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Avec les beaux jours et la levée partielle du confinement, le désir s'engouffre dans les rues européennes. Sommes-nous en pleine saison des amours ?

par Denis Hadzovic | 26 mai 2020

Hormones et chaleur

Sous les palmiers alignés le long de la plage de Barce­lone, deux poli­ciers répètent les mêmes mouve­ments de bras pour deman­der aux couples de garder leurs distances. Ce lundi 25 mai 2020, la commu­nauté cata­lane entre dans la première phase de la sortie du confi­ne­ment avec les commu­nau­tés espa­gnoles de Madrid et de Castilla y León. Quelques terrasses ont pu rouvrir et le sable s’est couvert de baigneurs. Mais avec les beaux jours du prin­temps, certains ont du mal à résis­ter à l’at­trac­tion physique.

Le 23 mars dernier, en plein confi­ne­ment, une tren­taine de personnes avait parti­cipé à une orgie mélan­geant drogue et sexe à Barce­lone. Avant d’em­barquer huit indi­vi­dus, la police n’avait pu que consta­ter l’ir­ré­pres­si­bi­lité de leur désir. Car la période est propice. Une étude, menée aux États-Unis en 1997, démontre que le nombre de rapports sexuels, chez un groupe d’ado­les­centes, est le plus élevé au prin­temps et en été, tandis que l’hi­ver est la saison la moins mouve­men­tée.

Si l’on en croit le neuros­cien­ti­fique améri­cain Russ Reiter, la méla­to­nine pour­rait être respon­sable de ces varia­tions. Cette hormone surtout sécré­tée lors de période de sommeil est présente en plus grande quan­tité l’hi­ver, lorsque les jours sont courts. Chez les hamsters, elle entraîne une réduc­tion de la taille des testi­cules et chez l’homme, elle nuirait à la libido. Des études menées sur des popu­la­tions d’Es­ki­mos à la fin du XIXe siècle ont montré que les femmes n’avaient plus leurs règles pendant les longues périodes d’hi­ver, périodes pendant lesquelles leurs niveaux de méla­to­nine augmen­tait.

Dans les pays au climat froid étudiés, l’en­do­cri­no­logue améri­cain Joel Ehren­kranz a observé un pic de nais­sances vers la fin de l’hi­ver (en mars) et une baisse annuelle en été (juin, juillet et août) sur la période 1778–1940. Cela indique un pic de concep­tion au moment de la tran­si­tion entre le prin­temps et l’été, et une acti­vité plus calme au retour de l’au­tomne. Mais ce n’est désor­mais plus le cas partout.

Crédits : Franky Cordoba

Selon les données des Centres pour le contrôle et la préven­tion des mala­dies (CDC), les mois de juillet et d’août sont les plus propices aux nais­sances, ce qui veut donc dire que les bébés sont plutôt conçus en hiver. Et d’après le US Natio­nal Center for Health Statis­tics, l’an­ni­ver­saire le plus courant aux États-Unis est le 9 septembre. En France, la jour­née où se produisent le plus d’ac­cou­che­ment est le 23 septembre. Un rapport de l’Ins­ti­tut natio­nal d’études démo­gra­phiques (Ined) paru en 2011 montre que si 75 % des parents voient le prin­temps comme une saison idéale pour une nais­sance, septembre est le mois où la ferti­lité est la plus haute.

Contrai­re­ment aux idées reçues, le plupart des rela­tions sexuelles qui abou­tissent à un accou­che­ment ont donc lieu en hiver. Mais il ne faut pas oublier qu’à la diffé­rence d’autres animaux, les humains peuvent copu­ler à n’im­porte quel moment. « Il n’y a pas de saison spéci­fique, nous n’avons pas besoin d’une fenêtre de tir car les femmes ovulent chaque mois », constate la sexo­logue améri­caine Megan Stubbs. Mais alors d’où vient cette tendance à s’ac­cou­pler quand il fait froid ?

Amour, gloire et ferti­lité

Les tendances en matière de nais­sances n’ont pas toujours été les mêmes. Selon l’Ined, la saison­na­lité était bien plus marquée au XVIIe siècle qu’aujourd’­hui. À cette époque, on pouvait obser­ver un défi­cit de nais­sances au mois de décembre qui était lié au Carême du mois de mars, période pendant laquelle les croyants s’abs­te­naient de toute rela­tion sexuelle. Les acti­vi­tés amou­reuses repre­naient après Pâques, et beau­coup de nouveaux nés arri­vaient donc autour de décembre et janvier.

La disgrâce du fait reli­gieux et le déve­lop­pe­ment des loisirs ont changé la donne. Dans les années 1970, un pic de nais­sances a été observé au prin­temps. Les départs en vacances en été ainsi que les mariages, souvent orga­ni­sés pendant cette période, augmentent le taux de concep­tion et ainsi, le taux de nais­sances au prin­temps. Mais ce pic a glissé vers la fin de l’été à mesure que la contra­cep­tion évoluait : si les couples arrêtent de se proté­ger avant l’été pour avoir un enfant, la concep­tion d’un enfant peut prendre plusieurs mois et il y a donc des chances qu’elle inter­vienne en hiver.

Or juste­ment, le pic de nais­sances du 23 septembre, où l’Ined a constaté 5 % de nais­sances supplé­men­taires, se situe neuf mois après les fêtes de fin d’an­nées. Selon Megan Stubbs, les périodes de vacances laissent plus de temps pour rencon­trer quelqu’un et faire l’amour. Une étude parue en 2012 note que les recherches Google sont plus orien­tées vers la porno­gra­phie, la pros­ti­tu­tion ou les rencontres au début de l’hi­ver et au début de l’été.

Crédits : David Clode

Alors pourquoi n’y a-t-il pas plus de nais­sances neuf mois après l’été ? Une étude conduite en Turquie et publiée en 2016 montre que la qualité du sperme est moins bonne pendant les mois esti­vaux, ce qui réduit la ferti­lité, sans pour autant prou­ver que les gens font moins l’amour. En 2018, trois cher­cheurs cali­for­niens ont remarqué que le taux de nata­lité améri­cain bais­sait au-dessus de 26°C entre 1931 et 2010. Cet effet s’at­té­nue toute­fois à partir des années 1960, soit pile au moment où l’air condi­tionné deve­nait monnaie courante aux États-Unis.

Si la femme ovule chaque mois, le niveau de testo­sté­rone des hommes est plus variable. Il pour­rait notam­ment bais­ser sous l’ef­fet des hautes tempé­ra­tures et, d’après une étude de 2003, augmen­te­rait entre octobre et décembre, condui­sant ainsi à la produc­tion de meilleurs sper­ma­to­zoïdes. Autre­ment dit, l’être humain aurait tendance à être mieux disposé en été mais à être plus fertile en hiver. Il n’a plus de saison de repro­duc­tion au sens où on l’en­tend pour les autres animaux, mais le prin­temps n’est pas sans effet sur ses envies.


Couver­ture : Loïc Djim


 

 

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