair que Chaz l’avait trahi. Mais il avait des choses plus pres­­santes à régler. « Il fallait que je mette mon fils à l’abri, loin d’ici, pour que je puisse reve­­nir sur place quand je serais guéri. » 50 a inventé l’his­­toire de Hommo pour prou­­ver à Supreme qu’il n’était pas une balance. À présent, il restait à lui prou­­ver qu’il était un gang­s­ter.

Après la tenta­­tive d’as­­sas­­si­­nat dont il avait été victime, Colum­­bia Records a lâché 50 Cent.

« Je pionçais devant la cité Bais­­ley, en face de la maison de la grand-mère de Supreme, dans un Dodge Cara­­van de 1993 avec trois jantes sur quatre, en atten­­dant de le tuer », raconte 50. « Ils ne se seraient jamais atten­­dus à ça. Quand je m’étais embrouillé avec Supreme la première fois, je ne me sentais pas à l’aise sans un gilet pare-balles et un flingue, et quelqu’un pour m’ac­­com­­pa­­gner qui portait lui aussi un gilet et un flingue. Ces types ne rigolent pas. Mais là vous savez ce que je me suis dit ? Je me suis dit : “Va te faire foutre. Si je te vois, je t’ex­­plose la tête en plein jour.” Les mecs du quar­­tier se deman­­daient comment ça allait finir, parce qu’ils se disaient qu’a­­près m’être fait tirer dessus neuf fois, je n’avais plus rien à perdre. »

Après la tenta­­tive d’as­­sas­­si­­nat dont il avait été victime, Colum­­bia Records a lâché 50 Cent. « Ils ont eu peur », dit-il. « Pour moi, se faire tirer dessus n’était pas aussi grave que de se faire lour­­der. Après 13 jours passés à l’hô­­pi­­tal, on pense que tout va bien, qu’on va pouvoir reprendre du service. Et voilà qu’ils me disaient au revoir. » Supreme et Murder Inc. étaient exta­­tiques. Appa­­rem­­ment, un message reçu sur l’un des pagers du crew après qu’il se soit fait tirer dessus disait : « Nique demi-dollar, moi et mes soss on tue pour s’amu­­ser. » Irv Gotti aurait aussi envoyé une série de messages dans les 30 minutes suivant l’em­­bus­­cade en deman­­dant combien de fois 50 avait été touché et s’il avait été tué. Même s’il n’était pas mort – ce qu’ils avaient du mal à croire compte tenu du nombre de balles qu’on lui avait tiré dessus –, Murder Inc. s’est dit qu’il était fini après que Colum­­bia l’a laissé tomber. Mission accom­­plie. Mais 50 Cent n’en est pas resté là. « Le premier morceau que j’ai sorti s’ap­­pe­­lait “Fuck You”. Dedans, je disais aux types qui m’avaient tiré dessus d’al­­ler se faire foutre », dit 50. « Ce qui m’était arrivé était public, les gens savaient qu’on m’avait tiré dessus. Avant qu’ils n’aillent en prison [Supreme a été condamné à perpé­­tuité pour ses acti­­vi­­tés crimi­­nelles en 2007], je leur ai dit sur ce morceau que si on se recroi­­sait, je leur ferais la peau. » 50 montait en pres­­sion, et Murder Inc. et Supreme ont été pris dans un tour­­billon média­­tique. C’est devenu plus qu’un simple beef. Quand Preme et Murder Inc. avaient tenté de descendre 50, il était à deux doigts de se retrou­­ver sur la paille. Il voulait donc litté­­ra­­le­­ment deve­­nir riche ou mourir en essayant, et 50 a fait du drame qu’il avait vécu un véri­­table show pour les fans. Il n’a pas réglé l’his­­toire dans la rue, il l’a réglée en musique. « Si c’était resté au niveau de la rue, on avait gagné. Mais il en a fait un morceau », dit Ja Rule. https://www.youtube.com/watch?v=P-Y9J8H931s&nohtml5=False

Tout le monde dans la rue savait que les actes impor­­taient plus que les mots, et les actes de 50 ne valaient rien. Mais il était déci­­dé­­ment fort avec les mots. En repré­­sailles à ce qu’il avait subi, 50 a détruit les carrières de tout le monde. En dénonçant sèche­­ment ses bour­­reaux dans ses morceaux et ses inter­­­views, il était à lui seul un esca­­dron de la mort. Il était en croi­­sade contre ceux qui avaient voulu atten­­ter à sa vie. « Je n’ai jamais dit que c’était une balance », dit Supreme. « J’ai dit que son compor­­te­­ment pouvait être inter­­­prété comme de la dénon­­cia­­tion pure et simple. Je veux parler du fait qu’il a été en contact avec des agents fédé­­raux et qu’il leur a dit d’écou­­ter ses paroles. » Parce qu’en vérité, il y racon­­tait tout ce que les fédé­­raux avaient envie d’en­­tendre. « Je suis un gang­s­ter depuis le début », dit 50. « Je suis un produit de mon envi­­ron­­ne­­ment. Quand j’ai fait mon retour, la seule chose que je voulais c’était assas­­si­­ner ces mecs au micro. Je voulais leur montrer qu’ils avaient eu tort de s’en prendre à moi. Ils savent ce qu’il se passe quand on rate son coup. J’ai sorti “Fuck You”. Je ne l’ai même pas écrit, je me suis juste enfermé dans la cabine et j’ai balancé tout ce que j’avais dans la tête. » 50 avait fina­­le­­ment réussi à retour­­ner la situa­­tion pour deve­­nir le maître du jeu. Murder Inc. et Supreme se montraient moins réalistes que lui et ils ont proba­­ble­­ment été pris par surprise. Tandis que 50 s’éle­­vait vers la gloire, Murder Inc. dégrin­­go­­lait complè­­te­­ment. « J’au­­rais dû signer Ja Rule après ça », plai­­sante 50. « Après l’avoir détruit, je l’au­­rais recons­­truit. Parce qu’il n’a jamais été assez fort pour se mesu­­rer à moi indi­­vi­­duel­­le­­ment. Ils auraient dû être plus malins et lui dire d’évi­­ter de me cher­­cher. » Quand 50 a signé avec Eminem et Dr. Dre, son avenir était tout tracé et il est devenu évident que Get Rich or Die Tryin’ n’était pas juste un titre d’al­­bum, mais une mission que s’était donnée 50. Il a laissé derrière lui Murder Inc. et Supreme face à une enquête fédé­­rale sévère. L’ave­­nir ne serait pas aussi radieux pour eux.

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Get Rich or Die Tryin’

Depuis la prison où il est incar­­céré à vie, Preme fulmine : « Il se la joue, mais ce n’est pas un gang­s­ter. À ce train-là, on le verra bien­­tôt dans des pubs pour vendre des maca­­ro­­nis au fromage. » Quand il sera plus vieux, cela pour­­rait arri­­ver. Il ira certai­­ne­­ment là où est l’argent. 50 a fait reti­­rer tous ses tatouages et il joue plus qu’il ne rappe depuis long­­temps déjà. « Il faut que les gens réalisent que les vrais gang­s­ters ne rappent pas, et que les rappeurs ne sont pas des gang­s­ters », explique T. « Les rappeurs se fabriquent une image, c’est tout. Tout comme Al Pacino n’était pas Scar­­face, Curtis Jack­­son n’est pas 50 Cent. »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après un extrait du livre de Seth Ferranti, Supreme Team. Couver­­ture : Ja Rule


LES ORIGINES DU LABEL DE DRAKE,  NICKI MINAJ ET YOUNG THUG

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Aux origines du succès plané­­taire de Drake, Lil Wayne et Nicki Minaj, il y a deux frères partis de rien pour monter un label aujourd’­­hui richis­­sime.

Bryan « Bird­­man » Williams, « Baby » pour les intimes, revient régu­­liè­­re­­ment dans les clas­­se­­ments de Forbes des artistes de hip-hop les plus fortu­­nés. Ses exploits en tant que cofon­­da­­teur de Cash Money Records et en tant que rappeur – en solo ou avec Big Tymers, son duo avec Mannie Fresh – sont bien connus. Sa fortune a légè­­re­­ment baissé cette année en raison de l’in­­cer­­ti­­tude qui plane autour de Cash Money Records, son actif le plus impor­­tant. Ses conflits avec Lil Wayne en sont évidem­­ment la cause et ils pour­­raient avoir un impact drama­­tique sur la compa­­gnie si ce dernier venait à partir, entraî­­nant Nicki Minaj et Drake avec lui.

Bryan "Birdman" WilliamsCrédits
Bryan « Bird­­man » Williams
Crédits

Mais la situa­­tion n’est pas inédite et découle de méthodes éprou­­vées, qui remontent au début des années 1990. Les premières années de Cash Money révèlent un certain nombre d’as­­pects posi­­tifs et néga­­tifs de son éthique d’en­­tre­­prise, qui est restée inchan­­gée depuis l’ori­­gine. Avant d’avoir conduit Drake et Nicki au succès, avant les compa­­gnies pétro­­lières et les voitures à huit millions de dollars, avant même le fameux contrat de trente millions de dollars signé avec Univer­­sal Records, William et son frère Ronald (plus connu sous le nom de « Slim ») ont passé les premières heures des années 1990 à trans­­for­­mer Cash Money en acteur dyna­­mique de la Nouvelle-Orléans. Johnny, le père des frères Williams, était proprié­­taire de plusieurs affaires. « Il avait quelques bars », m’a raconté Baby. « Ainsi que des supé­­rettes, une lave­­rie auto­­ma­­tique… c’était un touche-à-tout. » Enfants, les deux frères venaient y passer du temps avec leur père, très occupé, prenant ainsi leurs premières leçons dans les affaires. « En nous montrant à l’époque comment il gérait son busi­­ness, il nous a appris à nous montrer entre­­pre­­nants, à faire les choses par nous-mêmes et à être nos propres patrons », se souvient Baby. Une leçon qui sera prise très à cœur. En gran­­dis­­sant dans les bars de leur père, les deux garçons sont deve­­nus amateurs de musique. Un genre de hip-hop origi­­naire de la Nouvelle-Orléans, la bounce, a gagné en popu­­la­­rité au début des années 1990 ; et en 1991, Baby et Slim étaient ainsi bien déci­­dés à « lancer un label et faire quelque chose de diffé­rent », ne manque pas de souli­­gner Baby.

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