Les interfaces cerveau-machine muteront-elles en cerveaux dans des machines ? L'androïde sentient échappe à la science-fiction pour peupler peu à peu l'horizon des possibles.

par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 21 février 2019

Ange en métal

Par la fenêtre grande ouverte, entre des amas d’im­­meubles et des montagnes d’or­­dures, la Lune envoie un fais­­ceau bleuté dans la chambre d’Alita. Assise sur son lit, la jeune fille serre contre elle une peluche en forme de cham­­pi­­gnon. Les ques­­tions se bous­­culent dans ses larges yeux rivés à l’astre. Elle songe aux mots échan­­gés quelques temps plus tôt avec le docteur Dyson Ido. « La femme de mon souve­­nir m’ap­­pe­­lait 99 », lui a-t-elle confié. « Ce que tu as vu est un flash de ta vie anté­­rieure », a répondu celui qui l’a trou­­vée parmi des détri­­tus. Alita est perdue, comme si tout lui échap­­pait : son corps a été remplacé par une cuirasse robo­­tique et son cerveau, bien humain, est occupé par l’ou­­bli.

Que fait-elle à Iron City, cette déchet­­te­­rie à ciel ouvert, quand une partie de l’hu­­ma­­nité se délecte des fastes de la ville céleste de Zalem ? Après l’avoir soigné, Dyson Ido lui a raconté « l’his­­toire de la guerre, quand la Terre trem­­blait et que le ciel brûlait ». Nous sommes main­­te­­nant en 2563 et Alita se lève du lit, puis déploie ses bras méca­­niques devant une glace, à la lumière de la Lune. D’un geste natu­­rel, elle les balance en avant, esquisse des attaques et enchaîne les gardes. À sa propre surprise, presque à son corps défen­­dant, la cyborg est parti­­cu­­liè­­re­­ment douée pour le combat.

Crédits : Twen­­tieth Century Fox

En quatre jours d’ex­­ploi­­ta­­tion, Alita: Battle Angel a généré 33,5 millions de dollars de recettes. Réalisé par Robert Rodri­­guez, ce film aux 170 millions de budget s’ins­­pire du manga cyber­­punk japo­­nais Gunnm, dessiné par Yukito Kishiro dans les années 1990. Présent sur le tour­­nage d’Avatar, Jon Landau a encore été choisi par le produc­­teur, James Came­­ron, pour tenir la caméra. Deve­­nus pères, les deux hommes ont une nouvelle fois voulu envoyer un message teinté d’éco­­lo­­gie à leurs enfants. Iron City est une dysto­­pie, mais elle est plau­­sible. « Avatar était un monde imagi­­naire », compare Landau. « Au contraire, Alita se déroule sur Terre dans un futur réaliste. »

L’homme augmenté est déjà là. Jadis cantonné à la science-fiction, il peuple les discours plus ou moins alar­­mistes sur le progrès tech­­no­­lo­­gique. En labo­­ra­­toire, les scien­­ti­­fiques ont commencé à lancer des ponts entre les organes vivants et robo­­tiques. Tout un champ de la recherche est dédié aux inter­­­faces cerveau-machine. Des para­­plé­­giques équi­­pés d’exosque­­lettes ont retrouvé la faculté de se mouvoir et l’on peut désor­­mais contrô­­ler une prothèse par les neurones. La suite est à prévoir : donnez à l’homme un doigt méca­­nique à maîtri­­ser, il voudra toute la main. Puis le reste.

Alors, l’ave­­nir est-il aux androïdes comme Alita ? En mars 2018, la société Nectome dévoi­­lait son plan pour « préser­­ver le cerveau dans une solu­­tion chimique pendant des centaines et peut-être des milliers d’an­­nées », dans la MIT Tech­­no­­logy Review. Le maga­­zine du célèbre Massa­­chu­­setts Insti­­tute of Tech­­no­­logy citait même une liste d’at­­tente de 25 personnes prêtes à payer 10 000 dollars afin de parti­­ci­­per à cette expé­­rience fatale. Parmi elles, le président de l’in­­cu­­ba­­teur de start-up Y Combi­­na­­tor, Sam Altman, se disait assez confiant dans l’op­­tique de voir son esprit « uploadé sur le cloud ».

Crédits : Ulyces.co

À Scotts­­dale, dans l’Ari­­zona, l’en­­tre­­prise Alcor dit pour sa part conser­­ver 147 cerveaux et corps dans de l’azote liquide. « Un siècle plus tôt, si le cœur de quelqu’un s’ar­­rê­­tait, on le décla­­rait mort », rappelle le PDG Max More. En Russie, KrioRus a cryo­­gé­­nisé les dépouilles de 61 personnes, 31 animaux de compa­­gnie, et 487 autres personnes devraient suivre. « Nous trou­­vons le pronos­­tic de mort un peu arbi­­traire », ajoute Max More. « La personne qui est décla­­rée comme telle cherche selon nous à être sauvée. » Mais, une fois préservé, le cerveau peut-il fonc­­tion­­ner en bonne intel­­li­­gence avec un corps robo­­tique ?

Page blanche

En se penchant au-dessus d’une table d’opé­­ra­­tion, Alita jette un regard profon­­dé­­ment humain vers Dyson Ido. « Ce corps a le pouvoir dont j’ai besoin », lance-t-elle à son père spiri­­tuel en prenant dans sa main robo­­tique les doigts du corps métal­­lique étendu devant elle. « Je me sens connecté à lui sans pouvoir l’ex­­pliquer. Ça pour­­rait corres­­pondre à celle que je suis. » Le profes­­seur n’est pas convaincu. « Tu as eu l’op­­por­­tu­­nité de recom­­men­­cer, à partir d’une page blanche, combien on cette chance ? » répond-il. Excé­­dée par son refus, l’an­­droïde enfonce ses poings en métal dans un chariot en hurlant. « Je suis une guer­­rière n’est-ce pas ? » sanglote-t-elle. Quand il s’agit de se battre, ses membres bougent même avec une vitesse et une dexté­­rité impres­­sion­­nante.

Pour l’heure, les proto­­types de Boston Dyna­­mics sont bien moins habiles. On peut certes les voir sauter, danser ou ouvrir les portes dans des vidéos promo­­tion­­nelles, mais « leurs apti­­tudes ne sont pas aussi grandes que ce qu’il paraît », juge le jour­­na­­liste du New Scien­­tist Daniel Cossins. Autant ces animaux méca­­niques exécutent bien les tâches qu’on leur assigne, autant ne sont-ils pas capables de sortir de leur zone de de compé­­tence en cas d’im­­prévu. Le simple fait de marcher est « une des choses les plus diffi­­ciles à faire pour un robot », explique Aaron Ames, un ingé­­nieur du Cali­­for­­nia Insti­­tute of Tech­­no­­logy spécia­­lisé dans la robo­­tique. À chaque pas, un bipède évite la chute en trou­­vant un point d’équi­­libre, qu’une pierre, de la pelouse ou de la glace se présente sous ses pieds.

Un androïde comme Alita aurait donc d’une moelle épinière synthé­­tique.

Pour adap­­ter leur conduite, les auto­­mates sont désor­­mais dotés d’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle, autre­­ment dit d’une batte­­rie d’al­­go­­rithmes qui les aident à apprendre de leurs erreurs. Mais ils demeurent assez maladroits. Si Alita est si souple, c’est que l’os­­sa­­ture d’acier dont elle est dotée répond à son cerveau. Or, on parvient dès aujourd’­­hui à conce­­voir des prothèses qui suivent les ordres donnés par un système nerveux. Un collègue d’Aron Ames au Cali­­for­­nia Insti­­tute of Tech­­no­­logy, Richard Ander­­son, a été parmi les premiers a expé­­ri­­men­­ter ce type d’ap­­pa­­reils. Leur stabi­­lité laisse encore à dési­­rer. Car, comme des avions repro­­duisent le vol des oiseaux par d’autres moyens, ils ne peuvent qu’in­­ter­­pré­­ter les signaux gros­­siè­­re­­ment pour parve­­nir à un résul­­tat simi­­laire.

Un autre scien­­ti­­fique de leur unité de recherche, Joel Burdick, a démon­­tré qu’in­­fli­­ger des décharges élec­­triques à la moelle épinière de para­­plé­­giques pouvait provoquer des mouve­­ments. Autre­­ment dit, « notre cerveau n’est pas le seul moteur de la marche », explique Ames. « Beau­­coup de choses passent par la colonne verté­­brale. Le réseau n’est donc pas que céré­­bral. » Un androïde comme Alita aurait donc besoin d’une moelle épinière synthé­­tique et proba­­ble­­ment d’autres organes singeant ceux de l’homme. On peut imagi­­ner qu’elle serait dotée d’un de ces cœurs arti­­fi­­ciels qui sont déjà gref­­fés de nos jours. Dans le film, il est fait d’an­­ti­­ma­­tière, un groupe de parti­­cules que nous peinons encore à comprendre et davan­­tage à maîtri­­ser.

« Beau­­coup d’ap­­pa­­reils que vous voyez sur les androïdes sont inspi­­rés de la réalité », constate Matt Gould, ingé­­nieur pour l’en­­tre­­prise de capteurs TE Connec­­ti­­vity. Alors que l’en­­tre­­prise britan­­nique D3O a conçu une pâte orange aussi flexible que résis­­tante aux chocs, les cher­­cheurs du MIT viennent eux d’an­­non­­cer qu’ils s’étaient inspi­­rés de la cara­­pace du homard pour produire un exosque­­lette aussi souple que robuste. De là à le connec­­ter à un cerveau, il n’y a donc qu’un pas, qu’im­­porte s’il est légè­­re­­ment malha­­bile au départ. Seule­­ment, ledit cerveau, lui aussi, est mortel. Et le patron de Nectome, Robert McIn­­tyre, admet que le conser­­ver en vie ne sera pas si simple. Au lieu de ça, son entre­­prise promet seule­­ment « de préser­­ver la mémoire sur le long terme », recti­­fie-t-il. Sam Altman et les riches anonymes de la liste ne sont pas des candi­­dats mais des soutiens.

Crédits : Twen­­tieth Century Fox

Le neuro­­logue Richard Brown, dont McIn­­tyre dit s’ins­­pi­­rer, n’en fait pas partie : « Quand vous mourez, les cellules du cerveau meurent et il n’y a pas de mémoire après la mort », observe-t-il. Au MIT, Alain Jasa­­noff pense en revanche que le projet a une chance d’abou­­tir à condi­­tion de trou­­ver un moyen pour que les synapses commu­­niquent. Mais savoir ce que contient le cortex ne suffit pas à en extraire le contenu, pondère-t-il. On est loin du cerveau immor­­tel.


Couver­­ture : Twen­­tieth Century Fox.


 

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