par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 29 août 2014

Pouvez-vous nous racon­­ter comment le Nieman Lab a été créé ?

Nous sommes à Harvard et Harvard n’a pas d’école de jour­­na­­lisme. Il y a 75 ans à peu près, l’homme qui avait créé le Milwau­­kee Jour­­nal, dans le Wiscon­­sin, est décédé et sa femme l’a suivi peu de temps après. Dans son testa­­ment, elle a offert à Harvard une somme d’argent pour fonder un programme de bourse de recherche et d’étude pour les jour­­na­­listes des États-Unis et du monde entier. Ils vien­­draient à Harvard pour étudier pendant une année ce qu’ils souhai­­te­­raient. Voilà l’idée derrière le Nieman Fellow­­ship Program. J’étais un des Nieman Fellows de 2007 à 2008 et à la fin de mon année de recherche, la Nieman Foun­­da­­tion m’a demandé de créer le Nieman Lab. Pour résu­­mer, nous étions conscients que le monde du jour­­na­­lisme était en train de chan­­ger — et il chan­­geait très rapi­­de­­ment grâce aux nouvelles tech­­no­­lo­­gies et à inter­­­net. Nous voulions mieux comprendre ces chan­­ge­­ments. Quand je dois nous décrire, je dis souvent que nous sommes à 85 % une salle de presse, à 15 % un think tank. Nos sujets de réflexion tournent autour du jour­­na­­lisme et de la manière dont l’ac­­tua­­lité est écrite, décou­­verte, parta­­gée, distri­­buée, rému­­né­­rée… et bien entendu, comment tout cela est en train de chan­­ger.

Comment le labo­­ra­­toire influence-t-il la recherche et l’en­­sei­­gne­­ment de la Nieman Foun­­da­­tion ?

Il est assez diffi­­cile de parler d’en­­sei­­gne­­ment ici car nous n’avons pas d’étu­­diant ou de faculté, puisque Harvard n’a pas d’école de jour­­na­­lisme. Notre audience prin­­ci­­pale ne vient pas tant des étudiants ou des stagiaires : nos lecteurs sont ceux qui viennent sur notre site.

Travaillez-vous alors avec des médias ?

Bien sûr ! Comme nous sommes un labo­­ra­­toire public, nous écri­­vons des choses que tout le monde peut lire, jour­­na­­listes ou médias. Nous espé­­rons toujours que nos lecteurs apprennent des choses avec ce que nous écri­­vons. Cela dit, nous rece­­vons aussi des coups de fil de la part de médias qui nous demandent de les aider à trou­­ver la meilleure manière de gérer telle ou telle ques­­tion et nous essayons de les aider du mieux que nous le pouvons. Nous conser­­vons néan­­moins l’ADN d’une agence de presse : nous essayons de rendre publique la grande majo­­rité de ce que nous faisons.


ulyces-harvard-03
Campus
Harvard Univer­­sity
Crédits : Samir Luther

Est-ce que votre champ de recherche ne concerne que la presse améri­­caine ?

Je dirais que 90 % de ce que nous faisons concerne le jour­­na­­lisme anglo­­saxon et même, le jour­­na­­lisme améri­­cain. Nous regar­­dons quelque fois ce qui se passe au Canada ou au Royaume-Uni. Nous avons publié la semaine passée notre 4300e article et sur ces 4300 articles, seule­­ment quelques centaines concernent la presse en-dehors des États-unis. Nous avons parlé hier par exemple d’un repor­­ter en Alle­­magne, d’un corres­­pon­­dant aux Pays-Bas, nous avons fait quelques recherches sur les modèles fondés sur le crowd-funding qui se sont déve­­lop­­pés en Europe — en Scan­­di­­na­­vie, en Alle­­magne ou en Espagne, par exemple. Le reste de notre produc­­tion se consacre à ce qui se passe aux États-Unis… et la première raison est assez simple à comprendre : nous parlons anglais ! Mais il y a autre chose : la presse améri­­caine a été boule­­ver­­sée en premier et de manière très radi­­cale et c’est assez inté­­res­­sant d’ailleurs de voir comment d’autres pays rencontrent les mêmes problèmes en différé.

Pensez-vous que la presse améri­­caine est désor­­mais en avance sur la manière de faire vivre un média ?

Je dirais que l’éco­­sys­­tème des médias améri­­cains est le plus avancé parce que le marché est énorme. Le pays est telle­­ment vaste que l’on trouve toujours de bonnes raisons pour appor­­ter de l’in­­for­­ma­­tion à des audiences de niche. Comme je l’ai dit, le vieux busi­­ness-model des jour­­naux papiers a été détruit par Inter­­net : cela a permis de faire émer­­ger de nouvelles idées. Ce n’est peut-être pas vrai sur tous les aspects du jour­­na­­lisme, mais je pense que ces diffé­­rents éléments font que nous sommes un peu plus loin dans le proces­­sus de réin­­ven­­tion aux États-Unis que dans les autres pays.

J’ai­­me­­rais vous poser quelques ques­­tions sur le fameux rapport du New York Times que vous avez longue­­ment commenté. Pourquoi peut-on dire qu’il s’agit d’un docu­­ment essen­­tiel pour le jour­­na­­lisme ?

Je pense que c’est impor­­tant parce que les problèmes du New York Times sont les problèmes de toutes les agences de presse tradi­­tion­­nelles dès le moment où elles ont été confron­­tées à Inter­­net. Bien sûr, il y a des nuances, des équipes diri­­geantes diffé­­rentes, de meilleures ou de moins bonnes déci­­sions prises à tel ou tel moment, mais le problème fonda­­men­­tal est souvent le même : prendre une agence de presse qui ne vit que du papier, de la radio ou de la télé­­vi­­sion et faire en sorte que le nouvel objec­­tif soit le numé­­rique. C’est un problème cultu­­rel que le rapport du New York Times décrit et que l’on voit repro­­duit dans tous les médias tradi­­tion­­nels.

Forcer ces conver­­sa­­tions à avoir lieu, confron­­ter les jour­­na­­listes web et les jour­­na­­listes papier, je pense que cela a été une grande chance.

C’était impor­­tant que l’on voit aussi que tout ce qui est décrit dans ce rapport se produit un peu partout, et parti­­cu­­liè­­re­­ment au New York Times. Cette agence de presse est l’une des plus recon­­nues au monde et il était inté­­res­­sant de voir qu’elle avait les mêmes problèmes que tous les autres médias. C’est un docu­­ment interne passion­­nant et je pense qu’il fallait que ces soucis, ces ques­­tions et ces réponses soient rendues publiques. Et pour­­tant, ce n’était même pas un rapport qui aurait dû être distri­­bué à tous les jour­­na­­listes du New York Times : au contraire, il était réservé aux diri­­geants. C’est un peu du consul­­ting gratuit pour toute la presse parce qu’elle peut voir les résul­­tats de la recherche et commen­­cer à discu­­ter des problè­­mes… et des solu­­tions.

Pensez-vous qu’il peut donner des clefs aux médias pour qu’ils réus­­sissent leur conver­­sion numé­­rique ?

Il y a deux problèmes dans les médias aujourd’­­hui : les premiers sont de l’ordre de la stra­­té­­gie, les seconds sont cultu­­rels. Certaines agences de presse sont nées dans une autre ère, pour utili­­ser un média diffé­rent. Le bascu­­le­­ment cultu­­rel est souvent plus diffi­­cile à opérer que des déci­­sions qui n’ont trait qu’au busi­­ness ou à la tech­­nique. Quand vous avez un groupe de personnes qui a sa manière de faire les choses, sa manière d’être remarqué ou d’être récom­­pensé, les choses qui doivent chan­­ger son diffi­­ciles à verba­­li­­ser. Et je pense que ce rapport a permis d’ou­­vrir la conver­­sa­­tion. J’ai entendu beau­­coup de rédac­­teurs en chef affir­­mer qu’ils avaient fait de ce rapport une lecture obli­­ga­­toire pour tous leurs jour­­na­­listes. D’autres ont lu le docu­­ment et ont clai­­re­­ment vu qu’ils avaient les mêmes problèmes que le New York Times. Forcer ces conver­­sa­­tions à avoir lieu, confron­­ter les jour­­na­­listes web et les jour­­na­­listes papier, je pense que cela a été une grande chance.

Il est écrit dans le rapport que l’im­­por­­tance de la page d’ac­­cueil d’un site web a baissé ces dernières années, mais il est aussi écrit que seule­­ment 10 % du trafic du New York Times vient des réseaux sociaux. Comment expliquez-vous cela ?

C’est inté­­res­­sant. Si l’on remarque cela, on peut dire que le Times est en retard… Ils ont toujours plus d’un tiers de leur trafic venant de gens qui arrivent sur la page d’ac­­cueil. Ils n’ont pas réussi à atti­­rer le trafic venant des réseaux sociaux. Si vous regar­­dez un site comme celui de The Atlan­­tic, où à peu près 12 % des visites viennent de la page d’ac­­cueil, vous pouvez commen­­cer à réflé­­chir à d’autres modèles. Une partie de l’ex­­pli­­ca­­tion vient du fait que le New York Times est une marque excep­­tion­­nel­­le­­ment forte et qu’en plus, ce n’est pas mauvais d’avoir une page d’ac­­cueil qui génère du trafic. C’est simple­­ment que les lecteurs plus jeunes ne sont pas habi­­tués à cela, ils consultent l’ac­­tua­­lité depuis les réseaux sociaux. Je pense que le Times verra aussi son audience sur la page d’ac­­cueil bais­­ser, et c’est déjà en train de se produire : la ques­­tion est de savoir comment ils parvien­­dront à équi­­li­­brer cette baisse en captant l’au­­dience des réseaux sociaux.

D’ailleurs, les rédac­­teurs du rapport emploient souvent le terme « trafic ». Est-ce encore perti­nent à une époque où la publi­­cité sur inter­­­net chute ?

Eh bien cela a toujours de l’im­­por­­tance, dans la mesure où même les nouvelles formes de publi­­cité en ligne ont besoin d’une masse d’uti­­li­­sa­­teurs. C’est donc une donnée valable. Si l’on parle de contenu spon­­so­­risé, qu’on oppo­­se­­rait à la publi­­cité affi­­chée rému­­né­­rée sur la base des CPM, nous avons toujours besoin de savoir combien de personne la lise. Et le Times a été l’un des médias les plus perfor­­mants en termes de reve­­nus géné­­rés unique­­ment par les lecteurs, grâce à l’ins­­crip­­tion au format numé­­rique. Cela a été un déve­­lop­­pe­­ment très posi­­tif pour le jour­­nal : le lecto­­rat est toujours une donnée impor­­tante, même quand nous ne parlons pas de publi­­cité.

ulyces-harvard-02
Law School Library
Harvard Univer­­sity
Crédits : Samir Luther

Dans un autre registre, pensez-vous que ce soit bon que le jour­­na­­liste soit au centre de la diffu­­sion de ses articles ?

Je pense que c’est de plus en plus néces­­saire, qu’im­­porte que ce soit bon au mauvais. Beau­­coup de jour­­na­­listes n’aiment pas le faire et conti­­nue­­ront à ne pas aimer le faire. D’autres vont faire ça natu­­rel­­le­­ment. Quand vous êtes dans un maga­­zine comme le New York Times, le Guar­­dian ou Le Monde, géné­­ra­­le­­ment, c’est parce que vous appré­­ciez l’image de marque de l’une de ces insti­­tu­­tions et non parce que vous souhai­­tez construire votre propre marque, votre propre stra­­té­­gie sur les réseaux sociaux. Vous voulez être un rouage dans cette magni­­fique machine. Certaines personnes qui écrivent pour le New York Times vont donc détes­­ter faire autre chose que cela. D’autres, notam­­ment ceux qui ont déve­­loppé leur poten­­tiel person­­nel pour diffu­­ser leur contenu, vont prendre de petites déci­­sions qui, l’une après l’autre, vont amener à de grandes avan­­cées. Bien sûr, ce n’est pas vrai­­ment quelque chose que l’on fait pour avoir un retour sur inves­­tis­­se­­ment, c’est plus une manière de faire comprendre aux jour­­na­­listes que les réseaux sociaux sont l’un des prin­­ci­­paux accès à l’in­­for­­ma­­tion aujourd’­­hui et une manière de promou­­voir une histoire.

Est-ce encore possible aujourd’­­hui d’être jour­­na­­liste sans rien connaître au busi­­ness des médias ?

C’est sûre­­ment possible, en tout cas j’en connais beau­­coup ! (rires) Je ne pense pas que ce soit dési­­rable en revanche. Ou que cela l’a déjà été. Il y a eu une époque où l’on tirait une certaine fierté de ne pas savoir comment les autres roues d’un jour­­nal tour­­naient… Evidem­­ment, il n’est pas ques­­tion de connaître le busi­­ness du jour­­na­­lisme dans le sens où l’on saurait combien d’argent a rapporté telle ou telle campagne de publi­­cité ou s’il est bon d’avoir plus de publi­­ci­­tés pour des voitures, moins pour des emplois etc. Ce ne sont pas les éléments impor­­tants. Ce qui est impor­­tant, c’est que lorsque les jour­­na­­listes pensent busi­­ness, ils ont tendance à inclure derrière ce terme tout le proces­­sus de distri­­bu­­tion de leur travail. Avant, nous ne savions pas où les jour­­naux seraient livrés ni comment une histoire avait atteint son lecto­­rat. Et cela, c’est préci­­sé­­ment une partie du busi­­ness que les jour­­na­­listes devraient consi­­dé­­rer avec la plus grande atten­­tion. Vous pouvez être un jour­­na­­liste et igno­­rer tout cela, oui, mais vous ne serez pas aussi bon que vous pour­­riez l’être : vous voulez savoir comment toucher votre lecto­­rat et comment vous pour­­rez le toucher de manière encore plus effi­­cace. Cela influe sur le travail que vous faites et sur la manière dont vous le faites.

Pensez-vous qu’un média peut se déve­­lop­­per dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec les médias ?

C’est ce que tout le monde recherche, oui. Des reve­­nus qui ne se fondent ni sur les abon­­ne­­ments, ni sur la publi­­cité. Les événe­­ments sont de bonnes portes d’en­­trée. Je me demande simple­­ment quel est le poten­­tiel, en termes de béné­­fices. Vien­­dra bien un moment où il y aura trop d’évé­­ne­­ments ! Cela dit, je suis content de voir de l’éner­­gie inves­­tie là-dedans, parce que tradi­­tion­­nel­­le­­ment, les médias sont disper­­sés géogra­­phique­­ment. Chaque ville améri­­caine a son jour­­nal, sa chaîne de télé­­vi­­sion et quelque chose qui fonc­­tionne pour un jour­­nal au Kansas pour­­rait fonc­­tion­­ner pour un autre jour­­nal dans l’Ore­­gon ou au Texas. C’est ce qui est bon dans l’ex­­pé­­ri­­men­­ta­­tion : si quelqu’un réus­­sit, cela pourra être utilisé par d’autres publi­­ca­­tions. Il y a déjà quelques réus­­sites ponc­­tuelles d’ailleurs, quand les médias proposent à des busi­­ness locaux de faire des opéra­­tions de commu­­ni­­ca­­tion lors d’évé­­ne­­ments : c’est un secteur en augmen­­ta­­tion. C’est encore peu répandu et je pense que c’est bien plus simple d’im­­po­­ser ce type d’évé­­ne­­ment si vous avez une audience d’élite, comme on l’ap­­pelle ici, des hommes d’af­­faire par exemple. Le New York Times a cette audience et a donc plus d’op­­por­­tu­­ni­­tés qu’un quoti­­dien local.

Pensez-vous que les médias sont toujours effrayés à l’idée d’ex­­pé­­ri­­men­­ter, d’al­­ler vers l’in­­connu ?

Ils sont moins effrayés qu’il y a quelques années… (il soupire) Nous consta­­tons qu’ils cherchent à essayer de nouvelles choses… mais que dans le même temps, malheu­­reu­­se­­ment, ils ont de moins en moins d’argent pour expé­­ri­­men­­ter. L’ac­­cès à un capi­­tal pour inves­­tir est quelque chose de très diffi­­cile à conqué­­rir pour ces entre­­prises. Ils n’ont pas le cash­­flow pour déci­­der de faire quelque chose de nouveau et d’at­­tri­­buer au projet suffi­­sam­­ment de ressource pour le mener à bien.

Renfor­­cer la connexion entre le lecteur et le média, voilà ce que les agences de presse cherchent à faire aujourd’­­hui.

Cela dit, comme le modèle sur lequel ils se reposent décline, ils sont obli­­gés de faire quelque chose : il y a eu trop de jour­­na­­listes mis au chômage et trop de reve­­nus perdus. Ce n’est donc plus une option de conti­­nuer à faire ce qu’ils ont toujours fait en espé­­rant que les choses se mettent à fonc­­tion­­ner de nouveau d’elles-mêmes.

Il semble que l’on voit deux tendances s’op­­po­­ser aujourd’­­hui : d’une part les médias qui cherchent à impliquer toujours plus leurs lecteurs ; d’autre part, ceux qui reviennent sur le système de commen­­taire, comme Popu­­lar Science qui les a coupés…

Je pense que tout le monde souhaite aujourd’­­hui avoir plus d’in­­te­­rac­­tions avec son audience. Cela dit, le terme inter­­ac­­tion n’est peut-être pas le mieux adapté : ce que l’on souhaite, c’est de l’en­­ga­­ge­­ment. Le problème, c’est que nous outils pour mesu­­rer cela sont aujourd’­­hui très rudi­­men­­taires et peu pensés. Les premiers médias numé­­riques avaient une section de commen­­taires à la fin des articles, ce qui n’a pas conduit aux meilleurs résul­­tats. Puis nous avons essayé de construire des envi­­ron­­ne­­ments plus adap­­tés, pour que les lecteurs puissent de plus en plus parti­­ci­­per aux discus­­sions sur tel ou tel média. C’est une ques­­tion complexe, mais tout le monde constate que comme la publi­­cité est sur le déclin, le lecteur va reve­­nir au centre des préoc­­cu­­pa­­tions : un lecteur très fidèle à une marque de média sera le lecteur idéal, presque néces­­saire. Renfor­­cer la connexion entre le lecteur et le média, voilà ce que les agences de presse cherchent à faire aujourd’­­hui.

Le rapport du New York Times souligne qu’il y a beau­­coup de problèmes de commu­­ni­­ca­­tion au sein des équipes. Pensez-vous que des struc­­tures aussi colos­­sales sont adap­­tées à la presse numé­­rique ?

C’est un des grands défis pour les agences de presse qui sont nées avant Inter­­net. Les compa­­gnies qui se sont formées sur Inter­­net ont beau­­coup plus de faci­­lité avec tout cela : elles n’ont pas une struc­­ture déjà établie qui a besoin de chan­­ger. Elles ont pu partir de rien et créer quelque chose de nouveau… et c’est souvent plus diffi­­cile de s’adap­­ter à un nouvel envi­­ron­­ne­­ment que de commen­­cer quelque chose.

Que penser de l’idée qu’il existe un temps pour chaque contenu sur inter­­­net ?

Je pense qu’il est facile de sures­­ti­­mer l’im­­por­­tance de l’ho­­raire de publi­­ca­­tion. Et puis un article long aura une durée de vie bien plus impor­­tante qu’une actua­­lité. Si vous publiez un long format, vous espé­­rez que des gens conti­­nue­­ront à le lire dans une semaine ou dans un mois. Il y a pour­­tant des fron­­tières tempo­­relles qui déli­­mitent les moments lors desquels les gens lisent : quand ils lisent sur leur télé­­phone, pour aller au travail, ils ne lisent pas la même chose qu’un dimanche après-midi dans leur jardin. Pour les grandes agences de presse, c’est un détail qui mérite de l’at­­ten­­tion, bien sûr. The Atlan­­tic s’est bien ajusté à ces compor­­te­­ments, sans trop de diffi­­culté. Après, si l’on parle de cela comme d’une manière radi­­cale d’aug­­men­­ter son audien­­ce… je pense qu’on survend la chose !

Comment une salle de presse pour­­rait-elle mieux s’or­­ga­­ni­­ser pour répondre aux exigences du numé­­rique ?

Eh bien, soyons francs et disons les choses qui fâchent d’em­­blée : la plupart des rédac­­tions devraient commen­­cer plus tôt leur jour­­née de travail. Le pic de trafic pour la consul­­ta­­tion des news est juste après que les lecteurs soient arri­­vés au boulot le matin, entre 9 et 10 heures. Le deuxième vient lors du déjeu­­ner.

url
Nieman Foun­­da­­tion
Harvard Univer­­sity
Crédits

Quand je travaillais pour un jour­­nal papier, je pouvais venir le matin vers 10 heures et partir vers 18h30 à peu près, quand mon travail était terminé : mon emploi du temps était toujours subor­­donné à l’im­­pres­­sion du jour­­nal qui devait être diffusé le lende­­main matin. Tout cela est de moins en moins vrai : nous voyons des médias qui ont avancé l’heure de leur réunion édito­­riale pour avoir du contenu plus actuel à l’heure où les gens consultent le plus l’ac­­tua­­lité. Alors oui, c’est dommage pour ceux qui aiment bien dormir, mais c’est vers cela que nous nous diri­­geons…

Le rapport cite égale­­ment Kevin Dela­­ney, fonda­­teur de Quartz, qui affirme qu’il préfé­­re­­rait « avoir un outil pour faire des Snow Fall qu’un Snow Fall ». Croyez-vous que ce genre de format, augmenté et enri­­chi va tendre à deve­­nir commun ?

Je pense qu’ils sont déjà deve­­nus beau­­coup plus fréquents depuis Snow Fall : le New York Times publie quelque chose de ce genre à peu près toutes les semaines. Certains sont incroyables, d’autres plus discrets. C’est impor­­tant, parce que cela amène les agences de presse à sortir de leurs CMS. Cela conduit à faire tomber des barrières tech­­niques : il faut adap­­ter les CMS pour que ces articles fonc­­tionnent ou travailler en-dehors des CMS. Que ce soit l’une ou l’autre des consé­quences, c’est une bonne chose.

Certains affirment que la lecture enri­­chie décon­­centre le lecteur.

Cela dépend. Je pense que si l’on mettait un texte de 8 000 mots sans mise en page sur une page blanche, personne n’irait le lire. Et si l’on pense aux maga­­zines, cette critique ne tient pas : est-ce que les lecteurs sont décon­­cen­­trés par ces magni­­fiques photos en pleine page ou ces cita­­tions pour aérer le texte ? Je ne crois pas. Après, évidem­­ment, on peut aller trop loin et détruire l’ex­­pé­­rience de lecture mais je ne pense pas que ce soit un véri­­table problème aujourd’­­hui – ou bien moins que ce que les critiques de ce type de contenu affirment.

Vous avez récem­­ment écrit un article sur l’im­­por­­tance du smart­­phone dans la diffu­­sion de l’in­­for­­ma­­tion. Pensez-vous qu’il est agréable de lire du long format sur un petit écran ?

Il y a des argu­­ments pour et des argu­­ments contre. Vous pouvez affir­­mer par exemple qu’un smart­­phone est un envi­­ron­­ne­­ment bien plus agréable pour lire un texte qu’un navi­­ga­­teur sur votre ordi­­na­­teur avec ses dizaines d’on­­glets ouverts, des emails qui arrivent et Twit­­ter qui se mani­­feste toutes les secondes. Après, je ne pense pas que le jour­­na­­lisme long format soit le but ultime du jour­­na­­lisme, le sommet de la profes­­sion. Les smart­­phones sont peut-être un bon moyen de déve­­lop­­per le jour­­na­­lisme long format oui, mais cela me préoc­­cupe moins que de savoir comment déve­­lop­­per le jour­­na­­lisme pour les smart­­phones. Pour les longs articles, oui, cela peut-être une pers­­pec­­tive, mais si c’est une nouvelle manière d’écrire et de lire des brèves, c’est bien aussi.

Et quel serait l’im­­pact des tablettes sur la presse, d’après vous ?

Le poids des tablettes est sures­­timé par les médias. Si je diri­­geais une entre­­prise de presse aujourd’­­hui, je ferais à peu près dix fois plus d’ef­­forts pour que mon contenu soit parfai­­te­­ment lisible sur smart­­phone que ce que je ferais pour qu’il s’af­­fiche correc­­te­­ment sur tablette. Les smart­­phones sont au coeur de l’ac­­tion et leur pour­­cen­­tage dans la consul­­ta­­tion des médias conti­­nue de croître. Beau­­coup d’en­­tre­­prises de presse ont été séduites par les tablettes, croyant que c’était un moyen de reprendre le contrôle de la chaîne de distri­­bu­­tion, de créer une expé­­rience compa­­rable à celle de la télé­­vi­­sion. Ces médias ont cru que la tablette leur permet­­trait de conti­­nuer à faire ce qu’ils faisaient en chan­­geant simple­­ment la plate­­forme de diffu­­sion. L’ex­­pé­­rience a montré que cela avait été gran­­de­­ment sures­­timé.


Couver­­ture : portes de Harvard.

Free Down­load WordP­ress Themes
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
Down­load Nulled WordP­ress Themes
Down­load WordP­ress Themes
free down­load udemy course
Download Best WordPress Themes Free Download
Download Nulled WordPress Themes
Download WordPress Themes
Download WordPress Themes
udemy course download free

Plus de monde

Comment en finir avec le plas­tique ?

114k 16 mai 2019 stories . monde

Sommes-nous en pleine cyber­guerre mondiale ?

249k 16 mai 2019 stories . monde

À quoi ressem­blera la Birma­nie du futur ?

242k 14 mai 2019 stories . monde