fbpx

Des civilisations extraterrestres bien plus avancées que la nôtre pourraient utiliser leur soleil comme moteur pour voyager dans l'univers.

par Denis Hadzovic | 22 juillet 2020

Pendant le confi­ne­ment, le temps semblait s’être arrêté avec nos dépla­ce­ments. Et pour­tant, nous ne cessons pas un instant de bouger à une vitesse à peine imagi­nable. La Terre se déplace à 108 000 km/h autour du Soleil, qui lui-même se déplace entre 720 000 et 900 000 km/h autour du noyau galac­tique de la Voie lactée. Malgré son orbite régu­lière, le parcours de notre système solaire n’est pas sans embûche puisque des milliards de corps célestes croisent sa route au fil du temps.

Fort heureu­se­ment, la distance qui sépare notre Soleil des autres étoiles est la seule chose qui le sauve d’une colli­sion… pour le moment. En effet, même si la distance qui le sépare de l’étoile la plus proche est de cinq années-lumière, dans un futur loin­tain, le système solaire, Terre comprise, pour­rait bien manquer de chance et tomber sur une super­nova ou un autre objet massif passant trop près de notre planète, entraî­nant au mieux une pluie d’as­té­roïdes, au pire une anni­hi­la­tion pure et simple. Rassu­rez-vous, un tel événe­ment peut aujourd’­hui être prédit des millions d’an­nées à l’avance, mais serions-nous capable d’y échap­per ?

Le propul­seur stel­laire

Une solu­tion folle mais théo­rique­ment plau­sible est donnée par certains scien­ti­fiques : il suffi­rait de dépla­cer notre système solaire tout entier pour éviter un tel cata­clysme. Comment ? Grâce à un engin stel­laire tita­nesque. Certes, l’hu­ma­nité n’est pas près d’y parve­nir. Mais ce genre de machine pour­rait être construite par une civi­li­sa­tion intel­li­gente bien plus avan­cée que la nôtre, capable de construire une « sphère de Dyson », une méga­struc­ture hypo­thé­tique décrite en 1960 par le physi­cien améri­cano-britan­nique Free­man Dyson.

Le but premier d’une sphère de Dyson est de capter une grande partie, voire la tota­lité de l’éner­gie lumi­neuse émise par une étoile afin de la réuti­li­ser. C’est en quelque sorte le stade ultime du panneau solaire. Il serait possible de l’uti­li­ser pour alimen­ter un propul­seur stel­laire, se servant de l’éner­gie du Soleil pour le dépla­cer, et tout son système avec lui.

Schéma de l’ac­tion du propul­seur sur le Soleil, encer­clé par une sphère de Dyson
Crédits : Kurz­ge­sagt – In a Nutshell

Une telle struc­ture est aujourd’­hui irréa­li­sa­ble… du moins pour nous. Notre notion du temps civi­li­sa­tion­nel repose sur des décen­nies, des siècles et des millé­naires, mais ici, on parle de millions voire de milliards d’an­nées d’évo­lu­tion. Selon le grand physi­cien théo­ri­cien améri­cain Michio Kaku, de l’uni­ver­sité de New York, c’est là le prin­ci­pal défaut des gens qui ne croient pas en ce qui nous semble irréa­li­sable, mais qui pour­rait l’être en réalité pour une autre civi­li­sa­tion. « L’er­reur fonda­men­tale que font les gens lorsqu’ils pensent à une intel­li­gence extra­ter­restre est de croire qu’ils sont comme nous, où qu’ils sont seule­ment plus avan­cés de quelques centaines d’an­nées », déclare le profes­seur.

« Ouvrez votre esprit et votre conscience à la possi­bi­lité qu’ils sont des millions d’an­nées devant nous », dit-il en préci­sant que cette avance tech­no­lo­gique phéno­mé­nale signi­fie­rait que toutes les civi­li­sa­tions ne sont pas appa­rues en même temps. En effet, si une civi­li­sa­tion a eu des millions d’an­nées pour évoluer, il est fort probable que celle-ci puisse réali­ser des choses impen­sables pour nous aujourd’­hui. Cette évolu­tion est déjà obser­vable sur les quelques dizaines de milliers d’an­nées qui se sont écou­lées depuis l’ar­ri­vée d’Homo sapiens en Europe, il y a envi­ron 45 000 ans.

« Si l’on observe un jour d’autres êtres intelligents, il est plus que probable qu’ils existent depuis des millions d’an­­nées, et qu’ils aient atteint un niveau tech­no­lo­gique surpas­sant le nôtre par de nombreux ordres de magni­tude », décla­rait Dyson dans la revue Science le 3 juin 1960. En 1964, le scien­ti­fique russe Niko­laï Karda­chev imagi­nait une échelle permet­tant de clas­­ser les civi­­li­­sa­­tions par leur consom­­ma­­tion d’éner­­gie. Il exis­te­rait ainsi trois types de civi­li­sa­tions : celles de type I, qui peuvent utili­ser l’in­té­gra­lité de l’éner­gie présente sur leur planète (vous êtes ici), celles de type II, qui peuvent utili­ser et contrô­ler l’éner­gie de leur étoile, et celles de type III, qui utilisent l’éner­gie de leur galaxie entière.

Dépla­ce­ment de tout le plan du système solaire grâce au propul­seur
Crédits : Kurz­ge­sagt – In a Nutshell

Selon Alexan­der Svoro­nos, cher­cheur à l’uni­ver­sité Yale, seule une civi­li­sa­tion de type II ou plus serait capable de dépla­cer son étoile, et donc tout son système solaire. Cela signi­fie qu’elle serait capable de créer une sphère Dyson et de mettre en place un propul­seur stel­laire. L’en­gin permet­trait de dépla­cer leur étoile et par consé­quent, les millions d’objets célestes qui y sont liés par la gravité. Le but premier d’une telle manœuvre serait poussé par la néces­sité d’évi­ter un cata­clysme cosmique avec une super­nova ou un trou noir. Mais ensuite, une civi­li­sa­tion capable de dépla­cer son système solaire pour­rait l’uti­li­ser pour voya­ger dans l’uni­vers, en explo­rant au passage les contrées qu’ils traversent.

Le Pr Matthew Caplan, physi­cien de l’uni­ver­sité d’État de l’Il­li­nois, propose pour sa part un propul­seur stel­laire qui ressem­ble­rait à une immense station spatiale alimen­tée par la sphère de Dyson, qui récolte de la matière du Soleil pour créer une fusion nucléaire. Les vents d’hé­lium et d’hy­dro­gène seraient cana­li­sés au sein du réac­teur. L’hé­lium serait ensuite brûlé dans un réac­teur à fusion ther­mo­nu­cléaire. Le propul­seur fonc­tion­ne­rait donc comme une fusée, reje­tant un puis­sant fais­ceau de parti­cules pour dépla­cer le système solaire à 1 % de la vitesse de la lumière, soit envi­ron à 1,1 million de kilo­mètres par heure.

En un million d’an­nées, cet engin stel­laire pour­rait dépla­cer le Soleil de 50 années-lumière, assez pour éviter une super­nova, un trou noir ou toute autre menace de cata­clysme cosmique. Le propul­seur Caplan permet­trait de trans­for­mer tout notre système solaire en vais­seau spatial et donc de voya­ger partout au sein de notre galaxie, et même au-delà.

Si un tel projet ne sera proba­ble­ment pas mis sur les rails avant plusieurs milliers ou millions d’an­nées, sa plau­si­bi­lité pour­rait s’avé­rer précieuse pour la recherche d’une vie extra­ter­restre intel­li­gente. L’uni­vers est si vaste que les astro­phy­si­ciens se demandent immanqua­ble­ment où cher­cher et que cher­cher. Des étoiles dont la lumière est occul­tée par des méga­struc­tures placées autour d’elles ne passe­ront pas inaperçues.

Une chose est sûre, nous ne pour­rons pas passer à côté de l’ar­ri­vée d’un système solaire entier en direc­tion de la Terre.


Couver­ture : le Soleil.


 

Plus de turfu