par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 7 juin 2016

Les propos ayant servi à réali­­ser cette histoire ont été recueillis par Arthur Scheuer au cours d’un entre­­tien avec Seth Ferranti. Les mots qui suivent sont les siens. Je ne me suis jamais consi­­déré comme un crimi­­nel, je me consi­­dère comme un hors-la-loi. Un hors-la-loi, c’est quelqu’un qui enfreint une loi lorsqu’il a la convic­­tion qu’elle est mauvaise. Un crimi­­nel tient plus du psycho­­pathe, il n’hé­­site pas à jouer de son flingue. Je ne ferais jamais un truc pareil. Si j’ai vendu de la marijuana et du LSD, c’est parce que je pensais – et je le pense toujours – que le monde finira par arri­­ver à la conclu­­sion que ce genre de drogues ne devraient pas être inter­­­dites. Quand je dealais de la drogue, j’étais un hors-la-loi, pas un crimi­­nel.

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Seth a écrit l’es­­sen­­tiel de son œuvre en prison
Crédits : Seth Ferranti

Rock star

Quand j’étais gamin, je jouais dans des groupes. Je chan­­tais, je jouais de la guitare. J’ai toujours eu une nature créa­­tive ; j’écri­­vais de la poésie et je me prenais pour Jim Morri­­son. J’avais 13 ans, c’était mon héros. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être une rock star. Mais il faut croire que je ne chan­­tais pas assez bien pour atteindre ce niveau. Il a fallu que je trouve un autre moyen de m’ex­­pri­­mer : je suis devenu trafiquant de drogue. J’ai grandi dans la banlieue de L.A., et à l’époque, je suivais les Grate­­ful Dead. J’étais fan du groupe et je me suis rappro­­ché d’une bande de types qui les suivaient en tour­­née. On les appe­­lait les Deadheads, et ces mecs prenaient beau­­coup d’hé­­roïne. J’avais 16 ans quand j’ai décou­­vert ce milieu, et les types que j’ad­­mi­­rais n’avaient pas plus de 19 ou 20 ans.

Lorsque j’ai commencé à traî­­ner avec eux, ils dealaient de la marijuana et du LSD – je les ai pris pour exemple et je m’y suis mis. C’étaient des modèles, pour moi. Ensuite ils se sont mis à trafiquer d’autres drogues, comme la coke et l’hé­­roïne, et sont deve­­nus accros. Ça les a mis en porte-à-faux avec leurs four­­nis­­seurs. Moi, je rame­­nais de l’argent, eux, ils se défonçaient. Du coup, les four­­nis­­seurs les ont mis hors-jeu et ont fini par faire exclu­­si­­ve­­ment affaire avec moi. J’étais très jeune, mais j’ai foncé. Et mes amis junkies – car si tu touches à l’héro, c’est ce que tu deviens – se sont mis à bosser pour moi. Je suis heureux de n’avoir jamais essayé l’hé­­roïne, car si ça avait été le cas, j’au­­rais plongé. J’en étais bien conscient et c’est pour ça que j’ai préféré m’en tenir aux hallu­­ci­­no­­gènes et à la marijuana.

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L’avis de recherche émis contre Seth Ferranti

Malgré tout, je prenais beau­­coup de drogue. J’étais constam­­ment défoncé, témé­­raire et impru­dent. Mes parents, ma famille, mes amis, la commu­­nauté : je n’en avais rien à foutre. Je ne me souciais de rien ni de personne, et surement pas de moi-même vu les ennuis dans lesquels je me four­­rais. D’un côté, je foutais ma vie en l’air – 21 ans de prison m’ont donné le temps d’y réflé­­chir –, mais d’un autre, je me dis que ça n’était pas étran­­ger à ce qu’é­­tait l’Amé­­rique à l’époque, à l’am­­biance. Mes conne­­ries viennent peut-être de ça. J’avais compris quelque chose qui échap­­pait encore aux autres. Avant que les cartels ne commencent à ache­­mi­­ner la drogue direc­­te­­ment sur le terri­­toire, ce sont des types comme ceux que je fréquen­­tais qui allaient la cher­­cher là-bas. Ils faisaient entrer de la weed et du haschisch dans le pays depuis les années 1970, et ont fini par la culti­­ver à la maison. Quand je repense à eux… C’était des pion­­niers.

J’ai trafiqué de la marijuana et du LSD en grosse quan­­tité pendant trois ans. Il ne faut pas se leur­­rer : une bonne partie du succès d’une entre­­prise est dû aux personnes sur lesquelles vous tombez, à la chance, au fait de se trou­­ver au bon endroit au bon moment. À 16 ans, j’ai rencon­­tré une bande de Mexi­­cains, des fumeurs de marijuana. J’avais assez d’argent en poche pour leur en prendre 10 ou 12 kilos à 200 dollars le kilo, mais ils me l’ont fait entre 50 et 100 dollars. Je n’en reve­­nais pas. Ils me disaient : « Mec, on va faire du busi­­ness ensemble. » Pour moi qui n’étais même pas majeur, c’était incroyable. Ils me faisaient confiance. Je crois que c’était dû à ma façon de me tenir, à la façon dont je me compor­­tais avec eux. Mais inté­­rieu­­re­­ment, il arri­­vait que je me dise : « Putain, tu dois 40 000 dollars à un mec ! » Les types me faisaient une avance, mais ils voulaient revoir leur argent – normal. Ça me pous­­sait à me dépas­­ser. Ils me lais­­saient un ou deux mois pour les rembour­­ser inté­­gra­­le­­ment. À l’époque, je me faisais entre 20 000 et 30 000 dollars par mois. Ce n’est pas rien, quand on a 17 ans. Mais j’étais à fond… J’ai toujours été à fond pour tout, ça fait partie de ma nature. Et j’avais un but : je voulais deve­­nir million­­naire avant mes 21 ans. C’était mon rêve. Je ne l’ai jamais atteint parce que je me suis fait coffrer à 19 ans, mais avant ça, j’étais sur la bonne voie.

Sans arme

On me demande souvent si j’ai­­mais ce que je faisais. En vérité, j’es­­sayais juste de joindre les deux bouts. J’étais à New York derniè­­re­­ment avec un de mes potes qui a fait de la taule lui aussi, un ancien trafiquant de drogue. Même après tout ça, on est d’ac­­cord pour dire que rien ne vaut d’être trafiquant de drogue. Honnê­­te­­ment, ça me manque. Mais j’ai retenu la leçon et je ne risque pas de repar­­tir là dedans – il faudrait que je sois vrai­­ment déses­­péré pour replon­­ger. J’ai assez de projets légaux pour m’en prému­­nir. Mais bon, être dealer, c’était comme être une rock star. ulyces-ferrantiitw-06-1 Je n’ai jamais tué personne. J’étais un hors-la-loi tota­­le­­ment non-violent. Vous vous deman­­dez sûre­­ment comment c’est possible. Dans la culture Deadhead, tout le monde faisait en sorte d’être le plus sympa possible et de répandre le plus de bonté autour de lui. Ca faisait partie de l’ADN du groupe. Mais bien sûr, ça ne suffit pas, il faut être rusé. Quand on fait partie de la pègre, il faut bien choi­­sir les cercles dans lesquels on évolue. Mon meilleur allié quand j’écou­­lais de la dope, c’était la discré­­tion. Je n’étais jamais deux fois au même endroit au même moment. Les gens n’étaient jamais au courant de mes mouve­­ments : j’étais insai­­sis­­sable. Je traî­­nais dans des univer­­si­­tés, mais jamais les mêmes, et je refu­­sais de dire à quiconque où je créchais et où je passais mon temps, car ils savaient tous que je vendais de la drogue. Certains d’entre eux auraient aimer s’en prendre à moi, mais je ne leur lais­­sais aucune chance. Tout ça à la force de mon esprit, pas besoin de flingue pour ça. On ne s’en est jamais pris à moi, on ne m’a jamais rien volé, et je n’ai jamais eu besoin de flingue. Je me four­­nis­­sais souvent dans le Kentu­­cky, j’y prenais des kilos de weed locale. J’avais quelques bons amis qui opéraient dans le coin. Et il m’est arrivé de me retrou­­ver à la nuit tombée au beau milieu des collines du Kentu­­cky pour ache­­ter 10 ou 15 kilos de produit d’ex­­cel­­lente qualité. On se retrou­­vait là et ils étaient tous cali­­brés, sauf moi. Après, je sais manier un flingue, juste, je n’ai jamais ressenti le besoin d’en porter un. ulyces-ferrantiitw-05-1

LISEZ ICI LA SUITE DE L’HISTOIRE

COMMENT SETH FERRANTI EST DEVENU ÉCRIVAIN EN PRISON

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Traduit de l’an­­glais par Tancrède Cham­­braud, Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’in­­ter­­view de Seth Ferranti réali­­sée par Arthur Scheuer. Couver­­ture : Seth Ferranti.


 

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