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Avec l'application-chaîne The Explorers, Olivier Chiabodo propose un inventaire de la planète en très haute définition. Et il veut embarquer du monde dans l'aventure.

par Servan Le Janne | 20 décembre 2019

Après des décen­­nies à cares­­ser son idée, à polir le projet, Olivier Chia­­bodo a offi­­ciel­­le­­ment lancé un inven­­taire de la planète jeudi 7 novembre. Il s’est déjà rendu dans l’Arc­­tique, au Hondu­­ras, en Afrique du Sud, en Papoua­­sie occi­­den­­tale ou encore en Nouvelle-Calé­­do­­nie afin de rame­­ner des images en 8K « d’un espace natu­­rel dont la force prin­­ci­­pale repose sur l’émo­­tion que génère sa beauté » ; et il va conti­­nuer à le faire pour alimen­­ter The Explo­­rers, la chaîne et appli­­ca­­tion désor­­mais dispo­­nible sur Samsung TV et Androïd.

Olivier Chia­­bodo n’est pas seul. Le fonda­­teur de la Carte aux trésors invite ceux qui vont le suivre à « montrer les merveilles sans cacher les bles­­sures, magni­­fier les espèces les plus spec­­ta­­cu­­laires sans jamais oublier l’Homme, à la fois géné­­ra­­teur et victime des muta­­tions qu’il fait subir à la nature ». Ceux qui envoient les meilleurs repor­­tages pour­­ront partir à l’aven­­ture avec ses équipes. Ainsi, dans les 12 années à venir, il espère sensi­­bi­­li­­ser l’hu­­ma­­nité « tant aux merveilles natu­­relles qu’aux fragi­­li­­tés des écosys­­tèmes ». Ce travail essen­­tiel a déjà commencé.

Qu’est-ce que The Explo­­rers ?

Avec The Explo­­rers, nous propo­­sons un inven­­taire de la planète en vidéo. Depuis le 7 novembre, notre chaîne, à laquelle vous pouvez accé­­der via l’ap­­pli­­ca­­tion Android ou sur une télé Samsung, propose le plus grand cata­­logue 8K au monde, en 17 langues et dans 170 pays. Cela fait plusieurs années que nous tour­­nons autour du globe, ce qui nous a permis de rassem­­bler plus de 5 000 heures de rushs.

Nous avons tiré de ces expé­­di­­tions des films aux formats diffé­­rents. Certains durent 1 à 3 minutes et sont adap­­tés aux smart­­phones alors que d’autres durent 26 ou 52 minutes. Pour accé­­der à ces derniers, il faut payer un abon­­ne­­ment mensuel de 2,99 euros. Sur cette somme, 10 % revient à la Explo­­rers Foun­­da­­tion, qui vise à proté­­ger le patri­­moine natu­­rel, cultu­­rel et humain en soute­­nant des acteurs de terrain.

Olivier Chia­­bodo
Crédits : The Explo­­rers

Sinon, tout est gratuit est sans publi­­cité. Nous ne voulons d’ailleurs pas héber­­ger nos vidéos sur YouTube car elles seraient para­­si­­tés pas les campagnes des marques. Le message se veut simple et clair. Rien ne doit pertur­­ber notre travail de sensi­­bi­­li­­sa­­tion aux merveilles natu­­relles et aux fragi­­li­­tés des écosys­­tèmes. Je pense que l’image est un très bon outil pour ça, d’au­­tant plus que tout le monde a désor­­mais un smart­­phone dans la poche.

Chacun peut donc contri­­buer à l’in­­ven­­taire en envoyant ses photos ou vidéos d’un endroit près de chez soi comme d’un voyage. La commu­­nauté votera ensuite pour les trois meilleurs repor­­tages, dont les auteurs nous accom­­pa­­gne­­ront lors de la prochaine expé­­di­­tion. Nous rece­­vons déjà du contenu de très bonne qualité, qu’il soit pris à la GoPro ou au smart­­phone. Il faut que notre commu­­nauté se sente embarquée et complète l’équipe de camé­­ra­­mans. Nous lui lais­­sons une créa­­ti­­vité totale. Je pense que nous allons être agréa­­ble­­ment surpris.

Sur The Explo­­rers, il y a aussi une messa­­ge­­rie, qui donne la possi­­bi­­lité d’échan­­ger à l’in­­ter­­na­­tio­­nal, afin de fonder une connexion mondiale autour du thème de la sauve­­garde de la planète. L’in­­té­­rêt, c’est de rendre cette appli­­ca­­tion très contri­­bu­­tive, très enga­­geante, de manière à ce que de plus en plus de gens viennent nous aider à faire l’in­­ven­­taire.

Avec quels moyens partez-vous à l’aven­­ture ?

Je reviens de Nouvelle-Calé­­do­­nie où nous avons tourné avec notre équipe d’une ving­­taine de personnes. L’In­­do­­né­­sie sera la desti­­na­­tion pour janvier. Nous allons réali­­ser 12 expé­­di­­tions par an dans l’es­­poir de termi­­ner l’in­­ven­­taire d’ici 12 ans. Vu que nous essayons de choi­­sir des endroits très diffé­­rents, les repor­­tages sont variés et notre façon de nous dépla­­cer sur place n’est jamais la même. En géné­­ral, il y a deux équipes sous-marines, une équipe aérienne et une terrestre, qui filme pendant de 20 à 25 jours.

La majeure partie des came­­ra­­mans sont des gens avec qui je travaille depuis une ving­­taine d’an­­née, auxquels sont venus se gref­­fer quelques petits nouveaux. C’est inté­­res­­sant d’avoir des plus jeunes car ça amène des façons de voir les choses diffé­­rem­­ment. En plus de l’équipe de capta­­tion, il y a une équipe de post-produc­­tion et une équipe numé­­rique et avec des ingé­­nieurs et déve­­lop­­peurs.

Crédits : The Explo­­rers

Nous avons levé 12 millions d’eu­­ros auprès de Jean-Pierre Morel, qui a été direc­­teur de TF1 et a fait sa carrière chez Bouygues. En ce moment, nous levons la suite. Lundi 2 décembre, The Explo­­rers a été dési­­gné appli­­ca­­tion de l’an­­née sur Apple TV. C’est génial car les gens nous trouvent main­­te­­nant beau­­coup plus inté­­res­­sants, ils nous invitent partout dans le monde. Je repars par exemple bien­­tôt en Chine pour un congrès mondial. À ma grande surprise, le gouver­­ne­­ment ne nous a pas encore contac­­tés, mais ça devrait venir – il est assez occupé avec les grèves en ce moment…

Il faut dire que The Explo­­rers est un peu un ovni. On nous a comparé à Natio­­nal Geogra­­phic mais ça reste une chaîne clas­­sique, avec la licence d’une fonda­­tion de Washing­­ton. Nous avons une marque forte, fruit d’une longue réflexion. Cela fait des années que je pense à cette chaîne. J’avais imaginé une plate­­forme de vidéos à la demande un peu à la Netflix mais avec un réseau social à la Face­­book et des images à la Insta­­gram. On m’a long­­temps ri au nez.

À quand remonte l’idée ?

Elle ne date pas de la prise de conscience qui se déve­­loppe depuis quelques années. J’ai eu la chance de gran­­dir à Provins, un village de campagne situé à 100 km de Paris. Ça éveille un peu les sens à la nature. Je suis né et j’ai grandi là-bas. Mon père était expert comp­­table et ma mère a eu la chance d’éle­­ver ses deux enfants. Ils avaient une maison à Saint-Brévin-les-Pins, sur la côte de Loire-Atlan­­tique, d’où je navi­­guais vers La Baule. J’y faisais beau­­coup de cata­­ma­­ran avec des amis qui sont deve­­nus de grands navi­­ga­­teurs comme Loïc Perron et Laurent Brugnon.

J’ai démé­­nagé à Paris à mon entrée au lycée Louis-le-Grand, mais j’ai­­mais toujours l’aven­­ture. En 1988, alors que j’étais en cinquième année de méde­­cine, à la faculté de Saint-Antoine, je suis parti dans le détroit de Béring pour passer en cata­­ma­­ran des États-Unis à l’Union sovié­­tique. Je trou­­vait inté­­res­­sant de retra­­cer l’his­­toire de l’Alaska, qui appar­­te­­nait autre­­fois aux Russes. Quand un séna­­teur améri­­cain l’a acheté pour sept millions de dollars, en 1867, tout le monde le prenait pour un fou. Aujourd’­­hui, c’est un des États les plus riches du pays.

Crédits : The Explo­­rers

Sur place, les Inuits me parlaient déjà de l’évo­­lu­­tion des glaces. Je me suis dit qu’il fallait utili­­ser les médias pour en parler. À mon retour, j’ai vendu les images à Nico­­las Hulot, qui produi­­sait le maga­­zine Ushuaïa. J’ai été nommé pour les victoires de l’aven­­ture et TF1, qui cher­­chait quelqu’un pour présen­­ter l’émis­­sion Le Trésor de Pago Pago a pensé à moi. Comme je voulais être chirur­­gien, j’ai pris six mois de dispo­­si­­tion. Et au fur et à mesure, j’ai conti­­nué à la télé­­vi­­sion.

J’ai inventé le programme La Carte au trésor et j’ai dit à mes employeurs que je voulais faire l’in­­ven­­taire de la Terre. Ils m’ont dit de remettre à plus tard et je me suis retrouvé à présen­­ter des émis­­sions plus clas­­siques, dont Inter­­ville. Fina­­le­­ment, je ne suis jamais devenu méde­­cin mais je ne regrette pas. Je pense que je fini­­rai mes études en écri­­vant une thèse en lien avec la planète et ses êtres vivants.

Quand le projet a-t-il été lancé ?

Je m’y suis réel­­le­­ment mis en 2014. J’ai mis du temps à convaincre les gens pour obte­­nir des fonds. En tant qu’an­­cien étudiant en méde­­cine, j’ex­­pliquais aux gens que la planète a la même compul­­sion que l’homme, à savoir 70 % d’eau et 30 % de solide, d’où la néces­­sité de faire un inven­­taire. Fina­­le­­ment, tout le monde est aujourd’­­hui d’ac­­cord pour dire qu’il faut être proprié­­taire de son cata­­logue comme le fait The Explo­­rers.

Crédits : The Explo­­rers

À chaque expé­­di­­tion, je me rends person­­nel­­le­­ment sur place, en plus de mes tâches de direc­­tion. Ça me permet d’ap­­prendre des tas de choses et de rencon­­trer des gens extra­­or­­di­­naires, des scien­­ti­­fiques comme des membres de tribus. C’est pour ça que je veux amener des gens avec nous. L’hu­­mi­­lité face à la nature et aux gens qui en sont proches tous les jours est excep­­tion­­nelle.

Mes fils viennent parfois sur quelques expé­­di­­tions. L’aîné a 22 ans, le cadet 18 et le benja­­min 12. C’est impor­­tant car ce sont eux qui vont faire bouger les choses. J’es­­saye de mettre en place des outils pour leur faci­­li­­ter les tâche, car il est impor­­tant de mieux connaître pour mieux proté­­ger. C’est formi­­dable d’être sur le terrain avec des scien­­ti­­fiques, que ce soit dans une chambre d’hô­­tel ou sous une toile de tente. J’es­­père qu’on va créer un mouve­­ment fort en faveur de la planète à l’aube de 2020, qui sera l’an­­née mondiale de la biodi­­ver­­sité.


Couver­­ture : Ben Thouard/The Explo­­rers


 

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