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Convertie au cannabis par Snoop Dogg, Dina Browner a commencé à vendre pour aider un ami à se soigner. Elle milite aujourd'hui en faveur du droit de fumer.

par Servan Le Janne | 23 janvier 2018

Dina Brow­­ner n’a pas diplôme de méde­­cine mais tout le monde l’ap­­pelle « docteure ». Depuis qu’elle pres­­crit de quoi tranquilli­­ser Snoop Dogg, cette Cali­­for­­nienne de 42 ans est deve­­nue une petite célé­­brité dans le monde des fumeurs de weed. Rien ne le lais­­sait pour­­tant présa­­ger. Tracé par une somme de hasards, son parcours insensé démarre dans une famille juive bien sous tous rapports de la banlieue de Los Angeles, croise la pègre mexi­­caine et le rap améri­­cain, pour finir à Holly­­wood. Rencontre avec Dr Dina, inspi­­ra­­trice de la série Weeds et mili­­tante de la léga­­li­­sa­­tion du canna­­bis médi­­cal.

Les propos ayant servi à réali­­ser cette story ont été recueillis par Servan Le Janne au cours d’un entre­­tien avec Dina Brow­­ner. Les mots qui suivent sont les siens.

Merci Snoop

J’ai grandi à Cala­­ba­­sas, une ville aisée du comté de Los Angeles, perchée sur les hauteurs de la vallée de San Fernando. On la connaît surtout parce qu’elle abrite les villas de stars comme Kanye West, Drake et Justin Bieber. Mais quand j’étais gamine, c’était un ennuyeux refuge pour familles cali­­for­­niennes fortu­­nées. Ma mère est psycho­­logue, mon père cour­­tier hypo­­thé­­caire. Mes parents ne buvaient pas, ne prenaient pas de drogue et j’étais moi-même une fille bien rangée. J’ai même reçu le prix de l’élève la plus fayote au collège ! C’était le temps de l’in­­sou­­ciance : l’odeur du canna­­bis n’est pas venu chatouiller mes narines avant le lycée.

Snoop Dogg et Dr Dina

En 1990, alors que j’avais 15 ans, je me suis rendue chez un ami après les cours. Son père s’ap­­pelle David Kenner et si ce nom vous dit quelque chose, c’est qu’il a notam­­ment été l’avo­­cat de Suge Knight et du label Death Row au moment de la mort de Tupac Shakur. Dans le jardin, je suis tombée sur un de ses clients : c’était Snoop Dogg. Avec un sourire de renard, il m’a dit qu’il allait rouler un blunt. Je n’avais pas la moindre idée de ce que c’était mais je lui ai conseillé d’al­­ler fumer derrière les buis­­sons. Il m’a invité à le suivre et quand il a allumé son joint, j’ai tout de suite pensé, le cœur battant la chamade : « Oh mon Dieu, c’est de la weed, je vais aller en prison ! » En voyant mon visage se décom­­po­­ser, il s’est imaginé que j’al­­lais aller le racon­­ter. Pour éviter que je ne dise quoi que ce soit, il m’a fait fumer. C’était ma première fois.

Par la suite, je n’ai pas beau­­coup fumé. J’ai suivi un parcours très clas­­sique pour une jeune Cali­­for­­nienne aisée. Après mes études de design et de merchan­­di­­sing, j’ai travaillé un temps dans le monde de la mode. Je vendais des vête­­ments dans une boutique de luxe, ce qui aidait les gens à se sentir bien, de l’ex­­té­­rieur. Mais pendant ce temps, ça n’al­­lait pas chez moi. Mon mariage avec le riche héri­­tier d’une entre­­prise de service aux person­­nages âgées était en plein naufrage. Lorsque nous nous sommes sépa­­rés, je suis retour­­née vivre chez mes parents.

C’est à ce moment-là, en 2002, que j’ai reçu l’ap­­pel d’un ami qui était atteint d’un cancer. Il m’a confié qu’il voulait aban­­don­­ner le combat, et il me deman­­dait de lui procu­­rer un flingue pour mettre fin à ses jours. Évidem­­ment, je ne pouvais pas me résoudre à faire une chose pareille. À la place, je lui ai apporté un joint. Ça l’a soulagé en quelques minutes. Il était ravi sur le coup, mais il cher­­chait un moyen durable d’ob­­te­­nir de l’herbe pour tenir la douleur en respect. C’est ce qui m’a donné l’idée d’ou­­vrir un dispen­­saire.

Avant le mois de décembre 2017, en Cali­­for­­nie, n’im­­porte qui pouvait aller voir un docteur et tenter d’ob­­te­­nir une pres­­crip­­tion pour soigner une douleur avec du canna­­bis médi­­cal. Il était ensuite possible de faire pous­­ser soi-même de la weed en ache­­tant des graines à un dispen­­saire. Souvent, les parti­­cu­­liers ne fumaient pas tout et rame­­naient donc une partie de leur produc­­tion au dispen­­saire, afin que l’ex­­cé­­dant de plante puisse servir à d’autres.

Aujourd’­­hui, il n’y a plus besoin de passer par un cabi­­net médi­­cal. Ça m’a un peu effrayé au début, je crai­­gnais de n’avoir affaire qu’à des curieux cher­­chant à se défon­­cer. Or mon but premier est d’ai­­der les gens à se soigner. Mais j’ai réalisé que nombre de mes nouveaux clients avaient juste peur de deman­­der du canna­­bis à leur méde­­cin aupa­­ra­­vant. En revanche, ils ne peuvent plus se four­­nir qu’au­­près des entre­­prises déte­­nant une licence.

C’est mon cas, et c’est ce qui me permet notam­­ment de conti­­nuer à vendre de la weed à Snoop Dogg.

Dr Dina et Ms Botwin

Snoop et moi sommes restés en contact. Chaque année, je lui donne un docu­­ment prou­­vant qu’il a bien eu ce qu’il fume de manière légale. C’est lui qui m’a donné le surnom de Dr Dina, bien que je n’ai aucun diplôme de méde­­cine.

Je lui ai sauvé la mise plus d’une fois. Parce qu’il est Snoop Dogg, il s’ima­­gine qu’il n’a pas besoin d’avoir avec lui son permis de fumer. Mais les flics le lui réclament ! J’en ai toujours une copie avec moi et je suis là pour l’en­­voyer ou parler à la police s’il faut. Quand les gens lui demandent comment il fait pour ne pas se retrou­­ver en prison alors qu’il est de noto­­riété publique qu’il fume beau­­coup, il répond : « Merci Dr Dina. » De mon côté, avoir un client fidèle si pres­­ti­­gieux m’a aidé à agran­­dir ma clien­­tèle.

Dr Dina et B-Real, de Cypress Hill

Un jour, j’ai même cru qu’il s’était mis à me faire de la publi­­cité. C’était en 2005. J’ai croisé un panneau publi­­ci­­taire dans une rue de Los Angeles qui a attiré mon atten­­tion. Dessus, on pouvait voir une brune qui me ressem­­blait beau­­coup, et le mot « Weeds » en gros à côté d’elle. J’ai paniqué et tout de suite appelé Snoop pour lui deman­­der s’il m’avait fait une blague. Il m’a répondu : « T’es folle, je t’aime beau­­coup mais une publi­­cité pareille ça coûte très cher. » Je me suis donc rensei­­gné.

La brune de l’af­­fiche s’ap­­pe­­lait en réalité Mary-Louise Parker et c’était l’ac­­trice prin­­ci­­pale d’une nouvelle série inti­­tu­­lée Weeds. Son person­­nage, Nancy Botwin, vivait des histoires étran­­ge­­ment simi­­laires aux miennes. Et quand j’ai jeté un œil aux personnes crédi­­tées au géné­­rique, j’ai reconnu des noms fami­­liers. C’étaient mes clients ! D’un côté, c’est très cool qu’ils se soient inspiré de moi pour la série. J’étais flat­­tée. Mais de l’autre, Nancy Botwin vend de la drogue à des gosses, chose que je ne ferais jamais.

Elle prend aussi la tête d’un cartel dans la série, ce n’est évidem­­ment pas mon cas. Quoi qu’une fois, j’ai bien failli avoir des problè­­mes…

Des narcos à Holly­­wood

Quand j’ai ouvert mon dispen­­saire, je n’avais pas beau­­coup de « produits » à écou­­ler. Et peu de temps après, un mec est venu en me présen­­tant de l’herbe. J’ai accepté sa marchan­­dise et j’ai commencé à la vendre, en pensant le payer après. Mais quand je suis revenu vers lui avec l’argent, il a refusé en rétorquant qu’il était main­­te­­nant asso­­cié de l’en­­tre­­prise. Ce n’était pour­­tant pas ce qui était prévu. Pour me convaincre, il a pointé un flingue sur moi, mais je n’ai pas cédé et j’ai fina­­le­­ment réussi à m’en débar­­ras­­ser. J’ai ensuite appris qu’il était membre d’un cartel mexi­­cain. Depuis, je fais plus atten­­tion à mes four­­nis­­seurs.

Dr. Dina n’a pas peur de bous­­cu­­ler l’ordre établi
Crédits : Dr Dina

À dire vrai, je suis plus effrayée par le gouver­­ne­­ment fédé­­ral que par la mafia. Beau­­coup de gens sont envoyés en prison pour simple déten­­tion de canna­­bis dans notre pays. Quand je me suis lancée, j’ai fait la rencontre de Stepha­­nie Landa, une femme juive très douce qui me rappe­­lait ma mère. Elle m’a confié qu’elle allait devoir aller en prison pour cinq ans car elle culti­­vait du canna­­bis, bien qu’elle ne fumait pas beau­­coup.

Lorsqu’elle est sortie, nous avons parlé de toutes les choses terribles qu’elle avait dû endu­­rer en déten­­tion. Aux États-Unis, vous devez tout payer : votre nour­­ri­­ture, votre denti­­frice, etc. Votre famille allonge l’argent. De votre côté, vous travaillez pour presque rien. On vous donne quelque chose comme un dollar la jour­­née pour dix heures de travail. Ça vous fait moins de cinq dollars par semaine hors taxe, hors des murs on appel­­le­­rait ça pure­­ment et simple­­ment de l’ex­­ploi­­ta­­tion.

J’ai égale­­ment rencon­­tré un méca­­ni­­cien qui avait réparé un camion ayant servi pour trans­­por­­ter de la marijuana. Il venait d’être condamné à la prison à vie seule­­ment parce qu’il avait travaillé sur le camion ! Donc Stepha­­nie Landa a commencé une collecte pour lui venir en aide. Sauf que ce n’était pas simple. À un événe­­ment où elle s’était rendue pour récol­­ter de l’argent, je lui ai donné 100 dollars. Je suis passé voir combien elle avait à la fin : 111 dollars. Après ça, nous avons carré­­ment créé une asso­­cia­­tion bapti­­sée Free­­dom Grow.

7 % des gens qui ont déjà essayé la weed connaî­­tront la prison à un moment de leur vie.

Grâce aux dons, 50 personnes reçoivent entre 50 et 100 dollars chaque mois. Il y a notam­­ment ce monsieur qui a 86 ans dont 34 passés derrière les barreaux. Il est en fauteuil roulant. Pourquoi le garde-t-on en prison ? L’argent recueilli lui a permis de s’ache­­ter des clas­­siques de Frank Sina­­tra et un lecteur MP3. Il a pleuré pendant trois jours. Ça faisait des années qu’il n’avait pas entendu de musique.

On estime que 7 % des gens qui ont déjà essayé la weed connaî­­tront la prison à un moment de leur vie. C’est énorme. Et, moi qui en vends et gagne ma vie grâce à cela, j’es­­saye de rendre un peu. En plus de la vente à des clients comme Snoop, 2 Chainz ou Char­­lie Hunnam, je donne des conseils aux créa­­teurs de la série Netflix Disjoin­­ted, David Jever­­baum et Chuck Lorree. Ce dernier est aussi à l’ini­­tia­­tive de The Big Bang Theory dont il a écrit la musique. C’est un génie. Ils ont fait appel à moi car ils voulaient que tout soit fidèle à la réalité. Mais comme c’est une fiction un peu folle, il y a des moments où ils se moquent de moi quand je leur donne des conseils trop sérieux.

En avril, je vais voya­­ger dans de nombreux endroits du monde pour une émis­­sion sur 420TV. L’idée est de trou­­ver les dispen­­saires qui ont la meilleur weed et de faire des trucs cool dans la ville où l’on tourne. Vous vous doutez bien qu’on ne vien­­dra pas en France. Un jour, peut-être !

Une belle tête
Crédits : Dr Dina

Couver­­ture : Dr Dina.


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