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Alors que Donald Trump proposer des solutions hasardeuses, les labos travaillent sérieusement sur plusieurs pistes de remèdes au Covid-19.

par Denis Hadzovic | 27 avril 2020

Des hypo­thèses fumeuses ?

Dans la salle de presse de la Maison-Blanche, Donald Trump se penche sans cesse vers la droite. On lui a beau­coup repro­ché d’être irra­tion­nel, alors le président améri­cain prend à partie son conseiller scien­ti­fique. Ce jeudi 23 avril, s’ap­puyant sur une étude menée par Bill Bryan au Centre natio­nal d’ana­lyse et de contre-mesures en matière de biodé­fense, il donne les étapes d’un étrange remède au Covid-19 : « Suppo­­sons qu’on soumette le corps à une énorme quan­­tité d’UV ou à une lumière vive […] et suppo­­sons qu’on amène la lumière à l’in­­té­­rieur du corps à travers la peau ou autre […] cela me semble très inté­­res­­sant. » Selon les résul­tats obte­nus par Bill Bryan et ses collègues, « la chaleur et l’hu­mi­dité sont des maillons faibles de la chaîne de trans­mis­sion du virus ». Les rayons UV enrayent par exemple sa propa­ga­tion d’un sujet à l’autre.

Au cours de la même confé­rence de presse, Donald Trump semble surpris par l’ef­fi­ca­cité des désin­fec­tants comme l’eau de javel. « Je vois que le désin­fec­tant élimine le virus en une minute. Une minute ! » s’ex­clame-t-il. Il est si surpris qu’un éclair de génie lui traverse l’es­prit : « Y a-t-il un moyen de faire quelque chose comme ça par injec­tion ? » propose-t-il, en évoquant « un nettoyage » à l’in­té­rieur même des poumons puisque le virus y fait « énor­mé­ment de dégâts ».

Les méde­cins du monde entier ont immé­dia­te­ment pros­crit ce trai­te­ment, en décon­seillant l’hy­dra­ta­tion au gel hydro­al­coo­lique ou encore les séances d’UV qui, d’après l’OMS, peuvent provoquer des irri­ta­tions de la peau. Un tel trai­te­ment aux rayons UV serait suscep­tible de « faire frire les gens » selon Dan Arnold, employé de UV Light Tech­no­logy, une entre­prise qui four­nit du maté­riel aux hôpi­taux britan­niques.

Si Trump pêche par extra­po­la­tion, la sensi­bi­lité du Covid-19 à la chaleur et à l’hu­mi­dité n’en reste pas moins un facteur à prendre en compte. Et ce n’est pas le seul. Une étude française suggère que la nico­tine pour­rait réduire les risques d’in­fec­tion au Covid-19. Publiée le mardi 22 avril par des neuro­bio­lo­gistes de l’hô­pi­tal de la Pitié Salpê­trière à Paris, elle montre que les fumeurs sont moins touchés par le virus que les autres personnes. En étudiant un groupe de 350 personnes malades d’un âge médian de 65 ans, ainsi qu’un autre groupe de 130 personnes avec une moyenne d’âge de 44 ans, le profes­seur de méde­cine Zahir Amoura a constaté qu’ « il y a à peu près 80 % de fumeurs en moins dans les popu­la­tions Covid que dans la popu­la­tion géné­rale, de même sexe et de même âge ».

Crédits : Maison-Blanche

Selon Jean-Pierre Chan­­geux, membre de l’Aca­dé­mie des sciences, la nico­­tine empê­­che­­rait le coro­­na­­vi­­rus de péné­­trer les cellules de l’or­­ga­­nisme, entra­­vant ainsi le déve­lop­pe­ment de la mala­die. Cette hypo­thèse, encore loin d’être confir­mée, fait l’objet de piste de recherches. Les scien­ti­fiques rappellent que la consom­ma­tion de tabac est forte­ment décon­seillée puisqu’elle rend vulné­rable à d’autres patho­lo­gies.

Une autre étude récente lancée par des cher­cheurs israé­liens suppose que le canna­bis aide­rait à guérir du Covid-19. Des essais cliniques ont été lancés dimanche 19 avril pour véri­fier cette hypo­thèse. Cette dernière se base sur les proprié­tés anti-inflam­ma­toires du canna­bi­diol (CBD) qui seraient suscep­tible d’em­­pê­­cher des décès chez les malades du Covid-19. Le CBD est testé en asso­cia­tion avec d’autres trai­te­ments (à base de stéroïdes notam­ment) dans le but de dimi­nuer la réponse immu­ni­taire de l’or­ga­nisme qui, par sa puis­sance, peut être fatale. Mais pour l’ins­tant, les méde­cins recom­mandent prin­ci­pa­le­ment d’évi­ter la consom­ma­tion de canna­bis en atten­dant des résul­tats offi­ciels de ces recherches. Et ils privi­lé­gient des médi­ca­ments qui ont déjà été utili­sés pour d’autres mala­dies.

Chlo­roquine et autres

Deux hommes ont beau­coup fait pour la popu­la­rité de la chlo­roquine. Le méde­cin marseillais Didier Raoult a utilisé un dérivé de cette substance, l’hy­droxy­chlo­roquine (commer­cia­li­sée sous le nom de Plaque­nil), pour trai­ter 24 malades atteints du virus. Au bout de six jours, 75 % d’entre eux avaient une charge néga­­tive. Le 16 mars dernier, un autre icono­claste, Elon Musk, relayait les recherches de deux Améri­cains parlant de la chlo­roquine comme d’un « trai­te­ment effi­cace » contre le Covid-19.

De nombreux essais cliniques ont toute­fois démon­tré que la chlo­roquine n’était pas un remède si promet­teur, puisqu’elle peut entraî­ner des effets secon­daires graves pour certains patients. Une première étude menée au Brésil sur un trai­te­ment à base de chlo­roquine a été inter­rom­pue après l’ap­pa­ri­tion de compli­ca­tions cardio­vas­cu­laires chez plusieurs patients. Certains en sont même décé­dés. Le but de cette étude était de tester l’ef­fi­ca­cité de la chlo­roquine contre le virus en injec­tant des doses plus ou moins élevées à diffé­rents groupes de personnes.

Alors que Donald Trump deman­dait haut et fort un recours à l’usage massif de l’hy­droxy­chlo­roquine aux États-Unis il y a quelques semaines, une étude récente réali­sée par des cher­cheurs améri­cains pour­rait lui donner tort. Publiée le 21 avril, elle démontre que l’hy­droxy­chlo­roquine augmente le taux de morta­lité des malades du Covid-19. Diffé­rents trai­te­ments ont été admi­nis­trés sur un groupe de 368 personnes mais le résul­tat est sans appel : les décès sont 2,5 fois plus nombreux avec un trai­te­ment à base d’hy­droxy­chlo­roquine qu’a­vec un trai­te­ment dit stan­dard (28 % de décès contre 11,4 % respec­ti­ve­ment).

Didier Raoult

Affir­mant avoir les preuves indis­cu­tables de l’ef­fi­ca­cité clinique de l’as­so­cia­tion d’hy­droxy­chlo­roquine et d’azi­thro­my­cine, le profes­seur Raoult la pres­crit large­ment dans son hôpi­tal et en fait la promo­tion. Cepen­dant, l’étude susci­tée est aussi pessi­miste à l’égard de cette combi­nai­son. L’hy­droxy­chlo­roquine et l’azi­thro­my­cine ont été admi­nis­trées à certaines personnes parmi les 368 patients. Encore une fois, le trai­te­ment n’a pas été pas effi­cace puisque les cher­cheurs enre­gistrent un taux de morta­lité de 22 %, soit deux fois plus qu’a­vec le trai­te­ment stan­dard. Didier Raoult remet en cause cette étude améri­caine en la quali­fiant de « fake news ».

Selon lui, « les patients trai­tés à l’hy­droxy­chlo­roquine étaient déjà dans un état critique et atteints de lympho­pé­nie », ce qui en fait une « étude frau­du­leuse ». De son côté, Didier Raoult a mené plusieurs études au sein de l’IHU Marseille Infec­tion visant à prou­ver l’ef­fi­ca­cité de son trai­te­ment contre le Covid-19. Cepen­dant, la métho­do­lo­gie de ses essais cliniques, non conforme aux stan­dards inter­na­tio­naux, suscite le scep­ti­cisme d’une partie de la commu­nauté scien­ti­fique. La dernière en date, portant sur plus de 1 000 patients atteints du coro­na­vi­rus, fait d’ailleurs l’objet d’une enquête de l’Agence natio­nale du médi­ca­ment (ANSM).

Jeudi 23 avril, l’Or­ga­ni­sa­tion mondiale de la santé a publié les résul­tats de tests préli­mi­naires voués à déter­mi­ner l’ef­fi­ca­cité du remde­si­vir, un anti­vi­ral produit par la société améri­caine Gilead Sciences. Ils n’ont pas été concluants. Au Burkina Faso et au Bénin, des essais sont en cours avec l’avi­pi­rine, un médi­ca­ment employé dans le trai­te­ment du VIH. Mais la preuve de son effi­ca­cité n’a pas encore été faite. En atten­dant, les premiers essais cliniques de vaccin contre le Covid-19 ont commencé au Royaume-Uni. Mais comme il leur faudra des mois pour pouvoir le mettre au point, la quête du remède est plus impor­tante que jamais. Même Donald Trump en est conscient.


Couver­ture : Dimi­tri Hout­te­man


 

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