par Malaurie Chokoualé Datou | 12 octobre 2018

Assis profon­­dé­­ment enfoncé dans un impo­­sant canapé marron, l’as­­tro­­naute améri­­cain Nick Hague converse avec son voisin de gauche, la main posée sur l’ac­­cou­­doir. Non loin de lui, son collègue de mission, le cosmo­­naute russe Alek­­seï Ovtchi­­nine, est aussi en plein examen médi­­cal, un bras­­sard bleu de pres­­sion arté­­rielle enroulé autour du bras. Une caméra tour­­noie entre eux, offrant au monde les premières images du duo depuis ce fameux décol­­lage raté. Car les deux hommes vont bien, confirme l’agence spatiale russe Roscos­­mos, mais l’is­­sue aurait pu être tragique.

Alek­­seï Ovtchi­­nine
Crédits : NASA

Jeudi 11 octobre, le vais­­seau russe Soyouz MS-10 s’ar­­rache du sol à 11 h 40 depuis le cosmo­­drome de Baïko­­nour. Il s’agit d’une mission assez clas­­sique : il doit rallier la Station spatiale inter­­­na­­tio­­nale (ISS) pour que Nick Hague et Alek­­seï Ovtchi­­nine prêtent main forte à l’équi­­page de la station, actuel­­le­­ment consti­­tué de l’Al­­le­­mand Alexan­­der Gerst, de l’Amé­­ri­­caine Serena Aunon-Chan­­cel­­lor et du Russe Sergueï Proko­­piev. Mais une centaine de secondes après le lance­­ment, l’alerte est donnée : le moteur vient subi­­te­­ment de tomber en panne. « Ce fut court… », commente laco­­nique­­ment Alek­­seï Ovtchi­­nine. À bord de leur capsule, les deux hommes ont été éjec­­tés de l’ap­­pa­­reil avant d’at­­ter­­rir, sains et saufs, dans les steppes kaza­­khes, non loin de la ville de Jezkaz­­gan, 30 minutes plus tard.

La Russie a depuis annoncé la créa­­tion d’une commis­­sion d’enquête pour éclair­­cir la·les cause·s de ce dysfonc­­tion­­ne­­ment majeur, qui s’est soldé par cet atter­­ris­­sage en catas­­trophe. En atten­­dant ses conclu­­sions, le programme des vols de la mission Soyouz MS est suspendu et la Russie pour­­rait annu­­ler tous les lance­­ments de ses vais­­seaux jusqu’à la fin de l’an­­née, explique Reuters.

Cette mise en pause met en péril le travail de la station mais égale­­ment bien d’autres missions inter­­­na­­tio­­nales. En effet, depuis l’ar­­rêt de la navette spatiale de la NASA en 2011, après un dernier vol d’At­­lan­­tis, les vais­­seaux Soyouz se chargent seuls de trans­­por­­ter des équi­­pages à bord de l’ISS. La NASA entend bien mettre un terme à ce mono­­pole russe grâce au concours de SpaceX et Boeing, qui se chargent déjà de ravi­­taille­­ments, d’au­­tant plus que le contrat entre la NASA et l’agence spatiale russe Roscos­­mos arri­­vera à son terme en novembre 2019.

S’il s’agit là du premier acci­dent d’un lanceur Soyouz-FG depuis 1983, cette panne s’ajoute à une série de revers subis par le programme spatial russe au cours des dernières années qui entachent consi­­dé­­ra­­ble­­ment la répu­­ta­­tion jadis écla­­tant du pays dans le domaine aéro­s­pa­­tial. En août dernier, une fuite d’air micro­s­co­­pique sur l’ISS a causé une dépres­­su­­ri­­sa­­tion partielle de la station ainsi qu’un vent de panique géné­­ral. Après que ce trou de deux milli­­mètres a été attri­­bué à un micro-météo­­roïde, une commis­­sion d’enquête russe a ensuite évoqué l’hy­­po­­thèse d’un sabo­­tage : le respon­­sable serait un ouvrier au sol qui aurait tenté de dissi­­mu­­ler son erreur en bouchant le trou avec de la colle.

Le problème est que, soumise aux condi­­tions spatiales, celle-ci s’est désa­­gré­­gée complè­­te­­ment en l’es­­pace de deux mois. Cette expli­­ca­­tion n’a pas encore été confir­­mée par Roscos­­mos, mais elle n’a eu de cesse d’ali­­men­­ter les théo­­ries du complot. En effet, depuis la répa­­ra­­tion, des rumeurs accu­­sant les astro­­nautes de la NASA d’avoir abîmé la capsule ont fleuri à travers des médias russes comme Kommer­­sant. Elles ont été allè­­gre­­ment alimen­­tées par des sources anonymes au sein de Roscos­­mos, pour être ensuite condam­­nées par Dmitri Rogo­­zine, le direc­­teur géné­­ral de l’agence spatiale russe en personne.

L’em­­blème de Roscos­­mos

Fin décembre 2017, Roscos­­mos a avoué avoir perdu le contact avec un satel­­lite à 45 millions de dollars, Meteor M2–1, qui trans­­por­­tait pas moins de 18 satel­­lites appar­­te­­nant à des entre­­prises russes, norvé­­giennes, suédoises, améri­­caines, japo­­naises, cana­­diennes et alle­­mandes. Pendant cinq ans, Meteor M2–1 devait surveiller l’évo­­lu­­tion du climat pour l’agence météo­­ro­­lo­­gique russe.

Enfin, un certain nombre d’échecs spatiaux russes sont recen­­sés entre 2015 et 2017. Au total, Roscos­­mos « a eu à déplo­­rer la perte de deux satel­­lites après leur lance­­ment, d’un vais­­seau cargo Progress, la défaillance d’un lanceur Proton ou encore la décou­­verte de défauts sur la plupart des moteurs produits pour les fusées devant placer en orbite des satel­­lites ». Le prochain vol vers l’ISS est théo­­rique­­ment prévu pour décembre 2018, mais ce dernier décol­­lage avorté pour­­rait avoir un impact néga­­tif sur le plan­­ning.

Une accu­­mu­­la­­tion de coups durs pour Roscos­­mos qui jettent une ombre sur le programme spatial russe, lancé sous l’ère sovié­­tique et qui a connu des heures glorieuses. Les 12 articles qui suivent retracent son impres­­sion­­nante épopée, depuis la créa­­tion du lanceur Soyouz jusqu’aux mysté­­rieuses bacté­­ries extra­­­ter­­restres rame­­nées sur Terre il y a peu par les cosmo­­nautes russes.

De Soyouz à Ence­­lade

Comment l’URSS est partie à la conquête de l’es­­pace avec le lanceur Soyouz 

Avec plus de 1 700 décol­­lages depuis 1966, le lanceur sovié­­tique Soyouz est l’une des plus grandes réus­­sites de l’aé­­ro­s­pa­­tiale.

Le lanceur Soyouz à Baïko­­nour

La Russie déclas­­si­­fie des photos du programme spatial sovié­­tique

En mai 2016, à l’oc­­ca­­sion du 70e anni­­ver­­saire du cosmo­­drome de Kapous­­tine Iar, la Russie a déclas­­si­­fié une série de photos qui retracent les premiers pas du programme spatial russe. Ce site a joué un rôle impor­­tant dans cette lutte effré­­née entre le bloc de l’Est et les États-Unis.

Les scien­­ti­­fiques russes veulent créer une moto spatiale depuis les 60’s

Depuis le début des années 1960, les scien­­ti­­fiques russes aspirent à créer une moto spatiale pour permettre aux astro­­nautes de s’aven­­tu­­rer dans l’es­­pace sans être raccor­­dés à la station spatiale. Le rêve est encore loin.

Cette start-up russe veut envoyer des humains conge­­lés dans l’es­­pace

La start-up KrioRus dit pouvoir envoyer des corps cryo­­gé­­ni­­sés en orbite dans l’es­­pace jusqu’à ce qu’ils puissent être décon­­ge­­lés et rame­­nés à la vie.

Crédits : KrioRus

Ce satel­­lite russe brillera plus que les étoiles et les planètes dans le ciel nocturne

Baptisé Mayak (« phare » en français), ce petit satel­­lite de forme cubique a été lancé le 14 juillet 2017 et a été au centre de nombreuses contro­­verses. En effet, certains astro­­nomes jugent qu’il est si brillant qu’il risque de faus­­ser certains calculs.

La Russie a un plan pour concur­­ren­­cer SpaceX

Igor Koma­­rov, le direc­­teur de Roscos­­mos, a reconnu en juillet 2017 que Space repré­­sen­­tait un « défi sérieux » pour l’aé­­ro­s­pa­­tiale russe, tout en expliquant avoir un plan pour concur­­ren­­cer SpaceX : réduire les coûts de lance­­ment.

Le lance­­ment d’un mysté­­rieux satel­­lite depuis une base de l’Arc­­tique

Le minis­­tère de la Défense russe n’a rien dit de la fonc­­tion précise de ce satel­­lite, lancé en juin 2017, mais certains ont déjà leur petite idée sur la ques­­tion.

La Russie va aider la NASA à construire une station spatiale lunaire

La Russie et les États-Unis ne sont en froid sur tous les sujets. Concer­­nant l’es­­pace notam­­ment, leurs agences respec­­tives vont coopé­­rer pour construire une station spatiale en orbite autour de la Lune – la première du genre, annonçaient-elles en septembre 2017.

La Russie lancera une expé­­di­­tion vers Mars en 2019

À la mi-mars 2018, la Russie annonçait plani­­fier de nombreuses missions spatiales, dans les cadre de leur programme « consa­­cré à la Lune et à l’ex­­plo­­ra­­tion de Mars ». Elle a ajouté que la première expé­­di­­tion inha­­bi­­tée aurait lieu en 2019.

Crédits : Krem­­lin.ru/Ulyces

Ce milliar­­daire russe va finan­­cer une mission spatiale vers une lune de Saturne

Le milliar­­daire russe Iouri Milner veut lancer une mission vers Ence­­lade, la sixième plus grosse lune de Saturne, égale­­ment l’objet du système solaire le plus suscep­­tible d’ac­­cueillir une forme de vie.

Un astro­­naute russe découvre des bacté­­ries extra­­­ter­­restres sur la coque l’ISS

L’agence de presse russe, la TASS, a analysé des échan­­tillons récol­­tés à la surface du segment russe de la Station spatiale inter­­­na­­tio­­nale et a démon­­tré la présence de bacté­­ries vivantes qui se sont accro­­chées au vais­­seau au cours de son odys­­sée spatiale. Et elles ne provien­­draient pas de la Terre.

Des scien­­ti­­fiques russes ont ramené de l’es­­pace des bacté­­ries mutantes ultra-agres­­sives

En juillet 2018, des scien­­ti­­fiques russes ont partagé les résul­­tats de leur étude Biorisk. Pendant 31 mois, ils ont placé des œufs de crus­­ta­­cés et de carpes à l’ex­­té­­rieur de la Station spatiale inter­­­na­­tio­­nale, avant de les rame­­ner sur Terre pour les étudier. Ils ont alors constaté l’agres­­si­­vité des bacté­­ries.


Couver­­ture : Soyouz à la dérive. (Roscos­­mos/Ulyces)


Premium WordP­ress Themes Down­load
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
Premium WordP­ress Themes Down­load
Free Down­load WordP­ress Themes
free online course
Download WordPress Themes
Free Download WordPress Themes
Premium WordPress Themes Download
Download Premium WordPress Themes Free
udemy paid course free download

Plus de monde