fbpx

Mohammed ben Salmane est en train de faire le ménage autour de lui pour réformer le royaume avec les coudées franches.

par Servan Le Janne | 10 mars 2020

Il y a des hommages dont on se passe­­rait volon­­tiers. Sous son foulard blanc tacheté de rouge, Moham­­med ben Nayef dissi­­mule mal la peine qu’il a, ce mercredi 22 juin 2017, à rece­­voir le baise­­main de Moham­­med ben Salmane. Par cette révé­­rence, la couronne d’Ara­­bie saou­­dite qui était promise au premier passe sur la tête de son jeune cousin, elle aussi coif­­fée par la tradi­­tion­­nelle shemagh. Le désa­­veu porte les habits du respect. Après deux ans et demi de règne, le roi a décidé d’écar­­ter son neveu au profit de son fils. Malade, l’oc­­to­­gé­­naire remet les clés du royaume entre les mains d’un homme de 32 ans. Présenté comme quelqu’un de fougueux, sinon d’im­­pé­­tueux, le nouveau prince héri­­tier compte bien régner sans partage.

Près de trois ans plus tard, le 7 mars 2020, le New York Times et le Wall Street Jour­­nal annoncent l’ar­­res­­ta­­tion de plusieurs membres de la famille royale. Jusqu’ici placé en rési­­dence surveillée, Moham­­med ben Nayef est désor­­mais en déten­­tion aux côtés du prince Ahmed ben Abdu­­la­­ziz al Saud, qui est aussi le frère du roi Salmane. Selon une source citée par CNN, ils ont rejoint le fils du roi, Turki bin Abdul­­lah, en prison. Autant dire que Moham­­med ben Salmane (MBS) a fait le ménage autour de lui.

En novembre 2017, MBS avait fait arrê­­ter quatre ministres, dix anciens membres du gouver­­ne­­ment et au moins onze princes dont Turki bin Abdul­­lah et le milliar­­daire Al-Walid ben Talal, un des hommes les plus puis­­sants du royaume. Pour assu­­rer le succès de cette opéra­­tion menée par le nouveau comité anti-corrup­­tion, le Ritz Carl­­ton – où la famille royale à ses habi­­tudes – a été évacué et l’aé­­ro­­port privé fermé.

Plus jeune prince à diri­­ger le pays depuis sa fonda­­tion en 1932, Moham­­med ben Salmane est un « homme pressé », juge la jour­­na­­liste Clarence Rodri­­guez. Il « ne semble pas mani­­fes­­ter un respect exces­­sif pour les person­­nages âgées de la famille », juge son confrère Olivier Da Lage. Porteur d’un projet écono­­mique libé­­ral et ambi­­tieux, Visions 2030, il montre un visage offen­­sif sur la scène inter­­­na­­tio­­nale et auto­­ri­­taire en interne. Après avoir annoncé la déli­­vrance de visas de tourisme et un assou­­plis­­se­­ment du code vesti­­men­­taire en septembre 2019, MBS a levé l’in­­ter­­dic­­tion de la Saint-Valen­­tin en février dernier. Et en pleine épidé­­mie de coro­­na­­vi­­rus (Covid-19), il a décidé de bais­­ser les prix du pétrole natio­­nal, ce qui n’a fait qu’ap­­pro­­fon­­dir la désta­­bi­­li­­sa­­tion de l’éco­­no­­mie mondiale.

Pour ce pays ultra-conser­­va­­teur, sa nomi­­na­­tion était bien plus qu’une révo­­lu­­tion de palais.

Salmane ben Abde­­la­­ziz Al Saoud, suivi du prince Moham­­med ben Salmane
Crédits : vision2030.gov.sa

Le renou­­veau

Le long des auto­­routes qui traversent le désert saou­­dien, la même pancarte revient de loin en loin. « Remer­­cie Dieu », est-il écrit entre Médine et La Mecque, les deux villes saintes de l’is­­lam, et jusqu’à la capi­­tale, Riyad. Depuis l’uni­­fi­­ca­­tion des tribus de la pénin­­sule sous le sabre de la famille Al Saoud, en 1934, chaque céré­­mo­­nie de succes­­sion offre l’oc­­ca­­sion de renou­­ve­­ler le pacte entre les pouvoirs poli­­tique et reli­­gieux, forgé par le fonda­­teur de la dynas­­tie, Moham­­med Ibn Saoud, à la fin du XVIIIe siècle. La dernière intro­­ni­­sa­­tion ne fait pas excep­­tion.

Lors de son arri­­vée sur le trône, le roi Salmane s’est posé en garant de la péren­­nité du régime. « Nous reste­­rons, avec la force de Dieu, sur le chemin droit que cet État a suivi depuis sa créa­­tion par le souve­­rain Abdel Aziz ben Saoud et par ses fils après lui », déclare le sixième de la lignée à la mort de son frère, Abdal­­lah, en janvier 2015. À peine trois mois plus tard, il renverse pour­­tant l’ordre de succes­­sion en privant son demi-frère, Moukrine, du statut de prince héri­­tier au profit de son neveu, le ministre de l’In­­té­­rieur Moham­­med ben Nayef (MBN).

Nommé ministre de la Défense, son fils, Moham­­med ben Salmane (MBS), arrive en deuxième place. MBS « est l’homme de confiance de son père », remarque le jour­­na­­liste de RFI Olivier Da Lage, auteur du livre Géopo­­li­­tique de l’Ara­­bie saou­­dite. « Quand il était gouver­­neur de Riyad (de 1955 à 1960 et de 1963 à 2011) puis lorsqu’il est devenu ministre de la Défense (2011–2015) et enfin prince héri­­tier (2012–2015), Salmane a nommé son fils chef de cabi­­net. » Une fois au pouvoir, il en fait un ministre de la Défense aux attri­­bu­­tions élar­­gies. À ce poste, le jeune homme engage l’ar­­mée saou­­dienne au Yémen afin de contrer la rébel­­lion houthiste qui s’y déploie avec l’aide de l’Iran. Cette opéra­­tion, « Tempête déci­­sive », coalise l’Égypte, la Jorda­­nie, le Soudan, le Maroc et les membres du Conseil de coopé­­ra­­tion du Golfe (Oman excepté).

Moham­­med ben Nayef

Alors encore numéro 2 et prince héri­­tier, le « Monsieur sécu­­rité » du royaume donne son accord à l’in­­ter­­ven­­tion. Fils d’un ancien ministre de l’In­­té­­rieur, MBN lui a succédé en 2012, après des forma­­tions auprès du FBI et de Scot­­land Yard. Réputé pour sa parti­­ci­­pa­­tion au déman­­tè­­le­­ment de groupes terro­­ristes et sa poli­­tique de réin­­ser­­tion de djiha­­distes, il est aussi connu pour son travail de sape de l’op­­po­­si­­tion. En 2011, « Ben Nayef est inter­­­venu pour éviter que le Prin­­temps arabe ne souffle en Arabie saou­­dite », résume Clarence Rodri­­guez, jour­­na­­liste française qui a passé 12 ans dans le pays, auteure du livre Révo­­lu­­tion sous le voile.

Il apporte aussi tout son soutien à la répres­­sion meur­­trière employée par le gouver­­ne­­ment du Bahreïn contre les contes­­ta­­taires. Depuis, le blogueur Raif Badawi crou­­pit en prison, de même qu’Ali Moham­­med al-Nimr, condamné à mort pour avoir parti­­cipé à des mani­­fes­­ta­­tions dans l’est du pays. Son oncle, le clerc chiite Nimr Baqr al-Nimr passe par l’épée en janvier 2016. En réac­­tion, l’am­­bas­­sade d’Ara­­bie saou­­dite en Iran est incen­­diée, ce qui entraîne la rupture des rela­­tions diplo­­ma­­tiques entre les deux États. « Comment avoir un dialogue avec un régime basé sur une idéo­­lo­­gie extré­­miste ? » se défend MBS, en qualité de ministre de la Défense du si modéré royaume wahha­­bi­­te…

Ce conflit ouvert n’ar­­range rien. Pour ne pas céder des parts de marché à son rival, Riyad main­­tient le volume de sa produc­­tion de pétrole, ce qui a pour effet d’en­­traî­­ner le prix du baril au-dessous des 35 dollars. Une situa­­tion diffi­­ci­­le­­ment tenable puisque plus de 70 % des reve­­nus proviennent de l’or noir. En avril, Ben Salmane présente son projet « Visions 2030 » pour diver­­si­­fier et réfor­­mer l’éco­­no­­mie saou­­dienne sur un modèle « that­­ché­­rien ». L’an­­nonce crée quelques remous dans un pays où 3 des 5,5 millions d’em­­ployés seraient fonc­­tion­­naires.

Crédits : CEDA

Vision 2030

L’Ara­­bie saou­­dite est construite sur des sables mouvants. Garantes de sa pros­­pé­­rité, les énormes réserves de pétrole décou­­vertes dans les années 1930 ont une valeur qui fluc­­tue en fonc­­tion des prix du marché. Voilà bien­­tôt trois ans qu’ils sont bas. Mais l’éro­­sion de cette manne essen­­tielle au fonc­­tion­­ne­­ment de l’État est surtout due à une lame de fond : la crois­­sance démo­­gra­­phique. Alors qu’il n’uti­­li­­sait que 5 % de sa produc­­tion dans les années 1970, le pays en consom­­mait 25 % en 2012. En seule­­ment cinq ans, de 2008 à 2013, la part du brent vendu à l’étran­­ger est passée de 93 % à 84 % du total des expor­­ta­­tions. Aujourd’­­hui, « 65 % de la popu­­la­­tion a moins de 25 ans », souligne Clarence Rodri­­guez. Si bien qu’à rythme d’ex­­trac­­tion constant, le pays pour­­rait deve­­nir impor­­ta­­teur de pétrole d’ici 2037. Il ne restera alors plus rien des 2 000 milliards de dollars de reve­­nus puisés dans le sol entre 1973 et 2002.

Pour récol­­ter la même somme, le plan Vision 2030 envi­­sage de vendre 5 % des actifs de Saudi Aramco, la compa­­gnie natio­­nale d’hy­­dro­­car­­bures. Sa super­­­vi­­sion est assu­­rée par MBS en qualité de président du Conseil des affaires écono­­miques et de déve­­lop­­pe­­ment. « La ques­­tion de la priva­­ti­­sa­­tion de va pas de soi », tempère Olivier Da Lage. « La date d’in­­tro­­duc­­tion en bourse du capi­­tal est repous­­sée en perma­­nence. » Clarence Rodri­­guez invite aussi à la prudence : « Ça paraît compliqué de vendre alors qu’on parle de pénu­­rie du pétrole à venir. Est-ce que vous inves­­ti­­riez sachant que dans quelques dizaines d’an­­nées il y aura une raré­­fac­­tion ? »

Par ailleurs, tous les membres de la famille royale ne sont pas convain­­cus de l’in­­té­­rêt de la cession d’une partie de ce fleu­­ron natio­­nal qui concourt pour 45 % à la richesse du Royaume. Face à la chute des cours, le régime s’était déjà lancé, fin 2015, dans un « plan de trans­­for­­ma­­tion natio­­nale » à même d’évi­­ter l’as­­sè­­che­­ment de son budget. Ayant dû ponc­­tion­­ner 700 milliards dans ses réserves pour couvrir ses pertes au prin­­temps, il avait engagé des mesures compre­­nant le rapa­­trie­­ment d’avoirs inves­­tis à l’étran­­ger, la suspen­­sion de chan­­tiers d’in­­fra­s­truc­­tures, et le gel des embauches ainsi que des promo­­tions.

Des coupes sombres avaient égale­­ment été données dans les subven­­tions de l’eau, de l’élec­­tri­­cité et de l’es­­sence, dont les prix ont sensi­­ble­­ment augmenté. « Cette popu­­la­­tion qui était sous perfu­­sion étatique l’est aujourd’­­hui beau­­coup moins », observe Clarence Rodri­­guez. « On lui demande de se serrer la cein­­ture alors que la guerre du Yémen coûte quasi­­ment sept milliards par mois. » Or, et la guerre et l’aus­­té­­rité vont se pour­­suivre.

Des jets saou­­diens au-dessus du Yémen
Crédits : Hassan Ammar/AP

Le plan Vision 2030 « a été rédigé par des cabi­­nets de consul­­tants occi­­den­­taux », signale Olivier Da Lage. Pour réduire la dépen­­dance de l’État à sa ressource fossile, il parie sur une indus­­trie minière jusqu’ici délais­­sée et le déve­­lop­­pe­­ment des éner­­gies renou­­ve­­lables. Le pays assure qu’il couvrira 10 % de ses besoins éner­­gé­­tiques grâce aux éléments d’ici 2023. En paral­­lèle, la construc­­tion d’un nouvel aéro­­port et d’une route entre Médine et La Mecque devrait parti­­ci­­per au double­­ment du nombre de touristes.

Ces projets s’ac­­com­­pa­­gne­­ront d’une « dimi­­nu­­tion du nombre de fonc­­tion­­naires, des subven­­tions et des allo­­ca­­tions diverses ainsi que d’une priva­­ti­­sa­­tion des entre­­prises d’État », selon Olivier Da Lage. Des sacri­­fices qui auront d’au­­tant plus de mal à passer que, si la famille royale mène grand train, c’est loin d’être le cas de tous. Sur le million d’em­­plois créés dans le secteur privé entre 2004 et 2014, beau­­coup sont occu­­pés par des étran­­gers. En octobre 2016, l’achat d’un yacht de 500 millions de dollars par le prince Ben Salmane a fait des vagues. « Le mécon­­ten­­te­­ment de la popu­­la­­tion a amené les auto­­ri­­tés à annu­­ler des réduc­­tions d’al­­lo­­ca­­tions », explique Olivier Da Lage.

Mais depuis, le roi Salmane a réduit tous les contre-pouvoirs qui semblaient pouvoir s’op­­po­­ser à son fils. Afin de lui donner les coudées franches, il a ainsi remer­­cié le ministre du Pétrole Ali al-Nouaïmi en mai 2017, en poste depuis deux décen­­nies. « Les princes et respon­­sables plus âgés et plus expé­­ri­­men­­tés qui auraient pu lui faire de l’ombre ont été écar­­tés », constate Olivier Da Lage.

Délesté de certaines entraves, MBS risque d’en­­trer dans un rapport de force avec sa popu­­la­­tion. « La remise en cause de l’éco­­no­­mie rentière et de l’État-provi­­dence peut poten­­tiel­­le­­ment boule­­ver­­ser les grands équi­­libres de la société saou­­dienne », aver­­tit le cher­­cheur David Rigou­­let-Roze, auteur lui aussi d’un livre inti­­tulé Géopo­­li­­tique de l’Ara­­bie saou­­dite. « Dans les ctrois prochaines années, si rien n’est fait, il peut y avoir une implo­­sion », estime Clarence Rodri­­guez. Tout dépen­­dra de la capa­­cité du prince à répondre aux aspi­­ra­­tions de la jeunesse.

Le prince Ben Salmane
Crédits : AFP/HO/MISK

 Une jeune voix

Plus à l’aise que Donald Trump lors de la danse du sabre, le roi Salmane était moins en verve pendant le reste de la visite du président améri­­cain à Riyad, en mai 2017. S’ai­­dant d’une canne pour marcher, l’homme de 81 ans est apparu fati­­gué. « Son discours n’était pas très audible », se souvient Clarence Rodri­­guez. Tout le contraire de celui de son fils, dont la voix porte dans le monde. En mars 2017, il s’était rendu aux États-Unis pour prépa­­rer la venue de Trump. « Il avait aussi rencon­­tré Vladi­­mir Poutine et François Hollande, à une époque où il ne cachait pas, en privé, vouloir deve­­nir roi », confie la jour­­na­­liste. Même s’il parle très mal l’an­­glais, le prince « a donné des inter­­­views à la presse occi­­den­­tale – ce qui n’est pas très habi­­tuel pour les diri­­geants saou­­diens », pointe Olivier Da Lage. «Ilse présente comme l’in­­car­­na­­tion de la moder­­nité, de l’ave­­nir de l’Ara­­bie saou­­dite. »

En 2016, MBS a conseillé à son père de donner moins d’im­­por­­tance aux oule­­mas, c’est-à-dire aux théo­­lo­­giens du royaume. Sa nomi­­na­­tion est néan­­moins inter­­­ve­­nue un jour de fête reli­­gieuse, une manière de leur donner des gages. « Pour diri­­ger le pays, il faut parve­­nir à un consen­­sus entre les respon­­sables reli­­gieux, les tribus et les hommes d’af­­faires », indique Clarence Rodri­­guez. « Il a besoin de l’is­­lam pour asseoir son auto­­rité, c’est l’ADN du pays. » Le pouvoir de la Mutawa, la police reli­­gieuse, a été consi­­dé­­ra­­ble­­ment réduit la même année. Ses offi­­ciers « ne peuvent plus arrê­­ter ou déte­­nir des personnes, ni deman­­der leurs cartes d’iden­­tité, ni les suivre ».

Selon des témoi­­gnages, certains n’hé­­si­­taient pas à porter des coups aux femmes en raison de leur tenues. Celles-ci ont désor­­mais le droit de tenir un volant et ont pu voter et se présen­­ter aux élec­­tions muni­­ci­­pales de 2015. Mais seules 20 candi­­dates ont été élues sur les plus de 2 000 sièges à pour­­voir. En mai 2017, le roi a émis un décret auto­­ri­­sant les femmes à se passer de l’au­­to­­ri­­sa­­tion de leur « tuteur » pour voya­­ger, étudier et avoir accès à certains soins. Un aval est toujours indis­­pen­­sable dans l’op­­tique de se marier, porter plainte, travailler, consul­­ter un méde­­cin.

Riyad devra incar­­ner le futur du pays

Pour modéré qu’il soit, le chan­­ge­­ment « va très vite aux yeux des caciques », rela­­ti­­vise Clarence Rodri­­guez, qui précise par ailleurs que MBS « ne peut pas balayer toute son éduca­­tion conser­­va­­trice ». Une indi­­ca­­tion sur les chan­­ge­­ments à venir sera donnée par son impli­­ca­­tion dans la Commis­­sion de la condi­­tion de la femme des Nations unies dont l’Ara­­bie saou­­dite est membre jusqu’en 2022. Il s’est en tout cas engagé à faire passer de 22 à 30 % le taux de femmes parmi les travailleurs en 15 ans.

Autre illus­­tra­­tion de cette poli­­tique des petits pas, un concert dans la capi­­tale, en mars 2017, a été auto­­risé par le pouvoir pour la première fois depuis trente ans. Il fallait toute­­fois être un homme pour s’y rendre. Deux mois plus tard, lors du rema­­nie­­ment gouver­­ne­­men­­tal, un minis­­tère du Diver­­ti­­se­­ment a été créé, pavant le chemin à des spec­­tacles de théâtre ou des projec­­tions de cinéma, toujours inter­­­dits. Si cet élan venait à se confor­­ter, il serait « plutôt une bonne chose pour la jeunesse qui ne voit pour l’heure son salut que sur les réseaux sociaux », consi­­dère Clarence Rodri­­guez.

Aussi, le prince jouit-il d’une bonne répu­­ta­­tion auprès des jeunes, ternie par la dété­­rio­­ra­­tion de l’éco­­no­­mie. « Certains l’ido­­lâtrent, d’autres doutent », dit la jour­­na­­liste. « Vous avez presque 30 % de chômage dans la jeunesse. » Main­­te­­nant qu’il s’est mis une partie des digni­­taires reli­­gieux à dos et que la guerre au Yémen s’en­­lise de façon catas­­tro­­phique dans les affres de la famine et du choléra, le futur souve­­rain n’a pas le droit à l’er­­reur. « S’il vient à appa­­raître faible, tout le monde lui tombera dessus », prévient Olivier De Lage.

Cons­­cient de ne pas faire l’una­­ni­­mité, Moham­­med ben Salmane est donc en train d’écar­­ter les hommes de pouvoirs qui pour­­raient entra­­ver ses plans. Le prince Al-Walid ben Talal est visi­­ble­­ment de ceux-là. Après avoir parti­­cipé à l’ac­qui­­si­­tion du Plaza Hotel new-yorkais de Donald Trump, le milliar­­daire s’en était pris, en décembre 2015 au futur président améri­­cain en le trai­­tant de « honte pour les États-Unis. » À quoi, l’in­­té­­ressé avait répondu : « Ce crétin de Ben Talal veut contrô­­ler nos poli­­ti­­ciens améri­­cains avec l’argent de papa. Il ne pourra pas le faire quand je serai élu. » Le cas échéant, Trump a déve­­loppé de bonnes rela­­tions avec MBS. Et, en octobre 2017, trois offi­­ciels de la Maison Blanche, dont le gendre du chef d’État, Jared Kush­­ner, ont été vus en Arabie Saou­­dite. À croire que Washing­­ton ne voit pas d’un mauvais œil la montée en puis­­sance du nouvel homme fort.

Ces signes d’ou­­ver­­ture ne sont pas syno­­nyme de démo­­cra­­tie, comme en atteste le meurtre du jour­­na­­liste Jamal Khashoggi en 2018. Depuis, tandis que le pays annonçait la déli­­vrance inédite de visas de tourismes et un assou­­plis­­se­­ment du code vesti­­men­­taire, plus de 30 oppo­­sants ont été arrê­­tés selon les chiffres de l’as­­so­­cia­­tion Human Rights Watch. « Moham­­med ben Salmane a permis la créa­­tion d’un secteur des loisirs et a auto­­risé les femmes à voya­­ger et à conduire, mais sous sa super­­­vi­­sion, les auto­­ri­­tés saou­­diennes ont égale­­ment empri­­sonné un grand nombre des prin­­ci­­paux intel­­lec­­tuels et acti­­vistes réfor­­mistes du pays, dont certains avaient préci­­sé­­ment milité en faveur de ces chan­­ge­­ments », a déclaré Michael Page, direc­­teur adjoint de la divi­­sion Moyen-Orient à Human Rights Watch, en novembre 2019. « Une Arabie saou­­dite réel­­le­­ment réfor­­miste ne soumet­­trait pas ses prin­­ci­­paux acti­­vistes à des actes de harcè­­le­­ment, à la prison et aux mauvais trai­­te­­ments. »

Début mars 2019, en pleine campagne d’ar­­res­­ta­­tions, l’Ara­­bie saou­­dite a décidé d’aug­­men­­ter sa produc­­tion de pétrole en pleine crise écono­­mique. Alors que l’épi­­dé­­mie de coro­­na­­vi­­rus (Covid-19) faisait plon­­ger les bourses mondiales, la mesure a entraîné une baisse du cours de brut de 30 %. Riyad préser­­vait ainsi ses parts de marché au détri­­ment des grandes compa­­gnies pétro­­lières, qui voyaient leurs valeurs dévis­­ser. Pour Moham­­med ben Salmane c’était là-encore un moyen d’af­­fir­­mer la puis­­sance de sa stra­­té­­gie réso­­lu­­ment offen­­sive.


Couver­­ture : Riyad, de nuit. (Ulyces.co)


 

Premium WordP­ress Themes Down­load
Down­load WordP­ress Themes
Free Down­load WordP­ress Themes
Free Down­load WordP­ress Themes
free down­load udemy paid course
Download WordPress Themes Free
Download Best WordPress Themes Free Download
Download Premium WordPress Themes Free
Download Best WordPress Themes Free Download
free online course

Plus de monde