par Servan Le Janne | 14 décembre 2017

Une atmo­­sphère calme règne dans les couloirs saumon de l’Agence anti­­do­­page russe (Rusada) en cet été 2014. À l’angle d’une pièce éclai­­rée par des fenêtres à souf­­flet, trois labo­­ran­­tins en blouse pianotent sur leurs ordi­­na­­teurs. Grigory Rodchen­­kov est debout, au centre. Appuyé contre une table, le direc­­teur se tient légè­­re­­ment en arrière, dans une posi­­tion qui fait appa­­raître son ventre replet sous une chemise à manches courtes. Il semble tranquille mais résolu. Venu l’in­­ter­­ro­­ger avec une somme de témoi­­gnages à charge, le jour­­na­­liste alle­­mand Hajo Seppelt fait face à un mur. « Vous ne devriez pas croire ce que les tricheurs peuvent vous dire, car ils doivent gérer la catas­­trophe de leur vie », se récrie le scien­­ti­­fique.

Grigory Rodchen­­kov
Crédits : TASS

Cet homme aux cheveux et à la mous­­tache gris renvoie ainsi à leurs turpi­­tudes les spor­­tifs russes qui, inter­­­dits de compé­­ti­­tion, l’ac­­cusent d’être respon­­sable d’un vaste système de dopage au sein de la fédé­­ra­­tion natio­­nale d’ath­­lé­­tisme. « Je n’ai jamais reçu d’argent de gens qui souhaitent couvrir un cas », plaide-t-il. Seppelt se trompe-t-il ? D’après les confi­­dences recueillies par le Berli­­nois, des produits sont systé­­ma­­tique­­ment propo­­sés aux meilleurs athlètes de la fédé­­ra­­tion. La spécia­­liste du 800 mètres Yuliya Stepa­­nova le lui affirme sans détour. Elle est seule respon­­sable de sa suspen­­sion, rétorque Rodchen­­kov. Diri­­geant du labo­­ra­­toire de contrôle des Jeux olym­­piques de Sotchi, en février 2014, le scien­­ti­­fique a reçu l’ordre de l’Ami­­tié des mains du président Vladi­­mir Poutine après la compé­­ti­­tion. Aujourd’­­hui, les deux hommes sont tout sauf amis. Si la Russie ne parti­­ci­­pera pas aux Jeux olym­­piques d’hi­­ver l’an prochain, elle le doit à Grigory Rodchen­­kov.

Le verdict

Réfu­­gié aux États-Unis en janvier 2016, Rodchen­­kov donne désor­­mais raison à Seppelt. À Sotchi, explique-t-il, des échan­­tillons d’urine ont été rempla­­cés afin de proté­­ger des athlètes dopés. Il a person­­nel­­le­­ment super­­­visé la manœuvre. Sur la foi de son témoi­­gnage et de ceux de plusieurs athlètes, eux-mêmes étayés par des docu­­ments, l’Agence mondiale anti-dopage (AMA) a commandé un rapport à l’avo­­cat britan­­nique Richard McLa­­ren. Sa publi­­ca­­tion en juillet 2016 aurait pu faire exclure la Russie des Jeux olym­­piques de Rio. « Les preuves étaient déjà sur la table, elles sont main­­te­­nant confir­­mées », estime Seppelt. Mardi 5 décembre 2017, le Comité inter­­­na­­tio­­nal olym­­pique (CIO) a fina­­le­­ment décidé de suspendre la Russie des Jeux d’hi­­ver 2018 de Pyeong­­chang, en Corée du Sud. Le verdict de ses diri­­geants est sans appel. « Nous n’avons jamais vu une telle mani­­pu­­la­­tion et une telle triche­­rie, ce qui a occa­­sionné un tort consi­­dé­­rable à l’olym­­pisme et au sport », accuse le diri­­geant de la commis­­sion d’enquête, Samuel Schmid, lors de la confé­­rence de presse orga­­ni­­sée au siège suisse de Lausanne. Le président de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, Thomas Bach, regrette pour sa part « une attaque sans précé­dent sur l’in­­té­­grité des Jeux olym­­piques et du sport ». Les athlètes russes « propres » pour­­ront concou­­rir à condi­­tion de ne pas affi­­cher osten­­si­­ble­­ment leurs couleurs. Privé d’hymne, Moscou doit aussi payer une amende de 15 millions de dollars.

Les coureuses russes du 4×100 m au JO de Pékin
Crédits : Vitaly Belou­­sov/TASS

Face à la pers­­pec­­tive de cette sanc­­tion inévi­­table, le ministre des Sports, Vitaly Moutko, ne cachait pas son agace­­ment. Lors du tirage au sort de la Coupe du monde de foot­­ball 2018, il a dénoncé une « tenta­­tive de présen­­ter [la Russie] comme un axe du mal. On a fait de nous une sorte de monstre. Main­­te­­nant, tout le monde, n’im­­porte quel expert, s’ar­­roge le droit de dire qu’il faut punir la Russie. » Mi-novembre, l’an­­cien président du comité olym­­pique russe, Leonid Tyaga­­chev, s’était de son côté attaqué à l’homme par qui le scan­­dale est arrivé : « Rodchen­­kov devrait être abattu pour avoir menti, comme Staline l’au­­rait fait », a-t-il déclaré sans ambages à la radio. Lundi 11 décembre 2017, le chimiste a été mis en examen par un tribu­­nal mosco­­vite pour « trafic illé­­gal de substances dange­­reuses ». D’ « ami », il est passé traître. L’ire de Moscou est à la mesure de la décep­­tion russe. « Cela peut paraître dur mais c’est en réalité une déci­­sion faible », juge pour­­tant Seppelt. « La Russie reste membre du mouve­­ment olym­­pique, elle n’a pas de condi­­tion à remplir, aucune mesure à prendre contre le dopage, et aucune excuse à présen­­ter aux lanceurs d’alerte. » Crai­­gnant pour sa vie, Grigory Rodchen­­kov béné­­fi­­cie du programme fédé­­ral pour la protec­­tion des témoins aux États-Unis. « Thomas Bach est peut-être un fin stra­­tège, mais de mon point de vue il manque de courage », pour­­suit Seppelt.

« Le sport tend inévi­­ta­­ble­­ment vers l’ex­­cès. » — Pierre de Couber­­tin

Le président du CIO entre­­tient-il une « rela­­tion mutuel­­le­­ment béné­­fique » avec Vladi­­mir Poutine, comme l’af­­firme le Guar­­dian ? Sa déci­­sion de ne pas complè­­te­­ment exclure les spor­­tifs russes de l’évé­­ne­­ment roi du sport mondial pour­­rait avoir une raison plus person­­nelle encore. En 1980, l’Al­­le­­mand n’avait pu défendre son titre de cham­­pion d’es­­crime aux Jeux olym­­piques de Moscou, boycot­­tés par de nombreux États pour protes­­ter contre l’in­­va­­sion de l’Af­­gha­­nis­­tan. « Tout le monde sait que les deux parties ont été affec­­tées », observe Harvey Schil­­ler, ancien membre du comité olym­­pique améri­­cain. Pareille décon­­ve­­nue sera cette fois évitée. Mais un parfum d’époque s’in­­vi­­tera malgré tout à Pyeong­­chang. « Il y a un lien entre les affaires de dopage des années 1980 et celles d’aujourd’­­hui car on retrouve les mêmes personnes », pointe Seppelt. « Ils sont toujours en acti­­vité, notam­­ment en Russie mais pas seule­­ment. »

Jeux de dopes

Pour la première fois depuis sa prise de fonc­­tion, Jimmy Carter fend une foule complè­­te­­ment silen­­cieuse. Parmi la centaine d’ath­­lètes rassem­­blés ce 21 mars 1980 dans l’aile est de la Maison-Blanche, personne n’ap­­plau­­dit à son passage. Car ici, personne n’ap­­prouve sa déci­­sion de boycot­­ter les Jeux olym­­piques de Moscou. « Nous n’irons pas », persé­­vère pour­­tant Carter. Attri­­bué à l’Union sovié­­tique en période de détente, en 1974, la compé­­ti­­tion fait les frais d’un regain de tension entre les deux grandes puis­­sances. Cinquante pays boudent ce qui devait être « la première olym­­piade sans drogue », selon le CIO.

Logo des JO de Moscou 1980

À Montréal, quatre ans plus tôt, les détec­­tions d’ana­­bo­­li­­sants ont abouti à la déchéance d’hal­­té­­ro­­philes bulgare et polo­­nais. Deux Améri­­cains ont été écar­­tés pour les mêmes raisons. Le monde décou­­vrira plus tard que l’Al­­le­­magne de l’Est a érigé cette course chimique­­ment impure à la perfor­­mance en système. Son parrain sovié­­tique n’est évidem­­ment pas en reste. « Nous savons que le sport tend inévi­­ta­­ble­­ment vers l’ex­­cès et que c’est même son essence, sa marque indé­­lé­­bile », aver­­tis­­sait Pierre de Couber­­tin en 1902. Apparu à Mexico en 1968 avec la disqua­­li­­fi­­ca­­tion du penta­th­­lo­­nien suédois Hans-Gunnar Liljen­­wall, le problème du dopage se vola­­ti­­lise bruta­­le­­ment à Moscou, en 1980. Aucun parti­­ci­­pant n’est contrôlé posi­­tif. Mais « il n’y a proba­­ble­­ment pas un médaillé et certai­­ne­­ment pas un vainqueur qui n’était pas sous une drogue ou une autre », conclut un rapport du sénat austra­­lien de 1989. Avec Paris et Londres, Canberra avait décidé de soute­­nir Washing­­ton tout en lais­­sant la liberté à ses spor­­tifs de faire le voyage.

En 1983, Grigory Rodchen­­kov quitte lui Moscou pour les États-Unis. Né 25 ans plus tôt dans la capi­­tale russe, le jeune homme vient d’ob­­te­­nir son diplôme de chimie à l’uni­­ver­­sité d’État, où il est aussi devenu un bon coureur de 5 000 mètres. Chez l’ « ennemi » de la guerre froide, Rodchen­­kov se rend au premier labo­­ra­­toire d’ana­­lyses olym­­piques de Los Angeles, fondé à peine un an plus tôt par Don Catlin, un des meilleurs spécia­­listes en la matière. « En gros, Grigory venait pour espion­­ner Don Catlin », raconte le réali­­sa­­teur améri­­cain Bryan Fogel. « Il s’est rendu compte que les athlètes russes sous stéroïdes allaient se faire prendre. » Ainsi, la déci­­sion de Moscou de boycot­­ter à son tour les Jeux orga­­ni­­sés dans la cité des anges en 1984 n’au­­rait pas été prise en rétor­­sion, mais pour éviter une vague de contrôles posi­­tifs. Dans un docu­­ment confi­­den­­tiel faisant état d’une réunion du comité des sports de l’Union sovié­­tique du 24 novembre 1983, on peut lire qu’une « prépa­­ra­­tion phar­­ma­­co­­lo­­gique spéciale » a été approu­­vée pour les athlètes.

Car, est-il aussi écrit, une amélio­­ra­­tion consi­­dé­­rable des perfor­­mances serait impos­­sible « sans injec­­tion de stéroïdes anabo­­li­­sants ». Publié en août 2016 par le New York Times, ce plan prévoyant des injec­­tions les deux premières semaines de mars et la dernière de février 1984 est signé par un certain docteur Sergueï Portu­­ga­­lov. Le même qui, en mars 2017, a été banni par le Tribu­­nal arbi­­tral du sport pour avoir « dissi­­mulé des résul­­tats posi­­tifs d’ath­­lètes contre une partie de leurs gains ».

Une ques­­tion de volonté

N’en déplaise à Jimmy Carter, les Améri­­cains iront bien en URSS. Alors que le CIO se conver­­tit au marke­­ting sous la direc­­tion de son nouveau président, le jeune Espa­­gnol Juan Anto­­nio Sama­­ranch, l’homme d’af­­faires améri­­cain Ted Turner crée des jeux alter­­na­­tifs, les « Good­­will Games » pour y réunir les deux géants. Entré au centre anti­­do­­page sovié­­tique en 1985, Grigory Rodchen­­kov œuvre à leur première mouture, à Moscou, un an plus tard.

Les Good­­will Games de 1986 en Union sovié­­tique

Sur l’épreuve du 100 mètres, un Cana­­dien de 24 ans pour­­tant mal engagé bat le record du monde. Ben John­­son exulte. Pour la première fois, ce médaillé de bronze à Los Angeles passe sous la barre des 10 secondes. Mais l’équipe de Rodchen­­kov a une mauvaise nouvelle. L’urine du sprin­­ter présente un taux anor­­ma­­le­­ment élevé de stano­­zo­­lol, un stéroïde anabo­­li­­sant inter­­­dit. Le respon­­sable scien­­ti­­fique, Victor Uralets, en trans­­met alors des flacons à ses supé­­rieurs. Puis, plus rien. John­­son reçoit la médaille d’or. Au total, 14 échan­­tillons auraient enfreint les règles mais les auto­­ri­­tés sovié­­tiques décident de ne pas « gâcher la fête », d’après Rodchen­­kov. Le coureur cana­­dien sera contrôlé posi­­tif deux ans plus tard, aux Jeux olym­­piques de Séoul. Avec le retour des Sovié­­tiques dans le monde de l’olym­­pisme, en 1988, les Good­­will Games perdent de leur inté­­rêt.

À Barce­­lone, en 1992, la défunte Union sovié­­tique adopte le titre d’équipe unifiée. Elle se classe première au clas­­se­­ment des médailles, devant les États-Unis. Une Russe, un Litua­­nien, deux Améri­­cains et un Chinois – ce n’est pas une blague – sont contrô­­lés posi­­tifs. Le président du CIO, Juan Anto­­nio Sama­­ranch n’est de toute manière « pas inté­­ressé par la ques­­tion », dénon­­cera plus tard le premier diri­­geant de l’Agence mondiale anti­­do­­page, Dick Pound. « Il n’y avait pas d’argent pour la recherche et Sama­­ranch ne voulait pas utili­­ser la force olym­­pique contre les fédé­­ra­­tions pour qu’elles fassent leur travail. » L’homme qui dirige la fédé­­ra­­tion de l’ath­­lé­­tisme russe depuis 1991 s’ap­­pelle Valen­­tin Bala­­kh­­ni­­chev. Ancien coureur de 110 mètres haie, ce grand écha­­las dégarni était entraî­­neur de 1978 à 1984. En 1995, il intègre le comité olym­­pique russe. Devenu membre et tréso­­rier de la Fédé­­ra­­tion inter­­­na­­tio­­nale de l’ath­­lé­­tisme (IAAF) en 2007, il en a été banni à vie près d’une décen­­nie plus tard pour avoir couverts des athlètes russes dopés contre de l’argent.

Valen­­tin Bala­­kh­­ni­­chev
Crédits : Inside the Games

Le ménage

En 1998, après avoir travaillé un temps pour le fabri­­cant de maté­­riel d’ana­­lyse russe Inter­­lab, Grigory Rodchen­­kov œuvre au Canada. Cette année, les Jeux olym­­piques d’hi­­ver ont lieu à Nagano, au Japon. Mais le monde du sport a alors les yeux rivés sur l’Hexa­­gone. L’éli­­mi­­na­­tion de l’équipe cycliste Festina du Tour de France engendre un débat sur le dopage dans le sport et pousse le CIO à fonder l’Agence mondiale anti­­do­­page l’an­­née suivante. « Je pense que ça serait resté comme ça encore long­­temps s’il n’y avait pas eu le fiasco de Festina en 1998 », souffle celui qui en prend la tête, Dick Pound.

Au même moment, le cycliste améri­­cain Lance Armstrong remporte sa première Grande Boucle. Il impose sa supré­­ma­­tie jusqu’en 2005, glanant au passage une médaille de bronze au contre-la-montre des Jeux de Sydney, en 2000. Malgré de lourdes suspi­­cions, ce n’est qu’en 2012 qu’il sera fina­­le­­ment convaincu de dopage et sanc­­tionné en consé­quence. « C’était mon héros », explique le réali­­sa­­teur améri­­cain Bryan Fogel. « Il a été testé quelque chose comme 500 fois sans jamais se faire prendre. » Cela lui donne des idées. Jusqu’ici auteur de comé­­die, ce brun origi­­naire de Denver décide de s’in­­fli­­ger un régime à base de produits dopants pour jouer le cobaye dans un docu­­men­­taire, sur le modèle de Super Size Me. Il demande conseil à un profes­­sion­­nel de l’an­­ti­­do­­page améri­­cain, Don Catlin. Dési­­reux de connaître les moyens de passer sous le radar des contrôles, Bryan Fogel est dirigé par le scien­­ti­­fique améri­­cain vers un de ses esti­­més collègues russe, Grigory Rodchen­­kov. Ce dernier est rentré à Moscou, où il est devenu direc­­teur de Rusada en 2005. « Mon père connais­­sait Rodchen­­kov depuis des années et respec­­tait son travail scien­­ti­­fique, mais il était moins sûr de son éthique », explique Oliver Catlin, le fils de Don. Il ne s’at­­ten­­dait pas àdon­­ner à Fogel le scoop de sa vie.

Rodchen­­kov s’en­­tre­­tient avec Fogel dans Icarus
Crédits : Netflix

Pendant un an et demi, la corres­­pon­­dance n’offre au réali­­sa­­teur que quelques éléments, au compte-gouttes. Mais le 9 novembre 2015, tout s’ac­­cé­­lère. Rodchen­­kov confie à Fogel qu’il craint pour sa vie sans en dire davan­­tage. Les deux hommes se rencontrent alors à Los Angeles. Puis, alors qu’il est revenu à Moscou, le chimiste russe appelle son corres­­pon­­dant améri­­cain un soir de novembre. Affolé, il ne cesse de passer la main sur son front. « Bryan, c’est un désastre », se lamente-t-il, torse nu. « Ils éliminent des gens, font sauter des têtes, peu importe qui est coupable. Hier, je suis allé voir le ministre Mutko et nous avons discuté. Il m’a demandé si je pouvais démis­­sion­­ner. J’ai répondu “oui”, et j’ai démis­­sionné. Je reçois beau­­coup d’ap­­pels mais je change mes télé­­phones. Le labo­­ra­­toire est presque vide. » En février, deux anciens membres de Rusada succombent mysté­­rieu­­se­­ment à une crise cardiaque. L’Agence mondiale anti­­do­­page (AMA) vient de rendre un rapport dans lequel le nom de Rodchen­­kov est cité : il aurait parti­­cipé à la destruc­­tion de 1 417 échan­­tillons et à l’ex­­tor­­sion d’ath­­lètes russes. En 2011, le scien­­ti­­fique aurait par ailleurs tenté de se suici­­der après avoir été arrêté par les auto­­ri­­tés de son pays pour trafic de stéroïdes, racontent les médias russesLes infor­­ma­­tions de l’AMA sur son compte proviennent d’un ancien employé de Rusada, Vita­­liy Stepa­­nov.

Depuis 2009, le jeune homme est en couple avec la coureuse de demi-fond, Yuliya Stepa­­nova. Il découvre de sa bouche que les méde­­cins russes lui pres­­crivent, à elle comme à beau­­coup d’autres, des produits dopants. Alors que « même à l’AMA, il y avait des gens qui ne voulaient pas que cette histoire sorte », Stepa­­nov est mis un rela­­tion par un de ses employés avec le jour­­na­­liste alle­­mand Hajo Seppelt. Dès lors, les preuves s’ac­­cu­­mulent. En décembre 2014, le jour­­na­­liste alle­­mand publie un docu­­men­­taire inti­­tulé Le Secret du dopage : comment la Russie fabrique ses vainqueurs. À ce moment, Rodchen­­kov nie encore. Mais après avoir accepté de colla­­bo­­rer au docu­­men­­taire de Fogel, Icarus, le Russe se confesse au New York Times au prin­­temps 2016. En juillet, l’AMA confie le soin d’éta­­blir un rapport sur ses affir­­ma­­tions à l’avo­­cat britan­­nique Richard McLa­­ren. Portu­­ga­­lov et Bala­­kh­­ni­­chev tombent.

Pour redo­­rer le blason du sport russe, Vladi­­mir Poutine compte sur Vitali Smir­­nov.

Ce dernier est radié de l’IAAF, de même que le fils de son président, Lamine Diack, et que l’en­­traî­­neur des équipes olym­­piques russes, Alexei Melni­­kov. En décembre 2017, le CIO exclut fina­­le­­ment des Jeux olym­­piques le ministre des Sports de l’époque, Vitali Moutko. D’après l’or­­ga­­ni­­sa­­tion inter­­­na­­tio­­nale, il est l’ins­­ti­­ga­­teur d’un système de dissi­­mu­­la­­tion d’échan­­tillons, mis en place par les services de sécu­­rité russe, le FSB. « Le CIO n’a agi que lorsqu’il y a eu une pres­­sion du public », se désole Hajo Seppelt. Pour redo­­rer le blason du sport russe, Vladi­­mir Poutine compte sur Vitali Smir­­nov, le nouveau respon­­sable de Rusada. « Nouveau », c’est beau­­coup dire. Âgé de 82 ans, ce membre hono­­raire du comité olym­­pique russe a plusieurs fois mis en doute le témoi­­gnage de Rodchen­­kov. C’est lui qui était chargé de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion des Jeux olym­­piques de Moscou, en 1980, avant de deve­­nir ministre des Sports jusqu’en 1990. Autre­­ment dit, il était aux respon­­sa­­bi­­li­­tés pendant l’âge d’or du dopage sovié­­tique.


Couver­­ture : Les drapeaux des JO et de la Russie. (Clive Mason)


 

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