par MaloChe | 0 min | 3 novembre 2016

LISEZ ICI LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

Pier­­rot le tueur

Au commen­­ce­­ment était le clown triste. Dans les premières années du XIXe siècle, le comé­­dien anglais Joseph Grimaldi fut le premier panto­­mime à tracer les contours du clown moderne. Il était extra­­or­­di­­nai­­re­­ment popu­­laire et l’on raconte qu’un huitième de la popu­­la­­tion de Londres est venue assis­­ter à ses frasques. Grimaldi portait des costumes colo­­rés et son visage était peint en blanc, avec de gros ronds rouges sur les joues. Mais hors des projec­­teurs, il était triste comme les pierres. Élevé par un père tyran­­nique, il avait des tendances dépres­­sives ; sa première femme est morte en couches ; son fils était alcoo­­lique, il est mort à l’âge de 31 ans ; et les cascades qui amusaient tant son public le lais­­saient perclus de douleurs. « Je suis triste toute la jour­­née, mais je vous fais rire le soir », avait-il l’ha­­bi­­tude d’iro­­ni­­ser. Pour­­tant, Grimaldi avait beau être triste, il n’ef­­frayait personne. C’est en France qu’est né le premier véri­­table clown tueur. La légende morbide qui plane sur le person­­nage du clown ne date pas de Stephen King. L’his­­toire débute au début du XIXe siècle. Jean-Gaspard Debu­­rau était un mime célèbre. Il a créé le person­­nage de Pier­­rot, le clown qui a précédé tous les autres : le noble Pier­­rot, le Pier­­rot lunaire et le Pier­­rot tragique. Debu­­rau a très vite joui d’une grande noto­­riété et atti­­rait un public varié. Tantôt bour­­geois, tantôt modestes, ses spec­­ta­­teurs étaient tous admi­­ra­­tifs de son travail et de son person­­nage. Jusqu’à ce jour tragique de 1836.

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Une illus­­tra­­tion de Jean-Gaspard Debu­­rau

C’était un lundi enso­­leillé d’avril et Debu­­rau se prome­­nait avec sa femme et ses deux enfants dans la grande rue de Bagno­­let. Un jeune homme qu’ils ne connais­­saient pas s’est mis à impor­­tu­­ner le couple, criant des insa­­ni­­tés à la femme de Debu­­rau. Il a fini par « insul­­ter » le mime, utili­­sant le nom de son célèbre person­­nage comme une insulte : « Voilà Pier­­rot, mauvais sauteur de corde ; voilà Pier­­rot avec sa margot ; Arlequin avec son Arlequine ! » Exas­­péré par ces voci­­fé­­ra­­tions, Debu­­rau s’est appro­­ché du gamin pour lui deman­­der la raison de ces insultes. Il portait « un bâton noueux en bois d’épine », comme le rapporte un jour­­nal de l’époque. Cela n’a pas effrayé le garçon, qui l’a insulté de plus belle : « Viens, mauvais paillasse ! Viens donc ici, mauvais acteur ! » N’y tenant plus, le clown lui a asséné un violent coup sur le côté du crâne qui l’a étendu au sol. Le jeune homme aurait tenté de se rele­­ver, serait tombé à nouveau, puis se serait traîné à quelques pas de là sur un tas de pierres, avant de perdre connais­­sance. Il est mort le surlen­­de­­main à l’hô­­pi­­tal où on l’a évacué. Son biographe a écrit plus tard que lorsque le comé­­dien revê­­tait le costume de son person­­nage, il n’était plus que frus­­tra­­tion et colère. En repré­­sen­­ta­­tion, Debu­­rau se mettait en scène avec des objets qu’il n’avait pas le droit de prendre au sérieux : des lames de rasoir et des tessons de bouteille. Loin de chérir sa noto­­riété, elle avait rendu Jean-Gaspard Debu­­rau acerbe, empli de haine et de rancœurs, mais surtout malheu­­reux et dépres­­sif. Cette bagarre à l’is­­sue tragique n’a rien arrangé. Debu­­rau a été acquitté du meurtre mais ne s’en est jamais remis. Sa victime l’avait inju­­rié en le confon­­dant volon­­tai­­re­­ment avec sa créa­­tion. L’ar­­ché­­type du clown triste et dange­­reux est en partie inspi­­rée de ces deux histoires. Vite absorbé par la culture popu­­laire, son origine est aujourd’­­hui trouble et multiple. Certains la situent par exemple dans une nouvelle d’Ed­­gar Poe de 1846. Inti­­tu­­lée Hop-Frog, elle raconte l’his­­toire du nain du même nom, qui a été enlevé dans son pays natal pour deve­­nir le bouf­­fon du roi. Il finira par se venger du souve­­rain et de sa cour en les brûlant vifs lors d’un bal masqué. Ce frag­­ment d’ori­­gine rapproche le clown des bouf­­fons à la cour et d’Ar­­lequin, des person­­nages hauts en couleurs amateurs de mauvaises blagues. En 1892, dans l’opéra italien Pagliacci, Ruggero Leon­­ca­­vallo mettait en scène un clown qui tue sa femme sur scène, baptisé Taddeo. Et dans L’Ul­­time razzia, sorti en 1956, Stan­­ley Kubrick utilise lui aussi le masque du clown pour camou­­fler le visage de Johnny Clay, un truand tout juste sorti de prison qui orga­­nise un casse pour se renflouer. Le mythe du clown meur­­trier s’est cepen­­dant étoffé dans les années 1970, à la suite d’une série de faits divers qui ont diabo­­lisé le person­­nage et sa percep­­tion. John Wayne Gacy porte un coup fatal à l’image enfan­­tine et inno­­cente tradi­­tion­­nel­­le­­ment attri­­buée aux clowns. En 1978, cet homme d’af­­faires respecté et père de famille, vivant à Chicago, a été arrêté et inculpé pour le viol et le meurtre de 33 jeunes hommes. Après une enquête sordide, Gacy s’est révélé être un indi­­vidu profon­­dé­­ment torturé. 26 corps ont été retrou­­vés, ligo­­tés et enter­­rés sous le domi­­cile de Gacy à Chicago. Trois autres étaient enter­­rés dans sa propriété. Les cadavres de ses quatre dernières victimes ont été repê­­chés dans la rivière Des Plaines, tout près de chez lui. Il est possible qu’il ait commis de nombreux autres crimes, en voie d’être éluci­­dés. Le portrait que la police de Chicago est parve­­nue à dres­­ser du tueur en série diffé­­rait tota­­le­­ment de la descrip­­tion qu’en faisaient la majeure partie de ses proches et de ses voisins. Côté pile, Gacy était un self-made-man. Un entre­­pre­­neur géné­­reux et altruiste, qui n’hé­­si­­tait pas à embau­­cher des jeunes déso­­rien­­tés ou margi­­na­­li­­sés pour les faire travailler dans ses restau­­rants. Répu­­bli­­cain convaincu et mili­­tant, il revê­­tait régu­­liè­­re­­ment son costume de « Pogo le clown » pour récol­­ter des fonds pour le parti, diver­­tir les enfants malades dans les hôpi­­taux de la ville ou animer des goûters d’an­­ni­­ver­­saire.

Jason Moran se consacre à l'identification des victimes de Gacy
John Wayne Gacy et Pogo le clown

Côté face, la person­­na­­lité de Gacy était infi­­ni­­ment plus sombre. Avant qu’il soit reconnu coupables de ces meurtres, d’autres accu­­sa­­tions s’ac­­cu­­mu­­laient déjà contre lui. À tout juste 17 ans, alors qu’il travaillait comme concierge dans un salon funé­­raire, il a été licen­­cié après qu’on lui a attri­­bué des actes de nécro­­phi­­lie. Son employeur n’a pas signalé à la police le profil déséqui­­li­­bré du jeune homme. Quelques années plus tard, alors qu’il s’était forgé une répu­­ta­­tion de citoyen modèle, Gacy cachait un autre secret. Il refou­­lait son homo­­sexua­­lité depuis l’ado­­les­­cence. Marié, il s’est caché de nombreuses années derrière une vie de famille bien rangée. En 1968, il a été accusé de tenta­­tives de viol sur plusieurs de ses employés adoles­­cents, pour lesquelles il a été condamné à dix ans de prison. Fin mani­­pu­­la­­teur, il aurait réussi à remettre en cause sa condam­­na­­tion auprès du person­­nel péni­­ten­­tiaire. 18 mois après son incar­­cé­­ra­­tion, il a obtenu une remise de peine excep­­tion­­nelle et a été remis en liberté condi­­tion­­nelle. Ce moment de la vie de Gacy a été déci­­sif dans la construc­­tion de sa logique crimi­­nelle. En 1970, fraî­­che­­ment libéré, il fonde une société de construc­­tion qui lui permet de propo­­ser des petits boulots aux jeunes de son quar­­tier. Il commet son premier meurtre en 1972, dont le mode opéra­­toire a inspiré ceux qui ont suivi. Gacy avait pour habi­­tude de choi­­sir sa proie parmi ses employés, de la menot­­ter et d’abu­­ser d’elle avant de la tuer. Il cher­­chait ensuite à se débar­­ras­­ser du corps. Des années durant, l’homme, qui s’était construit une image de citoyen altruiste, repenti et impliqué dans sa commu­­nauté, a conti­­nué son épopée sanglante sans être soupçonné par son entou­­rage. En prison, Gacy a apporté la touche finale à sa répu­­ta­­tion d’abo­­mi­­nable tueur en série. Il a commencé à peindre des portraits de Blanche-Neige, de Bambi, des Sept Nains et, bien évidem­­ment, de clowns. Auréolé d’une répu­­ta­­tion sordide, Gacy a reçu en prison des milliers de portraits d’Amé­­ri­­cains, dési­­reux d’être repré­­sen­­tés en clown-tueur signé de la main de John Wayne Gacy. Cette fasci­­na­­tion morbide pour Gacy, aux États-Unis puis dans de nombreux autres pays, n’a fait qu’an­­crer davan­­tage la peur du clown dans l’in­­cons­­cient collec­­tif. Par la suite, de nombreux romans, films et séries ont exploité cette peur, mettant en scène des person­­nages de clowns meur­­triers, sadiques ou menta­­le­­ment instables. Après Ça, les réfé­­rences ne manquent pas.

Gacy, sa vie, ses meurtres et ses tableaux continuent de fasciner
Quelques-uns des tableaux de Gacy

Ils sont reve­­nus

En 1986, Stephen King, maître incon­­testé du roman d’hor­­reur, a levé le voile sur une géné­­ra­­tion d’adultes qui traî­­naient de vieilles angoisses d’en­­fants. L’his­­toire de John Wayne Gacy a donné des idées à l’au­­teur. À l’ori­­gine, il voulait abor­­der l’en­­fance, un thème central de son œuvre. Il a d’abord pensé à l’his­­toire d’un troll qui aurait élu refuge dans les égouts d’une petite ville et refe­­rait surface à l’oc­­ca­­sion pour terro­­ri­­ser ses habi­­tants. Puis il s’est souvenu de la biblio­­thèque dans laquelle il passait du temps lorsqu’il était enfant. Pour King, le couloir qui reliait la section des adultes et celle des enfants maté­­ria­­li­­sait un chemin, un passage : celui de l’en­­fance à la vie d’adulte. Mais ses hypo­­thèses lui parais­­saient toutes bancales. En 1981, Stephen King a enfin trouvé le bon bout. Il a imaginé le person­­nage de Ça et commencé à écrire son histoire. Dans le roman, la narra­­tion porte sur une bande de sept amis et se divise en deux époques : leur enfance et leur vie d’adulte. Dans les deux périodes, ils sont hantés par un person­­nage énig­­ma­­tique qu’ils baptisent Ça. Durant l’en­­fance, Ça est un monstre à plusieurs visages, qui prend d’abord l’ap­­pa­­rence des peurs secrètes de chacun (un père violent, une mère étouf­­fante ou un loup-garou) avant de fina­­le­­ment conver­­ger en un clown d’ap­­pa­­rence clas­­sique mais à la person­­na­­lité sadique et tortu­­rée. On en revient au prin­­cipe de base de la phobie : elle peut se maté­­ria­­li­­ser de diffé­­rentes manières et croît sur un terrain fertile. Mais les livres de Stephen King sont large­­ment consi­­dé­­rés comme des « romans d’hor­­reur » et donc canton­­nés à des lecteurs adultes. Même si la noto­­riété de Ça n’était plus à faire, le télé­­film adapté du roman a fait décou­­vrir l’his­­toire à un nouveau public : les enfants. Réali­­sée par Tommy Lee Wallace et diffu­­sée pour la première fois aux États-Unis en 1990, l’adap­­ta­­tion conserve la trame initiale de l’his­­toire. Cepen­­dant, certaines étapes de la narra­­tion du roman ont été suppri­­mées, modi­­fiées ou atté­­nuées pour rendre le télé­­film visible par tous les publics. it-cover1Le clown sangui­­naire, Grippe-Sou, est inter­­­prété par Tim Curry. Le visage grimé de pein­­ture blanche, le crâne dégarni et parsemé d’hor­­ribles touffes de cheveux rouges, le tout emballé dans une salo­­pette d’ar­­lequin : le person­­nage est arché­­ty­­pal au possible mais effi­­cace. « J’ai choisi de lais­­ser à Grippe-Sou un visage tradi­­tion­­nel de clown, comme ceux qu’on montre habi­­tuel­­le­­ment aux enfants, juste­­ment parce qu’ils aiment les clowns autant qu’ils les craignent », expliquait Stephen King à la sortie de son roman. « Les clowns, avec leurs visages blancs et leurs lèvres rouges, sont très diffé­­rents et telle­­ment grotesques compa­­rés aux “personnes normales”. Amenez un jeune enfant au cirque et montrez-lui un clown, il sera plus enclin à avoir peur plutôt qu’à rire. » Diffu­­sés par la chaîne ABC les 18 et 20 novembre 1990, les deux épisodes ont été vus par près de 20 millions de télé­s­pec­­ta­­teurs. À partir de là, la figure du clown tueur a été large­­ment reprise au cinéma et dans les séries. La culture pop regorge de clowns psycho­­pathes et bien souvent misan­­thropes, sangui­­naires, sadiques, et déséqui­­li­­brés. Les person­­nages ne dési­gnent pas toujours expres­­sé­­ment le person­­nage du clown, mais les carac­­té­­ris­­tiques physiques sont là, comme pour le person­­nage du joker, qu’il s’agisse de celui de Jack Nichol­­son en 1989, de Heith Ledger en 2008 dans Batman ou de Jared Leto en 2016, dans Suicide Squad. Ils parti­­cipent tous à la perpé­­tua­­tion de la figure du clown désaxé dans l’ima­­gi­­naire du public. Un remake de Ça est actuel­­le­­ment sur les rails. Il sera réalisé par le réali­­sa­­teur argen­­tin Andrès Muschietti. Dans le rôle du futur Grippe-Sou, Bill Skarsgård, un Suédois de 25 ans né l’an­­née de la première diffu­­sion du télé­­film. Le film racon­­tera la première partie de l’his­­toire du club des losers : leur enfance et le début de l’in­­trigue. Une batte­­rie de jeunes acteurs bankable composent le casting, dont Finn Wolf­­hard, qui a joué dans la première saison de la série Stran­­ger Things. Jaeden Liebe­­rher, aperçu dans Midnight Special, joue le rôle du meneur de la bande, Bill. Le tour­­nage s’est déroulé cet été près de Toronto, au Canada. Le 19 octobre dernier, la produc­­trice Barbara Mus a annoncé qu’il était terminé. Sa sortie en France est prévue pour le 20 septembre 2017.

Tout au long du tour­­nage, les acteurs se sont amusés à distil­­ler des photos et vidéos sur Insta­­gram. L’une d’entre elles laisse devi­­ner une scène-clé du roman : la première rencontre entre un membre du club des losers et Ça, grimé en sans-abri atteint de la lèpre. Les réali­­sa­­teurs de Stran­­ger Things, Matt et Ross Duffer, ont expliqué lors d’une inter­­­view donnée au Holly­­wood Repor­­ter qu’il y a quelques années, ils avaient songé à adap­­ter eux-mêmes le roman de Stephen King. C’est peut-être une façon pour eux de se posi­­tion­­ner pour la seconde partie de cette adap­­ta­­tion, dont le casting n’a pas encore été révélé mais qui serait déjà sur les rails.

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Les temps sont durs pour les clowns bien­­veillants. La chaîne de restau­­rants McDo­­nald’s a annoncé qu’elle mettait Ronald, sa mascotte, au placard pour quelques temps. « McDo­­nald’s et ses fran­­chi­­sés sont soucieux du climat qui entoure ces appa­­ri­­tions de clowns », a confié le 11 octobre dernier une porte-parole de la chaîne au site de Fox News. « C’est la raison pour laquelle la parti­­ci­­pa­­tion de Ronald McDo­­nald à des événe­­ments locaux se fera discrète pendant quelques temps. » Le compte Twit­­ter @ClownsSigh­­tings recense pour sa part toutes les appa­­ri­­tions du genre en publiant des photos et vidéos qui cherchent à prou­­ver la véra­­cité des faits. Il compte aujourd’­­hui près de 340 000 abon­­nés. Les adeptes des conspi­­ra­­tions ne se sont pas privés de donner leur avis sur le phéno­­mène et d’y aller de leurs théo­­ries, pour tenter d’ex­­pliquer les faits. Ils ont notam­­ment émis l’hy­­po­­thèse que Stephen King, créa­­teur de Grippe-Sou, pour­­rait être l’ins­­ti­­ga­­teur d’une stra­­té­­gie de marke­­ting virale pour promou­­voir la sortie du film Ça… dans un an. Les choses se sont embal­­lées à tel point que l’au­­teur a préco­­nisé aux gens sur Twit­­ter de ne pas prendre ces histoires de clowns sangui­­naires trop au sérieux.

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« Hey, les amis, il serait temps de se calmer avec l’hys­­té­­rie des clowns : la plupart d’entre eux sont super, ils récon­­fortent les enfants et font rire les gens. »

C’est ensuite le réali­­sa­­teur de films d’hor­­reur et chan­­teur de metal Rob Zombie qui a été soupçonné de fomen­­ter ces appa­­ri­­tions. Son prochain film d’hor­­reur, 31, met en scène une bande de clowns sangui­­naires. Il est sorti en septembre dernier sur les écrans améri­­cains, d’où les suspi­­cions qui pesaient sur lui – d’au­­tant des person­­nages de clowns tueurs parsèment la filmo­­gra­­phie du cinéaste. La société de produc­­tion, Saban Films, a été obli­­gée de nier ces allé­­ga­­tions dans un commu­­niqué. « Notre entre­­prise et le film 31 ne sont liés d’au­­cune manière aux appa­­ri­­tions de clowns effrayants et d’in­­di­­vi­­dus dégui­­sés aperçus rôdant dans plusieurs États du Sud. »

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Tandis que le géné­­rique de fin défile enfin, après un dénoue­­ment qui me laisse perplexe, je réalise deux choses. Premiè­­re­­ment, je ne suis pas coul­­ro­­phobe. Je ne serai pas été hantée par d’af­­freux cauche­­mars cette nuit. Je ne ressen­­ti­­rai pas le besoin de me retour­­ner une dizaine de fois en traver­­sant le couloir sombre qui mène à ma chambre. Je ne passe­­rai pas le reste de la nuit à regar­­der des vidéos douteuses sur YouTube, expo­­sant par A + B le danger que repré­­sentent les clowns. Ensuite, il m’ap­­pa­­raît que le film ne tour­­nait pas vrai­­ment autour de la peur des clowns sangui­­naires. Son véri­­table sujet, c’est le passage de l’en­­fance à l’âge adulte. Les angoisses irra­­tion­­nelles et irré­­so­­lues de l’en­­fance sont les futures obses­­sions et les phobies de l’âge adulte. Le terrain phobo­­gène. Le clown symbo­­lise un pont, qu’il est essen­­tiel mais parfois diffi­­cile de fran­­chir. D’autres peurs sont égale­­ment maté­­ria­­li­­sées dans le film : celle du noir, du père, des loups-garous. Il y est égale­­ment ques­­tion de loyauté, d’in­­dif­­fé­­rence et d’ami­­tié.

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Tim Curry dans la peau de Grippe-Sou
Crédit : ABC

Les spectres qui hantent les enfances des uns ne font parfois même pas ciller les autres. En témoigne l’in­­croyable décon­­trac­­tion de mon frère, qui me balance, du tac au tac : « Tu as eu peur, toi ? » « Le concept des clowns malé­­fiques et l’hos­­ti­­lité qu’il induit est un phéno­­mène cultu­­rel qui trans­­cende la phobie », estime Joseph Durwin, de l’uni­­ver­­sité Trinity de San Anto­­nio, au Texas. Je n’ai peut-être pas eu peur de Ça, je ne suis peut-être pas coul­­ro­­phobe, mais il n’em­­pêche que les clowns, ça fait peur.


Couver­­ture : Une appa­­ri­­tion de clown sinistre aux États-Unis. (DR)

SUR LES TRACES DU CLOWN TUEUR

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Certaines victimes du tueur en série John Wayne Gacy, dit le « clown tueur », sont encore non-iden­­ti­­fiées. L’ins­­pec­­teur Moran a pour mission d’élu­­ci­­der ces mystères.

Un jour d’au­­tomne 2010 dans la banlieue de Chicago, un inspec­­teur du nom de Jason Moran s’est retrouvé à éplu­­cher les affaires non réso­­lues du comté de Cook, entas­­sées dans une réserve éclai­­rée au néon. Moran, 38 ans, a le teint pâle et l’ap­­pa­­rence bien lisse d’un banquier. Cela faisait déjà sept ans qu’il travaillait en tant qu’ins­­pec­­teur pour le bureau du shérif. Il s’était spécia­­lisé dans les personnes dispa­­rues et les affaires d’ho­­mi­­cides. S’il s’était retrouvé là, c’est parce que son supé­­rieur, le shérif Tom Dart, lui en avait donné l’ordre. Il voulait que Moran trouve et rouvre des affaires qui pour­­raient poten­­tiel­­le­­ment être réso­­lues. Alors que l’ins­­pec­­teur passait en revue les vingt-cinq armoires de dossiers couleur crème, une note grif­­fon­­née sur l’une d’elles a retenu son atten­­tion. On pouvait lire : « Gacy 1978 ». Moran vient du sud-est de Chicago, et comme tous ceux qui ont grandi dans cette ville à la fin du XXe siècle, il connais­­sait les grandes lignes de l’af­­faire John Wayne Gacy. Gacy était un homme d’af­­faires bien en chair et affable qui aimait se dégui­­ser en clown à ses heures perdues. Mais il y a trente-cinq ans, il a été inculpé pour le meurtre de trente-trois personnes. Il a été exécuté en 1994 pour ces crimes, bien que certaines théo­­ries donnent à penser qu’il aurait fait plus de victimes.

Gacy a assassiné au moins trentre-trois personnesCrédits : Police de l'Illinois
Gacy a assas­­siné au moins 33 personnes
Crédits : Police de l’Il­­li­­nois

Ces dernières étaient toutes de jeunes hommes blancs. Plusieurs d’entre eux étaient gays, d’autres travaillaient pour sa société de construc­­tion. Il a aspergé la plupart de ses victimes d’acide et de chaux et les a enter­­rées dans un vide sani­­taire rempli de boue et de gravier situé juste en dessous de son ranch de brique, à quelques kilo­­mètres de l’aé­­ro­­port inter­­­na­­tio­­nal O’Hare. Gacy est devenu le « clown tueur », l’un des tueurs en série les plus effroyables d’Amé­­rique – un tueur brutal et terri­­ble­­ment proli­­fique.

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