par Charles Piller | 14 juin 2016

Google et son auda­­cieuse tenta­­tive de révo­­lu­­tion­­ner la méde­­cine traversent une zone de turbu­­lences. Depuis l’an­­née dernière, de nombreux cadres supé­­rieurs ayant parti­­cipé au lance­­ment de sa star­­tup spécia­­li­­sée dans la recherche biolo­­gique ont démis­­sionné. Parmi ces anciens employés, certains n’hé­­sitent pas à expri­­mer clai­­re­­ment la raison de leur départ de Verily Life Sciences : d’après eux, il serait extrê­­me­­ment diffi­­cile de travailler avec son CEO, Andrew Conrad. Verily, un des moon­­shots de Google (c’est le petit nom qu’ils donnent à leurs grands projets), explore des pistes ambi­­tieuses – et parfois même radi­­cales – qui pour­­raient mettre des années avant de produire le moindre résul­­tat. Ce poids lourd en deve­­nir de la Sili­­con Valley a attiré l’élite des scien­­ti­­fiques, des ingé­­nieurs et des analystes de données améri­­cains, et Verily a fait le buzz en annonçant certains de leurs projets aux accents futu­­ristes. Au passage, la société n’a pas manqué d’at­­ti­­ser la jalou­­sie de ses concur­­rents, qui observent nerveu­­se­­ment son démar­­rage en grande pompe assorti d’un finan­­ce­­ment virtuel­­le­­ment illi­­mité. ulyces-verily-01

Andy & Co.

Depuis son lance­­ment il y a trois ans, l’en­­tre­­prise fonc­­tionne à l’abri des regards et soigne son image. Ses anciens employés affirment que parler à un jour­­na­­liste sans auto­­ri­­sa­­tion expresse de la hiérar­­chie suffit pour être licen­­cié. Au cours de nombreux entre­­tiens, des intimes de Conrad et certains de ses anciens collègues m’ont dit que Google avait confié son projet de biote­ch­­no­­lo­­gie à un homme impul­­sif et prompt à la discorde, dont les pratiques repoussent les meilleurs éléments et ouvrent la voie à la concur­­rence. Ils m’ont confié que de nombreux employés occu­­pant des postes clé avaient été décou­­ra­­gés, et que Verily manquait de foca­­li­­sa­­tion et de prio­­ri­­tés clai­­re­­ment défi­­nies – ce qui est inha­­bi­­tuel même au sein de la culture chao­­tique des star­­tups. J’ai iden­­ti­­fié quatorze cadres de Verily (mana­­gers, scien­­ti­­fiques et ingé­­nieurs) qui ont quitté le navire dans le courant de l’an­­née dernière. Certains ont troqué des postes convoi­­tés pour retour­­ner chez Google, le vais­­seau-mère. C’est notam­­ment le cas de Diane Tang, une « Google fellow » très répu­­tée dans le milieu – il s’agit du grade tech­­nique le plus élevé de l’en­­tre­­prise, auquel ne sont parve­­nus qu’une douzaine d’em­­ployés dans toute l’his­­toire de Google. Les autres déser­­teurs ont rejoint la concur­­rence.

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Andrew Conrad
Crédits : Google

Verily conti­­nue cepen­­dant de croître et d’at­­ti­­rer de nouveaux talents, et dans l’en­­vi­­ron­­ne­­ment hyper-compé­­ti­­tif de la Sili­­con Valley, il n’est pas rare que des cadres quittent leurs postes pour des salaires plus juteux, de nouveaux défis ou plus de respon­­sa­­bi­­li­­tés. Mais « s’ils quittent la montagne russe avant le premier looping », c’est que quelque chose ne tourne pas rond explique Rob Enderle, un analyste des nouvelles tech­­no­­lo­­gies qui suit atten­­ti­­ve­­ment Google depuis sa créa­­tion. Les employés qui aban­­donnent des star­­tups aussi bien finan­­cées renoncent par la même occa­­sion à des oppor­­tu­­ni­­tés finan­­cières allé­­chantes sur le long terme, ce qui tendrait selon lui à renfor­­cer l’hy­­po­­thèse selon laquelle ils quit­­te­­raient Verily « car ils n’ont plus confiance en la direc­­tion ». À titre de compa­­rai­­son, on n’a pas constaté de telle fuite des cerveaux chez Calico, un autre spin-off ambi­­tieux de Google qui se concentre sur l’aug­­men­­ta­­tion de la longé­­vité humaine. Conrad, ainsi que d’autres employés de Verily, ont décliné mes demandes répé­­tées d’en­­tre­­tiens au cours des dix dernières semaines, et la société a par la suite refusé de répondre à des ques­­tions écrites portant sur mes décou­­vertes. Il n’est pas diffi­­cile de devi­­ner pourquoi Conrad, scien­­ti­­fique et entre­­pre­­neur de son état, a attiré l’at­­ten­­tion de Sergey Brin, le co-fonda­­teur de Google. Son ambi­­tion excep­­tion­­nelle et ses rela­­tions haut-placées, de Washing­­ton aux cercles scien­­ti­­fiques les plus pres­­ti­­gieux, collent parfai­­te­­ment aux desseins que Google nour­­rit pour Verily.

L’an­­née dernière, Brin a dit de la société qu’elle était « extrê­­me­­ment promet­­teuse », et il espère qu’elle va « trans­­for­­mer notre manière de détec­­ter, de préve­­nir et de trai­­ter la mala­­die ». Brin et son cofon­­da­­teur, Larry Page, ont confié le rôle-clé de Verily à Conrad. Aucun élément exté­­rieur à l’en­­tre­­prise ne siège à son conseil admi­­nis­­tra­­tif, et il ne doit se soumettre au juge­­ment d’au­­cun comité consul­­ta­­tif scien­­ti­­fique, contrai­­re­­ment à la plupart des entre­­prises de biote­ch­­no­­lo­­gies. Un ancien employé de la société rit jaune en disant que Verily méri­­te­­rait de s’ap­­pe­­ler « Andy & Co ». Les gens qui connaissent Conrad évoquent l’élo­quence dont il fait preuve lorsqu’il parle de science et ses rapports étroits avec les riches et les puis­­sants. Biolo­­giste réfrac­­taire à toute publi­­cité, Conrad a 52 ans et on le recon­­naît à sa cheve­­lure gris-blond négli­­gée, son bouc et ses vête­­ments larges qui font écho à son passé de surfeur à Malibu. Ses amis en parlent comme d’un homme char­­mant et vision­­naire – un « pertur­­ba­­teur », selon les mots de l’an­­cienne diri­­geante de Para­­mount Pictures, Sherry Lansing, qui « remet toujours en ques­­tion la façon dont les choses sont faites ».

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Dans les labo­­ra­­toires de la société
Crédits : Verily

Le docteur Elias Zerhouni, ancien direc­­teur des Insti­­tuts améri­­cains de la santé, loue « l’ima­­gi­­na­­tion bouillon­­nante » de Conrad, « son QI impres­­sion­­nant » et son « enthou­­siasme d’en­­fant » qui l’amènent à « expliquer des concepts très complexes avec une simpli­­cité et une passion extra­­or­­di­­naires ». Zerhouni est aujourd’­­hui le direc­­teur de la recherche de Sanofi, une entre­­prise phar­­ma­­ceu­­tique qui colla­­bore avec Verily. Cepen­­dant, les anciens sala­­riés de Verily dressent un portrait nette­­ment moins flat­­teur de Conrad. Ils affirment qu’il exagère constam­­ment ce dont est capable Verily, qu’il lance des projets sur des coups de têtes et qu’il déporte fréquem­­ment des ressources allouées à certains projets vers la moindre idée suscep­­tible de géné­­rer des reve­­nus. D’après eux, son tempé­­ra­­ment a donné lieu à des réunions tendues avec certains parte­­naires, ainsi qu’au départ soudain d’in­­gé­­nieurs et de scien­­ti­­fiques démo­­ra­­li­­sés par des exigences impos­­sibles à conten­­ter. Les gens qui ont travaillé par le passé avec Conrad racontent qu’il met en danger les rela­­tions de Verily avec d’im­­por­­tants légis­­la­­teurs de Washing­­ton, dont certains repré­­sen­­tants de la Food and Drug Admi­­nis­­tra­­tion (l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion améri­­caine des denrées alimen­­taires et des médi­­ca­­ments) et du dépar­­te­­ment de la Santé et des Services sociaux des États-Unis.

Le goéland de la science

Je me suis entre­­tenu avec des dizaines d’an­­ciens collègues et d’autres personnes qui connais­­saient Conrad ou son travail. Elles comprennent six anciens employés ou pres­­ta­­taires de Verily et de Google, ainsi que six de leurs colla­­bo­­ra­­teurs actuels ou passés. La plupart d’entre eux ont demandé à conser­­ver l’ano­­ny­­mat, car ils ne veulent pas mettre en péril les rela­­tions qu’ils entre­­tiennent avec les deux socié­­tés. J’ai égale­­ment examiné des centaines de pages de docu­­ments publics, scien­­ti­­fiques, juri­­diques, ainsi que des docu­­ments de brevets écrits par Conrad ou mention­­nant son nom.

Plusieurs des prin­­ci­­paux leaders de Veril sont retour­­nés chez Google.

Deux anciens sala­­riés rapportent que Conrad rebon­­dit régu­­liè­­re­­ment sur les idées que proposent les parte­­naires pendant les réunions, en disant que Verily travaille déjà sur des projets simi­­laires – première nouvelle pour les membres de la direc­­tion. Il assigne alors des ingé­­nieurs et des scien­­ti­­fiques à l’ap­­pro­­fon­­dis­­se­­ment de ces nouvelles idées, qui s’avèrent souvent irréa­­li­­sables. D’an­­ciens employés, dont un ancien mana­­ger, racontent que Conrad va jusqu’à exclure certaines personnes de réunion s’il juge qu’elles ne sont pas assez expé­­ri­­men­­tées, même lorsque ces personnes dirigent le projet dont il est ques­­tion. De nombreux tech­­ni­­ciens de la Sili­­con Valley sont obsé­­dés par le travail et habi­­tués aux heures supplé­­men­­taires, mais d’après les dires d’un ancien employé, la société est deve­­nue telle­­ment exigeante et impré­­vi­­sible qu’il lui arri­­vait souvent de se retrou­­ver en larmes à son bureau à 23 heures. Cette personne ajoute que pleu­­rer dans les bureaux ou les toilettes de Verily est un phéno­­mène répandu. Plusieurs des prin­­ci­­paux leaders de Verily, comme Tang, sont retour­­nés chez Google. Parmi eux, Kobus Jooste était un des premiers employés de Verily, où il diri­­geait des projets de premier plan.  On peut égale­­ment citer Michael Pear­­son, un direc­­teur commer­­cial haut placé ; ainsi que l’in­­gé­­nieur Karl Town­­send, dont le travail est tenu en haute estime. Selon un ancien employé de la star­­tup, Town­­send a mis les voiles avec la plupart des autres membres de l’équipe à l’ori­­gine du connec­­ti­­vity bridge de Verily, un produit qui connecte les appa­­reils médi­­caux au cloud. Il raconte égale­­ment que Conrad a soudai­­ne­­ment perdu tout inté­­rêt pour le produit et a inter­­­rompu son déve­­lop­­pe­­ment. Les membres de l’équipe auraient pu choi­­sir de rester, mais ils ne pouvaient plus suppor­­ter le mana­­ge­­ment impré­­vi­­sible de Conrad.

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Verily travaille­­rait sur de nombreuses inno­­va­­tions médi­­cales
Crédits : Verily

Le docteur Mark Lee, qui était un des scien­­ti­­fiques les plus talen­­tueux de Verily, a rejoint une autre star­­tup de biote­ch­­no­­lo­­gie. Jean Wang, qui était déjà l’une des ingé­­nieures les plus accom­­plies de Google avant de rejoindre Verily, y a travaillé 14 mois avant de décam­­per chez Amazon en 2014. Babak Parviz, un des inven­­teurs du dispo­­si­­tif infor­­ma­­tique des Google Glass, est l’ini­­tia­­teur de leur projet de lentilles de contact capables de mesu­­rer en continu le taux de glucose contenu dans les larmes. Lui aussi est parti chez Amazon à la même période. « Quit­­ter l’un des projets phares de Google pour Amazon est un signe qui ne trompe pas – ça n’ar­­rive nulle part ailleurs », explique Enderle car les socié­­tés affi­­liées à Google sont répu­­tées pour payer gras­­se­­ment leurs employés et pour offrir un envi­­ron­­ne­­ment de travail incom­­pa­­rable. La plupart des employés, anciens ou actuels, refusent d’en parler ouver­­te­­ment, mais Michael Luther, lui, est direct et ne mâche pas ses mots. Luther est l’an­­cien président d’un insti­­tut de recherches de Caro­­line du Nord, dont Conrad a parti­­cipé à la fonda­­tion. « Pour plai­­san­­ter, on avait l’ha­­bi­­tude d’ap­­pe­­ler Conrad le “goéland de la science”. Il débarquait subi­­te­­ment, piaillait, chiait partout et s’en allait », raconte Luther, qui est aujourd’­­hui consul­­tant en biote­ch­­no­­lo­­gies. « Impos­­sible de discu­­ter avec lui pendant plus de dix minutes », ajoute Luther. « Il est du genre à vous promettre des tas de choses mais le résul­­tat est souvent déce­­vant. »

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Les lentilles de contact de Verily
Crédits : Verily

Les projets de Verily

Conrad parle avec arro­­gance de ce que Verily peut accom­­plir en fusion­­nant la méde­­cine et les tech­­no­­lo­­gies. Lors de ses rares inter­­­ven­­tions publiques, il livre un discours commer­­cial qui s’ar­­ti­­cule parfai­­te­­ment avec la vision plus large de Google. Pour faire court, Conrad veut « vaincre Mère Nature », comme il me l’a confié à l’au­­tomne dernier lorsque le nom de Verily a été dévoilé. Il explique que ce nom reflète la soif de déter­­rer des véri­­tés sur la méde­­cine et la santé, en croi­­sant les compé­­tences des spécia­­listes de diffé­­rents secteurs – big data, ingé­­nie­­rie, sciences infor­­ma­­tiques et même philo­­so­­phie. « Nous devons comprendre pourquoi les gens font ce qu’ils font », dit Conrad. « Un philo­­sophe devrait être aussi impor­­tant qu’un chimiste. » Verily – deve­­nue l’an­­née dernière une filiale bien distincte de la nouvelle société mère de Google, Alpha­­bet – donne peu de détails sur ses projets. Montée en tant que société à respon­­sa­­bi­­lité limi­­tée, elle n’est pas tenue de divul­­guer les noms ou les devoirs de ses admi­­nis­­tra­­teurs et elle ne l’a pas fait. Ce reje­­ton du titan du Web n’avait même pas de site Inter­­net avant décembre dernier.

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Ils veulent être à la pointe de la tech­­no­­lo­­gie
Crédits : Verily

Un ancien mana­­ger raconte que les recrues poten­­tielles n’avaient qu’une vague idée de ce qu’on atten­­dait d’eux jusqu’à ce qu’ils soient offi­­ciel­­le­­ment embau­­chés. Et ses cher­­cheurs n’ont publié qu’un seul article scien­­ti­­fique pour le moment, qui parle d’une cuillère conçue pour les personnes souf­­frant de trem­­ble­­ment des mains. Mais Verily, qui emploie envi­­ron 400 personnes, a laissé filtrer certains détails triés sur le volet. Ses projets initiaux incluent « Base­­line », une étude desti­­née à récol­­ter les données cliniques, molé­­cu­­laires, géné­­tiques, radio­­gra­­phiques et micro­­bio­­tiques de 10 000 personnes sur cinq ans, pour comprendre ce que signi­­fie « être en bonne santé » – un point de départ pour iden­­ti­­fier les signes précoces de cancers et de mala­­dies cardiaques. L’en­­tre­­prise déve­­loppe, en parte­­na­­riat avec Novar­­tis, une lentille de contact intel­­li­­gente pour mesu­­rer en continu le niveau de glucose chez les personnes diabé­­tiques, ainsi que des instru­­ments chirur­­gi­­caux robo­­tiques avec John­­son & John­­son. Verily a aussi annoncé qu’ils avaient deux brace­­lets en cours de déve­­lop­­pe­­ment : le premier pour établir un diagnos­­tic constant au moyen de nano­­par­­ti­­cules capables de détec­­ter le cancer et d’autres mala­­dies graves à un stade précoce, et le second pour surveiller la tempé­­ra­­ture de la peau, le pouls et d’autres acti­­vi­­tés cardiaques.

De telles idées conti­­nuent d’ins­­pi­­rer et d’at­­ti­­rer des éléments très talen­­tueux.

« Les nouvelles voitures peuvent comp­­ter jusqu’à 400 capteurs. On connaît la pres­­sion de l’huile et la quan­­tité d’air dans les pneus. Mais on n’a pas ça pour les gens », fait remarquer Conrad dans une vidéo promo­­tion­­nelle publiée sur le site de Verily. « Au lieu de trai­­te­­ments ponc­­tuels et stric­­te­­ment réac­­tifs, nous devrions être capables de four­­nir des soins préven­­tifs et proac­­tifs », person­­na­­li­­sés pour chaque indi­­vidu. De telles idées conti­­nuent d’ins­­pi­­rer et d’at­­ti­­rer des éléments très talen­­tueux, dont le docteur Thomas R. Insel, ancien direc­­teur de l’Ins­­ti­­tut améri­­cain de santé mentale qui a rejoint Verily en novembre 2015. Robert Langer, un profes­­seur du MIT qui siège au conseil d’ad­­mi­­nis­­tra­­tion d’En­­trega Bio à Boston, colla­­bore égale­­ment avec Verily sur la ques­­tion des nano­­par­­ti­­cules. Il décrit la société comme un « groupe vision­­naire ». Son travail avec Entrega remplit jusqu’ici ses objec­­tifs, d’après Langer, et il ne tarit pas d’éloges sur les nouvelles pers­­pec­­tives qu’ouvre Verily et sur l’im­­por­­tant inves­­tis­­se­­ment finan­­cier de Google en matière de recherches biolo­­giques. Il est au courant du départ de certains employés. D’après lui, « Verily va très vite et cela peut être diffi­­cile pour certains ».

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COMMENT ANDREW CONRAD EST-IL PARVENU À LA TÊTE DE VERILY ?

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Traduit par Adélie Floch et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « Google’s bold bid to trans­­form medi­­cine hits turbu­­lence under a divi­­sive CEO », paru dans STAT. Couver­­ture : Verily doit révo­­lu­­tion­­ner la méde­­cine.


 

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