fbpx

Pour décongestionner les villes et combler les zones mal desservies, Uber, Lilium, Volocopter et d'autres veulent tisser des réseaux de taxis volants.

par Servan Le Janne | 8 janvier 2020

L’ère du ciel

Dans un ciel encore partagé entre le jour et la nuit, un avion fond sur la baie de San Fran­­cisco. Après le pont San Mateo-Hayward jeté entre les deux rives, il ralen­­tit à l’ap­­proche de San José et s’im­­mo­­bi­­lise au-dessus d’une tour. Stabi­­lisé par ses 12 rotors, l’ap­­pa­­reil quitte l’azur délayé dans les premiers rayons du soleil pour se poser sur une plate-forme d’hé­­li­­co­­ptère. Avec sa vitesse de croi­­sière de 290 km/h et sa capa­­cité à atter­­rir à la verti­­cale, le S-A1 doit révo­­lu­­tion­­ner les trans­­ports. C’est la promesse faite par Hyun­­dai lors du Consu­­mer Elec­­tro­­nics Show (CES), l’im­­mense confé­­rence sur les nouvelles tech­­no­­lo­­gie orga­­ni­­sée à Las Vegas jusqu’au 10 janvier 2020.

Pour donner une idée du résul­­tat, la marque sud-coréenne y a diffusé une vidéo en images de synthèses où son proto­­type se posait à San José. « Nous pouvons réduire le temps de voyage dras­­tique­­ment », promet Jaiwon Shin, le patron de la divi­­sion mobi­­lité aérienne. « Je souhaite que cette nouvelle ère nous sorte de l’im­­passe et démo­­cra­­tise l’avia­­tion. » Doté d’une auto­­no­­mie de 60 km, le S-A1 devrait relier diffé­­rents endroits de Melbourne, Dallas et Los Angeles à partir de 2023, en utili­­sant de l’éner­­gie élec­­trique. Il suffira de comman­­der une course sur Uber.

Crédits : Hyun­­dai

La société cali­­for­­nienne a conclu un parte­­na­­riat avec le construc­­teur asia­­tique afin de propo­­ser un réseau de taxis volants. D’autres accords ont été signés avec Joby, Jaunt, Embraer, Pipis­­trel, Karem Aircraft, Aurora Flight Sciences et Bell, autant de groupes qui doivent lui bâtir une flotte assez large. « Dès que nous aurons atteint une certaine taille et que le prix des véhi­­cules dimi­­nuera, le coût par passa­­ger par kilo­­mètre sera proche de celui d’un UberX », assu­­rait le respon­­sable de la divi­­sion avia­­tion, Eric Alli­­son, en juillet. Uber planche aussi sur une plate­­forme d’at­­ter­­ris­­sage et un véhi­­cule terrestre à basse émis­­sion utili­­sant l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle pour ache­­mi­­ner les utili­­sa­­teurs vers le S-A1. À l’heure actuelle, la voiture volante n’est toute­­fois présen­­tée qu’en images de synthèse ou en maquettes.

Certains de ses concur­­rents ont en revanche déjà réalisé des tests gran­­deur nature. Fin 2017, à Dubaï, l’Al­­le­­mand Volo­­cop­­ter a hissé un proto­­type capable de voler 30 minutes à une vitesse de croi­­sière de 50 km/h à quelque 200 mètres de hauteurs. Là encore, des vols commer­­ciaux sont prévus pour 2023. Ayant lui passé des tests plus récem­­ment en Finlande, son nouveau modèle, le VoloCity, a reçu l’agré­­ment d’or­­ga­­nisme de concep­­tion (DOA) de la part de l’Agence euro­­péenne de la sécu­­rité aérienne (EASA) en décembre 2019.

À la même période, Lilium dévoi­­lait une vidéo du décol­­lage réussi de son dernier proto­­type. Il a atteint la vitesse de 100 kmh/h et s’est comporté comme prévu : « Il a fait tout ce que nous voulions, c’est-à-dire décol­­ler verti­­ca­­le­­ment et se mettre en posi­­tion de vol hori­­zon­­tal », indique le porte-parole de l’autre acteur alle­­mand du secteur, Oliver Walker-Jones. L’ap­­pa­­reil annoncé en mai doit faire le lien entre diffé­­rents endroits mal desser­­vis ou conges­­tion­­nés, sans ajou­­ter de nuisance sonore au bruit exis­­tant, de manière à flui­­di­­fier les trans­­ports dans de grandes régions urbaines.

Crédits : Lilium

« Un avion a besoin de 2,5 km de tarmac, ce qui est impos­­sible au milieu d’une ville », fait valoir Oliver Walker-Jones. « Quant aux lignes de train, elle peuvent embarquer beau­­coup de monde mais néces­­sitent aussi de la place et coûtent en moyenne 150 millions d’eu­­ros par km. » Les voitures volantes requièrent pour leur part « une infra­s­truc­­ture mini­­mum », insiste-t-il. « Il faut un morceau de béton, un hangar pour ranger l’ap­­pa­­reil et quelques bâti­­ments pour les contrôles de sécu­­rité. » Aussi évalue-t-il l’in­­ves­­tis­­se­­ment à quelque 2 millions de dollars.

Si un trajet d’une heure entre Manhat­­tan et l’aé­­ro­­port John-F.-Kennedy de New York coûte autour de 70 dollars en Uber, Lilium devrait être à même d’en faire autant en six minutes pour le même prix. « Nous ne remplaçons pas les autres trans­­ports, mais nous offrons une nouvelle oppor­­tu­­nité », glisse Oliver Walker-Jones. Et elle pour­­rait être bien plus inté­­res­­sante que le train.

À l’air libre

Sur la pointe sud de l’île de Manhat­­tan, à quelques dizaines de mètres du pont de Brook­­lyn, un héli­­co­­ptère met son moteur en route au bout d’une jetée située face à une forêt de tours. À côté de sa portière encore ouvert, où s’en­­gouffrent quelques jour­­na­­listes, la carlingue porte le nom d’Uber. En ce mois d’oc­­tobre 2019, la société cali­­for­­nienne orga­­nise un test de son nouveau service de trans­­port pour la presse. Moyen­­nant de 200 à 225 dollars, en fonc­­tion du point de départ à Manhat­­tan, un chauf­­feur vient cher­­cher le client chez lui pour l’ame­­ner à un héli­­co­­ptère qui, en huit minutes, le dépose près du termi­­nal 8 de l’aé­­ro­­port John F. Kennedy.

Uber préfi­­gure ainsi le service de taxis volants qu’il espère propo­­ser à partir de 2023. Seule­­ment, en partant de ses bureaux situés à Time Square, au milieu de l’île, un jour­­na­­liste de Reuters a mis 70 minutes pour arri­­ver à desti­­na­­tion, soit à peu près le temps mis par un taxi si le trafic n’est pas exces­­sif, pour la moitié du prix. « Les héli­­co­­ptères sont chers et c’est un produit premium, mais Uber Copter offre un point d’en­­trée assez acces­­sible », juge Eric Alli­­son, pour qui « il s’agit de la première étape de ce qui devien­­dra le réseau Uber Air ».

Crédits : Uber

Uber Air est le projet de la filiale Uber Elevate, lancée en 2016. « Imagi­­nez un voyage du port de San Fran­­cisco à San José – un trajet qui prend norma­­le­­ment deux heures de route – en seule­­ment 15 minutes », invite son livre blanc publié le 27 octobre 2016. Pareil chan­­ge­­ment serait bien­­venu : en 2015, un habi­­tant de San Fran­­cisco avait passé en moyenne 230 heures dans les embou­­teillages pour se rendre au travail, alors que les rési­­dents de Los Angeles et de Sidney y restaient sept semaines par an, sans parler des 90 minutes quoti­­diennes de Mumbai, en Inde.

Les fonda­­teurs de Lilium Avia­­tion ont cher­­ché à régler le même problème quand ils se sont lancés sur un marché qui pour­­rait valoir 1,5 billion de dollars d’ici 2040, d’après une étude de la banque améri­­caine Morgan Stan­­ley. « Les trans­­ports en ville sont de plus en plus compliqués », déplore Oliver Walker-Jones. « Les lignes sont embou­­teillées, les trains pleins de monde. Nous cher­­chons donc à allé­­ger la conges­­tion avec une tech­­no­­lo­­gie faible en émis­­sions de carbone. Cela crée des oppor­­tu­­ni­­tés. »

Vu l’éner­­gie dont ont besoin les rotors des voitures volantes, leurs batte­­ries n’ont pour le moment guère d’au­­to­­no­­mie. Il en faut par exemple neuf au Volo­­cop­­ter 2X pour faire tour­­ner ses 18 moteurs pendant une tren­­taine de minutes. C’est donc plus une alter­­na­­tive aux trains régio­­naux qu’au TGV.

Alors que la BBC dénombre 175 entre­­prises dans ce domaine, le porte-parole de Lilium évalue leur nombre à 215. Cela dit, « la grande majo­­rité est compo­­sée de quelques personnes avec une idée et un morceau de papier », résume-t-il. « Il y a de 15 à 20 entre­­prises qui font quelque chose de sérieux. » Entre elles, la concur­­rence fait rage. En octobre 2019, Audi a annoncé l’ar­­rêt de son projet de voiture volante avec Airbus, alors qu’une filiale du groupe Volks­­wa­­gen auquel elle appar­­tient, Porsche, concluait un parte­­na­­riat simi­­laire avec un autre géant de l’avia­­tion, Boeing.

Grâce à 100 millions d’eu­­ros de fonds levés depuis sa créa­­tion, Lilium a de son côté recruté, passant de 100 à 350 employés, construit des bureaux et des usines. Si le marché lui semble suffi­­sant pour permettre à une demi-douzaine d’ac­­teurs de réus­­sir, l’en­­tre­­prise alle­­mande se vante d’avoir la plus grosse équipe au monde dédiée au secteur. Nombreuses sont d’ailleurs les Villes à la contac­­ter pour savoir si cette tech­­no­­lo­­gie pour­­rait leur être utile. Contrai­­re­­ment à ce que pour­­rait lais­­ser penser la commu­­ni­­ca­­tion abon­­dante de Lilium, Uber, Volo­­cop­­ter et autres, elle n’est toute­­fois pas prête à ce jour.

https://twit­­ter.com/oliwal­­kerjones/status/1206240521368285185

« Les batte­­ries sont un défi », admet Oliver Walker-Jones. Elle doivent être bien plus puis­­santes pour faire tour­­ner des rotors que pour faire avan­­cer une voiture. L’ex­­pert aéro­­nau­­tique Richard Abola­­fia estime que nous sommes « encore loin » de dispo­­ser des modèles adéquats. « Il nous faut aussi un logi­­ciel pour gérer l’ap­­pa­­reil, pour permettre de le réser­­ver, pour savoir où il se trouve, une compa­­gnie aérienne, il nous faut trou­­ver des endroits et l’ac­­cord des orga­­nismes de régu­­la­­tion », énumère-t-il. « Il y a beau­­coup de choses à faire mais nous avons un plan. »

Lilium pense que son service sera opéra­­tion­­nel en 2025, soit deux ans après ceux d’Uber et Volo­­cop­­ter. Mais vu les obstacles qui se dressent devant eux, il n’est pas dit qu’ils soient tous à l’heure. Ça leur fait déjà un point commun avec le train.


Couver­­ture : Lilium Avia­­tion


 

Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
Down­load Premium WordP­ress Themes Free
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
Free Down­load WordP­ress Themes
udemy course down­load free
Download WordPress Themes Free
Download Premium WordPress Themes Free
Premium WordPress Themes Download
Download WordPress Themes Free
free download udemy course

Plus de turfu

Comment Akon veut construire le Wakanda au Séné­gal

255k 17 janvier 2020 stories . turfu

À quoi ressem­blera le sexe du futur ?

116k 9 janvier 2020 stories . turfu

Les 55 secrets les mieux gardés de la tech en 2019

243k 26 décembre 2019 stories . turfu