Pour la deuxième année consécutive, la Finlande arrive en tête des pays les plus heureux du monde. Quel est donc son secret ?

par Servan Le Janne | 22 mars 2019

Du tricot en haut des pistes

Antti Koski­­nen a attendu ce moment pendant quatre ans. Ce samedi 10 février 2018, le coach de l’équipe olym­­pique finlan­­daise de snow­­board surplombe enfin le Bokwang Phoe­­nix Park de Pyeong­­chang. À côté de lui, sous une arche orange ornée du logo de ces Jeux olym­­piques d’hi­­ver sud-coréens, un athlète se prépare. Il va s’élan­­cer. Dans son esprit, le temps fait du hors piste. Antti Koski­­nen, de son côté, dégage un calme excep­­tion­­nel : en donnant ses consignes, l’en­­traî­­neur tricote avec concen­­tra­­tion.

Le Bokwang Phoe­­nix Park
Crédit : Chain Koon Lim

« C’est devenu une sorte de hobby pour moi », sourit-il. Ce brun aux yeux céru­­léens avait déjà joué des aiguilles à Sotchi en 2014. « C’est un truc finlan­­dais. » D’ailleurs, près de la moitié des 102 spor­­tifs de la délé­­ga­­tion s’y est mise selon lui. « Nous trico­­tons une couver­­ture pour le fils de notre président », ajoute Koski­­nen. « Chacun assemble un petit carré et il sera ajouté aux autres. Je me suis un peu laissé aller donc le mien est rectan­­gu­­laire. » Huit jours plus tôt, le chef d’État, Sauli Niinisto, et son épouse, Jenni Haukio, ont eu leur premier enfant.

Après la compé­­ti­­tion, le 26 février, cet ancien ministre de la Justice de centre droit a reçu le cadeau à l’aé­­ro­­port d’Hel­­sinki, la capi­­tale. « C’est très beau », a-t-il remer­­cié. « Avec un peu de chance, le petit bonhomme qui s’en servira est un athlète en deve­­nir. » Ce que le nouveau père ne dit pas, car chacun le sait ici, c’est que son fils est déjà bien équipé. Comme tous les nouveau-nés en Finlande, il a reçu une « baby box », c’est-à-dire une boîte compre­­nant une combi­­nai­­son, une couver­­ture, des produits pour le bain, des couches et de la lite­­rie.

Depuis que le gouver­­ne­­ment a commencé à déli­­vrer cette aide en 1938, le taux de morta­­lité infan­­tile a chuté. Aujourd’­­hui, 95 % des familles préfèrent la rece­­voir plutôt que de toucher les 140 euros propo­­sés à la place. Ce kit du débu­­tant dans la vie est telle­­ment entré dans les mœurs qu’il commence à être répliqué à l’étran­­ger. Lorsque Anu Part­­na­­nen a décou­­vert sa nouvelle version, dimanche 18 mars, elle a carré­­ment « eu envie d’avoir un autre enfant juste pour obte­­nir les derniers éléments », plai­­sante-t-elle. Instal­­lée à New York depuis 2009, cette jour­­na­­liste finlan­­daise a écrit un livre sur la Théo­­rie nordique du tout : à la recherche d’une vie meilleure. Elle y explique ce que le mode de vie finlan­­dais et ceux et de ses voisins d’Eu­­rope du nord a de posi­­tif, sans faire l’im­­passe sur leurs défauts.

En ont-ils seule­­ment ? Dans le World Happi­­ness Report rendu à la mi-mars 2018, les Nations Unies décernent le titre de pays le plus heureux du monde à la Finlande. Rebe­­lote le 20 mars 2019. Cinquième en 2017, elle devance désor­­mais la Norvège, le Dane­­mark et l’Is­­lande au clas­­se­­ment. Consul­­tés entre 2015 et 2017, ses habi­­tants ont été ceux à se situer le plus haut sur l’échelle de Cantril. Cet instru­­ment conçu en 1965 pour évaluer le degré de satis­­fac­­tion d’in­­di­­vi­­dus est employé par l’ins­­ti­­tut Gallup ; lequel four­­nit des données aux cher­­cheurs indé­­pen­­dants de l’étude. Il fonc­­tionne de manière simple : « Voici une échelle qui repré­­sente l’échelle de la vie », intro­­duisent les enquê­­teurs. « Suppo­­sons que le sommet de l’échelle repré­­sente la vie la meilleure pour vous, et le bas de l’échelle la vie la pire pour vous. Où vous situez-vous person­­nel­­le­­ment sur cette échelle en ce moment ? »

Les résul­­tats du World Hapi­­ness Report dépendent donc d’un ressenti. Quoique subjec­­tifs, ils procèdent bien sûr d’un certains nombre de critères tangibles. « Nous essayons de montrer que notre clas­­se­­ment dépend de six facteurs clés », écrivent les auteurs. « Le PIB par habi­­tant, les aides sociales, l’es­­pé­­rance de vie, les liber­­tés indi­­vi­­duelles, la géné­­ro­­sité et l’ab­­sence de corrup­­tion. » Les Finlan­­dais jouissent « d’une éduca­­tion gratuite, de congés paren­­taux géné­­reux et d’un équi­­libre sain entre vie profes­­sion­­nelle et vie privée ». Ainsi seraient-ils mieux armés pour le plai­­sir.

Le président finlan­­dais, Sauli Niinisto, et son épouse, Jenni Haukio
Crédit : Evalota

Grâce à un système éduca­­tif souvent jugé exem­­plaire, ce pays de cinq millions d’âmes compte parmi les moins inéga­­li­­taires. Il est aussi « consi­­déré comme le meilleur endroit au monde pour être mère et pour être une femme qui travaille », souligne The Econo­­mist. Anu Part­­na­­nen est bien placée pour le savoir. En démé­­na­­geant aux États-Unis, la jour­­na­­liste a fait une croix sur les dix mois de congés paren­­taux (à parta­­ger entre le père et la mère) auxquels elle aurait eu droit dans son pays natal. Elle s’est réso­­lue à le faire pour habi­­ter avec l’homme qu’elle aimait, non sans savoir que « l’amour et l’ami­­tié authen­­tiques ne sont possibles qu’entre personnes indé­­pen­­dantes et égales ».

Le poison

Anu Parta­­nen n’avait pas prévu d’émi­­grer. Elle a été prise à revers. Après avoir étudié en Austra­­lie et en France, la jeune femme a conti­­nué à voya­­ger au début de sa carrière de jour­­na­­liste. Tous ces dépla­­ce­­ments la confor­­taient dans l’idée que son avenir était en Finlande. Mais une confé­­rence orga­­ni­­sée à Boston a fina­­le­­ment changé la donne. Alors qu’elle fait la queue pour se servir au buffet, ce soir d’avril 2005, une voix l’ap­­pelle vers les États-Unis. « Pour­­riez-vous goûter pour que je sois sûr que ce n’est pas empoi­­sonné ? » lui demande soudain l’homme derrière elle. Plus tôt dans la jour­­née, la Finlan­­daise a appris par la télé­­vi­­sion que des cookies empoi­­son­­nés sont arri­­vés par la poste à la Cour suprême. Persua­­dée que l’in­­connu y fait réfé­­rence, elle accepte le rôle de cobaye. « Il m’a fixé, confus », raconte-t-elle.

En fait, l’homme n’est pas au courant. Assis à côté d’elle lors du dîner, il commence toute­­fois à mieux la comprendre. Au point que deux heures plus tard, les nouveaux amis échangent un baiser à l’ombre d’un buis­­son. Rentrée en Finlande le jour suivant, Anu Parta­­nen reste en contact avec cet écri­­vain améri­­cain, Trevor Corson. Une rela­­tion à distance s’ins­­taure, ponc­­tuée par de courtes visites ; de lui en Finlande et d’elle aux États-Unis. Après deux ans à se voir épiso­­dique­­ment, ils s’en­­tendent pour habi­­ter ensemble. Au départ, la jour­­na­­liste n’a pour­­tant pas très envie de s’ins­­tal­­ler outre-Atlan­­tique : « Je voulais être une femme forte, intel­­li­­gente, créa­­tive, pas une fille qui aban­­donne tout pour un homme », remarque-t-elle. « Mais Trevor ne parlait pas finnois. Et il y a plusieurs choses qu’il n’au­­rait pas su gérer en Finlande. Après sa première visite, en hiver, il s’est empressé de racon­­ter à ses amis qu’il n’avait vu le soleil que trois heures par jour. »

Tout bien réflé­­chi, l’en­­thou­­siasme des New-Yorkais présente quelques avan­­tages par rapport à la menta­­lité nordique : « Les Finlan­­dais ont tendance à voir la vie comme une suite d’obs­­tacles et de décep­­tions, et à se conten­­ter de courtes conver­­sa­­tions et de petits plai­­sirs, en sorte qu’ils peuvent paraître taci­­turnes voire méchants pour un étran­­ger », admet-elle. « J’ima­­gi­­nais Trevor quit­­ter l’ex­­ci­­ta­­tion de New York pour se retrou­­ver dans un cauche­­mar sombre et soli­­taire à cause de mon pays intro­­verti. J’étais presque embar­­ras­­sée de lui parler du “sisu”. »

En français, ce terme finnois peut se rappor­­ter au courage ou à la rési­­lience. Enfant, Anu Parta­­nen devait avoir du sisu, autre­­ment dit des tripes. À 10 ans, avec son frère, elle roulait à vélo sur plusieurs kilo­­mètres au milieu des bois d’Es­­poo, à l’ouest d’Hel­­sinki, pour aller à l’école. L’hi­­ver, il fallait faire le chemin en skis, ce que la jeune fille n’ap­­pré­­ciait guère. Au lieu de cela, un jour de grand froid, elle est partie à pied. Pour ne pas s’en­­fon­­cer dans la neige et conti­­nuer à avan­­cer, Anu Parta­­nen a parcouru près d’1,5 kilo­­mètre en rampant. « Mes parents étaient fiers de moi. C’était le signe que j’avais du sisu. »

Des soldats finlan­­dais lors de la guerre en Caré­­lie contre l’URSS

L’hos­­ti­­lité du climat finlan­­dais ne laisse pas d’autre choix. Quand le terri­­toire était sous la domi­­na­­tion de la couronne suédoise, à la fin du XVIIe siècle, il a été touché par une vague de froid telle que près de la moitié de sa popu­­la­­tion aurait été déci­­mée faute de nour­­ri­­ture. Entre 1866 et 1868, le gel a entraîné une nouvelle famine, tuant 9 % des habi­­tants de la région, alors contrô­­lée par l’em­­pire russe. Le PIB par habi­­tant a ensuite augmenté à une moyenne de 1,5 % par an jusqu’en 1913. Cinq ans plus tard, le pays arra­­chait son indé­­pen­­dance au prix d’une sévère crise, son alimen­­ta­­tion dépen­­dant large­­ment de Moscou.

Soute­­nue par les expor­­ta­­tions de bois, l’éco­­no­­mie est restée prin­­ci­­pa­­le­­ment agraire jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, conflit au terme duquel les Sovié­­tiques ont annexé la Caré­­lie, à l’est de la Finlande. Pour sortir du marasme, Helsinki n’a cepen­­dant pas hésité à conclure des accords commer­­ciaux avec l’URSS, tout en s’in­­dus­­tria­­li­­sant. Même si le pays s’est engagé sur un cycle de crois­­sance à la suite d’autres États euro­­péens des années 1960, il restait « dans un état peu enviable, écono­­mique­­ment et poli­­tique­­ment », jugeait un jour­­na­­liste du New Yorker en 1964. « La nation finlan­­daise compte 4,5 millions d’in­­di­­vi­­dua­­listes intran­­si­­geants et il leur faut pas moins de dix partis poli­­tiques pour expri­­mer leurs opinions discor­­dantes. »

Le juge­­ment est sévère. Si l’échiquier poli­­tique est par trop éclaté, les ancêtres d’Anu Parta­­nen étaient néan­­moins suffi­­sam­­ment altruistes pour s’en­­tendre sur un modèle de sécu­­rité sociale en 1970. « Chez les Finlan­­dais, qui eurent à se battre pour survivre, la rela­­tion entre indi­­vidu et société est plus marquée par le bien commun que chez les peuples qui n’étaient expo­­sés à aucun danger », théo­­rise Pauli Kettu­­nen, profes­­seur d’his­­toire contem­­po­­raine à l’uni­­ver­­sité d’Hel­­sinki. Cela ne veut pas dire qu’ils s’en­­tendent aisé­­ment sur sa défi­­ni­­tion. « Le système parle­­men­­taire était instable et les gouver­­ne­­ments de courte durée étaient typiques de la Finlande jusqu’au début des années 1980 », retrace-t-il.

L’État compé­­ti­­tif

Par-dessus les branches de ses lunettes, Bill Clin­­ton aperçoit le patron de Google, Eric Schmidt, la philan­­thrope et femme du patron de Micro­­soft, Melinda Gates, ainsi que le PDG de Proc­­ter & Gamble Bob McDo­­nald. Tous sont rassem­­blés à ses côtés sur la scène du Time Square Shera­­ton Hotel de New York, ce mardi matin de septembre 2010. Mais il regarde ailleurs. Sa longue silhouette bleu marine, sur laquelle une cravate rouge fait l’ef­­fet d’un point d’ex­­cla­­ma­­tion, est tour­­née vers une petite femme aux cheveux orange. « Il y a un grand débat aux États-Unis », professe l’an­­cien président améri­­cain, deux ans après le déclen­­che­­ment de la crise finan­­cière des subprimes. « Qu’est-ce qui fait la réus­­site d’un pays au XXIe siècle ? »

Tarja Halo­­nen
Crédit : minis­­tère des Affaires étran­­gères

La rousse que Clin­­ton prend à témoin est la prési­­dente finlan­­daise, Tarja Halo­­nen. « Elle a un pays qui est toujours dans les cinq mieux clas­­sés en termes d’édu­­ca­­tion, de fonc­­tion­­ne­­ment de l’éco­­no­­mie, de distri­­bu­­tion des richesses et d’op­­por­­tu­­nité », disait-il en la présen­­tant plus tôt. Un mois avant la confé­­rence, le maga­­zine News­­week en faisait carré­­ment le « meilleur du monde ». Ce trai­­te­­ment média­­tique élogieux « a commencé avec la ferveur susci­­tée par le système éduca­­tif finlan­­dais », pointe Ana Parta­­nen. « Les adoles­­cents finlan­­dais se classent dans les meilleurs en litté­­ra­­ture, en maths et en sciences depuis 2000. » Autre­­ment dit, depuis l’ar­­ri­­vée de Tarja Halo­­nen au pouvoir.

Élue au parle­­ment pour la première fois en 1979, cette fille d’une famille d’ou­­vrier, première femme avocate d’un syndi­­cat, a assisté en bonne place à la mise en place d’une poli­­tique volon­­ta­­riste de déve­­lop­­pe­­ment de tech­­no­­lo­­gies de l’in­­for­­ma­­tion dans les années 1980. Celles-ci exercent une « fasci­­na­­tion » sur les Finlan­­dais estime Hélène Bauchon. « Dès les années 1980, l’In­­ter­­net, alors complè­­te­­ment inconnu du grand public, a été importé des États-Unis par des étudiants finlan­­dais », rappelle l’ana­­lyste de l’OFCE. Dans le même temps, l’iné­­ga­­lité des reve­­nus est l’une des plus faibles des pays riches regrou­­pés dans la zone OCDE.

Le système de protec­­tion sociale assem­­blé pièce par pièce pendant les décen­­nies précé­­dentes couvre l’en­­semble de la société et non seule­­ment ceux qui sont dans le besoin. Il s’ins­­pire large­­ment du livre de 1961, 60-luvun sosiaa­­li­­po­­li­­tiikka (« une poli­­tique sociale pour les années 1960 »). Son auteur, Pekka Kuusi y affirme que « dans la société contem­­po­­raine, la démo­­cra­­tie, l’éga­­lité et la crois­­sance semblent par chance être inter­­­dé­­pen­­dantes. » Aussi, le légis­­la­­teur ne s’est-il pas contenté de mettre en place un dispo­­si­­tif d’as­­su­­rance mala­­die deux ans plus tard. Il a aussi instauré une redis­­tri­­bu­­tion progres­­sive des richesses. Cet État social n’em­­pêche pas l’émer­­gence d’un « État compé­­ti­­tif », analyse Pauli Kettu­­nen. Les insti­­tu­­tions publiques sont « inter­­­pré­­tées comme des préa­­lables néces­­saires pour une compé­­ti­­ti­­vité fondée sur l’in­­no­­va­­tion », précise-t-il.

La crois­­sance enclen­­chée par des entre­­prises comme Nokia est cepen­­dant enrayée par la chute de l’Union sovié­­tique, et la réces­­sion euro­­péenne au début des années 1990. D’ailleurs, la Finlande est présen­­tée comme un lieu où « la mélan­­co­­lie, la tris­­tesse et la timi­­dité abondent » dans le programme améri­­cain de la chaîne CBS 60 Minutes, diffusé en 1993. Une fois encore, les Améri­­cains semblent mal comprendre ce qui s’y trame. « La crise écono­­mique des années 1990 devint une part du grand récit de la survie natio­­nale », fait valoir Pauli Kettu­­nen. « L’his­­toire des sacri­­fices qui permirent de surmon­­ter la crise est insé­­pa­­ra­­ble­­ment mêlée aux discours qui pointent le succès de la réponse natio­­nale aux défis de la mondia­­li­­sa­­tion et de l’in­­té­­gra­­tion euro­­péenne grâce aux connais­­sances sociales et à l’in­­no­­va­­tion. »

Après la nomi­­na­­tion de Tarja Halo­­nen au poste de ministre des Affaires étran­­gères en 1995, « l’éco­­no­­mie finlan­­daise a été parmi les écono­­mies de l’UE connais­­sant les taux de crois­­sance les plus rapides, et ce grâce aux expor­­ta­­tions dans le secteur des tech­­no­­lo­­gies de l’in­­for­­ma­­tion et de la commu­­ni­­ca­­tion en pleine expan­­sion », note un rapport du parle­­ment euro­­péen en 2002. Lorsque Halo­­nen devient la première femme prési­­dente, en 2000, Anu Parta­­nen a 25 ans. Elle vient d’être enga­­gée par le Helsin­­gin Sano­­mat. « J’étais Finlan­­daise jusqu’au bout des ongles », glisse-t-elle. « J’avais grandi et avais été éduquée dans ce pays nordique soudai­­ne­­ment devenu à la mode. »

Anu Parta­­nen
Crédits : anupar­­ta­­nen.com

Grâce à une amélio­­ra­­tion de la forma­­tion des ensei­­gnants mise en place dans les années 1990, trois enquêtes du Programme for Inter­­na­­tio­­nal Student Assess­­ment (Pisa) indiquent que « la perfor­­mance de l’édu­­ca­­tion est bonne dans tous les domaines et que les étudiants finlan­­dais, en moyenne, ont de bons résul­­tats dans tous les sujets – mathé­­ma­­tiques, science et litté­­ra­­ture. » Au moment où les réformes commencent à porter leurs fruits, Anu Parta­­nen termine juste­­ment ses études. « Quand j’étais à l’école, ce n’était pas extra­­or­­di­­naire », souffle-t-elle. « C’est devenu plus moderne et flexible à mon entrée sur le marché du travail. Cela montre que le système peut être amélioré rela­­ti­­ve­­ment rapi­­de­­ment. »

En 2006, la Finlande se classe sixième sur la « première carte mondiale du bonheur » publiée par l’uni­­ver­­sité de Leices­­ter et deuxième du rapport sur la compé­­ti­­ti­­vité du Forum écono­­mique mondial. Alors que la répu­­ta­­tion du pays traverse les fron­­tières, Anu Parta­­nen suit le mouve­­ment deux ans plus tard. À New York, elle prend plei­­ne­­ment conscience de ses avan­­tages sur les États-Unis : « Les Finlan­­dais consi­­dèrent le système de sécu­­rité sociale comme acquis, mais il n’existe rien de tel dans bien des pays », remarque la jour­­na­­liste. « Non seule­­ment les Améri­­cains doivent payer cher pour se faire soigner, mais toute démarche admi­­nis­­tra­­tive prend beau­­coup plus de temps qu’en Finlande. »

Le World Happi­­ness Report de 2019 n’est fina­­le­­ment que le dernier d’une longue série de rapports inter­­­na­­tio­­naux qui distinguent la Finlande. Pour beau­­coup d’ha­­bi­­tants, « ses conclu­­sions sont un peu ridi­­cules », juge Anu Parta­­nen. « Les Finlan­­dais ont tendance à être pessi­­mistes, à se plaindre, et à ne pas beau­­coup sourire. L’étude est légè­­re­­ment trom­­peuse car c’était plus une enquête sur la satis­­fac­­tion que sur le bonheur. » Elle doit aussi être pondé­­rée par le taux de suicide, parmi les plus élevés d’Eu­­rope. Si le modèle social est égra­­ti­­gné par l’aus­­té­­rité du gouver­­ne­­ment, l’ex­­per­­tise natio­­nale dans les nouvelles tech­­no­­lo­­gies « permet aux gens d’avoir espoir en l’ave­­nir », estime-t-elle. « C‘est vrai qu’ils ont créé une société dans laquelle les choses fonc­­tionnent au total assez bien. »

La fameuse baby box

Anu Part­­na­­nen, par exemple, a pu faire de longues études et voya­­ger. Mais main­­te­­nant qu’elle a une fille, elle songe à rentrer en Finlande. Comme l’exis­­tence de la baby box l’illustre, « la vie y est meilleure pour un enfant », sourit-elle.


Couver­­ture : Paysage finlan­­dais. (Carlos « Grury » Santos/Unsplash)


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