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par Servan Le Janne | 5 novembre 2017

Il y a des hommages dont on se passe­­rait volon­­tiers. Sous son foulard blanc tacheté de rouge, Moham­­med ben Nayef dissi­­mule mal la peine qu’il a, ce mercredi 22 juin, à rece­­voir le baise­­main de Moham­­med ben Salmane. Par cette révé­­rence, la couronne d’Ara­­bie saou­­dite qui était promise au premier passe sur la tête de son jeune cousin, elle aussi coif­­fée par la tradi­­tion­­nelle shemagh. Le désa­­veu porte les habits du respect. Après deux ans et demi de règne, le roi a décidé d’écar­­ter son neveu au profit de son fils. Malade, l’oc­­to­­gé­­naire remet les clés du royaume entre les mains d’un homme de 32 ans. Présenté comme quelqu’un de fougueux, sinon d’im­­pé­­tueux, le nouveau prince héri­­tier compte bien régner sans partage. Samedi 6 novembre, il fait arrê­­ter quatre ministres, dix anciens membres du gouver­­ne­­ment et au moins onze princes dont le milliar­­daire Al-Walid ben Talal, un des hommes les plus puis­­sants du royaume. Pour assu­­rer le succès de cette opéra­­tion menée par le nouveau comité anti-corrup­­tion, le Ritz Carl­­ton – où la famille royale à ses habi­­tudes – est évacué et l’aé­­ro­­port privé fermé.  Plus jeune prince à diri­­ger le pays depuis sa fonda­­tion en 1932, Moham­­med ben Salmane est un « homme pressé », juge la jour­­na­­liste Clarence Rodri­­guez. Il « ne semble pas mani­­fes­­ter un respect exces­­sif pour les person­­nages âgées de la famille », juge son confrère Olivier Da Lage. Porteur d’un projet écono­­mique libé­­ral et ambi­­tieux, Visions 2030, il montre un visage offen­­sif sur la scène inter­­­na­­tio­­nale et auto­­ri­­taire en interne. Pour ce pays ultra-conser­­va­­teur, sa nomi­­na­­tion est bien plus qu’une révo­­lu­­tion de palais.

Salmane ben Abde­­la­­ziz Al Saoud, suivi du prince Moham­­med ben Salmane
Crédits : vision2030.gov.sa

Le renou­­veau

Le long des auto­­routes qui traversent le désert saou­­dien, la même pancarte revient de loin en loin. « Remer­­cie Dieu », est-il écrit entre Médine et La Mecque, les deux villes saintes de l’is­­lam, et jusqu’à la capi­­tale, Riyad. Depuis l’uni­­fi­­ca­­tion des tribus de la pénin­­sule sous le sabre de la famille Al Saoud, en 1934, chaque céré­­mo­­nie de succes­­sion offre l’oc­­ca­­sion de renou­­ve­­ler le pacte entre les pouvoirs poli­­tique et reli­­gieux, forgé par le fonda­­teur de la dynas­­tie, Moham­­med Ibn Saoud, à la fin du XVIIIe siècle. La dernière intro­­ni­­sa­­tion ne fait pas excep­­tion. Lors de son arri­­vée sur le trône, le roi Salmane s’est posé en garant de la péren­­nité du régime. « Nous reste­­rons, avec la force de Dieu, sur le chemin droit que cet État a suivi depuis sa créa­­tion par le souve­­rain Abdel Aziz ben Saoud et par ses fils après lui », déclare le sixième de la lignée à la mort de son frère, Abdal­­lah, en janvier 2015. À peine trois mois plus tard, il renverse pour­­tant l’ordre de succes­­sion en privant son demi-frère, Moukrine, du statut de prince héri­­tier au profit de son neveu, le ministre de l’In­­té­­rieur Moham­­med ben Nayef (MBN). Nommé ministre de la Défense, son fils, Moham­­med ben Salmane (MBS), arrive en deuxième place. MBS « est l’homme de confiance de son père », remarque le jour­­na­­liste de RFI Olivier Da Lage, auteur du livre Géopo­­li­­tique de l’Ara­­bie saou­­dite. « Quand il était gouver­­neur de Riyad (de 1955 à 1960 et de 1963 à 2011) puis lorsqu’il est devenu ministre de la Défense (2011–2015) et enfin prince héri­­tier (2012–2015), Salmane a nommé son fils chef de cabi­­net. » Une fois au pouvoir, il en fait un ministre de la Défense aux attri­­bu­­tions élar­­gies. À ce poste, le jeune homme engage l’ar­­mée saou­­dienne au Yémen afin de contrer la rébel­­lion houthiste qui s’y déploie avec l’aide de l’Iran. Cette opéra­­tion, « Tempête déci­­sive », coalise l’Égypte, la Jorda­­nie, le Soudan, le Maroc et les membres du Conseil de coopé­­ra­­tion du Golfe (Oman excepté).

Moham­­med ben Nayef

Alors encore numéro 2 et prince héri­­tier, le « Monsieur sécu­­rité » du royaume donne son accord à l’in­­ter­­ven­­tion. Fils d’un ancien ministre de l’In­­té­­rieur, MBN lui a succédé en 2012, après des forma­­tions auprès du FBI et de Scot­­land Yard. Réputé pour sa parti­­ci­­pa­­tion au déman­­tè­­le­­ment de groupes terro­­ristes et sa poli­­tique de réin­­ser­­tion de djiha­­distes, il est aussi connu pour son travail de sape de l’op­­po­­si­­tion. En 2011, « Ben Nayef est inter­­­venu pour éviter que le Prin­­temps arabe ne souffle en Arabie saou­­dite », résume Clarence Rodri­­guez, jour­­na­­liste française qui a passé 12 ans dans le pays, auteure du livre Révo­­lu­­tion sous le voile. Il apporte aussi tout son soutien à la répres­­sion meur­­trière employée par le gouver­­ne­­ment du Bahreïn contre les contes­­ta­­taires. Depuis, le blogueur Raif Badawi crou­­pit en prison, de même qu’Ali Moham­­med al-Nimr, condamné à mort pour avoir parti­­cipé à des mani­­fes­­ta­­tions dans l’est du pays. Son oncle, le clerc chiite Nimr Baqr al-Nimr passe par l’épée en janvier 2016. En réac­­tion, l’am­­bas­­sade d’Ara­­bie saou­­dite en Iran est incen­­diée, ce qui entraîne la rupture des rela­­tions diplo­­ma­­tiques entre les deux États. « Comment avoir un dialogue avec un régime basé sur une idéo­­lo­­gie extré­­miste ? » se défend MBS, en qualité de ministre de la Défense du si modéré royaume wahha­­bi­­te… Ce conflit ouvert n’ar­­range rien. Pour ne pas céder des parts de marché à son rival, Riyad main­­tient le volume de sa produc­­tion de pétrole, ce qui a pour effet d’en­­traî­­ner le prix du baril au-dessous des 35 dollars. Une situa­­tion diffi­­ci­­le­­ment tenable puisque plus de 70 % des reve­­nus proviennent de l’or noir. En avril, Ben Salmane présente son projet « Visions 2030 » pour diver­­si­­fier et réfor­­mer l’éco­­no­­mie saou­­dienne sur un modèle « that­­ché­­rien ». L’an­­nonce crée quelques remous dans un pays où 3 des 5,5 millions d’em­­ployés seraient fonc­­tion­­naires.

Crédits : CEDA

Vision 2030

L’Ara­­bie saou­­dite est construite sur des sables mouvants. Garantes de sa pros­­pé­­rité, les énormes réserves de pétrole décou­­vertes dans les années 1930 ont une valeur qui fluc­­tue en fonc­­tion des prix du marché. Voilà bien­­tôt trois ans qu’ils sont bas. Mais l’éro­­sion de cette manne essen­­tielle au fonc­­tion­­ne­­ment de l’État est surtout due à une lame de fond : la crois­­sance démo­­gra­­phique. Alors qu’il n’uti­­li­­sait que 5 % de sa produc­­tion dans les années 1970, le pays en consom­­mait 25 % en 2012. En seule­­ment cinq ans, de 2008 à 2013, la part du brent vendu à l’étran­­ger est passée de 93 % à 84 % du total des expor­­ta­­tions. Aujourd’­­hui, « 65 % de la popu­­la­­tion a moins de 25 ans », souligne Clarence Rodri­­guez. Si bien qu’à rythme d’ex­­trac­­tion constant, le pays pour­­rait deve­­nir impor­­ta­­teur de pétrole d’ici 2037. Il ne restera alors plus rien des 2 000 milliards de dollars de reve­­nus puisés dans le sol entre 1973 et 2002. Pour récol­­ter la même somme, le plan Vision 2030 envi­­sage de vendre 5 % des actifs de Saudi Aramco, la compa­­gnie natio­­nale d’hy­­dro­­car­­bures. Sa super­­­vi­­sion est assu­­rée par MBS en qualité de président du Conseil des affaires écono­­miques et de déve­­lop­­pe­­ment. « La ques­­tion de la priva­­ti­­sa­­tion de va pas de soi », tempère Olivier Da Lage. « La date d’in­­tro­­duc­­tion en bourse du capi­­tal est repous­­sée en perma­­nence. » Clarence Rodri­­guez invite aussi à la prudence : « Ça paraît compliqué de vendre alors qu’on parle de pénu­­rie du pétrole à venir. Est-ce que vous inves­­ti­­riez sachant que dans quelques dizaines d’an­­nées il y aura une raré­­fac­­tion ? » Par ailleurs, tous les membres de la famille royale ne sont pas convain­­cus de l’in­­té­­rêt de la cession d’une partie de ce fleu­­ron natio­­nal qui concourt pour 45 % à la richesse du Royaume. Face à la chute des cours, le régime s’était déjà lancé, fin 2015, dans un « plan de trans­­for­­ma­­tion natio­­nale » à même d’évi­­ter l’as­­sè­­che­­ment de son budget. Ayant dû ponc­­tion­­ner 700 milliards dans ses réserves pour couvrir ses pertes au prin­­temps, il avait engagé des mesures compre­­nant le rapa­­trie­­ment d’avoirs inves­­tis à l’étran­­ger, la suspen­­sion de chan­­tiers d’in­­fra­s­truc­­tures, et le gel des embauches ainsi que des promo­­tions. Des coupes sombres avaient égale­­ment été données dans les subven­­tions de l’eau, de l’élec­­tri­­cité et de l’es­­sence, dont les prix ont sensi­­ble­­ment augmenté. « Cette popu­­la­­tion qui était sous perfu­­sion étatique l’est aujourd’­­hui beau­­coup moins », observe Clarence Rodri­­guez. « On lui demande de se serrer la cein­­ture alors que la guerre du Yémen coûte quasi­­ment sept milliards par mois. » Or, et la guerre et l’aus­­té­­rité vont se pour­­suivre.

Des jets saou­­diens au-dessus du Yémen
Crédits : Hassan Ammar/AP

Le plan Vision 2030 « a été rédigé par des cabi­­nets de consul­­tants occi­­den­­taux », signale Olivier Da Lage. Pour réduire la dépen­­dance de l’État à sa ressource fossile, il pari sur une indus­­trie minière jusqu’ici délais­­sée et le déve­­lop­­pe­­ment des éner­­gies renou­­ve­­lables. Le pays assure qu’il couvrira 10 % de ses besoins éner­­gé­­tiques grâce aux éléments d’ici 2023. En paral­­lèle, la construc­­tion d’un nouvel aéro­­port et d’une route entre Médine et La Mecque devrait parti­­ci­­per au double­­ment du nombre de touristes. Ces projets s’ac­­com­­pa­­gne­­ront d’une « dimi­­nu­­tion du nombre de fonc­­tion­­naires, des subven­­tions et des allo­­ca­­tions diverses ainsi que d’une priva­­ti­­sa­­tion des entre­­prises d’État », selon Olivier Da Lage. Des sacri­­fices qui auront d’au­­tant plus de mal à passer que, si la famille royale mène grand train, c’est loin d’être le cas de tous. Sur le million d’em­­plois créés dans le secteur privé entre 2004 et 2014, beau­­coup sont occu­­pés par des étran­­gers. En octobre 2016, l’achat d’un yacht de 500 millions de dollars par le prince Ben Salmane a fait des vagues. « Le mécon­­ten­­te­­ment de la popu­­la­­tion a amené les auto­­ri­­tés à annu­­ler des réduc­­tions d’al­­lo­­ca­­tions », explique Olivier Da Lage. Mais depuis, le roi Salmane a réduit tous les contre-pouvoirs qui semblaient pouvoir s’op­­po­­ser à son fils. Afin de lui donner les coudées franches, il a ainsi remer­­cié le ministre du Pétrole Ali al-Nouaïmi en mai 2017, en poste depuis deux décen­­nies. « Les princes et respon­­sables plus âgés et plus expé­­ri­­men­­tés qui auraient pu lui faire de l’ombre ont été écar­­tés », constate Olivier Da Lage. Délesté de certaines entraves, MBS risque d’en­­trer dans un rapport de force avec sa popu­­la­­tion. « La remise en cause de l’éco­­no­­mie rentière et de l’État-provi­­dence peut poten­­tiel­­le­­ment boule­­ver­­ser les grands équi­­libres de la société saou­­dienne », aver­­tit le cher­­cheur David Rigou­­let-Roze, auteur lui aussi d’un livre inti­­tulé Géopo­­li­­tique de l’Ara­­bie saou­­dite. « Dans les cinq prochaines années, si rien n’est fait, il peut y avoir une implo­­sion », estime Clarence Rodri­­guez. Tout dépen­­dra de la capa­­cité du prince à répondre aux aspi­­ra­­tions de la jeunesse.

Le prince Ben Salmane
Crédits : AFP/HO/MISK

 Une jeune voix

Plus à l’aise que Donald Trump lors de la danse du sabre, le roi Salmane était moins en verve pendant le reste de la visite du président améri­­cain à Riyad, en mai 2017. S’ai­­dant d’une canne pour marcher, l’homme de 81 ans est apparu fati­­gué. « Son discours n’était pas très audible », se souvient Clarence Rodri­­guez. Tout le contraire de celui de son fils, dont la voix porte dans le monde. En mars, il s’était rendu aux États-Unis pour prépa­­rer la venue de Trump. « Il avait aussi rencon­­tré Vladi­­mir Poutine et François Hollande, à une époque où il ne cachait pas, en privé, vouloir deve­­nir roi », confie la jour­­na­­liste. Même s’il parle très mal l’an­­glais, le prince « a donné des inter­­­views à la presse occi­­den­­tale – ce qui n’est pas très habi­­tuel pour les diri­­geants saou­­diens », pointe Olivier Da Lage. « Il se présente comme l’in­­car­­na­­tion de la moder­­nité, de l’ave­­nir de l’Ara­­bie saou­­dite. » En 2016, MBS a conseillé à son père de donner moins d’im­­por­­tance aux oule­­mas, c’est-à-dire aux théo­­lo­­giens du royaume. Sa nomi­­na­­tion est néan­­moins inter­­­ve­­nue un jour de fête reli­­gieuse, une manière de leur donner des gages. « Pour diri­­ger le pays, il faut parve­­nir à un consen­­sus entre les respon­­sables reli­­gieux, les tribus et les hommes d’af­­faires », indique Clarence Rodri­­guez. « Il a besoin de l’is­­lam pour asseoir son auto­­rité, c’est l’ADN du pays. » Le pouvoir de la Mutawa, la police reli­­gieuse, a été consi­­dé­­ra­­ble­­ment réduit la même année. Ses offi­­ciers « ne peuvent plus arrê­­ter ou déte­­nir des personnes, ni deman­­der leurs cartes d’iden­­tité, ni les suivre ». Selon des témoi­­gnages, certains n’hé­­si­­taient pas à porter des coups aux femmes en raison de leur tenues. Celles-ci ont désor­­mais le droit de tenir un volant et ont pu voter et se présen­­ter aux élec­­tions muni­­ci­­pales de 2015. Mais seules 20 candi­­dates ont été élues sur les plus de 2 000 sièges à pour­­voir. En mai, le roi a émis un décret auto­­ri­­sant les femmes à se passer de l’au­­to­­ri­­sa­­tion de leur « tuteur » pour voya­­ger, étudier et avoir accès à certains soins. Un aval est toujours indis­­pen­­sable dans l’op­­tique de se marier, porter plainte, travailler, consul­­ter un méde­­cin.

Riyad devra incar­­ner le futur du pays

Pour modéré qu’il soit, le chan­­ge­­ment « va très vite aux yeux des caciques », rela­­ti­­vise Clarence Rodri­­guez, qui précise par ailleurs que MBS « ne peut pas balayer toute son éduca­­tion conser­­va­­trice ». Une indi­­ca­­tion sur les chan­­ge­­ments à venir sera donnée par son impli­­ca­­tion dans la Commis­­sion de la condi­­tion de la femme des Nations unies dont l’Ara­­bie saou­­dite sera membre de 2018 à 2022. Il s’est en tout cas engagé à faire passer de 22 à 30 % le taux de femmes parmi les travailleurs en 15 ans. Dernière illus­­tra­­tion de cette poli­­tique des petits pas, un concert dans la capi­­tale, en mars 2017, a été auto­­risé par le pouvoir pour la première fois depuis trente ans. Il fallait toute­­fois être un homme pour s’y rendre. Deux mois plus tard, lors du rema­­nie­­ment gouver­­ne­­men­­tal, un minis­­tère du Diver­­ti­­se­­ment a été créé, pavant le chemin à des spec­­tacles de théâtre ou des projec­­tions de cinéma, toujours inter­­­dits. Si cet élan venait à se confor­­ter, il serait « plutôt une bonne chose pour la jeunesse qui ne voit pour l’heure son salut que sur les réseaux sociaux », consi­­dère Clarence Rodri­­guez. Aussi, le prince jouit-il d’une bonne répu­­ta­­tion auprès des jeunes, ternie par la dété­­rio­­ra­­tion de l’éco­­no­­mie. « Certains l’ido­­lâtrent, d’autres doutent », dit la jour­­na­­liste. « Vous avez presque 30 % de chômage dans la jeunesse. » Main­­te­­nant qu’il s’est mis une partie des digni­­taires reli­­gieux à dos et que la guerre au Yémen s’en­­lise de façon catas­­tro­­phique dans les affres de la famine et du choléra, le futur souve­­rain n’a pas le droit à l’er­­reur. « S’il vient à appa­­raître faible, tout le monde lui tombera dessus », prévient Olivier De Lage. Cons­­cient de ne pas faire l’una­­ni­­mité, Moham­­med ben Salmane est donc en train d’écar­­ter les hommes de pouvoirs qui pour­­raient entra­­ver ses plans. Le prince Al-Walid ben Talal est visi­­ble­­ment de ceux-là. Après avoir parti­­cipé à l’ac­qui­­si­­tion du Plaza Hotel new-yorkais de Donald Trump, le milliar­­daire s’en était pris, en décembre 2015 au futur président améri­­cain en le trai­­tant de « honte pour les États-Unis. » À quoi, l’in­­té­­ressé avait répondu : « Ce crétin de Ben Talal veut contrô­­ler nos poli­­ti­­ciens améri­­cains avec l’argent de papa. Il ne pourra pas le faire quand je serai élu. » Les cas échéant, Trump a déve­­loppé de bonnes rela­­tions avec MBS. Et, le mois dernier, trois offi­­ciels de la Maison Blanche, dont le gendre du chef d’État, Jared Kush­­ner, ont été vus en Arabie Saou­­dite. À croire que Washing­­ton ne voit pas d’un mauvais œil la montée en puis­­sance du nouvel homme fort. Reste pour lui à veiller à ce qu’en interne, austé­­rité ne soit syno­­nyme de révolte. Près de 400 000 personnes y entrent chaque année. Tel le nombre de touristes, celui des débou­­chés doit croître pour absor­­ber l’aug­­men­­ta­­tion de la main-d’œuvre. À cet égard, la « saou­­di­­sa­­tion » de l’em­­ploi mise en place dans les centres commer­­ciaux en avril 2017 ne saurait suffire. Les inves­­tis­­se­­ments prévus après la vente d’une partie d’Aramco auront semble-t-il un impact déci­­sif sur la santé du pays dont le régime est comp­­table. C’est le règne même des Saoud qui est en jeu.


Couver­­ture : Riyad, de nuit. (Ulyces.co)


 

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