par Theo Padnos | 0 min | 29 octobre 2017

Sans faille ?

La plus célèbre des crypto-monnaies, le bitcoin, repré­­sente aujourd’­­hui 99 milliards de dollars dans le monde. Une somme phéno­­mé­­nale qui explique sans doute pourquoi on ne connaît toujours pas, huit ans après la créa­­tion du bitcoin, l’iden­­tité de son inven­­teur, mais unique­­ment son pseu­­do­­nyme : Sato­­shi Naka­­moto. Car, comme le souligne Jean-Paul Dela­­haye, mathé­­ma­­ti­­cien spécia­­liste des crypto-monnaies, « ce mysté­­rieux indi­­vidu possède plus de 5 % des bitcoins, c’est à dire envi­­ron cinq milliards de dollars. Il a de bonnes raisons de penser que sa sécu­­rité physique serait en danger, si sa véri­­table iden­­tité était connue. » Aussi ignore-t-on qui a inventé la block­­chain, ou « chaîne de blocs », l’ « infra­s­truc­­ture virtuelle sur laquelle repose le bitcoin », « le proto­­cole décri­­vant le fonc­­tion­­ne­­ment du réseau sur lequel cette monnaie circule », selon l’ou­­vrage de la start-up Block­­chain France, La Block­­chain décryp­­tée, les clefs d’une révo­­lu­­tion.

Qui se cache derrière Sato­­shi Naka­­moto ?
Crédits : Digi­­tal Trends

Et si le bitcoin ne peut exis­­ter sans la block­­chain, l’in­­verse n’est pas vrai. « La block­­chain a été inven­­tée pour les crypto-monnaies, puis les gens ont commencé à réflé­­chir aux moyens d’ap­­pliquer cette tech­­no­­lo­­gie à d’autres choses et le résul­­tat est très exci­­tant », affirme en effet  Clare Sulli­­van. Selon cette avocate spécia­­liste du droit infor­­ma­­tique, le poten­­tiel de la block­­chain est énorme. The Econo­­mist suggé­­rait d’ailleurs que cette tech­­no­­lo­­gie « pour­­rait chan­­ger le monde » dès 2015. La start-up Block­­chain France parle, elle, de « désin­­ter­­mé­­dia­­tion ultime ». Mais qu’est-ce que cela signi­­fie concrè­­te­­ment ? Pour le comprendre, il faut d’abord comprendre le fonc­­tion­­ne­­ment de la block­­chain. Une block­­chain permet de stocker et de trans­­mettre des données de manière tota­­le­­ment trans­­pa­­rente. Chacun de ses membres peut consul­­ter chacun des échanges qui y sont présen­­te­­ment effec­­tués, et chacun des échanges qui y ont été effec­­tués par le passé. Tous les échanges effec­­tués sur une block­­chain sont en effet enre­­gis­­trés sous forme de blocs de tran­­sac­­tions – d’où la notion de « chaîne de blocs ». Ces échanges se font de pair-à-pair. La block­­chain est une tech­­no­­lo­­gie décen­­tra­­li­­sée, qui ne comprend ni organe de contrôle, ni tiers de confiance. Exit, donc, les plate­­formes d’in­­ter­­mé­­dia­­tion telles que Uber ou Airbnb. Avec la block­­chain, les utili­­sa­­teurs peuvent effec­­tuer des tran­­sac­­tions avec un chauf­­feur ou un logeur sans commis­­sion ni inter­­­mé­­diaire. La block­­chain est en outre répu­­tée infal­­si­­fiable et ultra-sécu­­ri­­sée. « Une block­­chain est bien plus sécu­­ri­­sée qu’une base de données tradi­­tion­­nelle, c’est certain, mais elle n’est pas sécu­­ri­­sée à 100 % », nuance Clare Sulli­­van. « La trans­­pa­­rence et l’auto-contrôle créent un senti­­ment de confiance, une vérité commune qui est vali­­dée à chaque instant par les membres du réseau », remarque de son côté Jean-Paul Dela­­haye. Que se passe-t-il si une fausse infor­­ma­­tion est vali­­dée par cette commu­­nauté ? « Elle est inscrite dans la block­­chain pour toujours », répond Clare Sulli­­van. « D’une certaine manière, elle devient vraie. » « C’est le prin­­ci­­pal problème de la block­­chain », recon­­naît Jean-Paul Dela­­haye. « Par ailleurs, certaines données doivent pouvoir rester confi­­den­­tielles, même au sein d’une block­­chain. C’est pour cette raison qu’elles peuvent être chif­­frées. »

Ujo et Publiq

De toute évidence, la sécu­­rité et la confi­­den­­tia­­lité sont parti­­cu­­liè­­re­­ment impor­­tantes dans le secteur bancaire. Il n’est donc pas éton­­nant que les banques multi­­plient les initia­­tives pour exploi­­ter la tech­­no­­lo­­gie block­­chain. Dernier exemple en date, huit banques, dont les Françaises Société Géné­­rale et Natixis, ont annoncé qu’elles allaient utili­­ser cette tech­­no­­lo­­gie dans le domaine du finan­­ce­­ment du négoce. Bapti­­sée « we.trade. », la solu­­tion que ces établis­­se­­ments veulent mettre au point et distri­­buer au début de l’an­­née 2018 devrait « simpli­­fier les opéra­­tions de finan­­ce­­ment du commerce inter­­­na­­tio­­nal pour les entre­­prises en s’at­­taquant aux défis que repré­­sentent la gestion, le suivi et la sécu­­ri­­sa­­tion des tran­­sac­­tions domes­­tiques et inter­­­na­­tio­­nales ». Mais le secteur bancaire est loin d’être le seul à s’in­­té­­res­­ser de près à la block­­chain. Cette dernière offre de nouvelles pers­­pec­­tives à des secteurs aussi divers que la santé, l’au­­to­­mo­­bile, et la musique. Elle pour­­rait ainsi mettre fin aux longs mois d’at­­tente avant que les plate­­formes de strea­­ming ne daignent verser aux artistes les subsides tirés de la diffu­­sion de leurs chan­­sons, amélio­­rer la gestion souvent opaque des droits d’au­­teur et rendre moins bancals les contrats avec les maisons de disques. De quoi inci­­ter les artistes à suivre l’exemple du chan­­teur de Radio­­head, Thom Yorke, qui a vendu son album Tomor­­row’s Modern Boxes direc­­te­­ment sur un réseau de télé­­char­­ge­­ment peer-to-peer. Ou encore celui de la chan­­teuse Imogen Heap, qui a déposé son single Tiny Human sur la plate­­forme Ujo, basée sur une block­­chain appe­­lée Ethe­­reum. Pour l’ache­­ter, il faut payer en ether, une crypto-monnaie peu ou prou semblable au bitcoin.

L’al­­bum sur la plate­­forme Ujo
Crédits : Ujo Music

La block­­chain pour­­rait égale­­ment boule­­ver­­ser le secteur des médias. C’est en tout cas l’avis de Publiq, un orga­­nisme à but non lucra­­tif qui entend lutter contre la propa­­ga­­tion des fake news, ces articles mensonges qui minent les réseaux sociaux, en s’ap­­puyant sur une block­­chain pour parta­­ger des infor­­ma­­tions fiables. À chaque fois qu’un auteur publiera sur cette block­­chain, les lecteurs auront la possi­­bi­­lité d’ai­­mer, de parta­­ger ou de signa­­ler l’ar­­ticle, influant ainsi sur la répu­­ta­­tion de l’au­­teur en ques­­tion. Plus celle-ci sera posi­­tive, plus ses articles auront de chances d’être lus, et donc de lui rappor­­ter les tokens qui lui permet­­tront ensuite de publier d’autres articles. Les publi­­ci­­taires devront dépen­­ser ces mêmes tokens afin de pouvoir spon­­so­­ri­­ser certaines chaînes. Et tous les gains géné­­rés sur la plate­­forme seront redis­­tri­­bués aux four­­nis­­seurs de contenu. « À l’heure actuelle, les médias sont compo­­sés pour partie d’ins­­ti­­tu­­tion centra­­li­­sées qui censurent de nombreux conte­­nus et pour autre partie d’une vague de conte­­nus de mauvaise qualité géné­­rés par les utili­­sa­­teurs », peut-on lire sur le site de Publiq. « Une surcen­­tra­­li­­sa­­tion dange­­reuse persiste dans un marché où les rému­­né­­ra­­tions injustes et les mauvais retours utili­­sa­­teurs ne cessent d’aug­­men­­ter, l’es­­sen­­tiel de la richesse géné­­rée béné­­fi­­ciant aux inter­­­mé­­diaires. Publiq veut réta­­blir la balance du pouvoir en donnant au public le droit d’être libre d’ex­­pri­­mer leur avis. » Reste à savoir s’il va réus­­sir à le convaincre de soute­­nir le projet. Dans l’es­­poir de pouvoir le mettre en œuvre, Publiq va procé­­der à une levée de fonds… de crypto-monnaie, bien sûr.

X-Road

En dehors du secteur bancaire, s’il y a un domaine où sécu­­rité et confi­­den­­tia­­lité sont primor­­diales, c’est bien celui des rela­­tions entre les États et leurs citoyens. Or, les États réflé­­chissent eux aussi aux diffé­­rents moyens d’ex­­ploi­­ter la tech­­no­­lo­­gie block­­chain. Le gouver­­ne­­ment britan­­nique est en train d’ex­­pé­­ri­­men­­ter un système de paie­­ment des pres­­ta­­tions sociales par le biais de cette tech­­no­­lo­­gie, et selon Clare Sulli­­van, le gouver­­ne­­ment austra­­lien ne lésine pas sur les dépenses pour rempla­­cer les bases de données concer­­nant les passe­­ports et les certi­­fi­­cats de nais­­sance des citoyens par une seule block­­chain. « L’idée date de la crise des réfu­­giés syriens – les pays d’ac­­cueil veulent pouvoir véri­­fier leur iden­­tité mais leur État est complé­­ment détruit et les docu­­ments sont pratique­­ment impos­­sibles à obte­­nir de façon tradi­­tion­­nelle », précise l’avo­­cate.

Crédits : BTCMa­­na­­ger

De son côté, la banque publique russe a récem­­ment conclu un accord avec le fonda­­teur d’Ethe­­reum pour créer un système natio­­nal spécial appelé Ethe­­reum Russia. Quant à la banque centrale de Chine, qui a pour­­tant banni une méthode de levée de crypto-monnaie de plus en plus prisée, l’Ini­­tial Coin Offe­­ring, elle est en train d’ex­­pé­­ri­­men­­ter le proto­­type d’une crypto-monnaie natio­­nale. « C’est avant tout une démarche poli­­tique pour contrer bitcoin », estime le jour­­na­­liste Cyril Fiévet, auteur de l’ou­­vrage Comprendre bitcoin et les crypto-monnaies alter­­na­­tives. « Ils vont donc tout faire pour que leur monnaie ressemble à s’y méprendre au bitcoin, l’ou­­ver­­ture et la trans­­pa­­rence en moins. » La Chine pour­­rait en outre se voir dépas­­ser par un tout petit pays balte : l’Es­­to­­nie, qui veut elle aussi lancer sa propre crypto-monnaie et se trouve déjà à la pointe des « chaînes de blocs ». Dans ce pays, 95 % des foyers payent leurs impôts en ligne. Et ce grâce à un système infor­­ma­­tique décen­­tra­­lisé baptisé X-Road. Déve­­loppé en 2001, il permet à tous les services publics esto­­niens de parta­­ger leurs données en toute sécu­­rité. Toutes les données sortantes de X-Road sont signées élec­­tro­­nique­­ment et chif­­frées. Toutes les données entrantes sont quant à elles authen­­ti­­fiées et enre­­gis­­trées. L’uti­­li­­sa­­teur n’a besoin d’en­­trer une donnée qu’une seule fois sur un site de service public. Tous les autres sites enre­­gis­­tre­­ront eux aussi l’in­­for­­ma­­tion. De nombreux proces­­sus sont auto­­ma­­ti­­sés. Lorsqu’un couple a un enfant, par exemple, son numéro d’iden­­tité est généré auto­­ma­­tique­­ment. La block­­chain peut donc véri­­ta­­ble­­ment simpli­­fier la manière dont les citoyens du monde inter­­a­gissent avec leurs États. Elle pour­­rait même trans­­for­­mer la manière dont nous votons. « C’est un peu ironique comme évolu­­tion », note Jean-Paul Dela­­haye. « À l’ori­­gine, la block­­chain est promue par les liber­­ta­­riens améri­­cains, qui veulent juste­­ment se débar­­ras­­ser le plus possible de l’État. » Certains rêvent carré­­ment d’une nation virtuelle exis­­tant en-dehors de la juri­­dic­­tion d’un État souve­­rain, telle que la Bitna­­tion. Créée le 14 juillet 2014, cette plate­­forme colla­­bo­­ra­­tive alimen­­tée par Ethe­­reum entend favo­­ri­­ser un système de gouver­­nance parti­­ci­­pa­­tif tout en réno­­vant les notions de fron­­tière, de popu­­la­­tion et de l’ap­­par­­te­­nance par la nais­­sance. En octobre 2015, elle a annoncé un parte­­na­­riat avec le programme « e-resi­­dency » esto­­nien, qui permet aux non-rési­­dents d’ac­qué­­rir une natio­­na­­lité numé­­rique et de deve­­nir « e-résident » esto­­nien. La boucle est donc bouclée.


Couver­­ture : Une urne block­­chain. (DR/Ulyces)
   
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