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La présence La Poste à Slush, le plus important rassemblement de start-ups du monde, met en lumière les multiples innovations qui enrichissent le travail des facteurs.

par Ulyces | 21 novembre 2019

Cet article est publié en parte­na­riat avec La Poste.

Sous les pics du massif de Char­treuse, en Isère, un camion double le cime­tière du Fonta­nil-Cornillon, puis passe devant une rangée de maisons postées à flanc de route et de montagne. Quelques dizaines de mètres plus loin, il s’en­fonce dans les bois pour grim­per vers le sommet, aiguille verte et grise perdue dans les nuages. Le véhi­cule serpente ainsi jusqu’à Mont-Saint-Martin, dépose quelques lettres dans ce village de moins de 100 habi­tants nichés à 760 mètres d’al­ti­tude, et redes­cend aussi­tôt. Trente minutes se sont écou­lées.

Crédits : DPD France

Cette ascen­sion prend du temps. Alors elle va dispa­raître peu à peu, comme les cimes dans la brume. Jeudi 7 novembre 2019, La Poste a annoncé via sa filiale de livrai­son DPD France qu’elle ouvrait une deuxième ligne commer­ciale régu­lière pour ache­mi­ner des colis par drone. Ses livreurs peuvent désor­mais s’ar­rê­ter au Fonta­nil-Cornillon, en contre-bas, pour char­ger les paquets de moins de 2 kilos dans une boîte blanche accro­chée à un petit appa­reil sans pilote. Doté d’une auto­no­mie de 15 km, l’aé­ro­nef décolle auto­ma­tique­ment avant de rallier Mont-Saint-Martin à une vitesse de croi­sière de 35 km/h. Là, un termi­nal de livrai­son connecté reçoit le colis et prévient la mairie, dont un employé le remet ensuite au desti­na­taire. En 8 minutes, l’ap­pa­reil est déjà retourné à son point de départ sous la surveillance d’un opéra­teur quali­fié par la Direc­tion géné­rale de l’avia­tion civile (DGAC).

« En plus du gain de temps, c’est une réduc­tion du risque routier sur des routes parfois peu prati­cables en montagne, en parti­cu­lier durant l’hi­ver », fait valoir La Poste. « Pour le client, c’est la garan­tie de rece­voir son colis même lorsque la route est rendue impra­ti­cable par les préci­pi­ta­tions. » Le dispo­si­tif est éprouvé dans le Var. Depuis décembre 2016, un drone postal relie Saint-Maxi­min-la-Sainte-Baume à Pour­rières. Élaboré par la société Atech­sys, il fonc­tionne à l’élec­tri­cité et n’émet donc guère de CO2.

Hori­zon vert

Pour réduire son empreinte écolo­gique, tout en répon­dant à une demande crois­sante de livrai­son de colis à domi­cile, La Poste s’est enga­gée dans une démarche de déve­lop­pe­ment respon­sable depuis 2004. Cela l’a conduit à propo­ser un ensemble d’offres neutres en carbone à ses clients, ses four­nis­seurs et aux collec­ti­vi­tés.

Cette démarche est prolon­gée par l’en­ga­ge­ment de La Poste pour une logis­tique urbaine plus écolo­gique. La Poste travaille avec les collec­ti­vi­tés locales pour régu­ler  l’en­com­bre­ment des centres-villes engen­dré par les livrai­sons de colis ache­tés en ligne, afin que l’es­pace urbain soit resti­tué aux habi­tants. Une série d’ac­cords passés avec 19 métro­poles françaises fait émer­ger des solu­tions logis­tiques adap­tées à chaque besoin local.

Le groupe dispose par ailleurs de la plus grande flotte de véhi­cules élec­triques au monde. « À mon arri­vée, il y a quatre ans, je n’avais qu’une voiture diesel », se souvient Jérémy, facteur à Mars­sac-sur-Tarn, près d’Albi. « Main­te­nant il y a le trois roues motrices Staby et des vélos à assis­tance élec­trique. »

Enga­gée sur le chemin de la neutra­lité carbone, La Poste ne se contente pas de propo­ser des offres 100% neutres en carbone depuis 2012. Elle mesure son impact sur l’en­vi­ron­ne­ment ainsi que celui de ses pres­ta­taires pour mieux l’at­té­nuer. Depuis 2013, ses émis­sions ont chuté de 20 %. Et celles qui restent plus diffi­ciles à jugu­ler sont compen­sées par des projets de réduc­tion ou de capta­tion de carbone comme de lutte contre la défo­res­ta­tion en Dordogne et en Ardèche. Les éner­gies renou­ve­lables sont promues au Kenya et l’agri­cul­ture durable en Bretagne.

La #TeamLaPoste à Slush 2019

Début octobre, une autre filiale du groupe, Chro­no­post, a annoncé que ses 230 tour­nées seraient désor­mais effec­tuées en véhi­cules propres, élec­triques ou au gaz natu­rel. Ils sont 300 à être mis en service dans l’Hexa­gone cette année, avant le déploie­ment de 200 nouvelles unités, d’ici juillet 2020, à Stras­bourg, Lille, Rouen, Nantes, Toulouse, Bordeaux, Mont­pel­lier, Lyon, Marseille, Nice et dans la grande couronne pari­sienne. À Dijon, les voitures diesel ont été rempla­cées par des vélos à assis­tance élec­trique sur 69 tour­nées, par des véhi­cules élec­triques dans 21 cas, et 5 autres sont réali­sées à pied. L’objec­tif est de réali­ser « 20 à 25 % de la distri­bu­tion en moyen propre » en 2022, sachant que 80 000 postiers ont été formés à l’éco-conduite depuis 2007.

Pour épar­gner des kilo­mètres inutiles à ces véhi­cules, Chro­no­post veut par ailleurs déve­lop­per des « mini-dépôts » en centre-ville, où les colis seront récep­tion­nés avant d’être distri­bués à vélo, à pied ou en véhi­cule élec­trique dans un quar­tier. Il en existe déjà à Boulogne-Billan­court, à Leval­lois-Perret et dans les 14e et 20e arron­dis­se­ments de Paris. Le public peut y venir dépo­ser son cour­rier mais aussi essayer des appa­reils élec­tro­niques faci­li­tant l’en­voi et la récep­tion de colis. Colis qui pour­ront être trans­por­tés non seule­ment par des drones mais égale­ment par des chariots intel­li­gents, capables de suivre le facteur comme son ombre. En cours d’ex­pé­ri­men­ta­tion, ils portent jusqu’à 150 kilos de colis et de lettres contre 45 kilos pour un chariot clas­sique. Le livreur ne doit ainsi pas tout porter lui-même. Alors que le volume d’objets échan­gés n’a cessé d’aug­men­ter depuis la créa­tion de La Poste, lestant le sac du facteur, de nouvelles solu­tions inno­vantes sont expé­ri­men­tées pour lui appor­ter de l’agi­lité.

Services gagnants

Depuis les relais de postes insti­tués par Louis XI en 1477, La Poste a couvert les cinq coins de l’Hexa­gone avec une rapi­dité crois­sante. Un mouve­ment engagé bien avant le lance­ment des drones vers Mont-Saint-Martin. À la fin du XIXe siècle, alors que la voiture était encore au stade de proto­type, le minis­tère des Postes a créé des établis­se­ments auxi­liaires pour amélio­rer son maillage du terri­toire et atteindre les endroits les plus recu­lés. Sans quoi, leurs habi­tants ne rece­vaient pas leurs cour­riers. Puis le groupe s’est diver­si­fié.

Aujourd’­hui, La Poste est dotée de cinq branches : la Caisse d’épargne postale fondée en 1881 a donné nais­sance à la Banque postale, le déve­lop­pe­ment des échanges inter­na­tio­naux a favo­risé la créa­tion de GeoPost, l’ex­ten­sion de la zone de distri­bu­tion a entraîné la créa­tion du Réseau La Poste et une Branche numé­rique est venue s’oc­cu­per des acti­vi­tés déma­té­ria­li­sées, sans oublier la Branche Services-Cour­riers-Colis. Un boule­ver­se­ment d’am­pleur est à l’œuvre pour ces derniers. Alors que les lettres repré­sen­taient 70 % de l’ac­ti­vité postale en 1990, leur part a chuté à 40 % en 2010 et elle devrait conti­nuer à dévis­ser pour atteindre 20 % en 2020. Dans le même temps, le nombre de colis augmente : il était en hausse de 8 % à l’été 2018 par rapport l’an­née précé­dente.

Avec la start-up ExactCure, soute­nue par La Poste

Dans son plan stra­té­gique, La Poste se donne pour ambi­tion de deve­nir la première entre­prise de services de proxi­mité humaine. En s’ap­puyant sur son cœur de métier, elle veut répondre à diffé­rentes attentes de la société. Ses services s’orientent vers les personnes âgées dont le nombre grimpe en France. Avec l’es­sor du e-commerce, des oppor­tu­ni­tés sont aussi à saisir dans la logis­tique urbaine, notam­ment à l’in­ter­na­tio­nal. Inter­net donne l’op­por­tu­nité au groupe de jouer le rôle de tiers de confiance auprès du grand public et des entre­prises : autre­ment dit, il se place en posi­tion de garant des échanges numé­riques dans le cadre de la moder­ni­sa­tion de l’ac­tion publique. La Poste protège et prévient des risques avec La Banque postale.

Le facteur ne se contente plus de livrer. Il peut aussi rendre des visites régu­lières aux personnes âgées isolées dans le cadre du dispo­si­tif « Veiller sur mes parents », agré­menté d’une téléas­sis­tance, grâce à un équi­pe­ment connecté installé au domi­cile. « On est plus intime avec les gens », se réjouit Yohan Noclercq, facteur à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. La tablette Ardoiz donne aux seniors la possi­bi­lité de rester connec­tés avec leurs proches. À partir de 2021, l’hô­tel des postes de Stras­bourg sera trans­formé en rési­dence pour personnes âgées, dotée de 84 appar­te­ments, une concier­ge­rie, une blan­chis­se­rie et un restau­rant. Une ving­taine d’autres bâti­ments pour­raient ainsi être recon­ver­tis.

En prenant une parti­ci­pa­tion majo­ri­taire dans Axeo Services en 2016, La Poste s’est donné les moyens de four­nir « une gamme complète de services autour de la maison, du main­tien à domi­cile et de la vie quoti­dienne », du jardi­nage au ménage. Il a racheté Asten Santé, « l’un des leaders français de la pres­ta­tion de santé à domi­cile » et accom­pagne la crois­sance d’ExactCure, une société propo­sant un jumeau numé­rique aux patients qui voudraient prévoir la réac­tion de leur orga­nisme à un médi­ca­ment. « Ça permet d’ima­gi­ner l’ef­fet d’un trai­te­ment », expose Vanessa Choc­teau, direc­trice du programme French IoT, qui accé­lère le déve­lop­pe­ment de start-ups. Ces jeudi 21 et vendredi 22 novembre, elle est au salon de nouvelles tech­no­lo­gies finlan­dais Slush avec quelques start-ups triées sur le volet. L’in­no­va­tion de La Poste passe par ces colla­bo­ra­tions et par le rachat d’en­tre­prises en pointe dans leur domaine.

Crédits : Doca­post/French IoT

Une fois l’in­té­gra­tion de la société de conseil Écono­mie d’Éner­gie ache­vée cette année, certains facteurs seront formés pour réali­ser des diagnos­tics éner­gé­tiques chez les parti­cu­liers et pour les conseiller sur les travaux à effec­tuer de manière à ratio­na­li­ser leur consom­ma­tion éner­gé­tique. « Cela pour­rait repré­sen­ter à terme envi­ron l’équi­valent de 300 emplois temps plein », juge Philippe Dorge, direc­teur de la branche Services-Cour­rier-Colis.

Sur sa tour­née, le facteur va empor­ter des camé­ras et des capteurs avec lui. À travers sa filiale Geop­tis, La Poste propose aux collec­ti­vité plusieurs solu­tions pour contrô­ler l’état des routes, mesu­rer la qualité de l’air ou encore la couver­ture des réseaux de télé­pho­nie mobile. Les données des audits de voiries sont trans­mises à un data center et diffu­sées dans une cellule de vidéo­co­dage, basée au Mans et héber­geant une petite dizaine de postiers formés au recen­se­ment des dégra­da­tions de la voirie. Pour l’ana­lyse des autres données, Geop­tis travaille divers spécia­listes dont Probayes, une autre filiale du groupe experte en intel­li­gence arti­fi­cielle.

Écran total

Avant de pouvoir embarquer des capteurs ou de se faire accom­pa­gner par un chariot suiveur, les facteurs ont été munis d’un smart­phone : Factéo. Depuis 2016, il leur permet de faire signer les objets suivis comme les recom­man­dés, d’iden­ti­fier les procu­ra­tions en cas d’ab­sence ou de suivre les réex­pé­di­tions. Leur tour­née figure sur l’écran. « Il y a un histo­rique de tous les objets sécu­ri­sés qu’on a distri­bués et les pres­ta­tions à réali­ser », décrit Jérémy. « Tout est centra­lisé, il n’y a plus de papier et c’est plus rapide à trai­ter. » Une messa­ge­rie et une palette d’ap­pli­ca­tions viennent ainsi en aide aux 70 000 facteurs qui possèdent chacun leur appa­reil.

Pour la direc­tion de la Branche Services-Cour­rier-Colis, la filiale du groupe dédiée à la trans­for­ma­tion numé­rique, c’est « un outil formi­dable pour rentrer en rela­tion avec son facteur, en tant que client – et pour La Poste, de pouvoir deman­der à son facteur de faire d’autres tâches en complé­ment de celles tradi­tion­nelles et qui concourent à enri­chir la rela­tion avec ses clients. » Le contact instan­tané offert par Factéo faci­lite la livrai­son d’une grande variété de produits et sert de support aux services de proxi­mité tels que les visites aux personnes âgées isolées.

Ces données sont proté­gées mais ce ne sont pas les seules : Doca­poste, la filiale de La Poste dédiée à la trans­for­ma­tion numé­rique a déve­loppé une iden­tité numé­rique offrant à chacun un iden­ti­fiant unique pour accé­der à une kyrielle de démarches. Grâce à une appli­ca­tion, les déten­teurs de cette Iden­tité Numé­rique peuvent utili­ser les services de La Poste mais aussi, via France Connect,  des impôts, de l’as­su­rance mala­die, de l’as­su­rance retraite ou encore du minis­tère de l’In­té­rieur. Afin d’en dispo­ser, sans mot de passe, il faut s’en­re­gis­trer sur le site L’Iden­tité Numé­rique à l’aide d’une photo de sa pièce d’iden­tité française. Les infor­ma­tions devront ensuite être véri­fiées au bureau de poste ou par un facteur au domi­cile, à l’aide de Factéo.

Deux facteurs de La Poste dans un couloir de Slush

Ce service gratuit, censé éviter les usur­pa­tions d’iden­tité, proté­ger les données person­nelles et simpli­fier les démarches, est utilisé par quelque 250 000 personnes. Elles possèdent le même iden­ti­fiant pour deman­der une carte grise, consul­ter le solde de leur permis à points, accé­der à leur compte de forma­tion, où inscrire leur enfant à l’école. La plate­forme devrait bien­tôt permettre de sous­crire aux offres de banques, mutuelles ou de télé­pho­nie mobile, en confor­mité avec le règle­ment euro­péen pour l’iden­ti­fi­ca­tion élec­tro­nique (eIDAS).

Dans un même souci de regrou­pe­ment des démarches, et de sécu­ri­sa­tion des données, La Poste a lancé un parte­na­riat avec le minis­tère de l’In­té­rieur, le 15 novembre 2019, qui permet aux étudiants d’ex­por­ter leurs attes­ta­tions de diplôme depuis le site diplôme.gouv.fr vers la boîte aux lettres numé­rique Digi­poste. Ces docu­ments rejoin­dront ainsi les copies de cartes d’iden­ti­tés, de passe­ports, de justi­fi­ca­tifs de domi­ciles ou de rele­vés de comptes qui peuvent y être réunis et clas­sés selon leur nature. Plus de 3,7 millions d’in­di­vi­dus s’en servent.

La Poste repère les inno­va­tions en germe par le biais du programme French IoT. « Nous pratiquons le foison­ne­ment », indique sa direc­trice, Vanessa Choc­teau. « L’in­no­va­tion naît des postiers qui sont en contact avec les gens tous les jours, nous rache­tons des entre­prises, et le programme French IoT repère des briques tech­no­lo­giques pour enri­chir nos services. » La société Stimergy béné­fi­cie par exemple d’un accom­pa­gne­ment de La Poste. Elle conçoit des data centers propres en plon­geant ses serveurs infor­ma­tiques dans un fluide qui se charge des calo­ries et les trans­forme en chauf­fage ou en eau chaude. « Grâce à La Poste, nous avons des rendez-vous avec des inves­tis­seurs, des forma­tions, des faisons des tests », sourit son fonda­teur, Chris­tophe Perron.

Au sein de La Poste, « il y a déjà eu une trans­for­ma­tion numé­rique et beau­coup d’in­no­va­tions depuis que je suis arrivé il y a quatre ans », constate Jérémy. Elle compte sur ses 270 filiales pour conti­nuer à inno­ver et suit de près de nombreuses start-ups. En novembre 2019, la société LivingPa­ckets a reçu le prix de l’in­no­va­tion lors du CES Unvei­led Paris 2020 dans la caté­go­rie « Tech for a Better World ». Avec l’aide de La Poste et de son programme d’in­no­va­tion French IoT, elle a déve­loppé The Box, un embal­lage géolo­ca­lisé, sécu­risé grâce à un système de verrouillage à caméra embarquée, et réuti­li­sable près de 1 000 fois.

Il y a donc une chance pour retrou­ver ses colis un jour dans les drones qui montent vers Mont-Saint-Martin, pendant que le véhi­cule propre du livreur contrô­lera l’état de la route et de l’air. Cela devrait lui lais­ser le temps de s’oc­cu­per de personnes âgées comme des autres, et de propo­ser une palette de solu­tions aux parti­cu­liers afin que leur envi­ron­ne­ment soit plus sain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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