par Servan Le Janne | 21 juin 2017

Las Vegas n’a qu’un fauteuil pour deux. Samedi 26 août, dans la capi­­tale du jeu, la légende de la boxe améri­­caine Floyd Maywea­­ther et le cham­­pion de MMA (arts martiaux mixtes) Conor McGre­­gor se dispu­­te­­ront une place en haut de l’Olympe. Annoncé le 14 juin, ce combat mythique a commencé sur Inter­­net depuis quelques mois. « Je suis à Las Vegas, Floyd a pris sa retraite dès mon arri­­vée », avait écrit l’Ir­­lan­­dais le 15 février sur son compte Insta­­gram. La photo accom­­pa­­gnant ce message le montre assis sur un trône blanc, le regard fixe, un tableau vermillon en arrière-plan. L’af­­fron­­te­­ment s’an­­nonce sanglant. https://www.insta­­gram.com/p/BQg-Jlnh­­naB/ En janvier, son adver­­saire avait genti­­ment fait monter la pres­­sion en compa­­rant la valeur attri­­buée à chacun. Là où le boxeur invaincu en 49 joutes profes­­sion­­nelles est évalué à 25 millions de dollars, Mc Gregor n’est selon lui grati­­fié que de 2,5 « pauvres » millions de dollars. « Tu as bien le 2 et le 5, mais sépa­­rés d’une virgule », tançait en substance Maywea­­ther, sorti spécia­­le­­ment de sa retraite pour l’oc­­ca­­sion. Car leur affron­­te­­ment est avant tout une histoire de chiffres : ils rece­­vront 100 millions de dollars et en engen­­dre­­ront 600 de recettes, selon les esti­­ma­­tions du jour­­na­­liste spécia­­lisé en écono­­mie du sport Darren Rovell. À ce prix-là, le poids de la cein­­ture importe peu.

Le combat du siècle

Conor McGre­­gor toise le photo­­graphe, menton haut et couronne étin­­ce­­lante sur ses cheveux dorés. Ce cliché paru en avril 2015 est le seul de la série publiée par le maga­­zine améri­­cain Esquire qui montre le natif de Crum­­blin, dans la banlieue de Dublin, dans une posture martiale. Les autres ressemblent à des photos de mode. Deux ans après ses débuts en MMA, l’Ir­­lan­­dais a le droit à son premier grand portrait dans un titre légen­­daire. Malgré sa récente victoire contre l’Al­­le­­mand Danis Siver, McGre­­gor est encore comparé au lutin celte qui sert de mascotte au Figh­­ting Irish de Notre Dame, le club de sport d’une univer­­sité de l’In­­diana. Mais il a décidé de jouer dans la cour des grands. « Tu as beau savoir boxer, qu’est-ce qu’il se passe quand j’at­­trape tes jambes ? », plas­­tronne-t-il. « Si tu me mets en face à face avec Floyd Maywea­­ther, à poids égal, je le tue en moins de 30 secondes. Il me faudrait moins de 30 secondes pour l’en­­ser­­rer comme un boa constric­­tor et l’étran­­gler. » La décla­­ra­­tion est plutôt osée. « Sur un ring de boxe, il a très peu de chance », estime l’an­­cien cham­­pion d’Eu­­rope de judo Bertrand Amous­­sou, président de la commis­­sion française de MMA. Deux semaines après cette provo­­ca­­tion, Floyd Maywea­­ther va dispu­­ter « le combat du siècle » contre le Philip­­pin Manny Pacquiao, au MGM Grand Center de Las Vegas. Fils de boxeur, il a été sacré six fois cham­­pion du monde dans cinq caté­­go­­ries de poids diffé­­rentes et est invaincu en profes­­sion­­nel.

Pour cette version revi­­si­­tée du Moha­­med Ali vs. Joe Frazier de 1971 ou du Marvin Hagler vs. Thomas Hearn de 1985, « Money » touche 180 millions de dollars, son adver­­saire 100 millions. Au bout de négo­­cia­­tions de cinq ans, les socié­­tés qui commer­­cia­­lisent leurs droits télé­­vi­­suels, HBO et Show­­time, ont fini par s’as­­seoir sur leurs désac­­cords, permet­­tant ainsi à 4,4 millions de personnes de voir un spec­­tacle assez ennuyeux depuis leur canapé. Maywea­­ther l’a emporté, non dans un fauteuil, mais sans se montrer très offen­­sif. « HBO avait un contrat d’ex­­clu­­si­­vité avec Pacquiao, et nous en avions un avec Floyd », explique Chris DeBla­­sio, respon­­sable de la commu­­ni­­ca­­tion de Show­­time, en ventant « le plus gros événe­­ment pay-per-view jamais orga­­nisé ». Défec­­tueuse pour certains, cette diffu­­sion télé­­vi­­sée à la carte coûtait 100 dollars par foyer aux États-Unis, ce qui a permis à d’en­­gran­­ger 410 millions de dollars. Elle a été gâchée par une bles­­sure à l’épaule que Pacquiao aurait dissi­­mu­­lée avant d’en­­trer sur le ring, consi­­dèrent deux spec­­ta­­teurs qui l’ont traîné en justice. À leur tour, ils réclament plusieurs millions de dollars.

À 38 ans, Maywea­­ther peut tranquille­­ment se diri­­ger vers une retraite dorée. Le 12 septembre, il s’adjuge une dernière victoire face à Andre Berto dans le MGM Grand Garden de Las Vegas, à l’en­­droit où McGre­­gor doit livrer un combat déter­­mi­­nant. Pendant l’été, le récent cham­­pion par inté­­rim des MMA y a fait étape à l’oc­­ca­­sion d’une grande tour­­née promo­­tion­­nelle passant par les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Brésil, le Canada et l’Ir­­lande. Sur l’affiche de l’évé­­ne­­ment, l’UFC 189, on le voit soule­­ver les liasses de billets en costume gris, devant un coffre fort, à la manière de Moha­­med Ali, en 1964, en une du maga­­zine Sport Illus­­tra­­ted. Le combat attendu n’a pas lieu. Dans le rôle de la victime, Chad Mendes remplace le cham­­pion du monde en titre, José Aldo, blessé. Les suppor­­ters de ce dernier doivent attendre décembre pour le voir s’écrou­­ler après 13 secondes. Contré lors d’une de ses premières attaques, il trébuche et est assommé par l’Ir­­lan­­dais sans coup férir. Par ses victoires fulgu­­rantes et ses décla­­ra­­tions fracas­­santes, McGre­­gor rend l’idée d’un affron­­te­­ment avec Maywea­­ther de moins en moins impro­­bable.

« I am a filthy Irish animal »
Crédits : Conor McGre­­gor/Insta­­gram

Jack­­pot

La photo de McGre­­gor couronné dans le numéro d’Esquire d’avril 2015 n’a pas parti­­cu­­liè­­re­­ment impres­­sionné Maywea­­ther. « Je ne prends pas ce type au sérieux, il dit ça pour se faire de la publi­­cité », répond le boxeur améri­­cain quand on l’in­­ter­­roge sur l’ar­­ro­­gance de son cadet. Peut-être. Mais ce dernier a des argu­­ments à faire valoir. Auréolé de ses victoires sur Chad Mendes et José Aldo, l’Ir­­lan­­dais répète, en août 2015, qu’il lui faudra quelques secondes pour « démon­­ter » le médaillé de bronze aux JO d’At­­lanta. « Pourquoi il accep­­te­­rait de m’af­­fron­­ter ? Nous parlons d’un combat qui pour­­rait géné­­rer un demi-milliard de dollars », argue-t-il. « McGre­­gor veut ce combat pour l’argent », souligne Bertrand Amous­­sou. Il n’est pas le seul. Floyd Maywea­­ther est d’au­­tant plus inté­­ressé par l’af­­fiche qu’il a tout ce qu’il faut pour en être le prin­­ci­­pal béné­­fi­­ciaire.

En 2007, il crée sa propre société, Mayt­­wea­­ther Promo­­tions, pour « être son propre boss ». Son promo­­teur depuis 1996, Top Rank, refu­­sant de lui accor­­der une prime de 20 millions de dollars pour ferrailler avec Oscar de la Hoya, « Pretty boy » décide de prendre en charge l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Et en mai, à Las Vegas, il se verse 25 millions après avoir levé le poing. Avec la créa­­tion de Maywea­­ther Promo­­tions, la ville du péché compte désor­­mais deux grands promo­­teurs de combats de boxe. Maywea­­ther n’était pas le seul mécon­tent de Top Rank. Arrivé à la tête de l’Ul­­ti­­mate Figh­­ting Cham­­pion­­ship (UFC) à son rachat en 2001, Dana White jugeait avec sévé­­rité les manières de la boxe, lui qui avait offert une respec­­ta­­bi­­lité au MMA. Le président de Top Rank, Bob Arum, « puise tout ce qu’il peut du sport mais n’y réinjecte rien », accu­­sait-il. « Il a mal promu le show entre Maywea­­ther et De La Hoya parce qu’il s’in­­té­­resse plus à l’argent qu’à prépa­­rer le futur ». White, lui, chérit les deux.

Floyd Maywea­­ther, génie de la boxe
Crédits : Sports Illus­­tra­­ted

Dans un premier temps, Bob Arum, s’en est surtout pris aux diri­­geants de la chaîne de télé­­vi­­sion HBO : « Au lieu de travailler avec les promo­­teurs, comme ils le faisaient avant, ils sont deve­­nus eux-mêmes promo­­teurs. Ils orga­­nisent les combats comme des promo­­teurs et payent les boxeurs. » Mais son aigreur à l’égard des MMA n’a pas tardé à explo­­ser gros­­siè­­re­­ment. Ses fans sont, d’après ses décla­­ra­­tions de 2009, des « skin­­heads blancs » et ses combat­­tants « des mecs qui se roulent par-terre comme des homo­­sexuels ». Arum s’étant trouvé un nouvel ennemi, il n’était plus contre négo­­cier avec HBO afin d’ar­­ran­­ger un combat au boxeur avec lequel les socié­­tés étaient toutes deux enga­­gées : Manny Pacquiao. Les parties se sont enten­­dues sur le partage du gâteau en négo­­ciant cinq ans. Maywea­­ther « prend un pour­­cen­­tage sur chaque ticket, sur chaque bret­­zel, sur chaque poster », pointe le jour­­na­­liste améri­­cain Greg Bishop. « Il touche de l’argent de chaque pays qui a payé pour la diffu­­sion et de chaque salle où le combat est retrans­­mis. » Un modèle global qui rejoint celui de l’UFC. « Nous avons déjà dépassé la ligue de foot­­ball améri­­cain », se targuait Dana White en 2011. « Mais main­­te­­nant, je dirais que ce que nous essayons de faire, c’est de dépas­­ser le foot­­ball au niveau mondial. » Il est prêt à se plier aux règles de la boxe pour ça.

L’ac­­cord

Fin 2016, les approches de Dana White en direc­­tion de Maywea­­ther Promo­­tions donnent au moins au combat une exis­­tence dans la presse. En novembre, le boxeur esquive : « Je suis un éléphant, les éléphants ne s’em­­brouillent pas avec les four­­mis. » Le mois suivant, il se montre beau­­coup plus fron­­tal : « Je vais défon­­cer McGre­­gor quand je le verrai. » Ce n’est plus qu’une ques­­tion de jours et d’argent. « Le mieux, c’est de regar­­der combien d’argent Conor McGre­­gor a gagné, et de regar­­der combien Floyd Maywea­­ther en a gagné, ensuite on pourra orga­­ni­­ser ce combat », lance-t-il en janvier 2017. Reste à s’en­­tendre sur une somme pour que les coups soient échan­­gés sur un ring ou dans une cage en forme d’oc­­to­­gone, où se déroulent les combats de MMA. Pour se mesu­­rer à la légende de la boxe, Conor McGre­­gor est prêt à jouer à l’ex­­té­­rieur. Il a obtenu une licence lui permet­­tant de boxer en Cali­­for­­nie. « Bravo mais il peut dire ce qu’il veut, il a un chef qui s’ap­­pelle Dana White. Il est sous contrat avec l’UFC et s’il veut combattre Maywea­­ther dans un match de boxe, il ne peut pas car son chef ne le permet­­trait pas », rétorque le PDG de Maywea­­ther Produc­­tions, Leonard Ellerbe. Il faut dire que White a toujours refusé au combat­­tant de MMA brési­­lien Ander­­son Silva de défier le boxeur améri­­cain Roy Jones Jr. Mais le niveau des compé­­ti­­teurs change tout : « Parfois, il y a ce genre de combat que tout le monde veut voir, je l’ap­­prouve », fait-il savoir en mai. Présenté comme « un événe­­ment sans précé­dent » par ses orga­­ni­­sa­­teurs, ce genre de choc « a déjà eu lieu par le passé », rappelle Bertrand Amous­­sou. Un an après avoir remporté son mythique combat face à George Fore­­man à Kinshassa, en 1974, Moha­­med Ali avait défié une région entière du globe. « Y a-t-il un combat­­tant orien­­tal qui pour­­rait riva­­li­­ser ? Je lui donne­­rai un million de dollars s’il gagne », avait promis le poids lourd au président de l’as­­so­­cia­­tion de catch amateur du Japon, Ichiro Hatta. Ce dernier alla trou­­ver le catcheur nippon Anto­­nio Inoki. Sous le patro­­nage de Bob Arum, on mit les deux hommes face à face en 1976, sans que les règles ne fussent clai­­re­­ment établies. Quand l’un tentait de se servir de ses poings, l’autre luttait au sol. Dans ces condi­­tions, l’ar­­bitre ne put les dépar­­ta­­ger. « C’était telle­­ment embar­­ras­­sant, une farce complète », se souvient Bob Arum. Maywea­­ther et McGre­­gor ont eux réussi à se mettre d’ac­­cord pour batailler dans les règles de la boxe anglaise. L’Ir­­lan­­dais « ne pourra pas se servir de ses pieds et en haut, ça va aller trop vite pour lui », prédit Bernard Amous­­sou. « Même s’il a déjà fait de la boxe, il aura en face de lui l’un des meilleurs. C’est comme si vous deman­­diez à une équipe du cham­­pion­­nat de France amateur de foot­­ball de battre le vainqueur de la Ligue des cham­­pions. »

Crédits : Show­­time

Le déséqui­­libre est tel que le boxeur Lennox Lewis a pointé son « ridi­­cule ». Même le spar­­ring-part­­ner de McGre­­gor, le Sud-Afri­­cain Chris van Heer­­den, ne donne pas cher de sa peau. « Je ne suis pas Maywea­­ther, j’étais hors de forme, et pour­­tant j’ai réussi à lui porter des coups », admet-il. « Quelque part, McGre­­gor n’a rien à perdre, car s’il réus­­sit, ce sera quelque chose d’énorme pour lui. Le seul risque est qu’il se fasse ridi­­cu­­li­­ser. » Chris DeBla­­sio balaye cette éven­­tua­­lité avec sa plus belle langue de bois : « McGre­­gor a un style très agres­­sif, Maywea­­ther est un génie de la boxe, nous ne savons pas ce qui peut arri­­ver. » Il est en tout cas diffi­­cile de s’ima­­gi­­ner le combat, un mystère planant toujours sur l’en­­droit qui l’ac­­cueillera. À la date prévue, le 26 août, la T-Mobile Arena de Las Vegas doit rece­­voir un tour­­noi de basket orga­­nisé par le rappeur Ice Cube. Mais il pour­­rait bien être poussé dehors. « S’ils font ce qu’ils doivent faire et qu’ils nous rendent heureux, alors oui, nous bouge­­rons », a-t-il reconnu lundi 19 juin. Ni le prix des places, ni celui du pay-per-view n’ont été déter­­mi­­nés. « Il y aura aussi une option numé­­rique, nous allons essayer de diffu­­ser le combat sur autant de plate-formes que nous pouvons afin que le combat soit visible depuis tous les supports », promet Chris DeBla­­sio. « Les droits seront vendus inter­­­na­­tio­­na­­le­­ment mais le deal n’a pas encore été fait. » Si, contre toute attente, Maywea­­ther perdait son combat, il pourra sans doute se conso­­ler avec une enve­­loppe plus impor­­tante qu’il y a deux ans.


Couver­­ture : Maywea­­ther vs. McGre­­gor (Ulyces)


 

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