par Arthur Scheuer | 29 mai 2016

LISEZ ICI LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

New York → Miami

À New York, nous séjour­­nions avec les membres du cartel dans un grand hôtel relié aux Twin Towers, l’un des meilleurs de la ville. Il fallait qu’on soit en plein centre-ville pour pouvoir nous rendre à pieds au bureau. J’avais égale­­ment un jet privé. Parfois, nous prenions l’avion jusqu’à l’aé­­ro­­port de Teter­­boro, dans le New Jersey, situé juste derrière le pont George Washing­­ton. Ensuite, nous prenions une limou­­sine et on allait jusqu’à Manhat­­tan, on s’ar­­rê­­tait juste devant la société et on montait au bureau. Il y avait envi­­ron 40 personnes qui y travaillaient. Le proprié­­taire et le type jouant le rôle de mon cousin étaient les seuls à savoir que j’étais un agent infil­­tré, et ils s’ar­­ran­­geaient pour que je sois traité comme un VIP à chaque fois que j’ar­­ri­­vais. Ils avaient bien sûr leur espace réservé à la bourse de New York. C’était avant le 11 septembre, donc on pouvait y accé­­der. Et c’est ce qu’on faisait, on allait direc­­te­­ment au milieu de la bourse et je leur parlais des méca­­niques du trading. Je les emme­­nais à des dîners privés dans un club social italo-améri­­cain, à des rendez-vous profes­­sion­­nels, et nous sortions beau­­coup. J’avais une carte de membre dans des clubs privés de l’époque à New York, Paris, Miami et Londres. À Paris, Chez Régine était une boîte de nuit très à la mode à l’époque. Nous allions donc chez Régine ainsi que dans de nombreux restau­­rants.


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Une Rolls-Royce que Mazur condui­­sait pendant l’opé­­ra­­tion
Crédits : Robert Mazur

Miami, c’était la vie XXL. Il y avait des Rolls-Royce et des Bent­­ley partout. Sur Brickell Avenue, pour­­tant bordée de palmiers, il y avait plus de banques inter­­­na­­tio­­nales que d’arbres. Les gens qui en sortaient étaient les mêmes que ceux qu’on pouvait voir à deux heures du matin dans les cabines télé­­pho­­niques. Je vivais à Key Biscane. Un des plus gros trafiquants de drogue auquel j’avais affaire orga­­ni­­sait des combats de boxe. Pour faire croire que son argent était prêté, il me l’a confié. Je l’ai investi dans mon fonds d’in­­ves­­tis­­se­­ment, dans ma compa­­gnie d’as­­su­­rance, et j’ai émis des chèques qui lui ont permis de finan­­cer un combat du cham­­pion­­nat inter­­­na­­tio­­nal profes­­sion­­nel de boxe. Un des cham­­pions était mexi­­cain, l’autre colom­­bien. Le combat s’est déroulé au Jackie Glea­­son center, une très grosse salle. En me rendant au restau­­rant, j’ai réussi à me rappro­­cher de ses amis. J’ai égale­­ment orga­­nisé une fête à mon hôtel après le combat. Mais le moment que je retiens le plus est notre entrée dans la salle. Nous étions tous vêtus de costumes italiens extrê­­me­­ment chers, vrai­­ment sapés. Le public tout entier se retour­­nait sur nous à notre passage. Nous avons pris place. Sur le ring, la lutte était incroya­­ble­­ment vicieuse, un vrai massacre.

Au début, le Colom­­bien menait, mais le Mexi­­cain est revenu sur la fin. Ils étaient couverts de sang. Étant donné que nous étions dans le coin du ring, à chaque coup, le sang nous retom­­bait dessus en spray. C’était une sacrée expé­­rience pour moi de me retrou­­ver à un cham­­pion­­nat du monde de boxe, doublée d’une oppor­­tu­­nité de me rappro­­cher de puis­­sants trafiquants de drogues. Ils vivent ça tous les jours, mais pour moi c’était génial. À cette époque, comme je le disais, il y avait des cabines télé­­pho­­niques partout aux États-Unis. En se rendant dans certains quar­­tiers de Miami, vers deux heures du matin, on pouvait voir des voitures de luxe garées près de ces cabines. Leurs proprié­­taires étaient des trafiquants de drogues qui tentaient de faire leur deal au télé­­phone sans être écou­­tés. J’étais égale­­ment dans les parages, peut-être pas à deux heures du matin, mais de minuit à une heure. J’y allais toutes les deux ou trois nuits pour appe­­ler la maison, parler avec ma femme. En géné­­ral, je lui confiais tout ce qui se passait. Je ne pouvais parler ouver­­te­­ment ni sur mon télé­­phone cellu­­laire, ni sur mon télé­­phone fixe, ni même sur ma ligne de travail car ma crainte était à l’op­­posé de celle des trafiquants : j’avais peur d’être sous leur surveillance !

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Une vue aérienne de Miami dans les années 1980
Crédits : DR

Je me rendais donc moi aussi dans une cabine télé­­pho­­nique pour discu­­ter avec les miens. Il m’ar­­ri­­vait parfois de rentrer à la maison. Au troi­­sième tiers de l’opé­­ra­­tion, il n’était pas rare de m’y voir un jour ou deux par mois. Mais ces jours de tran­­si­­tion à la maison étaient doulou­­reux, bien qu’il était diffi­­cile de l’ad­­mettre sur le coup. Quand on est loin de chez soi pendant tant de temps, la famille s’adapte, une routine s’ins­­talle pour les enfants. Il ne faut pas espé­­rer endos­­ser le rôle du père qu’on avait en étant là tous les jours, car le regard de vos proches a changé. C’est quelque chose de crucial à comprendre pour qui veut opérer en tant qu’agent infil­­tré de longue durée. Si on est marié, il n’est pas seule­­ment impor­­tant d’en­­tre­­te­­nir des liens très forts avec son conjoint, il faut égale­­ment que des membres de la famille et des proches amis vivent près de lui. C’était le cas de ma mère, de mon père, de mon frère, de sa femme et de ses enfants, ainsi que d’un ou deux amis très proches de la famille. De sorte que ma femme était soute­­nue. Si elle s’était retrou­­vée seule dans une ville sans connaître personne, cette expé­­rience aurait détruit notre mariage ; quand bien même elle avait 16 ans et moi 18 lorsque nous nous sommes rencon­­trés. Nous étions mariés depuis quatorze ans quand l’opé­­ra­­tion a démarré, mais cela n’au­­rait pas suffi non plus. Si nous n’avions pas eu cette base, et si ma femme n’avait pas été si forte, nous ne serions proba­­ble­­ment plus mariés aujourd’­­hui et je ne connaî­­trais sans doute pas mes petits-enfants. Nous étions meilleurs amis avant de sortir ensemble.

En somme, si je n’avais pas eu tout cela et si elle n’était pas la femme qu’elle est, j’au­­rais tout foutu en l’air. Je lui dois tout. Être infil­­tré a été pour moi comme de suivre une chimio­­thé­­ra­­pie. La personne à qui sont prodi­­gués les soins peut mourir, même lorsque c’est bien fait. Si je n’avais pas été entraîné à la couver­­ture, si je n’avais pas passé les tests psycho­­lo­­giques, si je n’avais pas eu le soutien de mes collègues, une femme forte et de la chance, j’au­­rais explosé en vol. De nombreuses personnes ont enduré bien des épreuves à mes côtés, je leur en suis rede­­vable. Je n’ou­­blie pas mes parte­­naires avec qui j’ai été ravi de travailler. Certains d’entre eux sont des héros. J’ai joué quar­­ter­­back dans l’équipe, mais si je n’avais pas eu mes coéqui­­piers derrière moi, je me serais fait dézin­­guer. Mon parte­­naire, Emir Abreu – un agent lui aussi –, jouait le rôle de l’homme de la rue, et moi j’étais le bour­­geois avec une forma­­tion dans la banque. J’avais vrai­­ment travaillé dans une banque avant de deve­­nir agent. Ce que j’avais à dire ou à faire était donc très souvent natu­­rel pour moi. Mon parte­­naire, qui se char­­geait de collec­­ter l’argent dans la rue venait vrai­­ment de la rue. Dans ce rôle, c’est sûre­­ment le meilleur agent infil­­tré qui soit. C’était parfait, car je n’au­­rais jamais pu me mettre à sa place, ma couver­­ture aurait volé en éclat dès la première semaine. Je pense que cela aurait aussi été son cas s’il avait dû jouer le blan­­chis­­seur d’argent plein aux as. Mais une partie de notre entraî­­ne­­ment consiste à créer une fausse iden­­tité aussi proche de notre vrai person­­na­­lité que possible. C’est la meilleure façon de mener une double vie.

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Deux millions de dollars en prove­­nance de Detroit
Crédits : Robert Mazur

On avait clai­­re­­ment des fuites de sécu­­rité, comme n’im­­porte quelle agence dans ce domaine j’ima­­gine. C’est une chose sur laquelle on a beau­­coup insisté durant ma forma­­tion. Mes instruc­­teurs disaient toujours que je serais beau­­coup plus à l’aise si je faisais le travail moi-même. Et c’était vrai, je ne savais pas comment les choses seraient gérées par d’autres. Cette crainte s’est d’ailleurs avérée justi­­fiée quand le gouver­­ne­­ment m’a donné mon passe­­port d’in­­fil­­tra­­tion. J’ai dû renvoyer le mien et j’ai ensuite obtenu l’au­­to­­ri­­sa­­tion de faire ça à ma façon, car on voyait bien que les tampons étaient bidons. Heureu­­se­­ment, cela n’a pas fait sauter ma couver­­ture, mais c’est le genre de choses qu’on ne peut pas se permettre de lais­­ser faire par d’autres car ils ont tendance à ne pas se concen­­trer sur les détails comme je le fait. C’est ma vie qui est en jeu.

Alcaino

J’ai eu l’oc­­ca­­sion de parler à la plupart des hommes du cartel après leur arres­­ta­­tion – des mois, parfois des années après l’opé­­ra­­tion –, car je suis resté impliqué dans le proces­­sus d’enquête même après avoir laissé tomber ma couver­­ture. J’ai­­dais à prépa­­rer le procès, je témoi­­gnais à la barre, puis je parti­­ci­­pais aux enquêtes qui tentaient de gagner la coopé­­ra­­tion des types arrê­­tés. Certains d’entre eux plai­­daient coupable pour être condam­­nés plus vite. C’est le cas de Roberto Alcaino, le plus grand trafiquant avec lequel j’ai été en rapport. Lorsque j’ai entendu ça, je l’ai fait venir depuis la prison jusqu’à un hôtel tout proche pour qu’on parle. Ils l’ont amené. Roberto était l’un des plus gros convoyeurs du cartel de Medellín. Il connais­­sait Esco­­bar, il connais­­sait tout le monde. Il m’a non seule­­ment intro­­duit dans le milieu mais aussi ensei­­gné le busi­­ness. Fabriquer un kilo d’hé­­roïne coûte 500 dollars, et 2 000 à 2 500 pour le trans­­por­­ter. Il faut donc inves­­tir envi­­ron 3 000 dollars. À l’époque, le kilo se vendait 14 000 ou 15 000 dollars aux États-Unis. En Europe, le prix grim­­pait jusqu’à trois fois plus. Un labo­­ra­­toire, en Boli­­vie, produi­­sait 6 000 kilos par semaine. Des avions étaient utili­­sés pour la sortir de la jungle. Roberto m’a donné l’argent pour ache­­ter ces avions, de petits appa­­reils qui volaient jusqu’au nord de l’Ar­­gen­­tine. Après quoi la dope était char­­gée dans des camions qui roulaient jusqu’à Buenos Aires.

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Pablo Esco­­bar descend d’avion
Crédits : DR

Une tonne de drogue était ensuite mise dans des boîtes, lesquelles se retrou­­vaient noyées au sein d’une cargai­­son de 20 tonnes d’autres produits. Tout était méti­­cu­­leu­­se­­ment emballé et intro­­duit dans des boîtes parfai­­te­­ment iden­­tiques aux autres. En géné­­ral, il y avait trois conte­­neurs, un pour l’Es­­pagne, un pour l’Ita­­lie, et un pour le nord-est des États-Unis. Une fois arrivé, le produit était envoyé dans des entre­­pôts où les distri­­bu­­teurs l’at­­ten­­daient. Ce que je viens de décrire s’ap­­pelle le pipe­­line. Quand vous contrô­­lez le pipe­­line, vous contrô­­lez tout le cycle de trans­­port. C’était le cas de Roberto, qui perce­­vait 20 % des béné­­fices. Sur 2 000 kilos, le fruit de 400 lui reve­­naient, juste parce qu’il mettait le pipe­­line à dispo­­si­­tion. Comme lui, les gens avec qui il travaillait avaient leurs propres barils, qu’ils se faisaient livrer à domi­­cile. Comment ai-je pu savoir tout cela ? Il faut bien comprendre qu’un cartel n’uti­­lise pas son propre argent, il a besoin d’un inves­­tis­­seur. En le deve­­nant, on peut gagner deux ou trois fois sa mise en 45 ou 60 jours. Mais un inves­­tis­­seur clas­­sique veut revoir l’argent de son prêt dans les dix jours. Donc si vous avez un blan­­chis­­seur d’argent, comme je préten­­dais l’être, vous devez lui dire quand l’argent va arri­­ver pour qu’il ne se lance pas dans une autre affaire entre-temps. Il peut ainsi mettre toutes ses ressources à votre service.

En agis­­sant de la sorte, j’ai gagné le droit d’ap­­prendre ce qu’il se passait dans le milieu des vendeurs de drogue. Roberto a été arrêté un mois avant mon faux mariage. Nous ne l’avions pas prévu, mais il me donnait telle­­ment d’in­­for­­ma­­tions que c’était un jeu d’en­­fant pour mes collègues. Enfin, façon de parler, mais ils l’ont arrêté. Peu de gens savaient quand le char­­ge­­ment arri­­ve­­rait, j’étais donc persuadé que je serais suspecté d’avoir balancé Roberto. Tout le monde dans le cartel s’est mis au vert car ils crai­­gnaient que l’un d’entre eux soit derrière tout ça, et que leurs télé­­phones soient sur écoute. Comme dans Les Affran­­chis. Personne n’a parlé à personne pendant des jours. Et puis j’ai reçu un appel de la femme de Roberto. Nous avions mis en place un système : nous passions par les cabines télé­­pho­­niques. Elle m’a dit : « Je viens d’al­­ler rendre visite à Roberto en prison, il a un message pour toi. Il pense que tu es la seule personne en qui il peut avoir confiance, il veut donc que tu prennes les rênes de l’opé­­ra­­tion. J’ai besoin de ton aide pour collec­­ter de l’argent auprès des distri­­bu­­teurs, pour payer l’avo­­cat et quelques four­­nis­­seurs. » Ce qui fait que pendant les trente derniers jours de ma couver­­ture, je me trou­­vais dans une posi­­tion idéale.

J’étais telle­­ment accro à l’in­­for­­ma­­tion qu’elle était deve­­nue mon héroïne.

Un gars, Joe, savait que je collec­­tais. Il m’a dit : « Ils t’écou­­te­­ront, toi. Roberto va être à l’hô­­pi­­tal (c’est comme ça qu’il parlait de la prison) pendant long­­temps donc j’ai besoin d’un nouveau job. Qu’est-ce que tu pense­­rais de m’en­­ga­­ger ? » J’ai répondu : « Tu sais Joe, je ne te connais pas bien. Tu dois me dire tout ce que tu as fait, comment tu l’as vécu et avec qui tu as travaillé, parce que je ne veux pas prendre quelqu’un qui a des problèmes. » C’était l’en­­tre­­tien d’em­­bauche le plus marrant que j’aie jamais fait ! Il m’a tout dit. Plus tard, quand il a été arrêté lors de l’en­­ter­­re­­ment de vie de garçon, il n’a pas réalisé que c’était à cause de moi. Il a demandé au mec qui lui mettait les menottes : « Pouvez-vous me faire une faveur en disant à Bob que je ne pour­­rai pas aller au mariage et que j’en suis vrai­­ment désolé ? » Un autre type a commencé à rire alors qu’il se faisait arrê­­ter. L’agent lui a demandé pourquoi. Il a répondu : « J’ai déjà fait une fête comme ça avec des femmes dégui­­sées en poli­­cières. » L’agent, qui était une femme, lui a alors dit : « Mais vous êtes vrai­­ment en état d’ar­­res­­ta­­tion ! »

Deux cerveaux

Alors que j’in­­fil­­trais le cartel de plus en plus en profon­­deur, je suis devenu convaincu qu’au­­cun agent n’in­­fil­­tre­­rait aussi profon­­dé­­ment la pègre que moi. J’étais telle­­ment accro à l’in­­for­­ma­­tion qu’elle était deve­­nue mon héroïne. Je cher­­chais des infos tous les jours et à toutes heures. Parfois, j’en obte­­nais de belles. Une tonne de cocaïne a un jour été inter­­­cep­­tée simple­­ment sur la base d’in­­for­­ma­­tions que j’avais obte­­nues en écou­­tant des conver­­sa­­tions. Des millions de dollars ont été saisis sur place. Je suis devenu convaincu que chaque seconde que je passais en compa­­gnie des membres du cartel étaient si précieuses que j’ai décidé de mon plein gré de donner tout mon temps à cette mission si cruciale à mes yeux. J’étais telle­­ment convaincu de son impor­­tance que j’étais prêt, si je le devais, à sacri­­fier ma carrière, ma famille ou même ma vie en l’échange de son succès. J’ai été contraint d’ar­­rê­­ter l’opé­­ra­­tion en octobre. Je l’ai appris cinq ou six mois avant, je savais donc qu’il me restait peu de temps et je m’in­­ves­­tis­­sais corps et âme à chaque seconde.

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Une soirée de détente pour le cartel colom­­bien
Crédits : DR

Je ne dormais proba­­ble­­ment pas beau­­coup car les gens des cartels ont un style de vie pour le moins inha­­bi­­tuel. Être dehors à quatre heures du matin n’est pas excep­­tion­­nel. Mais quand on rentrait, il fallait encore que j’écrive mes rapports. Je le faisais dans la baraque que j’uti­­li­­sais pour ma couver­­ture. Toute la maison était bouclée et les alarmes enclen­­chées. Je planquais ensuite les rapports écrits ou les enre­­gis­­tre­­ments dans des compar­­ti­­ments secrets dissi­­mu­­lés dans les murs. Je les envoyais plus tard à mon agent de contact. J’étais complè­­te­­ment absorbé par l’im­­por­­tance de ma mission, je m’y noyais litté­­ra­­le­­ment. Je compa­­re­­rais cela au fait d’être sur un champ de bataille – même si je n’ai jamais fait la guerre bien que j’aie fait mon service mili­­taire. Car on ne peut pas se permettre de penser à sa femme ou à ses enfants. Il faut tour­­ner son atten­­tion toute entière sur son ennemi et la façon dont vous allez survivre dans l’épreuve.

La puis­­sance avec laquelle je me suis immergé dans ce rôle a joué pour beau­­coup dans la réus­­site de l’opé­­ra­­tion. Je n’étais pas donc pas telle­­ment inquiet. Il est très impor­­tant de se compor­­ter avec natu­­rel lorsqu’on est un agent infil­­tré. Lorsque j’ai dit à Bryan Crans­­ton [qui inter­­­prète son rôle dans The Infil­­tra­­tor, nda] que je n’étais pas un bon acteur, il a ri en disant : « Mais non, tu es un acteur incroyable ! » Mais je n’ai pas ce senti­­ment, je n’ai rien calculé, j’ai juste été moi-même et je crois que c’est ce qui rend une personne crédible. Car si vous jouez la comé­­die, il est impos­­sible de le faire durant des années. Il faut que ce soit natu­­rel. J’ai aimé être infil­­tré, même s’il n’était pas toujours facile d’avoir deux cerveaux, car on n’ou­­blie jamais vrai­­ment qui on est. Les membres du cartel voyaient mon appa­­rence relaxée, enga­­geante, mais mon deuxième cerveau turbi­­nait à 100 km/h, essayant de trou­­ver une façon d’orien­­ter la conver­­sa­­tion vers ce dont je voulais parler, pour avoir plus d’in­­for­­ma­­tions. Car ne l’ou­­blions pas, l’in­­for­­ma­­tion était ma drogue, c’était ce que je pour­­chas­­sais sans relâche. Tout le reste n’était qu’un moyen de mettre les gens en confiance pour qu’ils me confient leurs plus grands secrets.

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Robert Mazur vit désor­­mais dans l’ombre
Crédits : DR

Vers la fin de l’opé­­ra­­tion, en y repen­­sant, je me suis dit que j’au­­rais pu vivre la même chose dans la vie réelle, si je n’avais pas eu les parents formi­­dables que j’ai eu pour m’orien­­ter dans une toute autre direc­­tion. À une petite échelle, j’ai vécu deux vie. J’ai pu voir ce que c’était d’être le bon et le truand. Croyez-moi, quand mon travail touchait à sa fin, il m’ar­­ri­­vait de penser : j’ai la chance de faire ça et je suis même payé pour ! Je l’au­­rais proba­­ble­­ment fait béné­­vo­­le­­ment. Mais j’avais une famille à nour­­rir… En tout cas, c’était une oppor­­tu­­nité de voir l’autre côté.


Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret, Antoine Coste-Dombre et Servan Le Janne d’après l’en­­tre­­tien réalisé par Arthur Scheuer. Couver­­ture : Robert Mazur en compa­­gnie d’un pilote devant un Cessna Cita­­tion qu’il utili­­sait durant l’opé­­ra­­tion. (Crédits : Robert Mazur)


LA VIE D’AGENTS INFILTRÉS DANS LE TRAFIC DE METH AU NOUVEAU-MEXIQUE

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Agents infil­­trés, infor­­ma­­teurs et cartels mexi­­cains : enquête sur la lutte contre le trafic de meth à Albuquerque et dans tout l’État du Nouveau-Mexique.

Albuquerque, Nouveau-Mexique. Par un après-midi suffoquant du mois d’août, un 4×4 bana­­lisé fait halte dans une station essence, à l’angle d’une inter­­­sec­­tion très fréquen­­tée. L’ins­­pec­­teur Brian Sallee s’em­­pare d’une paire de jumelles pour scru­­ter le parking situé à 40 mètres de là. « Regarde », dit-il en me tendant les jumelles. Il pointe du doigt une clôture métal­­lique, deux tables de pique-nique et un food truck garé en face d’un maga­­sin de répa­­ra­­tion de pneus. Dans une dizaine de minutes, deux hommes mexi­­cains vont procé­­der à deal de 28 000 dollars avec un agent infil­­tré. ulyces-albuquerquemeth-01-1 Cette opéra­­tion d’in­­fil­­tra­­tion a été montée conjoin­­te­­ment par la brigade des stupé­­fiants du service de police d’Al­­buquerque – que dirige Sallee – et une unité simi­­laire d’une ville du sud du Nouveau-Mexique qu’on m’a demandé de ne pas citer. Près d’une douzaine de voitures bana­­li­­sées ont été dispat­­chées sur les parkings et les rues avoi­­si­­nantes, dans un rayon de cinquante mètres autour du maga­­sin de pneus. Lors de tran­­sac­­tions plus impor­­tantes, les dealers mettent souvent en place une contre-surveillance afin de détec­­ter la présence de la police. Si les équipes de renfort manquent de discré­­tion durant la surveillance, elles risquent de faire capo­­ter l’opé­­ra­­tion et de mettre en danger l’agent sous couver­­ture. Mais en même temps, ils doivent être suffi­­sam­­ment proches de la scène pour pouvoir procé­­der à une arres­­ta­­tion ou inter­­­ve­­nir rapi­­de­­ment si les choses tournent mal. Les agents béné­­fi­­ciant d’une vision déga­­gée de la scène informent régu­­liè­­re­­ment leurs collègues de la situa­­tion, via une fréquence radio parta­­gée par tous les poli­­ciers présents sur les lieux. « Cibles en vue », grésille une voix à la radio. « L’un porte un t-shirt rouge et des jeans, l’autre un chapeau marron. Ils traînent dehors, près de la table. » Nous sommes en péri­­phé­­rie de la zone d’opé­­ra­­tion, trop éloi­­gnés pour pouvoir obser­­ver clai­­re­­ment la scène sans jumelles. « J’aperçois le 4×4 gris, vitres tein­­tées, jantes chro­­mées. L’un des suspects est à l’in­­té­­rieur. »

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