Face à la main-mise des États-Unis sur l'Internet mondial, la Russie veut concevoir un réseau indépendant, au risque de réduire les libertés individuelles.

par Servan Le Janne | 17 février 2019

M9

Au sud-ouest de Moscou, dans la lita­­nie des barres d’im­­meubles qui enserrent la ville, une tour déplie son béton blanc et gris sur un ciel d’acier. Avec sa modeste clôture, elle ressemble à n’im­­porte quel bloc sovié­­tique. Sauf que seuls 12 étages sur 19 sont vitrés. Derrière une série de fines portes en métal, de grands câbles optiques grimpent aux murs et traversent le plafond pour relier diffé­­rents serveurs infor­­ma­­tiques. Bien­­ve­­nue dans le foyer de l’In­­ter­­net russe. Ce poste télé­­pho­­nique M9 héberge un point cardi­­nal du réseau baptisé MSK-IX : près de la moitié du trafic passe ici, entre les bureaux loués par Google et ceux des services de sécu­­rité russes, le Fede­­ral­­naya Sluzhba Bezo­­pas­­nosti (FSB).

Le Centre M9

Partout dans le bâti­­ment, l’agence a disposé des boîtes de la taille d’un vidéo­­projec­­teur qui lui permettent d’ac­­cé­­der à n’im­­porte quelle commu­­ni­­ca­­tion. Ces coffres « SORM » autre­­fois employés pour écou­­ter les conver­­sa­­tions télé­­pho­­niques inter­­­ceptent désor­­mais emails, appels Skype, SMS et messages sur les réseaux sociaux. Orwel­­lien ? En janvier 2019, le légis­­la­­teur russe a décidé de les rempla­­cer par des modèles plus puis­­sants. Ainsi le pouvoir sera-t-il en mesure de bloquer tout échange consi­­déré comme illé­­gal. Au besoin, il devrait aussi pouvoir isoler son réseau de la Toile mondiale.

Le 14 décembre dernier, un groupe de parle­­men­­taires mené par Andreï Klishas, président du comité légis­­la­­tif du Conseil de la fédé­­ra­­tion (la chambre haute), a déposé un amen­­de­­ment au projet de loi sur les commu­­ni­­ca­­tions natio­­nales. Le texte propose de rendre Inter­­net indé­­pen­­dant, ou du moins de réduire le trans­­fert de données par des utili­­sa­­teurs russes vers d’autres pays. Il est motivé par « la nature agres­­sive du plan de cybers­­tra­­té­­gie adopté par la Maison-Blanche en septembre 2018 » dans lequel Moscou est « direc­­te­­ment accusé, sans preuve, d’at­­taques infor­­ma­­tiques ». La Russie pour­­rait non seule­­ment instal­­ler un certain nombre d’ « appa­­reils » au centre MSK-IX – ainsi que dans d’autres points nodaux – mais égale­­ment créer son propre système de noms de domaines, le DNS actuel­­le­­ment utilisé dans le monde étant de créa­­tion améri­­caine.

Alors qu’un test de décon­­nexion doit selon la BBC inter­­­ve­­nir avant le mois d’avril, les moyens pour « isoler » le réseau russe pour­­raient manquer dans l’im­­mé­­diat. À en croire Andreï Klishas, qui se targue d’avoir le soutien du gouver­­ne­­ment, « le budget du projet de loi comprend déjà des fonds qui pour­­raient permettre la créa­­tion d’un centre du surveillance des réseaux publics en ligne ». Dans une inter­­­view à la radio Govo­­rit Moskva, il indique que 20 milliards de roubles ont été prévus dans le plan sur la sécu­­rité de l’in­­for­­ma­­tion approuvé par le gouver­­ne­­ment. Néan­­moins, il s’agit là d’un montant global, sur lequel seuls 491 millions de roubles doivent être alloués à la créa­­tion dudit centre du surveillance des réseaux publics en ligne. Son objec­­tif est limité à une réduc­­tion de 10 % de la part de trafic russe passant par des serveurs étran­­gers d’ici 2024.

Andreï Klishas
Crédits : TASS

C’est insuf­­fi­­sant pour Lioud­­mila Bokova, qui cosigne l’amen­­de­­ment d’An­­dreï Klishas. Inca­­pable d’éva­­luer le prix d’une indé­­pen­­dance complète, la séna­­trice assure que les fonds du plan asso­­ciés à ceux du géant natio­­nal des télé­­com­­mu­­ni­­ca­­tions, Roskom­­nad­­zor, feront l’af­­faire. D’après les évalua­­tions d’un comité d’ex­­perts gouver­­ne­­men­­taux, 25 milliards de roubles seront néces­­saires, auxquels devront être ajou­­tés 134 milliards chaque année. Ces montants sont trop impor­­tants pour les oppo­­sants aux projet, qui n’étaient que 47 à voter pour, contre 334 voix favo­­rables, lors du vote de la Douma (la chambre basse) le 12 février 2019. Si le projet va à son terme, ce dont le jour­­na­­liste russe Andreï Solda­­tov n’est pas sûr, chaque four­­nis­­seur d’ac­­cès devra s’équi­­per. « Ces nouveaux boîtiers », explique l’au­­teur du livre The Red Web, « marque­­raient une nouvelle étape de l’ef­­fort du gouver­­ne­­ment russe pour contrô­­ler Inter­­net. »

Bus 37

Toutes les demi-heures, le bus numéro 37 passe par la seule route pavée de Marfino. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ce village du nord-est de Moscou paraît encore en état de siège, confit dans le silence et la boue. En 1947, il est réveillé par une noria de véhi­­cules de chan­­tier. Un grand mur est érigé autour d’un bâti­­ment en brique de trois étages qui servait de sémi­­naire avant la Révo­­lu­­tion bolche­­vique de 1917. Sorti vainqueur du conflit, au prix de millions de morts, Joseph Staline installe là un camp de travail pour scien­­ti­­fiques baptisé « Objet huit ». À la mort du « petit père des peuples », en 1953, certains sont trans­­fé­­rés à Kouchino. Cet autre centre géré par les services de sécu­­rité, dans la banlieue de la capi­­tale, devien­­dra le prin­­ci­­pal labo­­ra­­toire de recherche sur les tech­­no­­lo­­gies du surveillance.

Tout à son désir de contrôle sur les citoyens, le nouveau pouvoir lâche un peu la bride aux cher­­cheurs et distri­­bue enfin des postes aux jeunes. L’in­­for­­ma­­tique qui émerge à l’ouest n’est plus vue comme une « pseu­­dos­­cience bour­­geoise », elle repré­­sente au contraire un atout. Dans la course à l’ar­­me­­ment et à l’in­­no­­va­­tion, l’Union sovié­­tique a besoin de la puis­­sance de calcul des ordi­­na­­teurs. Les pion­­niers de la « kiber­­ne­­tika » sont enfin bien consi­­dé­­rés. Le temps où Sergueï Lebe­­dev passait pour un origi­­nal parce qu’il alignait les 1 et les 0 dans son bain est révolu. On le décore et on vante ses machines.

Crai­­gnant la contes­­ta­­tion, le Krem­­lin renâcle toute­­fois à parta­­ger l’in­­no­­va­­tion avec le commun des mortels. « Il ne fait pas grand-chose pour le déve­­lop­­pe­­ment du télé­­phone », note Andreï Solda­­tov. En 1961, l’or­­gane chargé de censu­­rer la presse et la télé­­vi­­sion, le Glav­­lit, prend en charges les écoutes par télé­­phone et télex. Il vaut alors mieux recou­­rir aux samiz­­dats, ces publi­­ca­­tions circu­­lant sous le manteau, afin de discu­­ter la ligne offi­­cielle. Et il y a de quoi dire : sous Léonid Brej­­nev, Moscou fait le choix d’in­­no­­ver davan­­tage en copiant l’Ouest honni plutôt qu’en pariant sur sa propre recherche. L’af­­faire Fare­­well, du nom de cet agent sovié­­tique retourné par la Direc­­tion de la surveillance du terri­­toire français (DST), montrera l’am­­pleur indus­­trielle de l’es­­pion­­nage.

Avant que Paris trans­­mette les rensei­­gne­­ments de cette taupe à Washing­­ton, une autre infor­­ma­­tion capi­­tale traverse l’At­­lan­­tique : lors d’un congrès inter­­­na­­tio­­nal orga­­nisé à Stock­­holm en 1974, l’in­­gé­­nieur français Louis Pouzin présente son projet Cyclades, basé sur une tech­­no­­lo­­gie appe­­lée data­­gramme. « La plupart des Améri­­­­cains », raconte-t-il, « me disaient qu’il était “bien meilleur” que les réseaux virtuels et Arpa­­­­net ! » Arpa­­net, cet ancêtre d’In­­ter­­net fondé par la Defense Advan­­ced Research Projects Agency (DARPA), intègre donc cette inno­­va­­tion née dans l’Hexa­­gone. Elle sert à bâtir les proto­­coles TCP et IP qui donnent ensuite nais­­sance à Inter­­net.

Fin 1982, ces progrès tech­­no­­lo­­giques poussent les Nations Unies à orga­­ni­­ser une confé­­rence sur les biote­ch­­no­­lo­­gies. Une invi­­ta­­tion est envoyée au Krem­­lin, qui remue ciel et terre pour trou­­ver un spécia­­liste du domaine. Anatole Klyo­­sov, 35 ans, est dési­­gné. Le biolo­­giste prend alors place devant un ordi­­na­­teur en vue d’un entraî­­ne­­ment. Avec l’aide de spécia­­listes du VNIIPAS, un insti­­tut de recherche en infor­­ma­­tique, il entre les données trans­­mises par l’ONU. Et, miracle, l’écran s’illu­­mine et se barre du message « Bien­­ve­­nue à l’uni­­ver­­sité de Stock­­holm ». Klyo­­sov n’en croit pas ses yeux. « Le siège du termi­­nal infor­­ma­­tique m’est apparu comme le poste de commande d’un cosmo­­naute », raconte-t-il au quoti­­dien Rossiys­­kaya Gazeta.

Sur l’ap­­pa­­reil, le Sovié­­tique déve­­loppe des corres­­pon­­dances avec l’Ouest et découvre une foule d’in­­for­­ma­­tions restées secrètes dans son pays. À la barbe du Glavit, il joue même le rôle de témoin dans les pages de revues améri­­caines, où appa­­raissent ainsi les premiers signes de desser­­re­­ment de l’étau idéo­­lo­­gique. La peres­­troïka (restruc­­tu­­ra­­tion) permet à quelques membres de l’Ins­­ti­­tut Kourt­­cha­­tov de recherches nucléaires de créer une société privée, Relkom, qui donne nais­­sance au premier four­­nis­­seur d’ac­­cès en Russie. Il ouvre sur l’étran­­ger via un unique ordi­­na­­teur, le Krem­­vax, relié à l’uni­­ver­­sité d’Hel­­sinki, en Finlande, grâce à la ligne inter­­­na­­tio­­nale dont dispose le fonda­­teur de l’en­­tre­­prise, Alexeï Solda­­tov, eu égard à ses fonc­­tions à l’Ins­­ti­­tut Kourt­­cha­­tov. Le Krem­­vax est installé dans le M9 qui sert aujourd’­­hui de foyer à l’in­­ter­­net russe.

Le mur

Eugene Kash­­pu­­reff est souvent au sous-sol en cet été 1997. À l’abri des regards, dans sa maison de la pénin­­sule Olym­­pique, appen­­dice monta­­gneux à l’est de Seat­tle, ce père de quatre enfants pianote sur son ordi­­na­­teur Toshiba Pentium. En quelques jours, l’Amé­­ri­­cain détourne le trafic géré par la Network Solu­­tions Inc. (NSI) vers son registre alter­­na­­tif. C’est la panique dans les bureaux de cette société fondée en 1979 par des spécia­­listes du proto­­cole TCP/IP qui a récu­­péré la gestion du système DNS, respon­­sable des noms de domaines. Jusqu’en 1993, 200 à 300 requêtes étaient trai­­tés en .com, .org ou .net. La Russie créait alors son propre moteur de recherche, Yandex. Puis, la Toile est deve­­nue vrai­­ment popu­­laire.

Alors que le nombre d’in­­ter­­nautes grim­­pait en flèche, la contrôle des noms de domaine demeu­­rait centra­­lisé. Pire, à partir de septembre 1991, le NSI s’ac­quit­­tait de cette tâche pour le compte d’une agence du gouver­­ne­­ment améri­­cain, la Defense Infor­­ma­­tion Systems Agency (DISA). Eugene Kash­­pu­­reff ne l’a pas supporté. « Sachant qu’In­­ter­­net est le medium du futur, il est de la plus grande impor­­tance que nous nous battions pour nos droits », défend-il. « Le fait que l’en­­droit où sont contrô­­lés les noms de domaine dépende toujours du gouver­­ne­­ment améri­­cain est un problème. N’im­­porte quel pays dans le monde doit se conten­­ter des deux lettres défi­­nies aux États-Unis. » Avec lui, d’autres génies d’In­­ter­­net poussent le gouver­­ne­­ment à lâcher prise.

« On ne peut pas se servir d’In­­­­ter­­­­net sans passer par le DNS, qui permet aux Améri­­cains d’en avoir le mono­­­­pole »

Cons­­cient de ses limites, ce dernier lance un appel pour « amélio­­rer le système tech­­nique des noms et adresses inter­­­net » en janvier 1998. Dans un livre blanc paru au mois de juin, il s’avoue même prêt à « trans­­fé­­rer progres­­si­­ve­­ment ses fonc­­tions » de gestion du système DNS. Une orga­­ni­­sa­­tion à but non lucra­­tif est fondée à cet effet, l’In­­ter­­net Corpo­­ra­­tion for Assi­­gned Names and Numbers (ICAAN). Pour l’avo­­cat Louis Iteanu, président d’hon­­neur de l’In­­ter­­net Society France, cet effort est loin d’être suffi­­sant. L’ICAAN, regrette-t-il, « vit sous la tutelle d’un seul gouver­­ne­­ment alors qu’elle déclame qu’elle assume la gestion mondiale d’une ressource mondiale. Elle se soumet aux fourches caudines d’in­­té­­rêts privés alors qu’elle affirme qu’elle défend l’in­­té­­rêt géné­­ral, ou plutôt arbitre entre des inté­­rêts privés au nom de la stabi­­lité du système. En tout état de cause, ce posi­­tion­­ne­­ment lui inter­­­dit de prétendre à une quel­­conque repré­­sen­­ta­­ti­­vité, autre que de papier. »

Louis Pouzin n’est pas moins sévère : « C’est une aber­­ra­­tion. On ne peut pas se servir d’In­­­­ter­­­­net sans passer par le DNS, qui est essen­­­­tiel­­­­le­­­­ment un outil permet­­­­tant aux Améri­­cains d’avoir le mono­­­­pole de l’In­­­­ter­­­­net. » Dès la nais­­sance de l’ICAAN, la Chine se lance donc dans des travaux du « Grand Fire­­wall ». Ce filtre, aussi appelé « bouclier doré », s’avère en réalité un puis­­sant instru­­ment de contrôle pour Pékin. « La censure tradi­­tion­­nelle est en train d’être rempla­­cée par une archi­­tec­­ture de surveillance massive, omni­­pré­­sente », réagit le Cana­­dien Greg Walton, du Centre inter­­­na­­tio­­nal des droits de la personne et du déve­­lop­­pe­­ment démo­­cra­­tique. « En fin de compte, le but est d’in­­té­­grer une gigan­­tesque base de données en ligne et de l’as­­so­­cier à un réseau de surveillance – ce qui inclut des tech­­no­­lo­­gies de recon­­nais­­sance vocale et faciale, de vidéo­­sur­­veillance, de cartes à puce, d’his­­to­­riques bancaires et de surveillance d’In­­ter­­net. »

À partir de 2005, Google s’en accom­­mode, offrant une version chinoise de son moteur de recherche. Trois ans plus tard, le géant améri­­cain s’ins­­talle dans le centre M9 de Moscou. Le leader­­ship de l’ICAAN ne semble alors guère contesté. Mais le vent tourne vite. Confronté à la censure, Google quitte la Chine en 2010. En Russie, Inter­­net est selon Andreï Solda­­tov « un espace complè­­te­­ment épar­­gné par la censure » avant le retour à la prési­­dence de Vladi­­mir Poutine, en 2012. Tandis qu’une vague de protes­­ta­­tion ébranle le pays, le chef d’État réunit les respon­­sables des prin­­ci­­paux acteurs de l’In­­ter­­net russe en 2014. Le moteur de recherche Yandex, le portail Mail.ru et le réseau social VKon­­takt sont repré­­sen­­tés. Ce dernier passe aux mains d’un proche de Poutine. Quant aux deux autres, « dans les deux ans et demi qui suivent cette rencontre tendue, ils expriment leur soutien au projet de souve­­rai­­neté numé­­rique », remarque Andreï Solda­­tov.

Peu à peu, les auto­­ri­­tés posent les jalons d’une plus grande auto­­no­­mie de la Toile russe. Les services web ont obli­­ga­­tion d’hé­­ber­­ger les données person­­nelles sur le terri­­toire de la fédé­­ra­­tion en 2015. L’an­­née suivante, la loi Iaro­­vaïa donne aux services de sécu­­rité un accès aux infor­­ma­­tions déte­­nues par les entre­­prises de la tech. Doré­­na­­vant, aucun nouveau service ne peut être offert sans leur accord. Au même moment, un Euro­­péen est pour le première fois nommé à la tête de l’ICANN, en l’oc­­cur­­rence le Suédois Göran Marby. Quelques mois plus tard, à la faveur des révé­­la­­tions d’Ed­­ward Snow­­den sur la surveillance de masse opérée en ligne par les États-Unis, le contrat entre le régu­­la­­teur des noms de domaine et le dépar­­te­­ment de Commerce améri­­cain prend fin. Une charte consacre même la fin de la tutelle améri­­caine dans ce domaine.

« Force est de consta­­­­ter que rien n’a changé », souffle toute­­fois Louis Pouzin. « Le pouvoir reste aux mains des Améri­­­­cains à travers le secteur privé et leurs entre­­­­prises natio­­­­nales. Cette façon de privi­­­­lé­­­­gier les GAFA (Google, Apple, Face­­­­book, Amazon) est la reli­­­­gion des États-Unis. » Face à la persis­­tance de cette hégé­­mo­­nie, le projet russe « n’ap­­pa­­raît pas comme répon­­dant à une stra­­té­­gie très bien conçue », juge Andreï Solda­­tov, pour qui un tel rideau risque de retar­­der le progrès tech­­nique, comme jadis le rideau de fer. Reste aussi à savoir si le pouvoir en a véri­­ta­­ble­­ment les moyens. Il paraît en tout cas résolu à faire un pas de côté. Au centre M9, le chan­­ge­­ment a déjà commencé.


Couver­­ture : Russian Wide Web. (Ulyces)


 

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