par Sean Flynn | 2 septembre 2014

Les propos ayant servi à réali­­ser cette histoire ont été recueillis par l’au­­teur au cours d’en­­tre­­tiens avec Shane Murphy.

L’abor­­dage

8 avril, 3 h 45 du matin

RichardPhillips
Le capi­­taine Richard Phil­­lips
Conver­­sa­­tion avec Barack Obama
Crédits : Pete Souza

Je suis monté prendre mon tour de garde très tôt, comme toujours. Le capi­­taine, Richard Phil­­lips, était déjà sur le pont. Ce n’était pas bon signe. Quelques heures plus tôt, il avait écrit dans ses consignes de nuit : « Après l’in­­ci­dent d’aujourd’­­hui, nul besoin d’in­­diquer notre posi­­tion. Ce qu’il faut : obser­­ver et noti­­fier au préa­­lable. Nous sommes en terri­­toire apache, sans cava­­le­­rie en vue. Gardez un œil atten­­tif. Appe­­lez-moi en cas de doute ou de besoin. » Envi­­ron douze heures aupa­­ra­­vant, dans l’après-midi, des pirates nous avaient pour­­chas­­sés dans trois petits skiffs, expé­­diés depuis un vais­­seau mère. Mais les eaux étaient agitées, aussi avaient-ils aban­­donné leur pour­­suite un par un, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul bateau à nos trousses. Ils s’étaient appro­­chés d’un mille, mais avaient fini par aban­­don­­ner à leur tour et retour­­ner au navire. Mais main­­te­­nant, nous avions un signal sur notre radar. Et ils nous contac­­taient sur la radio VHF. « Arrê­­tez bateau. Arrê­­tez bateau. Ici pirate soma­­lien. » C’est ainsi qu’ils procé­­daient, je suppose. Ils annonçaient simple­­ment qu’ils vous avaient dans leur colli­­ma­­teur. Nous avons accé­­léré, modi­­fié quelque peu notre trajec­­toire, et nous avons rapi­­de­­ment semé nos pour­­sui­­vants. En moins d’une heure, leur bateau avait tota­­le­­ment disparu de notre radar, d’une portée de 24 milles marins. 6 h 30 Le capi­­taine Phil­­lips, qui avait quitté le pont vers 4 h 20, après avoir suffi­­sam­­ment distancé les pirates, est revenu prendre son café à 6 h 30 précises. Tous les jours à la même heure, à la seconde près. On pouvait synchro­­ni­­ser sa montre avec lui. À 6 h 48, j’ai briè­­ve­­ment détecté une cible radar, à 3 milles et demie. J’ai empoi­­gné les jumelles et l’ai repéré non loin : un skiff en fibre de verre lisse doté d’un moteur hors-bord, avec quatre hommes à son bord, qui se déplaçait à vive allure. J’ai reposé les jumelles. Le soleil était levé à présent, et la mer était pareille à une surface de verre. Ils étaient si proches et s’ap­­pro­­chaient si vite que je pouvais les discer­­ner à l’œil nu. Les pirates s’étaient conten­­tés de rester à bonne distance du radar à bord du vais­­seau mère, puis ils avaient envoyé le skiff, impos­­sible à repé­­rer jusqu’à ce qu’il soit sur nos talons. Nous avan­­cions à une allure de 18 nœuds, et le skiff à 26. Le navire de la marine améri­­caine le plus proche était à 400 milles. C’était un profond senti­­ment d’im­­puis­­sance : 360 degrés d’eau noire aux alen­­tours, personne pour nous aider, et un bateau rempli d’hommes armés jusqu’aux dents, qui s’ap­­pro­­chaient de plus en plus. À ce stade, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que d’at­­tendre. Je suis sorti sur le pont et j’ai tiré deux fusées éclai­­rantes à para­­chute sur le skiff. Je ne m’at­­ten­­dais pas à ce qu’elles fassent des miracles. Mais les pirates cher­­chaient l’ef­­fet de surprise, et je voulais qu’ils sachent que nous les savions en chemin. 7 h 13

J’ai crié à quiconque pouvait m’en­­tendre : « C’est bien réel ! Ceci n’est pas un exer­­cice ! Tous à vos postes, main­­te­­nant ! »

Putain d’at­­taque pirate – c’est étrange, mais je l’avais presque sentie venir. Parfois, je me dis que la mer était mon destin : je suis né fils de capi­­taine le 12 juin 1975, le jour du 200e anni­­ver­­saire de la créa­­tion de la marine marchande améri­­caine. J’ai commencé comme cuisi­­nier de mess, j’ai gravi les éche­­lons, j’ai inté­­gré l’Aca­­dé­­mie Mari­­time du Massa­­chus­­setts pour deve­­nir offi­­cier, et j’ai même rempli mes papiers pour deve­­nir capi­­taine – et je le suis devenu depuis, sur un autre bateau. Avant de voya­­ger sur ces eaux infes­­tées de pirates, j’avais le pres­­sen­­ti­­ment qu’on allait m’ap­­pe­­ler. J’avais même publié un statut sur ma page Face­­book : « La valeur d’un homme se mesure à ses actes en temps de crise et non en temps de pros­­pé­­rité. » Je m’étais dit : mon heure est venue de mesu­­rer ma gran­­deur. Je me suis rendu sur le pont prin­­ci­­pal lorsque les cloches ont sonné : un signal long, un signal court, un long, un court. C’était le signal d’alarme en situa­­tion d’ur­­gence. J’ai crié à quiconque pouvait m’en­­tendre : « C’est bien réel ! Ceci n’est pas un exer­­cice ! Tous à vos postes, main­­te­­nant ! » Il y avait deux points de rassem­­ble­­ment où nous nous rendions en cas d’ur­­gence : un dans mon bureau sur le pont prin­­ci­­pal, et l’autre au bout de la cambuse. Je voyais bien que les huit gars dans mon bureau étaient effrayés. Je l’étais, moi aussi, mais j’es­­sayais de me prépa­­rer au combat. Je tapais dans les murs, je criais, je me mettais en condi­­tions. Will Rios, le maître d’équi­­page, m’a isolé sur le côté : « Reste calme, a-t-il murmuré, utilise ta tête. » Il avait raison. En tant que second, j’étais celui qui montrait l’exemple, le meneur. J’ai réalisé qu’il nous faudrait réflé­­chir à une solu­­tion pour nous en sortir, à défaut de pouvoir tirer des coups de feu : nous n’avions pas de fusils. La poli­­tique de l’en­­tre­­prise inter­­­di­­sait les armes à feu, car les primes d’as­­su­­rance grim­­paient avec des armes à bord. Elle proté­­geait aussi les marins de toute respon­­sa­­bi­­lité. Tirer par acci­dent sur un pêcheur pouvait conduire à se faire pendre dans les rues du Yémen. Mais pour l’heure, il n’était pas diffi­­cile de devi­­ner que si nous avions pu tirer quelques coups de feu d’aver­­tis­­se­­ment, ces clowns auraient fait demi-tour et s’en seraient pris à d’autres. Quelques minutes seule­­ment après le reten­­tis­­se­­ment de l’alarme géné­­rale, le capi­­taine Phil­­lips nous a contacté sur nos radios portables : « Ils ont ouvert le feu ! Ils ont ouvert le feu ! » Les pirates tiraient depuis leur skiff. Quatorze hommes de l’équipe avaient été envoyés dans la salle de pilo­­tage, un petit compar­­ti­­ment dans la salle des machines que nous avions réamé­­nagé en chambre forte. En vérité, pas plus tard que la nuit précé­­dente, le troi­­sième méca­­ni­­cien avait terminé de souder la trappe du dessus pour qu’elle puisse être verrouillée de l’in­­té­­rieur. Quatre autres hommes – le capi­­taine Phil­­lips, le troi­­sième Colin Wright et les mate­­lots ATM Reza et Cliff Lacon – étaient sur le pont. Il ne restait donc plus que moi et l’in­­gé­­nieur en chef, Mike Perry. Nous avons dit au capi­­taine que nous allions rester dehors à traî­­ner. Je n’avais pas de plan, sinon essayer de repous­­ser les pirates ou recueillir des rensei­­gne­­ments – tout pour, fonciè­­re­­ment, éviter de me faire prendre en otage et rester prison­­nier en Soma­­lie pendant cinq mois. Ou bien couler au fond des mers dans une tombe aqua­­tique.

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Le capi­­taine Shane Murphy
Inter­­view télé­­vi­­sée
Crédits : ABC News

J’ai fermé mon bureau, retourné le meuble contre la porte, puis ma chaise et une balle de fil barbelé qui n’at­­ten­­dait que d’être instal­­lée pour empê­­cher les pirates d’em­­barquer sur le navire. Quelques minutes plus tard, j’ai entendu des coups de feu reten­­tir sur le pont. Ils essayaient de se frayer un chemin à renfort de balles, ai-je pensé. J’ai alors attrapé un manche à balai que j’ai cassé en deux. « Qu’est-ce que tu fous ? me suis-je dit. Ces mecs sont déjà en train de tirer et toi tu es planqué dans ton bureau avec un manche à balai ? » Ils s’est avéré qu’ils ne venaient pas me cher­­cher. Les pirates restaient dehors, à tirer sur les cade­­nas des échelles pour pouvoir monter sur le pont. La voix du capi­­taine Phil­­lips a éclaté dans ma radio. « Ils sont sur le pont. Ils ont pris le pont d’as­­saut. » Je suis monté sur le pont A tout en restant près de l’avant du rouf – ainsi qu’on appelle la struc­­ture élevée à la proue, là où se trouvent les quar­­tiers de l’équi­­page et le réfec­­toire – de façon à ce que personne ne puisse me voir au-dessus. J’en­­ten­­dais de nombreux cris, si bien que j’ai décidé de trou­­ver un endroit où me cacher. Juste en-dessous de moi, un chemin s’éten­­dait sur le pont prin­­ci­­pal, aux deux extré­­mi­­tés des écou­­tilles, afin qu’on puisse marcher sur toute la longueur du bateau. Je savais que les piles de conte­­neurs me servi­­raient d’abri, mais nous voya­­gions léger. L’écou­­tille la plus proche, la numéro 5, dispo­­sait de piles de quatre conte­­neurs, et la plus éloi­­gnée, la numéro 1, était elle aussi pour­­vue de piles de conte­­neurs. Restait le vide entre les deux, envi­­rons 30 pieds sans aucune couver­­ture. Il me fallait courir comme un fou. J’étais adossé au rouf, en nage dans mon survê­­te­­ment noir et mon t-shirt – les vête­­ments avec lesquels j’avais dormi. Cela faisait un an que j’étais sur l’Ala­­bama, et j’avais inspecté chaque centi­­mètre du bateau. Chaque fois que je m’échauf­­fais sur le pont, je pensais aux pirates. Dans ma tête, j’avais effec­­tué ce sprint des millions de fois. Lorsque j’ai été enfin prêt à m’élan­­cer, le temps a eu l’air de ralen­­tir. J’ai songé à mon grand-père, qui m’em­­me­­nait sur son langous­­tier quand je portais encore des couches. Son cerveau avait été sévè­­re­­ment endom­­magé, car il avait reçu une balle dans la tête au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pas ques­­tion que cela m’ar­­rive, me suis-je dit. J’ai repris mon souffle, me suis vidé l’es­­prit, et j’ai sauté sur le pont prin­­ci­­pal. J’ai alors commencé à courir sans jeter un coup d’œil en arrière. Une fois arrivé aux conte­­neurs de la cale avant, je me suis tapi dans l’ombre, hale­­tant. Pas de coups de feu. Personne ne m’avait vu. Mon souffle retrouvé, je me suis débrouillé pour me glis­­ser à bâbord. Je pouvais aper­­ce­­voir le skiff des pirates flot­­tant vers le centre de la coque. Il y avait deux hommes à bord, les pieds nus, vêtus de t-shirts miteux et armés d’AK-47. J’ai alors réglé ma radio pour décrire ce que je voyais au capi­­taine Phil­­lips. Les deux pirates pouvaient nous entendre, mais cela ne voulait pas dire qu’ils pouvaient nous comprendre. Le capi­­taine parlait encore plus vite que moi – et ce n’est pas peu dire – et nous venions tous deux de Nouvelle-Angle­­terre, aussi pouvait-on commu­­niquer dans notre jargon « bosto­­nien » sans que ces types comprennent ce qu’il se tramait. J’ai dit au capi­­taine de racon­­ter que l’équi­­page n’était composé que de dix-neuf hommes. Il a immé­­dia­­te­­ment compris. En m’ex­­cluant du compte, les pirates n’iraient pas recher­­cher un ving­­tième membre de l’équi­­page. De cette façon, je pouvais conti­­nuer à rôder jusqu’à trou­­ver un moyen de compro­­mettre leur opéra­­tion.

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À la dérive
Vidéo de surveillance d’un P-3C Orion
Crédits : U.S. Navy

 

« Je suis ton pire cauche­­mar. »

8 h 30 Vingt minutes s’étaient écou­­lées depuis que les deux premiers pirates avaient embarqué. J’ai aperçu du mouve­­ment vers le rouf. Colin Wright et ATM Reza marchaient vers bâbord. Un des pirates poin­­tait un AK-47 dans leur dos. Il les forçait à gréer l’échelle de pilote – une échelle de corde que l’on posi­­tionne sur le côté – afin que les deux autres pirates puissent grim­­per. J’ai senti le bateau s’af­­fais­­ser consi­­dé­­ra­­ble­­ment d’un côté. Puis il a basculé dans l’autre sens, à 20 degrés. J’ai su ce qu’il se passait. Le premier ingé­­nieur, un Texan sympa­­thique et impo­­sant du nom de Matt Fisher, était dans la salle de pilo­­tage et faisait tour­­ner le gouver­­nail. Il essayait d’em­­pê­­cher les deux autres pirates de monter à l’échelle. Sa tech­­nique n’a pas fonc­­tionné, mais il avait chahuté telle­­ment d’eau de mer que le petit skiff a été inondé et renversé. Je l’ai observé flot­­ter dans l’ho­­ri­­zon. Nous étions peut-être otages, mais les pirates non plus ne descen­­draient pas de notre bateau. Ils étaient eux aussi pris au piège. Après cela, l’équi­­page sous le pont a tout coupé : les moteurs, l’élec­­tri­­cité, tout. Lente­­ment, l’Ala­­bama s’est arrêté pour n’être plus qu’une gigan­­tesque masse inerte. Silen­­cieux, à la dérive, comme un vais­­seau fantôme. 8 h 45 Le pont était équipé de deux grues, une à l’avant et une à l’ar­­rière, utili­­sées pour soule­­ver la cargai­­son. Elles étaient hautes d’en­­vi­­ron 100 pieds, et j’ai supposé qu’en grim­­pant dans l’une d’entre elles, je pour­­rais avoir une vue éclai­­rée du pont. Une fois dans la cabine, j’ai ouvert une trappe, je suis grimpé au sommet et je me suis caché derrière l’im­­po­­sant rouleau de câble de la grue. Les pirates ne pouvaient pas me voir, mais je voyais tout ce qui se passait sur le pont. Une demi-heure plus tard, Mike Perry a grimpé pour me rejoindre. C’était un homme plus âgé, la soixan­­taine, mais à le regar­­der on aurait juré qu’il avait vingt ans de moins : il était en forme, intel­­li­gent et très sérieux quant à ses croyances mormones. Elles l’avaient sans doute aidé à rester calme et serein ce jour-là. Mike et moi avons changé de fréquence radio de façon à pouvoir commu­­niquer sans que les pirates nous écoutent, puis nous avons commencé à élabo­­rer des plans. On m’avait répété toute ma vie : « Les États-Unis ne négo­­cient pas les prises d’otage. » Et je ne serais pas le premier à le faire. Mais nous ne pouvions pas faire grand-chose en pleine jour­­née contre quatre hommes munis de fusils d’as­­saut. Nous avons alors décidé d’at­­tendre la tombée de la nuit, et d’at­­taquer avec ce qu’on pour­­rait bien trou­­ver. 9 h

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Mike Perry
Chef méca­­ni­­cien du Maersk Alabama
Crédits : Osprey Obser­­ver

Le ciel était dégagé, l’air immo­­bile, et le soleil s’éle­­vait de plus en plus haut dans le ciel. La tempé­­ra­­ture attei­­gnait déjà les 30 degrés. La jour­­née s’an­­nonçait cani­­cu­­laire. Une heure dans la grue et déjà nous étions en sueur. Nous savions que l’équi­­page dans la chambre forte se trou­­vait dans un état déplo­­rable car, ne nous racon­­tons pas d’his­­toires, ce n’était pas l’en­­droit le plus agréable dans lequel se trou­­ver. Il y faisait au moins six degrés de plus qu’à l’ex­­té­­rieur et il n’y avait aucune véri­­table venti­­la­­tion. Aux envi­­rons de 9 h, Mike a décidé de descendre pour voir s’il pouvait appor­­ter de l’eau à la chambre forte. Il s’est faufilé dans un des tunnels qui s’éten­­dait sous le pont. En cas de mauvais temps, ils permet­­taient de se rendre n’im­­porte où sur le bateau sans se faire trem­­per. Désor­­mais, ils nous permet­­taient à Mike et à moi de nous dépla­­cer sans être vus. Je commençais à me sentir nerveux, en haut de ma grue, et déshy­­draté. J’ai donc décidé de bouger. Je suis moi aussi descendu dans les tunnels, jusqu’aux écou­­tilles proches du rouf. Dans le maga­­sin avant, j’ai enfilé la capuche NOMEX d’un uniforme igni­­fugé. C’était le genre de choses que porte­­rait un ninja, et je pensais avoir peut-être l’air plus effrayant. En outre, elle proté­­ge­­rait mon visage du soleil. J’ai ensuite pris un rouleau de ruban adhé­­sif et des ciseaux, de quoi faire de décentes armes blanches, avant de four­­rer le tout dans ma chaus­­sette. Dans les tunnels, sur le chemin du retour, j’ai entendu la voix du capi­­taine Phil­­lips se mani­­fes­­ter dans la radio. « Ils veulent voir quelqu’un, a-t-il dit, ça devient sérieux. » J’ai décou­­vert plus tard pourquoi les pirates étaient si paniqués. Ils avaient envoyé Colin Wright, le troi­­sième, cher­­cher le reste de l’équi­­page. Mais aucun pirate ne l’avait escorté. Colin s’est donc enfui pour se cacher. Voyant qu’il ne reve­­nait pas, les pirates ont envoyé le timo­­nier en bas, accom­­pa­­gné de l’un de leurs hommes. Mais les minutes filaient et ils ne reve­­naient toujours pas. « S’ils ne voient pas quelqu’un reve­­nir dans cinq minutes, a dit le capi­­taine via la radio, ils vont commen­­cer à abattre des gens. » Mais il n’a pas prononcé le code. Dans une telle situa­­tion, si le capi­­taine disait « sortez » ou « la voie est libre », c’était proba­­ble­­ment sous la contrainte. En vérité, il ne voulait pas que quiconque sorte. La voix de Mike Perry s’est mani­­fes­­tée à son tour dans la radio. « Un de moins. » Je me suis senti envahi par une vague d’éner­­gie. Ils avaient attrapé le pirate qui était descendu avec le timo­­nier, lui avaient tendu une embus­­cade dans un couloir sombre, l’avaient ligoté avec des câbles, bâillonné, puis traîné dans la chambre forte. Avant cet instant, je nous pensais foutus, pure­­ment et simple­­ment. Mais c’était comme si nous avions inter­­­cepté une passe de touch­­down pour contre-attaquer. À cette seconde précise, l’élan s’est inversé. Nous passions à l’of­­fen­­sive. J’étais remonté à bloc. J’avais aban­­donné la grue pour voir comment allaient les autres dans la chambre forte. Il y avait une petite écou­­tille sur le pont qui descen­­dait de 10 à 12 pieds dans la pièce, juste assez large pour y glis­­ser des provi­­sions. Je l’ai ouverte et j’ai aperçu Ken Quinn, Will Rios et Dick Matthews, le second ingé­­nieur, lever les yeux vers moi. Ils étaient tous en mauvais point. « On crève là-dedans, a dit l’un d’entre eux, on n’a pas d’eau et pas d’air. » Il y avait une caisse de Sprite dans mon bureau. Je l’ai récu­­pé­­rée et l’ai lâchée en bas. Quelqu’un a ensuite réclamé la trousse de secours, et je me suis donc infil­­tré dans la phar­­ma­­cie pour la cher­­cher. Après avoir largué les provi­­sions, j’ai réalisé qu’il y avait peut-être une radio VHF dans le bateau de survie, avec laquelle j’au­­rais pu envoyer un SOS. Le canot de survie mesu­­rait 30 pieds de long et était clos, comme un gros ballon de foot­­ball améri­­cain orange que les équipes de sauve­­tage pouvaient voir flot­­ter dans l’eau. Je me suis intro­­duit à l’in­­té­­rieur et j’ai commencé mes recherches. Avec tous les systèmes éteints, le bateau était silen­­cieux, à la limite de l’étrange. Mais cela signi­­fiait égale­­ment que les voix et les pas portaient mieux dans l’air lourd qui planait sur l’océan. C’était plutôt une bonne chose : j’ai entendu le capi­­taine Phil­­lips appro­­cher, en compa­­gnie d’un pirate aux pieds nus armé d’un fusil. Je l’ai entendu dire : « Il n’y a personne ici. » Ils étaient juste devant le bateau de survie. Alors que la tête du capi­­taine a émergé, suivie de celle du pirate, je me suis recroque­­villé derrière un siège. « Vous voyez ? Personne ici. »

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Le bateau de survie
Vidéo de surveillance aérienne US Navy Scan Eagle UAV
Crédits : U.S. Navy

Je les ai écou­­tés s’éloi­­gner. Je n’ai pas pu mettre la main sur la radio, mais je me suis souvenu que le capi­­taine en gardait une dans son bureau. Il se situait quatre ponts plus haut, dans le rouf : un long trajet à effec­­tuer sans se faire repé­­rer, mais je n’avais pas le choix. J’ai réussi à atteindre les quar­­tiers du capi­­taine. Le coffre était ouvert et la bourse gisait sur le sol, vide. Les pirates avaient volé l’argent : envi­­ron 30 000 dollars. J’ai attrapé la radio du capi­­taine, son télé­­phone, et j’ai gribouillé une note (« Capi­­taine, nous en tenons un dans la cabine de pilo­­tage, j’ai allumé l’epirb [la radio­­ba­­lise de loca­­li­­sa­­tion des sinistres, qui envoie un signal de détresse en préci­­sant leur loca­­li­­sa­­tion], j’ai votre radio. ») que j’ai glis­­sée dans les autres papiers qui jonchaient son bureau. J’ai supposé que les pirates ne sauraient pas lire l’an­­glais. 13 h Je me suis perché à nouveau en haut de la grue et me suis préparé à envoyer un SOS grâce à la VHF. Mais il y avait un problème : le pont était bran­­ché sur la même fréquence que celle dont j’avais besoin. Tant pis. Je devais tenter ma chance. « SOS, SOS, SOS ! » ai-je dit. « Ici le Maersk Alabama, navire battant pavillon améri­­cain, équi­­page améri­­cain. Nous avons été pris en otage par quatre pirates soma­­liens. À tous les navires présents dans les envi­­rons, bran­­chez-vous sur le canal 16. » Les pirates sur le pont fixaient leur radio. J’ai répété mon message de détresse, et alors un des pirates a établi le contact, deman­­dant : « Qui c’est ? » J’ai réflé­­chi un instant. « Je suis ton pire cauche­­mar, mon pote, ai-je dit, et je suis respon­­sable de ce navire doré­­na­­vant. Si tu veux revoir ton ami vivant, c’est à moi que tu dois t’adres­­ser à partir de main­­te­­nant. — Va te faire foutre. — Non, toi va te faire foutre, ai-je rétorqué, vous pouvez partir tout de suite ! Prenez le bateau de survie, prenez l’argent, mais ce bateau reste améri­­cain. — Va te faire foutre. — Vous êtes dans la merde, ai-je renchéri, Obama va venir vous faire la peau. » Je savais leur anglais mauvais, mais tout le monde en Afrique connais­­sait Obama. « Qu’il aille se faire foutre, Obama ! » a-t-il répondu. 16 h Trois longues heures s’étaient écou­­lées. J’ai conti­­nué à m’amu­­ser avec la radio un moment, en parlant avec un accent prononcé du sud. « Maersk Alabama, ai-je dit, ici une coali­­tion de navires de guerre. Nous avons reçu votre message et nous sommes en route vers votre posi­­tion. » C’était une astuce que m’avait ensei­­gnée le capi­­taine Phil­­lips : avoir une conver­­sa­­tion avec soi-même pour faire croire aux intrus que la marine était en chemin. J’es­­sayais de les effrayer comme dans un mauvais épisode de Scooby Doo. Et de toute évidence, ils avaient mordu à l’ha­­meçon. Le capi­­taine Phil­­lips nous a contac­­tés par radio. Les pirates allaient prendre le canot de sauve­­tage, un petit moteur hors-bord, et s’en aller. Tout ce qu’ils voulaient, c’était récu­­pé­­rer leur ami.

Un des pirates braquait son AK sur Cronan, Rios et Phil­­lips. Ils n’avaient aucune chance de les maîtri­­ser.

Tandis que le capi­­taine et les pirates sont descen­­dus sur le pont, Mike Perry et moi avons fait de même. Je me suis posté sur l’aile, et c’est là que j’ai révélé ma présence. J’ai ôté cette lourde capuche ninja de sur ma tête et les ai obser­­vés en contre­­bas. Un des pirates s’est adressé à moi : « Je suis mafia soma­­lienne. » J’ai relevé ma manche pour lui montrer l’un de mes tatouages – comme un symbole d’ap­­par­­te­­nance à un gang – et lui ai ri au nez. « Moi aussi », ai-je répondu. Le canot de sauve­­tage flot­­tait sur l’eau, avec à son bord le capi­­taine et trois pirates. Ils ont crié pour qu’on leur four­­nisse de l’es­­sence et des provi­­sions. Je suis descendu leur appor­­ter l’es­­sence et les ai jaugés du regard. Ils avaient l’air calme, presque relaxé, fumaient des ciga­­rettes et souriaient, du genre : « Ok, on n’a pas eu la rançon de 3 millions, mais on a eu 30 000 dollars. Ce n’est pas une si mauvaise jour­­née. » Je suis ensuite rentré cher­­cher l’eau et la nour­­ri­­ture. Une minute plus tard, le capi­­taine Phil­­lips nous a contac­­tés par radio. « Le moteur vient de caler », a-t-il dit. J’ai scruté l’ho­­ri­­zon et les ai aperçus, à la dérive, immo­­biles. C’est un détail impor­­tant, car le canot de sauve­­tage était un bateau ouvert, comme un Boston Whaler. S’ils n’avaient pas fini dans le bateau de survie, ils ne se seraient pas retrou­­vés à lutter durant quatre jours. S’ils étaient restés dans le canot de sauve­­tage, les snipers de la marine auraient pu les élimi­­ner en une ving­­taine de minutes. Quelques-uns d’entre nous se sont affai­­rés à prépa­­rer le bateau de survie. Will Rios, le maître d’équi­­page, s’est porté volon­­taire pour aider à récu­­pé­­rer le canot des mains des pirates. Le troi­­sième ingé­­nieur, John Cronan, est monté le premier pour s’as­­su­­rer que tout fonc­­tion­­nait correc­­te­­ment. Il a véri­­fié tout l’équi­­pe­­ment et a déclaré : « Ouais, tout a l’air d’al­­ler. » Je lui ai alors demandé de retour­­ner sur le navire. « Je ne descen­­drai pas, a-t-il répliqué, je viens aussi. » Il a décidé de partir avec Rios : pour s’as­­su­­rer que rien n’al­­lait lui arri­­ver, et peut-être essayer de lutter contre les pirates à forces égales, trois contre trois. Magni­­fique. Les marins s’en­­trai­­daient toujours les uns les autres. Cronan m’a tendu une photo de ses filles. « Si je ne reviens pas, dis à mes filles que je les aime », m’a-t-il demandé, avant de larguer le bateau dans l’eau. Épou­­ser la mer et lais­­ser les êtres chers à quai, cela faisait partie de la vie d’un marin. Ainsi, l’équi­­page deve­­nait rapi­­de­­ment votre deuxième famille. Un lien que peu de gens pouvaient comprendre. N’im­­porte lequel d’entre nous brave­­rait les flammes pour sauver jusqu’à son pire ennemi sur le bateau. C’était pour cette raison que Mike Perry et moi avions risqué de nous faire captu­­rer pour appor­­ter à nos coéqui­­piers de l’eau et de la nour­­ri­­ture. Je ne pouvais pas imagi­­ner l’hor­­reur que cela devait être, de rester piégé dans cette chambre en espé­­rant voir ses coéqui­­piers débarquer avec un plan pour vous libé­­rer. J’étais fier de ne pas les avoir aban­­don­­nés. Et je savais qu’ils auraient fait de même.

La vengeance de Bain­­bridge

19 h Le soleil se couchait. Le bateau de survie flot­­tait en bas de l’échelle de pilote. Un des pirates braquait son AK sur Cronan, Rios et Phil­­lips. Ils n’avaient aucune chance de les maîtri­­ser. Nous avions gardé le pirate piégé, un gosse nommé Abdu­­wali Muse, sur le pont avec nous, en gage contre la prise d’otage de Phil­­lips. J’ai dit au capi­­taine qu’une fois le bateau apprêté, il devrait remon­­ter en même temps qu’Ab­­du­­wali descen­­drait.

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Le pirate
Abdu­­wali Muse lors de son arres­­ta­­tion
Crédits : ABC News

« Non, a-t-il répondu, je saute­­rai dans l’eau une fois que tous les pirates se seront éloi­­gnés. — Non, non, ai-je insisté. Vous monte­­rez quand il descen­­dra. En même temps. » Je croyais l’avoir vu opiner en guise d’ap­­pro­­ba­­tion. Mais c’est là que les choses se sont compliquées. « Capi­­taine, vous êtes prêt ? ai-je crié. Je l’en­­voie en bas. » Le pirate est descendu, Cronan et Rios sont arri­­vés. « Bien, ai-je dit, main­­te­­nant montez à l’échelle. » Il s’est contenté de lever les yeux vers nous, les pirates braquant leurs fusils sur lui. « Capi­­taine, ai-je hurlé, grim­­pez ! — Je vais juste leur montrer comment pilo­­ter le bateau », a répondu le capi­­taine Phil­­lips. La porte s’est refer­­mée et alors, comme le capi­­taine me l’a raconté plus tard, les pirates l’ont fait redes­­cendre. Nous n’avons pas réalisé tout de suite qu’ils nous avaient arnaqués et qu’ils avaient enlevé le capi­­taine. Le bateau de survie s’est éloi­­gné noncha­­lam­­ment, et je m’ac­­cro­­chais à l’es­­poir que le capi­­taine Phil­­lips allait juste faire un petit tour puis faire demi-tour. Mais la distance entre nous conti­­nuait à se creu­­ser. J’ai ordonné à l’Ala­­bama de les suivre. Puis je me suis préci­­pité sur le pont. Un de nos projec­­teurs était braqué sur le canot. Nous étions en contact avec un navire de coali­­tion qui navi­­guait vers nous, et je leur ai demandé par radio d’en­­voyer un avion pour survo­­ler de près les pirates. Un avion de chasse a rugi bas dans le ciel – pas plus de 30 pieds au-dessus de l’eau. Les pirates étaient sans doute effrayés, mais ils n’ont pas ralenti. J’ai réalisé que même si j’avais été promu sur le champ de bataille, je prenais alors les premières déci­­sions tactiques de ma carrière, dans les pires circons­­tances imagi­­nables. Une attaque pirate, un homme possi­­ble­­ment à l’eau – à ce moment-là nous conti­­nuions à penser que le capi­­taine Phil­­lips avait pu sauter du bateau – et l’alarme incen­­die s’était même déclen­­chée lorsqu’une bouée fumi­­gène que nous avions déployée s’était accro­­chée au montant de l’échelle. Puis le télé­­phone sur le pont s’est mis à sonner toutes les cinq secondes : Al Jazeera, CNN, NBC, ABC, Katie Couric… C’était comme si tous les jour­­na­­listes du monde voulaient nous parler. À 21 h, alors que la nuit deve­­nait complè­­te­­ment noire, des points ont commencé à appa­­raître sur le radar, et dans la radio jacas­­saient des voix dans des dialectes soma­­liens ou avec des accents d’Eu­­rope de l’Est. Les Soma­­liens rete­­naient en otage des centaines de marins étran­­gers et forçaient les équi­­pages à chas­­ser de nouvelles cibles. « On arrive, disaient-ils, de nouveaux vais­­seaux-mères arrivent. » 9 avril, 1 h du matin Nous avons pour­­suivi le bateau de survie pendant six heures avant d’avoir des nouvelles du capi­­taine Phil­­lips. Il nous a contac­­tés par radio pour nous dire que les pirates arrê­­te­­raient les frais si nous faisions de même, et que nous atten­­drions alors l’aube pour enta­­mer les négo­­cia­­tions. « Dites-leur qu’ils peuvent monter à bord, ai-je répondu. Dites-leur de jeter leurs armes, que nous leur four­­ni­­rons de quoi manger et que nous les ramè­­ne­­rons en Soma­­lie. » Ils refusent, a-t-il répondu. Ils ne voulaient pas nous rendre le capi­­taine.

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Enfin libre
Le comman­­dant de l’USS Bain­­bridge et le capi­­taine Phil­­lips
Crédits : U.S. Navy

L’USS Bain­­bridge, un destroyer lance-missiles, est arrivé peu de temps après. La marine voulait nous voir quit­­ter ces eaux et pour­­suivre notre route vers Mombasa. La compa­­gnie de navi­­ga­­tion elle aussi vouloir nous voir déguer­­pir. Je ne voulais pas aban­­don­­ner notre capi­­taine, mais après réflexion, c’était la bonne déci­­sion à prendre. La marine s’oc­­cu­­pe­­rait du capi­­taine Phil­­lips. Moi, je devais m’oc­­cu­­per de l’Ala­­bama et de son équi­­page. Nous avons alors mis le cap sur le Kenya, avec une escorte mili­­taire à bord. Ce n’était pas une équipe de combat ordi­­naire, plutôt les cuisi­­niers et tous ceux dont ils pouvaient se passer. D’ailleurs, la plupart étaient très jeunes. Mais au moins, ils avaient des armes. Au lever du soleil, l’équi­­page était fati­­gué et nerveux, et il nous restait un bon bout de chemin à parcou­­rir dans ces eaux agitées. J’ai rassem­­blé tout le monde pour une réunion, même les recrues de la marine. « Il y a des rumeurs, ai-je annoncé à tout le monde, non confir­­mées, comme quoi des pirates mobi­­li­­se­­raient des navires du nord à l’ouest. Il semble­­rait que toute cette affaire n’est qu’un plan des pirates pour tester de nouveaux rapports de force. Et nous sommes leurs cobayes. » L’équi­­page a opiné. « Nous avons douze heures pour fran­­chir ce péri­­mètre d’en­­fer, ai-je dit. Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour rame­­ner ce bateau à quai, et je deman­­de­­rai à quiconque n’est pas disposé à m’ai­­der de bien vouloir s’écar­­ter. » J’ai marqué une pause. « Regar­­dez votre voisin. Faites-lui confiance et il en fera de même pour vous. Nous ne pouvons que comp­­ter les uns sur les autres. » Tout le monde avait l’air prêt. « C’est parti, ai-je lancé. On y va. Go, Alabama ! Emporte-nous, salo­­pe­­rie de marée. »

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Otage
L’USS Bain­­bridge porte secours au capi­­taine Phil­­lips
Crédits : lance-capo­­ral Megan E. Sinde­­lar

Nous sommes arri­­vés à Mombasa sans rencon­­trer d’autre diffi­­culté, même si la marine kényane ne nous a fina­­le­­ment pas escor­­tés comme je l’avais demandé. Quand nous avons appa­­reillé et que j’ai aperçu leurs bateaux mili­­taires, je n’ai pas pu m’em­­pê­­cher de penser : « Pourquoi êtes-vous encore sur le dock ? Pourquoi n’êtes-vous pas en mer à patrouiller pour répri­­mer les pirates ? » Nous avons attendu à Mombasa que se termine la confron­­ta­­tion entre la marine et les pirates. Loin au large, Abdu­­wali Muse était monté sur le Bain­­bridge négo­­cier pour les pirates, qui lui avaient sauvé la vie. Au quatrième jour, les snipers sur la dunette du Bain­­bridge ont simul­­ta­­né­­ment abattu tous les pirates sur le canot d’un tir en pleine tête. Le capi­­taine Phil­­lips était libre. Pour l’oc­­ca­­sion, nous avons passé « Sweet Home Alabama » dans les haut-parleurs, et tiré quelques fusées éclai­­rantes en guise de célé­­bra­­tion. Les Kenyans n’étaient pas de la même humeur et nous ont dit de la fermer, mais nous les avons igno­­rés. Je me demande toujours si le fait que le sauve­­tage du capi­­taine a eu lieu le 12 avril, le dimanche de Pâques, est une coïn­­ci­­dence. Je sais que beau­­coup de personnes ont prié pour nous, et j’ai le senti­­ment qu’une force supé­­rieure a veillé sur nous durant tout ce temps. Peut-être William Bain­­bridge y était-il pour quelque chose… C’était le contre-amiral auquel le destroyer devait son nom, un combat­­tant aguerri contre les pirates. Il était aussi le comman­­dant du dernier navire améri­­cain à avoir été saisi par les pirates, en 1803 sur les côtes de la Tuni­­sie. Il avait été fait prison­­nier pendant plus de deux ans et avait juré de se venger. De toute évidence, il avait eu sa revanche. Et j’étais honoré d’avoir pu appor­­ter mon aide.

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Sains et saufs
L’équi­­page du Maersk Alabama
Crédits : Maersk Line, Limi­­ted

Traduit par Mehdi Chau­­vot d’après l’ar­­ticle « “I’m Your Worst F**king Night­­mare” », paru dans GQ. Couver­­ture : Des pirates prennent d’as­­saut un navire marchand, par Jason R. Zalasky.

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