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par Servan Le Janne | 17 juillet 2017

À la table de Kim Jong-un, quelques offi­­­ciers bardés de médailles tapent dans leurs mains. Ce dimanche 9 juillet, le dicta­­­teur nord-coréen et son état-major contemplent leur dernier fait d’armes en musique. Plusieurs centaines d’in­­­vi­­­tés les accom­­­pagnent dans une grande salle sombre balayée par des stro­­­bo­­­scopes rouge et blanc. Derrière la scène où se succèdent les musi­­­ciens, un écran diffuse les images d’un missile qui prend son envol. L’as­­­sis­­­tance applau­­­dit les bras levés. Le même jour, sur les écrans de CNN, l’am­­­bas­­­sa­­­drice améri­­­caine auprès des Nations unies, Nikki Haley, est beau­­­coup moins enthou­­­siaste. Aux États-Unis, personne n’a sauté de joie lorsque Pyon­­­gyang a annoncé avoir réussi le tir d’un missile balis­­­tique inter­­­­­con­­­ti­­­nen­­­tal, le 4 juillet. Avec cette tech­­­no­­­lo­­­gie, les Nord-Coréens assurent être en mesure de frap­­­per n’im­­­porte quel endroit du globe. « Nous allons mettre la pres­­­sion, pas seule­­­ment sur la Corée du Nord, mais aussi sur les pays qui ne respectent pas les réso­­­lu­­­tions [des Nations unies] et n’ap­­­pliquent pas les sanc­­­tions contre la Corée du Nord », menace Haley au cours de l’in­­­ter­­­view.

Nikki Haley aux Nations unies
Crédits : CNN

La diplo­­­mate vise avant tout la Chine, comp­­­table, dit-elle, de « 90 % des échanges nord-coréens », mais pas seule­­­ment. Deux jours après l’an­­­nonce, à l’ONU, la Russie bloquait un projet améri­­­cain de décla­­­ra­­­tion appe­­­lant à prendre des « mesures signi­­­fi­­­ca­­­tives » contre la « répu­­­blique popu­­­laire ». En dehors de ses deux grands voisins, « beaucoup de pays afri­­­cains, d’Asie du Sud-Est ou du Moyen-Orient n’ap­­­pliquent pas les sanc­­­tions de façon stricte », remarque le cher­­­cheur Antoine Bondaz, auteur du livre Corée du Nord: plon­­­gée au cœur d’un État tota­­­li­­­taire. Non seule­­­ment des « coopé­­­ra­­­tions offi­­­cieuses » existent mais la Corée du Nord « n’est pas un royaume ermite », recti­­­fie-t-il. Ses rela­­­tions sont même assez nombreuses.

Le vide stra­­­té­­­gique

Des cortèges de camions traversent chaque jour le fleuve Yalou sur le pont de l’Ami­­­tié sino-coréenne. Cons­­­truit en 1943, l’ou­­­vrage en acier résiste au temps, aux sanc­­­tions et aux attaques de Donald Trump contre l’his­­­toire. Dans un entre­­­tien accordé au Wall Street Jour­­­nal le 4 avril 2017, le président améri­­­cain a affirmé que la pénin­­­sule « a été autre­­­fois une partie de la Chine », alors qu’elle ne s’est jamais trou­­­vée offi­­­ciel­­­le­­­ment sous son contrôle direct. Le pont qui relie les deux rives du Yalou a été détruit par l’US Army pendant la guerre de Corée, en 1950, avant d’être remis sur pied. Aujourd’­­­hui, Trump n’est pas loin de récla­­­mer son anéan­­­tis­­­se­­­ment, sans égard pour la souve­­­rai­­­neté des deux « amis ». Quand il a appris le nouveau lance­­­ment d’un missile par Pyon­­­gyang, mardi 4 juillet, le milliar­­­daire s’en est d’abord pris à Kim Jong-un, avec lequel il disait pour­­­tant vouloir manger un hambur­­­ger pendant sa campagne. « Est-ce que ce mec n’a pas mieux à faire ? » a-t-il demandé sur Twit­­­ter. Depuis son acces­­­sion au pouvoir, Trump « souffle le chaud et le froid » sur le dossier nord-coréen, indique Théo Clément, cher­­­cheur à l’Ins­­­ti­­­tut d’Asie orien­­­tale. Sa mécon­­­nais­­­sance est assez parta­­­gée aux États-Unis : d’après une étude publiée par le New York Times le 5 juillet, 64 % des Améri­­­cains sont inca­­­pables de situer la Corée du Nord sur une carte de l’Asie. Leur posi­­­tion à son encontre est par consé­quent elle aussi diffi­­­cile à cerner.

Le porte-avions USS Carl Vinson
Crédits : Reuters

Si la Maison-Blanche témoigne selon Antoine Bondaz d’un « manque de stra­­­té­­­gie », elle ne s’en répand pas moins en décla­­­ra­­­tions agres­­­sives. Après la mort de l’étu­­­diant améri­­­cain Otto Warm­­­bier, entré dans un coma profond alors qu’il était détenu en Corée du Nord, le 19 juin 2017, Donald Trump a dénoncé le régime brutal de Pyon­­­gyang. Le 26, il appe­­­lait « à s’oc­­­cu­­­per rapi­­­de­­­ment du dossier nord-coréen et de la menace que repré­­­sente ses programmes nucléaire et balis­­­tique ». Tandis que le porte-avion USS Carl Vinson qui patrouillait en mer du Japon au prin­­­temps est sur le chemin du retour vers San Diego, Nikki Haley a prévenu le 5 juillet « que l’une des options rési­­­dait dans la force mili­­­taire améri­­­caine ». Afin d’évi­­­ter que le bâti­­­ment mili­­­taire ne passe trop près de ses côtes, Pyon­­­gyang menaçait ouver­­­te­­­ment de l’en­­­voyer par le fond. Depuis le partage de la pénin­­­sule par la guerre de Corée, en 1953, les Améri­­­cains avancent avec méfiance dans la région. Main­­­te­­­nus en-deçà du 38e paral­­­lèle par le régime commu­­­niste et ses alliés sovié­­­tiques et chinois, ils y ont ensuite subi des pertes. En 1968, l’USS Pueblo, un navire de collecte de rensei­­­gne­­­ment améri­­­cain, était arrai­­­sonné par les soldats nord-coréens. Un an plus tard, l’avia­­­tion de la répu­­­blique popu­­­laire abat­­­tait l’EC-121, un avion de recon­­­nais­­­sance améri­­­cain qui survo­­­lait la mer du Japon. Atti­­­sées par l’em­­­bargo de fait imposé par les États-Unis, les tensions s’apla­­­nissent légè­­­re­­­ment lorsque l’Union sovié­­­tique tombe et que la Chine renou­­­velle son logi­­­ciel. Plon­­­gée dans une crise écono­­­mique mais égale­­­ment poli­­­tique et diplo­­­ma­­­tique, la Corée du Nord rejoint la table des négo­­­cia­­­tions. En 1994, après avoir été convain­­­cue de produc­­­tion de pluto­­­nium, elle promet d’ar­­­rê­­­ter le déve­­­lop­­­pe­­­ment de son programme nucléaire. « Dans les docu­­­ments déclas­­­si­­­fiés de la CIA, on voit que tout le monde était alors persuadé que le régime allait s’ef­­­fon­­­drer », constate Antoine Bondaz. Au lieu de cela, il est parvenu à mettre fin aux grandes famines des années 1990 et à lancer de nouveaux parte­­­na­­­riats.

Les otages mutuels

Dès sa nais­­­sance sur les cendres de l’Union sovié­­­tique, la Fédé­­­ra­­­tion de Russie tourne le dos à la Corée du Nord en recon­­­nais­­­sant son frère ennemi du sud en 1991. « C’est la fin de l’aide au déve­­­lop­­­pe­­­ment four­­­nie par Moscou », observe Antoine Bondaz. Cela met en déli­­­ca­­­tesse l’éco­­­no­­­mie de la répu­­­blique popu­­­laire. La Chine, qui attend un an pour recon­­­naître Séoul, est loin d’opé­­­rer une semblable rupture. Elle ouvre la première zone écono­­­mique spéciale sur le terri­­­toire nord-coréen, à Rason, pour profi­­­ter d’une main d’œuvre abon­­­dante, éduquée, disci­­­pli­­­née et dont la modes­­­tie n’est pas la moindre des quali­­­tés. Les salaires sont trois à six fois moins élevés sous le fleuve Yalou. Menée par Deng Xiao­­­ping à comp­­­ter de son arri­­­vée au pouvoir en 1978, la réforme de l’éco­­­no­­­mie chinoise se propage par touches impres­­­sion­­­nistes en Corée du Nord. Lors de sa visite à Pyon­­­gyang, deux ans avant de prendre les rennes, le diri­­­geant du géant asia­­­tique n’a pas laissé Kim Il-sung complè­­­te­­­ment insen­­­sible à ses argu­­­ments. En 1983, ce dernier lui rend à son tour visite. Le fonda­­­teur du Juche – l’idéo­­­lo­­­gie auto­­­cra­­­tique nord-coréenne – passe par la zone écono­­­mique spéciale de Shenz­­­hen avec son fils, Kim Jong-il. Un an plus tard, il signe la première loi sur les inves­­­tis­­­se­­­ments étran­­­gers.

Kim Il-sung et Kim Jong-il dans une toile de propa­­­gande

« Ce trans­­­fert de poli­­­tiques publiques chinoises s’est mis en place de manière progres­­­sive », explique Théo Clément. « Les Nord-Coréens ont attendu de voir les effets que cela pouvait avoir sur leurs voisins, afin notam­­­ment de savoir si le régime en sorti­­­rait affai­­­bli. » Bien qu’elle soit limi­­­tée, cette mue se pour­­­suit au rythme des ouver­­­tures de nouvelles zones écono­­­miques, c’est-à-dire à peu près tous les dix ans. Au-delà de ces initia­­­tives et du fond idéo­­­lo­­­gique commun, « les rela­­­tions n’ont jamais été très bonnes », tempère le cher­­­cheur. L’ac­­­cord de défense signé en 1961 ne s’est guère traduit par beau­­­coup d’échanges mili­­­taires de haut niveau. Le fait que la Chine parti­­­cipe aux pour­­­par­­­lers à six États (Corée du Nord, Corée de Sud, États-Unis, Japon, Russie et Chine) ouverts en 2003 afin de résoudre les ques­­­tions de sécu­­­rité posées par le programme nucléaire nord-coréen ne leur a pas réel­­­le­­­ment donné plus de chances d’abou­­­tir. Après un premier essai nucléaire en 2006, Pyon­­­gyang en réalise un deuxième en 2009 et exclue tous les inspec­­­teurs étran­­­gers de son terri­­­toire.  Au contraire, jaloux de leur souve­­­rai­­­neté, les deux États se tiennent à distance respec­­­table. Ils « sont plus des otages mutuels que des alliés », analyse Antoine Bondaz. « Leur alliance est de circons­­­tance. » Sans le pétrole exporté par Pékin, la survie de Pyon­­­gyang serait mena­­­cée. Mais la chute du régime est porteuse de quan­­­tité d’in­­­cer­­­ti­­­tudes. Elle entraî­­­ne­­­rait à n’en pas douter un afflux de réfu­­­giés massif vers l’Em­­­pire du milieu et ouvri­­­rait la voie à une réuni­­­fi­­­ca­­­tion des deux Corée. Or, il y a de fortes chances que ce scéna­­­rio se déroule aux béné­­­fices du Sud et sous l’égide des États-Unis, ce qui inquiète la Chine. Le nouveau grand État pour­­­rait reven­­­diquer certaines régions chinoises où sont établis beau­­­coup de Coréens.

Le pont de l’ami­­­tié sino-coréenne
Crédits : Prince Roy

Malgré ce risque, « les rela­­­tions se sont dégra­­­dées entre les deux pays », estime Théo Clément. Pour l’heure, le trafic sur le pont de l’Ami­­­tié est toujours dense. Les échanges ont même crû de 37 % au premier trimestre de 2017. Cela dit, « la Chine trans­­­pose des sanc­­­tions écono­­­miques dans son droit et, vu l’aug­­­men­­­ta­­­tion du prix de l’es­­­sence, on peut penser qu’elle joue avec le robi­­­net du pétrole. » Pour se four­­­nir en combus­­­tible, Pyon­­­gyang se tourne vers un pays avec lequel les rela­­­tions se sont au contraire réchauf­­­fées : la Russie.

Un homme très moderne

Au sein du conseil de sécu­­­rité des Nations Unies, la Chine n’est pas seule à refré­­­ner les envies de sanc­­­tions des États-Unis. Selon une source diplo­­­ma­­­tique citée par le quoti­­­dien russe Izves­­­tia, Moscou mettra son veto à l’em­­­bargo sur les livrai­­­sons d’hy­­­dro­­­car­­­bures qu’en­­­vi­­­sage de propo­­­ser Washing­­­ton. Ce serait se priver d’un débou­­­ché : en avril, mai et juin 2017, la vente de produits pétro­­­liers à la Corée du Nord lui a rapporté 31 millions de dollars, à en croire les chiffres des douanes russes. Les expor­­­ta­­­tions de fioul, d’huile pour moteur, d’huile hydrau­­­lique et de lubri­­­fiants ont elles enre­­­gis­­­tré une augmen­­­ta­­­tion de 205 % par rapport à 2016. La person­­­na­­­lité de Vladi­­­mir Poutine n’est pas étran­­­gère à ce bond. En mai 2017, le président russe a appelé au « dialogue » avec Pyon­­­gyang quoiqu’il soit ferme­­­ment opposé à son programme nucléaire. Lequel s’est déve­­­loppé avec le soutien des Sovié­­­tiques à partir des années 1960. « Il faut », d’après lui, « arrê­­­ter d’in­­­ti­­­mi­­­der la Corée du Nord et cher­­­cher une solu­­­tion paci­­­fique à ce problème ». À son arri­­­vée à la magis­­­tra­­­ture suprême, en 2000, l’an­­­cien membre du KGB « a tenté de norma­­­li­­­ser la rela­­­tion » avec la Corée du Nord, narre Antoine Bondaz. Sitôt élu, il a rendu visite à Kim Jong-il, un homme selon lui « très moderne » qui lui renverra la poli­­­tesse.

Kim Jong-il et Dmitri Medve­­­dev en juin 2011
Crédits : Krem­­­lin

Au cours de la décen­­­nie, plusieurs projets sont esquis­­­sés en matières ferro­­­viaire et éner­­­gé­­­tique, cepen­­­dant que Moscou condamne systé­­­ma­­­tique­­­ment les essais nord-coréens. La construc­­­tion d’un gazo­­­duc ache­­­mi­­­nant le gaz russe vers la Corée du Sud, via le Nord, est évoquée en 2011 lors de la rencontre entre Kim Jong-il et le président Dmitri Medve­­­dev. En 2014, une partie des voies ferrées traver­­­sant la fron­­­tière russo-coréenne sont réno­­­vées afin de permettre au char­­­bon russe d’être exporté via la zone écono­­­mique spéciale portuaire de Rason. Cette année-là, les sanc­­­tions occi­­­den­­­tales prises en réac­­­tion à l’an­­­nexion de la Crimée rapprochent Moscou de Pyon­­­gyang. Au mois de septembre, la Russie annonce l’ef­­­fa­­­ce­­­ment de 90 % de la dette de 11 milliards de dollars (8,4 milliards d’eu­­­ros) dont la Corée du Nord était débi­­­trice. Le milliard restant servira au déve­­­lop­­­pe­­­ment de projets communs, explique le vice-ministre russe des Finances, Sergueï Stort­­­chak. Le fameux gazo­­­duc revient sur la table. Des accords sont aussi signés pour permettre à des Nord-Coréens de venir en Russie, une pratique qui s’est souvent exer­­­cée sous le bois­­­seau. À la suite d’ou­­­vriers venus travailler dans les usines de trans­­­for­­­ma­­­tion de pois­­­son sovié­­­tiques après la guerre de Corée, des crimi­­­nels et oppo­­­sants sont envoyés dans les forêts du grand est à la fin des années 1960. Au cours d’une rencontre tenue secrète, en 1966, Leonid Brej­­­nev et Kim Il-sung s’en­­­tendent pour faire bûche­­­ron­­­ner 15 000 à 20 000 personnes. Aujourd’­­­hui, remarque l’his­­­to­­­rienne de Vladi­­­vos­­­tok Larisa Zabrovs­­­kaya, « plus besoin de vider les prisons, ce sont des volon­­­taires qui partent dans les camps de déboi­­­se­­­ment ou qui sont employés sur des chan­­­tiers de construc­­­tion. Selon les statis­­­tiques doua­­­nières, plus de 10 000 Nord-Coréens munis d’un visa de travail fran­­­chissent la fron­­­tière, chaque année. » Pour profi­­­ter de ce privi­­­lège, ils doivent verser 250 euros chaque mois aux compa­­­gnies qui les emploient. Des Nord-Coréens travaillent aussi selon toute vrai­­­sem­­­blance sur les chan­­­tiers de la Coupe du monde de foot­­­ball 2018. Reste que le profit que tire Moscou de cette exploi­­­ta­­­tion est limité. « La Russie est plus inté­­­res­­­sée par la Corée du Sud », souligne Antoine Bondaz. « Mais le Nord peut servir d’in­­­ter­­­face entre les deux. » D’au­­­tant que Séoul est enclin à reprendre langue avec Pyon­­­gyang.

Le 38e paral­­­lèle

La zone démi­­­li­­­ta­­­ri­­­sée tracée le long du 38e paral­­­lèle à la fin de la guerre de Corée n’a pas empê­­­ché les échanges, bien ou mal inten­­­tion­­­nés. Plus de 50 ans après l’ar­­­mis­­­tice et alors qu’au­­­cun traité de paix n’a jamais été signé, le nouveau président sud-coréen Moon Jae-in veut relan­­­cer la coopé­­­ra­­­tion avec le Nord. Arrivé au pouvoir en mai 2017, ce membre du parti démo­­­crate (centre gauche) succède à la conser­­­va­­­trice Park Geun-hye, desti­­­tuée pour corrup­­­tion et incar­­­cé­­­rée. Sous le mandat de Jae-in, Séoul et Pyon­­­gyang ne devien­­­dront sûre­­­ment pas alliés, mais renoue­­­ront peut-être avec une coopé­­­ra­­­tion qui exis­­­tait déjà dans les années 1990.

Moon Jae-in et Kim Jong-un

Fidèle à sa rhéto­­­rique, le régime nord-coréen a publié un commu­­­niqué, en juin 2017, dans lequel il déclare sa volonté d’im­­­po­­­ser « la peine de mort à la traî­­­tresse Park Geun-hye ». À maintes reprises, il a tenté d’as­­­sas­­­si­­­ner des offi­­­ciels voisins. En janvier 1968, le commando de 31 hommes envoyé à la rési­­­dence prési­­­den­­­tielle a été stoppé à temps. L’at­­­ten­­­tat de Rangoon fomenté contre président sud-coréen Chun Doo-hwan au Myan­­­mar a lui fait 17 morts parmi son entou­­­rage dont quatre ministres. Mais de même que la Corée du Nord s’est ouverte à des coopé­­­ra­­­tions ciblées avec Pékin, elle a aussi déve­­­loppé des parte­­­na­­­riats avec Séoul après la chute de l’Union sovié­­­tique. Après leur admis­­­sion conjointe à l’ONU en 1991, les deux Corée ont entamé un dialogue qui a abouti à l’ex­­­ploi­­­ta­­­tion conjointe du site touris­­­tique des monts Kumgang, situés dans le nord-est de la Corée du Nord. En 1999, le groupe sud-coréen Hyun­­­dai a créé une filiale, Asan, pour gérer les flux touris­­­tiques. Huit ans plus tard, 300 000 visi­­­teurs s’y pres­­­saient chaque année, appor­­­tant une manne impor­­­tante pour Pyon­­­gyang. En 2002, la zone indus­­­trielle commune de Kaesong a été ouverte. Mais ces efforts ont été balayés par un coup du sort et un coup de volant poli­­­tique. En 2008, l’exé­­­cu­­­tion d’une touriste égarée dans une zone inter­­­­­dite en marge des monts Kumgang par des soldats nord-coréens a entraîné la ferme­­­ture du site. Et, quelques mois plus tard, le nouveau président conser­­­va­­­teur sud-coréen Lee Myung-bak a décidé de fermer Kaes­­­song. Tandis que jusqu’ici, « la Corée du Sud était son prin­­­ci­­­pal parte­­­naire avec le Chine », selon Antoine Bondaz, sa part dans la balance commer­­­ciale nord-coréenne s’est érodée. Mais, entre 2007 et 2016, le commerce bila­­­té­­­ral repré­­­sen­­­tait tout de même envi­­­ron deux milliards de dollars par an.

Les monts Kumgang

Les non-alignés

Dans la région, des parte­­­na­­­riats commer­­­ciaux ont aussi existé avec le Japon sous l’im­­­pul­­­sion de Jun’i­­­chirō Koizumi, Premier ministre nippon de 2001 à 2006. Mais son départ et l’al­­­liance mili­­­taire de Tokyo avec Washing­­­ton ont éloi­­­gné Pyon­­­gyang. En Malai­­­sie, c’est l’as­­­sas­­­si­­­nat du fils aîné de feu le président Kim Jong-il par des envoyés nord-coréens le 13 février 2017 qui a compliqué les choses. « Cela a créé un malaise alors qu’il existe des réseaux nord-coréens sur place comme à Singa­­­pour », explique Antoine Bondaz. Quelque 300 Nord-Coréens travaillent dans les mines de char­­­bon malai­­­siennes de Sara­­­wak. Même si son modèle écono­­­mique est radi­­­ca­­­le­­­ment diffé­rent de celui de Pyon­­­gyang, la petite répu­­­blique singa­­­pou­­­rienne était quant à elle son dixième parte­­­naire le plus impor­­­tant en 2010. Lors de la récep­­­tion du président de l’As­­­sem­­­blée popu­­­laire suprême de Corée du Nord, Kim Yong-nam, en août 2007, le président de Singa­­­pour a rappelé les liens qui existent entre les deux États « non-alignés ». Pyon­­­gyang a de longue date cher­­­ché à établir des contacts avec ceux qui refu­­­saient la tutelle améri­­­caine. En 1975, le régime a réussi à deve­­­nir membre du Mouve­­­ment des non-alignés. Mais son soutien à des mouve­­­ments insur­­­rec­­­tion­­­nels comme le FLN en Algé­­­rie l’a rendu infré­quen­­­table pour quan­­­tité de pouvoirs en place. Après la tenta­­­tive d’as­­­sas­­­si­­­nat du président sud-coréen dans sa capi­­­tale, Rangoon, en 1983, le Myan­­­mar a mis fin à sa recon­­­nais­­­sance de la Corée du Nord. Une fois la crise des années 1990 passées, les rela­­­tions diplo­­­ma­­­tiques ont été réta­­­blie en 2007 permet­­­tant aux Birmans d’im­­­por­­­ter du maté­­­riel mili­­­taire nord-coréen contre de la nour­­­ri­­­ture. Le conseiller diplo­­­ma­­­tique de Barack Obama pour la zone Asie-Paci­­­fique soupçon­­­nait même, en 2016, l’exis­­­tence de « poches rési­­­duelles » parmi la junte birmane qui main­­­te­­­naient « des inter­­­ac­­­tions » avec la Corée du Nord. Plus au nord, alors que beau­­­coup de programmes de coopé­­­ra­­­tions avec des pays d’Asie centrale ont disparu, « la Mongo­­­lie est de plus en plus présente en Corée du Nord », confie Théo Clément. « Car ce pays enclavé a besoin de l’ac­­­cès à la mer que Pyon­­­gyang peut lui offrir. »

Le ministre des Affaires étran­­­gères nord-coréen Ri Su-yong en visite en Inde en 2015

En tant que membre des non-alignés, l’Inde a offi­­­ciel­­­le­­­ment engagé un dialogue avec la répu­­­blique popu­­­laire en 1973. Mais cette dernière ayant recours au Pakis­­­tan pour déve­­­lop­­­per son programme nucléaire, la discus­­­sion a tourné court. Le père de la bombe atomique pakis­­­ta­­­naise, Abdul Qadeer Khan aurait vendu des plans d’arme nucléaire compacte selon un ancien inspec­­­teur de l’Agence inter­­­­­na­­­tio­­­nale de l’éner­­­gie atomique (AIEA), David Albright. Aujourd’­­­hui, « on a peu d’in­­­for­­­ma­­­tions offi­­­cielles sur les liens entre Isla­­­ma­­­bad et Pyon­­­gyang », recon­­­naît Antoine Bondaz. En revanche, l’Inde est discrè­­­te­­­ment deve­­­nue un parte­­­naire commer­­­cial majeur de la Corée du Nord. Après avoir donné 2 000 tonnes de nour­­­ri­­­ture et de semences en 2002 et 2004 pour y combattre la faim, elle a vu ses échanges passer de dix millions de dollars au milieu de la décen­­­nie à 60 millions en 2013. « Certaines sources citent l’Inde comme deuxième parte­­­naire commer­­­cial de Pyon­­­gyang devant la Russie », ajoute le cher­­­cheur. En dehors du Pakis­­­tan, l’Iran, est soupçonné d’en­­­tre­­­te­­­nir une coopé­­­ra­­­tion tech­­­nique sur les ques­­­tions mili­­­taires avec la dicta­­­ture est-asia­­­tique. « Les premiers missiles balis­­­tiques acquis par l’Iran venaient de Corée du Nord », rappelle Antoine Bondaz. « Il s’agis­­­sait de missiles sovié­­­tiques que la Corée du Nord avait ache­­­tés à l’Égypte et qui étaient reven­­­dus à Téhé­­­ran. Dans les années 1990, on pouvait parler de vraie coopé­­­ra­­­tion mili­­­taire. » À ce jour, les infor­­­ma­­­tions recou­­­pées manquent, ce qui est égale­­­ment le cas concer­­­nant la Syrie. En 2007, un réac­­­teur nucléaire syrien détruit par une frappe israé­­­lienne aurait été construit avec l’aide de la Corée du Nord. Selon un rapport des Nations Unies commis trois ans plus tard, Pyon­­­gyang parti­­­cipe aux programmes balis­­­tiques de la Syrie, de l’Iran et du Myan­­­mar. Un navire faisant route vers la Syrie avec des masques à gaz à son bord a été inter­­­­­cepté en 2013 par les auto­­­ri­­­tés turques. Sa cargai­­­son provien­­­drait elle aussi de la répu­­­blique popu­­­laire. « Plus les régimes sont auto­­­ri­­­taires, plus ils peuvent avoir des rela­­­tions » avec la Corée du Nord, résume Bondaz. Quelques pays afri­­­cains comme l’Ou­­­ganda et le Zimbabwe ont ainsi noué des liens commer­­­ciaux. Mais la Corée du Sud fait pres­­­sion afin qu’ils les rompent. « Beau­­­coup d’entre eux ont peu d’in­­­té­­­rêt à être asso­­­cié à la Corée du Nord, qui n’a pas grand chose à appor­­­ter », juge Antoine Bondaz. Tant qu’elles restent de volume limité, ces connexions pros­­­pèrent dans l’ombre. Mais personne ne peut raison­­­na­­­ble­­­ment se permettre d’af­­­fi­­­cher un soutien indé­­­fec­­­tible à Pyon­­­gyang sous peine de s’alié­­­ner une large partie de la commu­­­nauté inter­­­­­na­­­tio­­­nale.

Les Trois Dikgosi du Bots­­­wana, construit par la firme nord-coréenne Mansu­­­dae en 2005
Crédits : CC/US Army Africa

Couver­­­ture : Qui sont les alliés de Pyon­­­gyang ? (KCTV)


 

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