par Servan Le Janne | 22 février 2018

Les larmes de la panthère

Un murmure gran­­dit à l’in­­té­­rieur du Grand Lake Theatre. Après les bandes annonces, la salle de ce cinéma d’Oak­­land se retrouve plon­­gée dans une obscu­­rité estom­­pée par de discrets plafon­­niers. Les conver­­sa­­tions reprennent face à la toile blanche, désor­­mais ombra­­gée, où sera bien­­tôt projeté Black Panther. Ce jeudi 15 février 2018, des avant-premières du seul long-métrage tiré d’un comics de Marvel mettant en scène un super-héros noir sont orga­­ni­­sées un peu partout aux États-Unis. Mais ici, l’évé­­ne­­ment est un peu spécial.

Ryan Coogler et Chad­­wick Bose­­man sur le tour­­nage de Black Panther
Crédits : Marvel Studios

L’at­­tente se prolonge. Au lieu des images, les spec­­ta­­teurs voient appa­­raître une flaque de lumière au bas de la scène. S’y détache la silhouette du réali­­sa­­teur du film, Ryan Coogler. Il porte un panta­­lon noir, une veste en jean et un haut à motifs rouge et or. À sa vue, les spec­­ta­­teurs se lèvent, l’ac­­clament et bran­­dissent leurs télé­­phones portables pour filmer. « Ce cinéma est très impor­­tant pour moi », déclare-t-il au micro. « Mon père m’a amené ici pour voir Boys in the Hood quand j’avais 3 ou 4 ans. » Le natif d’Oak­­land pointe du doigt le fond de la salle. « J’étais assis là-bas et j’ai pleuré à la fin. »

En 2013, Ryan Coogler était au même endroit pour présen­­ter son premier long-métrage, Fruit­­vale Station, dans lequel il retrace les dernières 24 heures de la vie d’Os­­car Grant, un Afro-Améri­­cain d’Oak­­land tué par un agent de police. Sa sortie a préfi­­guré le mouve­­ment anti­­ra­­ciste Black Lives Matter. Après avoir réalisé Creed : L’Hé­­ri­­tage de Rocky Balboa en 2015, le cinéaste en revient aux ques­­tions ethniques avec Black Panther. « C’est histo­­rique d’avoir un super-héros qui nous ressemble, ici à Oakland », s’en­­flamme une spec­­ta­­trice, Carlotta Brown.

Le film débute juste­­ment dans cette ville cali­­for­­nienne à l’his­­toire marquée par la violence des gangs, par ailleurs creu­­set d’im­­mi­­gra­­tion et berceau du Black Panther Party. Il se pour­­suit au Wakanda. Épar­­gné par la colo­­ni­­sa­­tion, ce petit État imagi­­naire situé dans la région des Grands Lacs jouit d’une avan­­cée tech­­no­­lo­­gique hors du commun, grâce au métal extra­­­ter­­restre trouvé sur une météo­­rite, le vibra­­nium. Cela suscite bien des convoi­­tises. En tant que prince héri­­tier, T’Challa, alias Black Panther, défend jalou­­se­­ment la souve­­rai­­neté du pays.

Un somp­­tueux concept art des paysages du Wakanda
Crédits : Marvel Studios

Alors qu’il mettait la dernière main à Creed, il y a trois ans, Ryan Coogler a posé le pied sur le conti­nent afri­­cain pour la première fois. Du Kenya, il en a survolé une bonne part pour se rendre au Leso­­tho en passant par l’Afrique du Sud, dont le terri­­toire enserre ce petit royaume monta­­gneux. Son alti­­tude l’a main­­tenu à l’écart jusqu’à l’ar­­ri­­vée des Britan­­niques, qui s’en reti­­rèrent en 1966. Ryan Coogler y a trouvé l’ins­­pi­­ra­­tion, emprun­­tant aussi à d’autres cultures afri­­caines. « Il voulait que je fasse des jupes en herbes comme celles du peuple dogon [au Mali] », indique la costu­­mière de Black Panther, Ruth E. Carter.

Au Leso­­tho, le Cali­­for­­nien était guidé par une vieille femme qui s’ar­­rê­­tait fréquem­­ment pour donner des morceaux de pastèques en chemin. Ces pauses intem­­pes­­tives l’agaçaient. Il était pour­­tant impos­­sible d’y couper : « Les pastèques sont sacrées », lui a expliqué la vieille femme. Pour Coogler, elles ont au contraire long­­temps été honnies. Lui et ses coéqui­­piers noirs de l’équipe de foot­­ball améri­­cain du lycée avaient pour règle de ne jamais en manger devant des Blancs. Car elles sont asso­­ciées aux États-Unis à un vieux cliché raciste, forgé par des décen­­nies de ségré­­ga­­tion. Le fruit sacré est ainsi devenu fruit défendu.

Black Panther ouvre une voie vers un jardin d’Eden perdu. Il fouille autour de l’arbre généa­­lo­­gique afro-améri­­cain pour suivre ses racines. Mais le colon ne les a pas seule­­ment enfouies sous des pelle­­tées de terres, il les a coupées. Ryan Coogler en propose donc un prolon­­ge­­ment imagi­­naire, écri­­vant sa propre Genèse. En cela, il s’ins­­crit dans le courant afro­­fu­­tu­­riste. Ce dernier, décrit le philo­­sophe came­­rou­­nais Achille Mbembe, « combine science-fiction, techno-culture, réalisme magique et cosmo­­lo­­gies non euro­­péennes, dans le but d’in­­ter­­ro­­ger le passé des peuples dits de couleur et leur condi­­tion dans le présent ». Émerge ainsi une mytho­­lo­­gie alter­­na­­tive.

Wakanda-Central, la capi­­tale du royaume imagi­­naire de Black Panther
Crédits : Marvel Studios

En une semaine, le film inspiré d’un comics inventé en 1966 par deux juifs new-yorkais, Stan Lee et Jack Kirby, a engen­­dré 426 millions de dollars de recettes dans le monde. Aux États-Unis, seul Star Wars : Le Réveil de la Force a été plus vu pendant les quatre premiers jours de sa diffu­­sion. « Voir des gens de tous hori­­zons avec des vête­­ments célé­­brant leur héri­­tage, prenant des photos devant nos affiches avec leurs amis et leurs familles et même dansant dans les halls des ciné­­mas nous a souvent émus aux larmes, ma femme et moi », a réagi Ryan Coogler dans une lettre à ses fans.

La presse anglo-saxonne est souvent enthou­­siaste, elle aussi. « Black Panther porte l’afro­­fu­­tu­­risme dans la culture mains­­tream », titrent le quoti­­dien britan­­nique The Inde­­pendent et le maga­­zine améri­­cain Vice.

Un jedi noir

Ytasha Womack a déjà vu Black Panther trois fois. Auteure d’un livre sur l’afro­­fu­­tu­­risme en 2013, la jour­­na­­liste, réali­­sa­­trice, danseuse et écri­­vaine de Chicago atten­­dait le film avec impa­­tience. « Cette histoire aurait aisé­­ment pu être portée à l’écran il y a des décen­­nies », observe-t-elle. « Dans quelle mesure le monde aurait-il été diffé­rent si ça avait été le cas ? » Le monde, il y a des décen­­nies, n’avait d’yeux que pour l’uni­­vers de Star Wars. Ytasha Womack, elle-même, se dégui­­sait en prin­­cesse Leia à Hallo­­ween. La sœur jumelle de Luke Skywal­­ker était son héroïne bien qu’elle n’ait pas été dési­­gnée pour rece­­voir l’en­­sei­­gne­­ment jedi avant lui.

D’ailleurs, ce n’était pas le seul élément frus­­trant. Comment ne pas regret­­ter que le vieil ami de Han Solo, Lando Calris­­sian, ait dû lui céder le Faucon Mille­­nium à la suite d’un pari perdu ? Sans cela, le person­­nage légen­­daire joué par l’ac­­teur afro-améri­­cain Billy Dee Williams aurait eu un rôle bien plus impor­­tant. Au moment où le visage de Dark Vador est révélé, certains s’at­­ten­­daient à voir appa­­raître le visage de l’ac­­teur afro-améri­­cain James Earl Jones, qui lui prête sa voix. Mais le Britan­­nique David Prowse était derrière le masque.

Les films, la musique et l’art en géné­­ral provoquaient d’in­­tenses discus­­sions chez Ytasha Womack. Ses parents, qui furent les premières personne de leurs familles respec­­tives à obte­­nir un diplôme univer­­si­­taire, cher­­chaient souvent à évaluer la portée des œuvres par rapport à l’his­­toire afro-améri­­caine. La maison était remplie de livres, auxquels la jeune fille ajou­­tait régu­­liè­­re­­ment des exem­­plaires emprun­­tés à la biblio­­thèque. « J’étais du genre à vouloir savoir combien je pouvais en lire en une semaine », se souvient-elle.

Sur les pages des ouvrages de science et d’his­­toire parcou­­rus resur­­git une ques­­tion rencon­­trée plus tôt dans le dessin animé Alice au pays des merveilles. « Qui sommes nous ? » demande le chat hallu­­ciné avant de se confondre avec le noir du décor. « Ça me faisait faire des cauche­­mars », admet Ytasha Womack en riant. Au lycée, les cours de philo­­so­­phie achèvent de la convaincre que les idées jouent un rôle déter­­mi­­nant dans la marche du monde. En 1993, elle démé­­nage à Atlanta, en Géor­­gie, pour enta­­mer des études de jour­­na­­lisme.

Cette année-là, le jour­­na­­liste et critique d’art Mark Dery publie une inter­­­view avec trois penseurs afro-améri­­cains des nouvelles tech­­no­­lo­­gies, Samuel R. Delany, Greg Tate et Tricia Rose. Dans cette conver­­sa­­tion d’une ving­­taine de pages bapti­­sée Black to the Future, il est ques­­tion d’au­­teurs de science-fiction noirs tels Octa­­via Butler, Steven Barnes ou Charles Saun­­ders. « Dery remarque qu’ils sont peu nombreux juste au moment où l’usage de la science-fiction commence à sa répandre dans la musique, les comics et l’art noirs-améri­­cains », analyse Louis Chude-Sokei, profes­­seur de litté­­ra­­ture à l’uni­­ver­­sité deBos­­ton et éditeur de la revue The Black Scho­­lars.

En intro­­duc­­tion, l’au­­teur forge un concept inédit : « La fiction spécu­­la­­tive qui traite de thèmes et de problèmes afro-améri­­cains dans le contexte de la culture numé­­rique du XXe siècle et de ceux qui suivent […] pour­­rait être appe­­lée afro­­fu­­tu­­risme. » Le mot est lâché.

Ytasha Womack ne connaît alors pas Mark Dery. Comme lui, elle remarque toute­­fois que les extra­­­ter­­restres des films enlèvent des hommes de la même manière que les colons ont arra­­ché des Afri­­cains à leur terre pour les réduire en escla­­vage. À l’uni­­ver­­sité, elle rejoint des groupes d’étu­­diants préoc­­cu­­pés par ce lien entre histoire afro-améri­­caine et science-fiction. Leurs débats n’ont « rien de formel », décrit-elle. « Vous pouviez y parler autant de la méta­­phore employée par un groupe de rap que de la Genèse. »

Le groupe de funk Parlia­­ment en 1976

La Chica­­goane y rencontre un jeune homme origi­­naire de Phila­­del­­phie qui se fait appe­­ler Kamafi. Ce dernier voue un culte au grand socio­­logue pan-afri­­ca­­niste du début du siècle W. E. B. Du Bois, mais aussi au groupe de funk des années 1970 et 1980 Parlia­­ment. « Il m’a expliqué sa cosmo­­lo­­gie », se rappelle Womack. « Il s’est fait l’écho du double langage du groupe, des diffé­­rentes inter­­­pré­­ta­­tions possibles de ses paroles. Et juste quand j’al­­lais répliquer qu’il inven­­tait, je me suis rendu compte qu’il avait raison. » Dans le titre de 1975, « Choco­­late City », la forma­­tion menée par George Clin­­ton imagine une couple afro-améri­­cain à la Maison-Blanche. En plon­­geant dans son esthé­­tique, la jeune femme découvre celui qui l’a influen­­cée : Sun Ra.

Jazz solaire

Un étrange roi noir parcourt la forêt d’une planète incon­­nue. Il porte une cape orange et une coiffe égyp­­tienne surmon­­tée d’un immense aimant doré. Sun Ra s’ar­­rête un instant pour fredon­­ner un air. « La musique est diffé­­rente ici », psal­­mo­­die-t-il. « Les vibra­­tions sont diffé­­rentes de celles de la planète Terre. La planète Terre résonne du son des armes, de la colère, de la frus­­tra­­tion. Nous allons instal­­ler une colo­­nie pour les Noirs ici. À voir ce qu’ils peuvent faire avec leur propre planète. Nous les amène­­rons ici grâce à la télé­­por­­ta­­tion isotope, la trans­­mo­­lé­­cu­­la­­ri­­sa­­tion ou, mieux, nous télé­­por­­te­­rons toute la planète ici grâce à la musique. »

Space is the Place commence par cette scène aux accents mytho­­lo­­giques. Quand sort le film, en 1974, Sun Ra est déjà un monu­­ment du free jazz améri­­cain. Il est remarquable non seule­­ment pour sa virtuo­­sité mais aussi pour sa poésie cosmique, dont l’es­­thé­­tique mélange des réfé­­rences à l’Afrique et aux mondes extra­­­ter­­restres. Pour lui, tout a commencé lors d’un premier voyage, au milieu des années 1930. Alors étudiant en musique, le jeune homme de l’Ala­­bama a une vision. Inspiré par la litté­­ra­­ture ésoté­­rique de la loge maçon­­nique de sa ville, Birmin­­gham, Herman Poole Blount plane : « Mon corps entier est devenu autre chose », a-t-il raconté plus tard. « J’ai atterri sur une planète que j’ai iden­­ti­­fiée comme Saturne. Ils m’avaient télé­­por­­tés pour me parler. Ils avaient une petite antenne sur chaque oreille et sur chaque œil. Ils m’ont dit d’ar­­rê­­ter les cours et de m’ex­­pri­­mer par la musique. Le monde écou­­te­­rait. »

Sun Ra dans son costume inou­­bliable

Après avoir formé plusieurs groupes, le musi­­cien rejoint Chicago à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il y adopte son surnom en réfé­­rence au Soleil et au dieu qui lui corres­­pon­­dait en Égypte ancienne. Herman Poole Blount est un nom d’es­­clave, argue-t-il, repre­­nant les mots de Malcolm X. Fort de sa black­­ness, abreuvé aux sources du panafri­­ca­­nismeSun Ra veut donner nais­­sance à une nouvelle forme de musique, seule à même de libé­­rer les Afro-Améri­­cains des pesan­­teurs sociales. Sa base sera le label indé­­pen­­dant El Saturn Records, son vais­­seau le groupe Arkes­­tra.

Une autre scène de Space is the Place est tour­­née dans le véri­­table QG du Black Panther Party. Par télé­­por­­ta­­tion, Sun Ra y débarque au milieu de jeunes jouant au ping-pong. Les échanges sont lunaires. À ceux qui doutent que « l’am­­bas­­sa­­deur des régions inter­­­ga­­lac­­tiques du conseil d’outre-espace » soit réel, il répond en philo­­sophe : « Comme vous, je ne suis pas réel. Vous n’exis­­tez pas dans la société. Si c’était le cas, les gens ne se battraient pas pour l’éga­­lité des droits et vous auriez un statut parmi les nations du monde. […] Je viens vers vous sous la forme du mythe car c’est ce que les Noirs sont, des mythes. Je suis venu d’un rêve que l’homme noir a fait il y a long­­temps. »

Sun Ra n’est pas le premier à scru­­ter l’azur. Unique hori­­zon d’un quoti­­dien enchaîné au labeur, le ciel figure en bonne place dans les Negro Spiri­­tuals. Ces chants permirent aux esclaves d’échap­­per en songes à leur condi­­tion. Les anciennes cosmo­­lo­­gies de la diaspora afri­­caine sont aux sources de l’afro­­fu­­tu­­risme dans le sens où « elles sont toujours orien­­tées vers l’ave­­nir », estime Louis Chude-Sokei. « Elles sont syncré­­tiques, hybrides, et inventent en recom­­bi­­nant. » Le cher­­cheur cite en exemple les cultures hoodoo, candom­­blé et vaudou d’Amé­­rique du Sud et des Caraïbes.

Avec Black Panther, l’afro­­fu­­tu­­risme est un immense succès mains­­tream.

La renais­­sance d’une nation

Sun Ra meurt d’une pneu­­mo­­nie en 1993, année de nais­­sance de l’afro­­fu­­tu­­risme en tant que concept. Après avoir intro­­duit le terme dans Black to the Future, Mark Dery pose une première ques­­tion à Samuel R. Delany qui permet d’en mesu­­rer la portée pour les années à venir. « Lors d’une conver­­sa­­tion infor­­melle que nous avons eu, vous me disiez que le nombre de fans noirs de science-fiction est en pleine crois­­sance. Qu’est-ce qui vous fait penser ça ? » Ce à quoi son inter­­­lo­­cu­­teur répond : « J’ai simple­­ment vu davan­­tage de visages noirs aux confé­­rences de science-fiction. Il n’y a plus qu’à espé­­rer que cela concerne aussi les écri­­vains. »

Parmi ces nouveaux fans, il y a une docto­­rante en « Ameri­­can Studies » qui vit à New York, Alon­­dra Nelson. À la fin des années 1990, en paral­­lèle de son travail univer­­si­­taire, la jeune femme lance un groupe de discus­­sion sur la plate-forme AOL List­­serv à propos de science-fiction. Elle y ausculte des œuvres à la lumière de leur contexte et s’éver­­tue à réha­­bi­­li­­ter des scien­­ti­­fiques noirs oubliés par les livres d’his­­toire. À mesure que ce champ de recherche se déve­­loppe, « il devient clair que le fait de se proje­­ter dans le futur, en tant que noir, fait partie d’une longue tradi­­tion de résis­­tance face au pouvoir », inter­­­prète Ytasha Womack.

Ces réflexions trouvent à s’in­­car­­ner dans l’al­­bum futu­­riste de groupe d’Oak­­land Outkast, ATLiens, sorti en 1996. À Atlanta, où Ytasha Womack termine sa licence en jour­­na­­lisme, « entre les flots d’étu­­diants qui veulent parler de Star Wars et ceux qui redé­­couvrent Parlia­­ment, se forge une esthé­­tique », témoigne-t-elle. Aux figures tuté­­laires de George Clin­­ton et Sun Ra, Louis Chude-Sokei ajoute le produc­­teur de reggae et de dub Lee Scratch Perry. Des artistes aussi variés que le rappeur King Britt, le produc­­teur de techno Drex­­ciya ou la chan­­teuse de soul Erykah Badu se retrouvent dans leur lignée.

En 1998, Ytasha Womack entame un master en jour­­na­­lisme au Colum­­bia College de Chicago. Elle y rencontre avec fasci­­na­­tion un grand nombre d’ar­­tistes qui inventent un futur à la femme et à l’homme noirs. Depuis l’ar­­ticle de Mark Dery, « il y a eu une explo­­sion remarquable de la litté­­ra­­ture de science-fiction noire partout dans la diaspora, mais aussi de travaux de recherche, d’objets d’art et d’ac­­ti­­visme au nom de l’afro-futu­­risme », retrace Louis Chude-Sokei. En 2016 et 2017, le célèbre prix Hugo de litté­­ra­­ture de science-fiction récom­­pen­­sait d’ailleurs l’écri­­vaine afro-améri­­caine  N. K. Jemi­­sin, pour les deux premiers tomes de sa saga des Livres de la terre frac­­tu­­rée.

Au musée d’art contem­­po­­rain de Chicago, Ytasha Womack découvre le remix de « The Birth of a Nation » réalisé en 2004 par DJ Spooky. Cette version corri­­gée d’un fameux film de 1915 sur la créa­­tion des États-Unis donne son nom à un album de Public Enemy en 2006. Un jour qu’elle visite la galle­­rie G.R.N’Namdi, Ytasha Womack tombe pour la deuxième fois sur Denenge Akpem. Artiste et profes­­seure au Colum­­bia College de Chicago, celle-ci lui explique qu’elle donne un nouveau cours sur l’ « afro-futu­­risme ». « Je n’avais jamais entendu le terme avant, mais je savais exac­­te­­ment de quoi elle voulait parler », sourit-elle. Ainsi, le concept formulé par Mark Dery est-il devenu un sujet d’étude tout à fait offi­­ciel.

Aujourd’­­hui, son inven­­teur refuse de le commen­­ter. « Après mûre réflexion, j’ai décidé de ne plus en parler et de lais­­ser les Afro-Améri­­cains qui l’ont théo­­risé le faire », répond-il par e-mail. « Ce n’est pas qu’un Blanc en soit inca­­pable, mais je pense qu’il est impé­­ra­­tif, à l’époque de Black Lives Matter, de Donald Trump, de la montée du néo-fascisme et des assauts répé­­tés de la police contre les personnes noires, que je laisse la parole à ceux qui ont fait leur l’afro­­fu­­tu­­risme. » Les huit années de mandat de Barack Obama n’ont guère obli­­téré la ques­­tion ethnique outre-Atlan­­tique. Comme au moment de la sortie de Space is the Place, « les gens » doivent encore se battre « pour l’éga­­lité des droits ».

Mais les choses avancent. De là-haut, le poète améri­­cain Gil Scott-Heron ne peut plus moquer le « Whitey on the Moon » comme il le fit en 1970. Depuis que l’Afrique du Sud a lancé son premier satel­­lite, en 1999, les pays du conti­nent et la diaspora afri­­caine ont fait du chemin dans l’es­­pace. La première voix a avoir été diffu­­sée sur Mars est celle de l’an­­cien direc­­teur de la NASA, Charles F. Bolden, afro-améri­­cain. En 2023, le projet Mars One veut accom­­plir le vieux rêve de Sun Ra, quit­­ter la terre et colo­­ni­­ser une autre planète : sept de ses fina­­listes sont afri­­cains. Et, avec Black Panther, l’afro­­fu­­tu­­risme est un immense succès mains­­tream.

Le casting incroyable de Black Panther
Crédits : Kwaku Alston/Marvel

Tout terme qui se termine par « -isme » porte en lui « une infi­­nité de défi­­ni­­tions et de contre-défi­­ni­­tions », admet Louis Chude-Sokei. « Mais l’am­­pleur de son accep­­ta­­tion a supplanté le débat. » Par-delà les discus­­sions sur son éten­­due, l’afro­­fu­­tu­­risme est dans l’ADN de Black Panther, « parce qu’é­­nor­­mé­­ment de gens le voient ainsi ». L’at­­tente n’avait que trop duré.


Couver­­ture : Concept art pour Black Panther. (Marvel Studios)


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