par Mara Shalhoup | 29 avril 2016

Big Meech

Deme­­trius « Big Meech » Flenory ne se contente pas « d’ar­­ri­­ver en boîte » ; on ne voit plus que lui dès le moment où il fait son entrée. Les signes annon­­cia­­teurs de son arri­­vée, ce sont les voitures : des Bent­­ley, des 4×4, des Lambor­­ghini et des Porsche se garent le long du trot­­toir, telles des mannequins sur un podium, et quand tous leurs passa­­gers en sont descen­­dus, c’est au tour des bus de tour­­née de faire leur entrée. En face des boîtes de nuit qui longent les rues de Midtown Atlanta à South Beach Miami, les lumières aveu­­glantes des lampa­­daires se reflètent sur ce cortège d’au­­to­­mo­­biles dont la valeur s’élève à plusieurs millions de dollars.

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Rick Ross révère Big Meech

Puis vient sa bande. Comme Meech aime à le répé­­ter, tous les membres font partie de la famille : « On est comme des frères. Nous ne faisons qu’un. » Mais à l’ins­­tar de n’im­­porte quelle garde rappro­­chée, il existe clai­­re­­ment une hiérar­­chie. En vous frayant un passage à travers la foule (si vous y parve­­nez), vous rencon­­tre­­rez tout d’abord les guet­­teurs, qui vous toisent de façon menaçante. Conti­­nuez d’avan­­cer et vous consta­­te­­rez un chan­­ge­­ment d’am­­biance. Moins de gardes, plus d’egos. Appro­­chez encore et tout devient calme, l’am­­biance est déten­­due et confiante, tout est sous contrôle. C’est à ce moment-là que vous saurez que vous êtes auprès de Meech. Mais ne vous y trom­­pez pas, son atti­­tude relax et son air impé­­né­­trable sont suscep­­tibles d’être ébran­­lés. Il y a des choses que Meech ne tolère pas, et l’une d’elles allait se produire le 11 novembre 2003.

C’était le grand soir, celui que Meech et les rési­­dents du quar­­tier de Buck­­head redou­­taient depuis long­­temps – pour des raisons complè­­te­­ment diffé­­rentes. Au cours des dernières années, des événe­­ments violents et large­­ment relayés par les médias ont secoué le quar­­tier des bars de Buck­­head. Le crime le plus mémo­­rable est l’agres­­sion à l’arme blanche qui a eu lieu juste après le Super Bowl. Le deuxième ligne de l’équipe des Balti­­more Ravens, Ray Lewis, a été arrêté (et acquitté après qu’on a jugé qu’il s’agis­­sait d’un délit mineur). Cela s’est passé il y a trois ans, à côté du Cobalt Lounge. À envi­­ron un pâté de maison de là, au niveau du croi­­se­­ment entre la rue Peach­­tree et le boule­­vard East Paces Ferry, une boîte de nuit tout aussi impo­­sante et tape-à-l’œil était en train de se faire un nom : le « Chaos », une des boîtes les plus tendances du moment. Shaquille O’Neal et Eminem venaient y faire la fête, et les soirées hip-hop du lundi étaient toujours réus­­sies. Les amateurs s’y pres­­saient par centaines, quand pour les autres boîtes de nuit, le lundi était une soirée calme. Mais ici, la seule chose qui tour­­nait au ralenti le lundi soir, c’était la file d’at­­tente. Ce soir-là, il était tout bonne­­ment impos­­sible de s’aven­­tu­­rer sur le parquet laqué de la boîte, de s’ados­­ser à un mur de briques, ou de se poser sur un des cana­­pés en cuir mini­­ma­­listes sans tomber sur un des potes de Meech. Anthony Jones, plus connu sous le nom de « Wolf » – un ancien garde du corps de P. Diddy – le savait sans doute, mais cela ne l’a pas empê­­ché de faire un truc qui avait toutes les chances de se solder par une guerre totale. Wolf a agressé son ex-petite amie, mais ce n’était pas n’im­­porte qui : elle faisait partie de la bande de Meech.

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Une soirée orga­­ni­­sée par Meech

Déjà à l’époque, on savait qu’il ne fallait pas cher­­cher des noises à sa bande, et encore moins à Meech lui-même. Selon la rumeur, il s’était bâti un puis­­sant empire en s’en­­tou­­rant de mecs compé­­tents débau­­chés dans les rues de Detroit vingt ans plus tôt. Et il défen­­dait farou­­che­­ment la « famille » qui l’avait aidé à en arri­­ver là. Meech s’est inter­­­posé et a demandé à Wolf de foutre la paix à son ex. Wolf a commis une deuxième erreur en igno­­rant sa requête. Mais avant que Meech ait le temps de réagir, les videurs sont inter­­­ve­­nus et ont viré Wolf. Meech et ses gars sont retour­­nés vaquer à leurs occu­­pa­­tions favo­­rites – boire des quan­­ti­­tés obscènes de cham­­pagne et dépen­­ser des sommes d’argent encore plus obscènes. Il n’était après tout qu’1 h 30 du matin et le bar ne fermait que deux heures et demie plus tard. Il ne faisait pas très chaud à cette heure avan­­cée de la nuit. Inter­­dit de séjour dans ce confor­­table espace confiné, Wolf a passé un coup de fil à son ami Riz, avec lequel il avait grandi dans le Bronx, tout en marchant vers le parking derrière la boîte de nuit, où il s’est posé pour attendre.

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Debbie Morgan commençait tout juste à recol­­ler les morceaux de sa vie vers la fin de l’an­­née 2005. Ça n’avait pas été simple, mais elle avait trouvé de quoi s’oc­­cu­­per : elle comp­­tait ouvrir un restau­­rant le 1er avril, trois mois plus tard. Il fallait qu’elle obtienne toutes les licences néces­­saires, qu’elle fasse ouvrir une ligne de gaz, qu’elle commande un comp­­toir, remplace des fenêtres et imprime des menus. Et pour couron­­ner le tout, sa fille – son bébé, la plus jeune de ses quatre enfants – était enceinte, ce qui venait s’ajou­­ter à ses nombreux soucis. Dans le restau­­rant de Debbie, on trou­­ve­­rait au menu les recettes de son enfance passée dans l’est de la Jamaïque : chèvre au curry, plan­­tains grillés, tofu au barbe­­cue, poulet Jerk à la jamaï­­caine. Ce travail était aussi enri­­chis­­sant que tous ces petits plats, et même si elle commençait à penser qu’elle n’ar­­ri­­ve­­rait pas à ouvrir en temps voulu, le compte à rebours lui permet­­tait de rester occu­­pée – et d’échap­­per à la réalité. Même si cela ne s’en­­ten­­dait à son into­­na­­tion chan­­tante, et que cela ne se voyait pas dans ses yeux noirs plein de vie, Debbie avait l’im­­pres­­sion d’avoir pris un coup de vieux récem­­ment. Avec ses cheveux coupés court et sa silhouette menue, elle ressem­­blait plus à une fée qu’à une restau­­ra­­trice surme­­née. Mais son passé pesait sur ses épaules. Elle ne pouvait s’em­­pê­­cher de repas­­ser en boucle ce qui était arrivé à son fils durant l’été 2004.

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Rashan­­ni­­bal « Prince » Drum­­mond

Rashan­­ni­­bal « Prince » Drum­­mond était un gentil garçon, un grand gamin qui adorait faire la fête. (Pour son 22e anni­­ver­­saire, la célé­­bra­­tion avait duré deux jours.) Il était de ceux qui essaient d’être tout le temps là où ça bouge. Le 25 juillet 2004, lui et ses amis ont atterri au Velvet Room, une boîte dans le quar­­tier de Midtown. Il était 4 heures du matin, tout le monde était parti. Prince et ses amis n’avaient plus grand chose à faire hormis traî­­ner sur le parking où se trou­­vaient plusieurs voitures haut de gamme dans lesquelles des types grim­­paient. Quand une des voitures a manqué de renver­­ser Prince. C’est là que les choses se sont enve­­ni­­mées, jusqu’au moment que Debbie s’ef­­force d’ou­­blier. Après avoir appris ce qui était arrivé à son fils, elle est restée plusieurs mois au lit. Elle y faisait son deuil tout en se faisant des films sur ce qu’elle savait de cette soirée. Son neveu, qui était avec Prince le soir-là, est sorti du coma trois semaines après l’in­­ci­dent. Il gardait très peu de souve­­nirs de ce qui s’était passé, mais les autres membres de la bande lui avaient raconté ce dont ils se souve­­naient. Les enquê­­teurs ont expliqué à Debbie qu’ils pensaient que les types qui se trou­­vaient sur le parking étaient déjà dans leur colli­­ma­­teurs, et pas juste à cause de leurs voitures luxueuses. La police d’At­­lanta, des agents de la DEA et les procu­­reurs de Fulton County avaient déjà entendu parler de la bande et de son leader présumé, Deme­­trius « Big Meech » Flenory.

Un autre inci­dent avait eu lieu sur la parking du Chaos huit mois plus tôt. Et au cours de l’été 2004, on leur avait confisqué de l’argent lors de contrôles routiers en Géor­­gie, puis dans le Missouri et dans le Texas – d’abord 140 000 $, puis 425 000 $ et 720 000 $. Les enquê­­teurs décou­­vri­­raient plus tard qu’il s’agis­­sait de l’argent de Meech. De la drogue avait égale­­ment été saisie : 17 kilos de coke à Flag­s­taff, en Arizona, 27 kilos à Craw­­ford County, dans l’Ar­­kan­­sas, et enfin 100 gros kilos – il y en avait pour 9 millions de dollars – dans la banlieue de St Louis. Les enquê­­teurs en ont conclu que les hommes respon­­sables de ce qui était arrivé à Prince n’étaient peut-être pas de simples voyous. Ils faisaient peut-être bien partie d’une orga­­ni­­sa­­tion de grande enver­­gure appe­­lée la « Black Mafia Family ».

B·M·F

Un jour d’au­­tomne 2004, deux rappeurs d’At­­lanta étaient en pleine discus­­sion dans une boutique de chaus­­sures du centre-ville, Walter’s. Gucci Mane était venu y dépo­­ser des CD, et il en a donné  un à Young Jeezy, un type qui se voulait impres­­sion­­nant avec tous ses diamants. Ce dernier l’a remer­­cié, et a compli­­menté Gucci en lui disant qu’il avait déjà entendu certains des morceaux qui allaient faire sa renom­­mée. Les deux rappeurs venaient de deux terri­­toires diffé­­rents – Gucci venait des quar­­tiers à l’est d’At­­lanta, tandis que Jeezy était né à Macon et avait démé­­nagé dans le quar­­tier d’Old Fourth Ward à Atlanta à l’ado­­les­­cence –, mais ils avaient un bagage simi­­laire. Et tous deux avaient réussi à trans­­for­­mer leur expé­­rience de la rue en expé­­rience profes­­sion­­nelle. Mais Jeezy était le plus connu des deux. À 27 ans, après avoir été vendeur de mixtapes dans les rues de Macon, il était devenu le roi du hip-hop à Atlanta. L’en­­tre­­pre­­neur qui avait fait ses armes dans la rue avait déjà vendu des dizaines de milliers de mixtapes grâce à son label indé­­pen­­dant, Corpo­­rate Thugz Enter­­tain­­ment. C’est à cette époque qu’il a distri­­bué son album, Trap or Die, dans toutes les rues d’At­­lanta, et c’est grâce au bonhomme de neige à l’air menaçant sur la pochette du CD qu’il a renforcé son emprise sur la rue. (dans la rue, snow signi­­fie « cocaïne » et le snow­­man est le dealer.)

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Crédits : CTE

Le fait d’être affi­­lié à la Black Mafia Family ne gênait pas vrai­­ment Jeezy, qui n’hé­­si­­tait pas à se faire photo­­gra­­phier avec des membres de la BMF à ses côtés, à dire des trucs comme : « Ça c’est mon home­­boy, putain. On se kiffe, c’est la famille, frère », ou de rapper des couplets du genre : « T’as pas envie que je mêle la rue à tout ça, autant que je passe tout de suite un coup de fil à Meech pour lui deman­­der de rappliquer (yeah BMF). » Meech avait monté une maison de disque un peu plus tôt dans l’an­­née, mais Jeezy a préféré ne pas signer sur son label. Il a fina­­le­­ment signé un contrat avec Def Jam Records, car leurs apports de fonds allaient permettre à Corpo­­rate Thugz Enter­­tain­­ment de chou­­chou­­ter les artistes qui colla­­bo­­raient avec Jeezy – parmi lesquels Slick Pulla, le groupe Blood Raw, et si tout se passait bien, un trio de Macon, Loccish Life­­style. Gucci avait déjà signé un contrat avec une maison de disque d’At­­lanta, Big Cat Records, il ne pensait donc pas à rejoindre CTE le jour où il a croisé Jeezy dans le maga­­sin de chaus­­sures, mais cela ne voulait pas dire que les deux rappeurs ne pouvaient pas colla­­bo­­rer. Le lende­­main, Gucci est venu voir Jeezy dans son studio avec un morceau sur lequel il travaillait depuis quelques temps, « Icy ». Jeezy y a ajouté quelques couplets, et Gucci dit l’avoir payé – Jeezy qui contri­­buait à l’écri­­ture du morceau d’un artiste moins connu, c’était un joli tour de force. Mais cette cama­­ra­­de­­rie serait de courte durée. Quali­­fier quelqu’un d’icy revient à dire qu’il adore les diamants. Ce jour-là, chez Walter’s, le terme s’ap­­pliquait à Jeezy, et il en allait de même pour Gucci en avril 2005, le jour du tour­­nage du clip. Il arbo­­rait une montre « Jacob » bleue et jaune sertie de diamants (dessi­­née par le joaillier du hip-hop Jacob Arabo pour la somme de 50 000 $) et un penden­­tif à 40 000 $ en diamant 0,37 carat sur lequel on pouvait lire « So Icy ». Icy convient aussi très bien pour décrire le froid glacial qui régnait entre les deux rappeurs quand ils ont lavé leur linge sale en public. La chan­­son est deve­­nue un hit au cours de l’été 2005, à la surprise géné­­rale.

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Gucci Mane
Crédits : Fulton County Jail

Gucci disait que dès que sa chan­­son a fait un carton, Jeezy a voulu qu’elle figure dans son futur album, Let’s Get It: Thug Moti­­va­­tion 101. Selon l’avo­­cat de Jeezy, c’était des conne­­ries ; Gucci cher­­chait juste à atti­­rer l’at­­ten­­tion sur lui. Pour que tout le monde sache ce qu’il en pensait, Jeezy a sorti un morceau pour répondre à Gucci – et il en a profité pour offrir une récom­­pense à la personne qui lui ramè­­ne­­rait le penden­­tif à 40 000 $ : « Je veux ce putain de collier de merde », ricane-t-il dans le morceau « Stay Strap­­ped », un titre faisant double­­ment office de menace. Si ce n’était pas déjà le cas, mieux valait pour Gucci qu’il garde une arme à portée de main. Gucci a répliqué au quart de tour avec le titre « Round 1 », dans lequel il rappe en duo avec Black Magic, un artiste du label Big Cat, sur des paroles qui en disent long : « T’es un impos­­teur, tu mérites un Oscar », « Enfile une robe, négro, t’es la salope de Meech. » Mais quand le morceau est sorti, Jeezy ne pensait déjà plus à toute cette histoire, il était en pleine négo­­cia­­tion car il voulait que les membres du groupe de Macon, Loccish Life­­style – Henry « Pookie Loc » Clark, Carlos « Low Down » Rhodes et Shan­­non « Luke » Lundy – signent un contrat avec CTE. Et les choses se présen­­taient plutôt bien. Mais quand Luke et Pookie Loc se sont rendus à Atlanta en mai 2005 pour rencon­­trer l’équipe du label CTE, les choses ont mal tourné. Pookie Loc ne s’est pas montré assez prudent, et Gucci Mane s’est retrouvé mêlé à tout ça malgré lui.

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Pour comprendre l’his­­toire de Big Meech, il faut savoir que la Black Mafia Family se compose de deux enti­­tés distinctes : une orga­­ni­­sa­­tion du trafic de drogue appe­­lée BMF, et une entre­­prise légale appe­­lée « BMF Enter­­tain­­ment ». Et tout portait à croire que Meech diri­­geait ces deux orga­­ni­­sa­­tions. À l’apo­­gée de la BMF, les enquê­­teurs d’une demi-douzaine de juri­­dic­­tions avaient des raisons de suspec­­ter qu’a­­vec plusieurs centaines de kilos de cocaïne écou­­lés chaque mois, la bande était l’une des plus impor­­tantes orga­­ni­­sa­­tions du trafic de drogue améri­­cain. Les procu­­reurs fédé­­raux ont estimé que la BMF gagnait des dizaines de millions de dollars chaque année, et qu’ils avaient empo­­ché au moins 270 millions de dollars depuis leurs débuts. Le patron d’une entre­­prise de cette enver­­gure peut évidem­­ment s’ache­­ter tout ce qu’il veut, c’est pourquoi en 2004, Meech a voulu se faire un nom dans le monde du hip-hop – un domaine inédit pour lui.

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Bleu Da Vinci
Crédits : BMF Enter­­tain­­ment

Au mois de mars de la même année, une entité distincte de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion de trafic de drogue a été créée : le label BMF Enter­­tain­­ment. En tant que PDG de la boîte, Meech a orga­­nisé des fêtes d’un niveau d’opu­­lence inédit à Atlanta (avec des éléphants, des sculp­­tures de glace et des femmes nues couvertes de body­­pain­­ting). Ils ont même financé un clip à hauteur de 500 000 $, « Still Here », avec l’unique artiste du label Bleu Da Vinci, et lancé un luxueux maga­­zine life­­style hip-hop  baptisé The Juice, avec Meech en couver­­ture et Jeezy en quatrième de couv’. Et ils se sont rappro­­chés de rappeurs qui allaient béné­­fi­­cier de leur ascen­­sion tandis qu’eux pour­­raient béné­­fi­­cier de leur succès. BMF Enter­­tain­­ment était une acti­­vité légale trafiquant une marchan­­dise qu’on ne trouve que dans le monde du hip-hop : pas de la cocaïne, pas des disques, de la street cred. Les rumeurs qui couraient sur la drogue et la violence, sans comp­­ter la répu­­ta­­tion qu’a­­vaient les fêtes orga­­ni­­sées par BMF Enter­­tain­­ment, faisaient d’eux les vendeurs de rêve hip-hop ultimes. BMF Enter­­tain­­ment avait trouvé son créneau, et Big Meech un nouveau champ d’ac­­ti­­vité : il serait désor­­mais le maître du marke­­ting de la hype hip-hop. Pour faire parler de BMF Enter­­tain­­ment, ils devaient constam­­ment se dépas­­ser. Leurs fêtes étaient de plus en plus bling-bling, leurs voitures de plus en plus chères, et le cham­­pagne de plus en plus abon­­dant. Et l’argent qui permet­­tait de payer les sculp­­tures de glace, les Bent­­ley et les caisses de Perrier Jouet ne venait visi­­ble­­ment pas des ventes de disques.

Dans leur volonté de sauver les appa­­rences, les membres de BMF Enter­­tain­­ment ont fini par s’at­­ti­­rer une atten­­tion inop­­por­­tune. Les enquê­­teurs ont rapi­­de­­ment compris que l’en­­tre­­prise était plus qu’un busi­­ness ubiquiste portant un nom qui en dit long. Ils ont décou­­vert des preuves selon lesquelles BMF Enter­­tain­­ment, en dépit de sa façade légale, était une entre­­prise finan­­cée par l’argent de la drogue vendue par la Black Mafia Family – une famille qui, malgré ce qu’ils pensaient au départ, s’ap­­pa­­ren­­tait réel­­le­­ment à la mafia. C’est vrai ça, quel genre de mafia reven­­dique publique­­ment qu’elle est une mafia ? D’après le FBI, Meech et son frère Terry « South­­west T » Flenory (qui gérait appa­­rem­­ment la plaque tour­­nante de Los Angeles) étaient les parrains de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Et leur mafia ressem­­blait à s’y méprendre à celles qu’on peut voir dans les films. Les frères Flenory arri­­vaient à instil­­ler une loyauté inébran­­lable chez les hommes et les femmes qui étaient à leur service, ce qui fait que l’en­­tre­­prise restait entou­­rée d’une chape de silence – un authen­­tique « code mafieux » selon un témoin. Meech jouis­­sait d’un statut de demi-dieu, et le déshon­­neur avait été érigé au rang de péché suprême.

Toutes les accu­­sa­­tions formu­­lées à l’en­­contre de la Black Mafia Family auront permis de renfor­­cer le mythe qui l’en­­toure.

Mais il n’a pas réussi à voir que des enquê­­teurs ainsi que pas mal de monde au sein de la scène hip-hop le trou­­vaient louche. La DEA a commencé à suspec­­ter qu’une orga­­ni­­sa­­tion qui s’ap­­pel­­le­­rait plus tard BMF avait commencé à distri­­buer de grosses quan­­ti­­tés de drogue à Atlanta, Detroit et L.A. au début des années 2000. Et puis au cours de l’au­­tomne 2003, la police locale a commencé à trou­­ver des liens entre chaque acte violent perpé­­tré par des membres de la bande. Et deux mois avant que les chemins de Meech et de Wolf ne se croisent au Chaos, la police d’At­­lanta enquê­­tait déjà sur une viola­­tion de domi­­cile qui leur avait permis de trou­­ver des preuves.

Le 7 septembre 2003, des types qui savaient visi­­ble­­ment ce qu’ils voulaient ont cambriolé la maison de deux hommes dans le quar­­tier de Boule­­vard. Un des hommes a ouvert le feu sur les cambrio­­leurs, ce qui n’a pas manqué d’at­­ti­­rer l’at­­ten­­tion de la police. Les enquê­­teurs ont trouvé un coffre-fort de la taille d’une petite chambre, et juste à côté de ce coffre-fort étaient coin­­cés une chaus­­sure et un kilo de cocaïne. Pour les détec­­tives, le coffre-fort avait avait dû abri­­ter davan­­tage de drogue – et ce proba­­ble­­ment peu de temps avant leur arri­­vée. Ils pensaient égale­­ment que les deux hommes qui vivaient dans cette maison étaient en rela­­tion avec cette bande qu’ils ne connais­­saient pas encore très bien : la Black Mafia Family. Rand Csehy, l’an­­cien procu­­reur prin­­ci­­pal de Fulton County en charge de l’enquête sur la BMF pour le compte du bureau du procu­­reur de district, a d’abord pensé qu’il était « juste impos­­sible que cette mafia afro-améri­­caine puisse couvrir toute la ville ». Mais les preuves que lui et les autres enquê­­teurs allaient rassem­­bler – grâce à la surveillance et aux écoutes, ainsi qu’à quelques coups de bol – lui prou­­ve­­raient le contraire. En deux ans, les enquê­­teurs ont réussi à relier la BMF à une série de meurtres et d’actes violents non réso­­lus. Et on peut dire que la plupart de ces crimes n’avaient pas été perpé­­trés par des gens discrets. Les noms de sommi­­tés comme P. Diddy, Bobby Brown et la maire d’At­­lanta Shir­­ley Frank­­lin figu­­raient dans la liste des victimes. ulyces-bmf-meech-07 Une chose est sûre : toutes les accu­­sa­­tions formu­­lées à l’en­­contre de la Black Mafia Family – trafic de drogue, violence, finan­­ce­­ment de l’en­­tre­­prise BMF Enter­­tain­­ment avec de l’argent sale – auront en tout cas permis de renfor­­cer le mythe qui l’en­­toure. La famille a beau avoir été déman­­te­­lée, la légende perdure. Le produit est mort, mais la marque a survécu.

Sous les balles

Il était 4 heures du matin. Le proprié­­taire du Chaos, Brian Alt, était en train de faire ses comptes. Le lundi soir, ils gagnaient pas mal d’argent, car ses clients étaient connus pour dépen­­ser sans comp­­ter lors des soirées hip-hop. C’était le genre d’en­­vi­­ron­­ne­­ment qui corres­­pon­­dait bien aux habi­­tudes de Meech. Meech était entre autres connu pour insis­­ter pour que chaque membre de sa bande se voie remettre une bouteille de Cris­­tal ou de Perrier Jouet – même quand ils venaient à cinquante ou plus. C’est en partie de cette manière qu’il parve­­nait à gagner leur loyauté. Il avait grandi à dix mille lieues de ce genre d’ex­­tra­­va­­gance, dans un quar­­tier du sud-est de Detroit pourri par le crack. On dit que lui et son frère « South­­west T » ont commencé dès le lycée à vendre pour 50 $ des sachets de crack dans la rue. L’an­­née de ses 20 ans, Meech s’est fait prendre en posses­­sion de plusieurs milliers de dollars sous forme de cocaïne, et a été condamné à une peine de proba­­tion. Bien qu’il se soit fait arrê­­ter plusieurs fois au cours des 18 années qui ont suivi, il a réussi à ne pas se faire condam­­ner une seule fois.

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Big Meech orga­­nise une soirée en son honneur

Au lieu de ça, durant cette période, il est devenu une légende dans le milieu du hip-hop à Atlanta et à Miami. Un jour on le voyait au volant d’une Cadillac, le lende­­main c’était une Lambor­­ghini, quand ce n’était pas une Bent­­ley. Il distri­­buait des penden­­tifs en diamant avec les lettres « BMF » aux membres de sa bande, vivait dans des maisons dont le loyer était bien plus élevé qu’un SMIC, et entraî­­nait du monde dans son délire. Et ce pas seule­­ment grâce aux fins de soirées dans sa suite prési­­den­­tielle de l’hô­­tel Buck­­head Westin : la rela­­tion de Meech avec les membres de sa bande – des gardes du corps aux promo­­teurs du seul artiste de son label – repo­­sait sur la séduc­­tion. Il chou­­chou­­tait les VIP, s’en­­tou­­rait de bombasses, et avait de l’argent à ne plus savoir qu’en faire ; et il trônait au milieu de tout ça, la main posée sur l’épaule d’un type, comme s’il était le père qu’il n’a jamais eu. Le genre de père qui te laisse conduire une voiture que ton vrai père ne pour­­rait pas se payer, et qui t’em­­mène abso­­lu­­ment partout avec lui. « Je suis un bon diri­­geant, c’est pour ça que je suis entouré de gens biens », avait-il expliqué quelques années plus tôt lors d’un séjour à Miami. Et cette philo­­so­­phie semblait lui réus­­sir, la loyauté de sa bande était son armure, elle le rendait quasi­­ment intou­­chable. Sa bande couvrait constam­­ment ses arrières. La confron­­ta­­tion qui a eu lieu sur le parking du Chaos n’a pas échappé à la règle. Quand Meech et ses potes sont sortis de la boîte durant la nuit du 11 novembre 2003, ils sont tombés sur Wolf et son ami Riz, qui les atten­­daient de pied ferme. Wolf s’était posté un peu trop près de la Cadillac de Meech. Il avait une arme à la main.

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L’en­­trée de la boîte

Envi­­ron trois heures plus tôt, l’équipe de sécu­­rité de Alt lui avait fait savoir que Wolf avait agressé une femme et que la situa­­tion s’était enve­­ni­­mée. Mais ce n’était guère inha­­bi­­tuel : l’am­­biance était élec­­trique le lundi soir, et c’était le seul soir où chaque client devait passer au détec­­teur de métal. Alt pensait avoir désa­­morcé la situa­­tion en deman­­dant à Wolf de quit­­ter sa boîte, car ce dernier s’était exécuté sans bron­­cher. Quand il a entendu dire qu’il y avait du grabuge sur le parking un peu après 4 heures du matin, il s’est douté que c’était grave, mais il ne pensait pas Wolf était dans le coup. Des coups de feu – beau­­coup de coups de feu – ont été échan­­gés. Alt a foncé vers le parking, où il a trouvé un barman, un videur et deux infir­­miers (qui n’étaient pas de service ce soir-là) en train de tout faire pour garder en vie les deux hommes qui gisaient au sol. L’un d’eux allait mourir sur place. Riz, son arme à la main. Ils ont eu le temps d’em­­me­­ner Wolf, qui souf­­frait de multiples bles­­sures par balles à la poitrine, au Grady Memo­­rial de toute urgence. Mais il y est mort quelques minutes plus tard. Sur la scène du crime, J.K. Brown, un des offi­­ciers de la police d’At­­lanta qui enquê­­taient sur le double homi­­cide, a reçu un appel d’une femme qui venait de raccro­­cher avec le 911. Elle disait connaître l’iden­­tité d’un des tireurs. Elle l’avait vu attra­­per son revol­­ver coincé dans la cein­­ture de son panta­­lon, et elle pensait l’avoir entendu tirer au moins sept fois. Elle était partie en courant mais elle avait entendu le bruit des tirs au loin. Elle a ajouté que les personnes impliquées avaient beau­­coup d’argent et aussi beau­­coup de drogue, avant de dire à Brown qu’il ne savait pas dans quoi il s’em­­barquait. Elle a refusé de donner son nom. Elle disait craindre pour sa vie. La police est parve­­nue à déter­­mi­­ner qui était le suspect dont cette femme parlait avant le lever du soleil. Il s’est avéré être une proie facile.

Au petit matin, quelques heures à peine après l’in­­ci­dent, deux hommes sont entrés dans l’hô­­pi­­tal de North Fulton. L’un d’eux avait reçu une balle dans le pied, tandis que l’autre présen­­tait des bles­­sures plus graves – on lui avait tiré dans le cul, et il n’al­­lait pas s’en tirer aussi faci­­le­­ment que son ami. Les enquê­­teurs d’At­­lanta ont cueilli les deux hommes à l’hô­­pi­­tal et les ont amenés au commis­­sa­­riat pour les inter­­­ro­­ger. L’homme blessé au pied a été libéré après son inter­­­ro­­ga­­toire, tandis que l’autre a été accusé des meurtres d’An­­thony « Wolf » Jones et Lamont « Riz » Girdy. Big Meech était dans la merde.

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Huit mois plus tard, à six kilo­­mètres du Chaos en passant par la rue Peach­­tree, une foule sortait du Velvet Room, une boîte de nuit. Les videurs aidaient tout ce petit monde à sortir par devant, pendant que Prince, son cousin et deux de ses amis faisaient sortir des gens par derrière. Du moins, c’est ce qu’ils étaient censés faire. En réalité, ils se dispu­­taient l’at­­ten­­tion de quelques filles quand plusieurs voitures de luxe ont quitté le parking de la boîte, et qu’un 4×4 Porsche a manqué de renver­­ser Prince.

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Une voiture de la BMF

Il a tapé sur le côté de la voiture et inter­­­pellé le conduc­­teur : « Yo mec, tu m’es rentré dedans. » Ce dernier, un type bien en chair avec un bouc, a sauté du véhi­­cule. Les passa­­gers sont restés à leur place, et plus tard, un des témoins de la scène affir­­me­­rait avoir vu Meech parmi eux. Cela faisait plusieurs mois que ce dernier atten­­dait que l’af­­faire Wolf et Riz avance. Sa déten­­tion à domi­­cile avec surveillance venait tout juste de prendre fin, et dans ce genre de circons­­tance, mieux vaut faire profil bas. Soit l’in­­verse de ce qui venait de se passer derrière la boîte de nuit. Prince et ses amis ont dit qu’ils ne voulaient pas d’en­­nuis, mais une partie de la bande commençait déjà à se rassem­­bler pour en découdre avec eux. Quelques minutes plus tard, une rafale de tirs a résonné. Un des amis de Prince est tombé au sol et a roulé sur le trot­­toir jusqu’à ce que son corps heurte l’ar­­rière de la voiture d’un de ses amis. Il ne pouvait pas voir ces derniers, mais il voyait clai­­re­­ment d’autres membres de la bande courir dans des direc­­tions diffé­­rentes. Il s’est relevé pour tenter d’en rattra­­per un. Mais après avoir remarqué que le cousin de Prince gisait sur le sol, il a changé de cap pour aller le voir. En se bais­­sant suffi­­sam­­ment pour voir son visage, il a constaté qu’on ne lui avait pas tiré dessus, mais qu’on l’avait battu – ils y étaient allés très fort. Ses deux yeux étaient complè­­te­­ment explo­­sés et refer­­més. Sa paupière et sa joue gauche s’étaient pris un coup de couteau. Il était incons­­cient, et il n’al­­lait pas se réveiller avant un bon moment. Où étaient les autres ? Il a levé la tête pour regar­­der le parking. Il n’y avait plus que Prince. Il s’est remis à courir, mais un videur l’a attrapé avant qu’il n’ait pu l’at­­teindre. Pourquoi avaient-ils mis autant de temps avant de rappliquer ? Le cortège de voitures de luxe sortait du parking à toute allure.

Au même moment, des flics en civils qui se trou­­vaient dans les envi­­rons sont arri­­vés sur les lieux du crime. Il s’est mis à crier, crier et crier encore pour qu’on appelle une ambu­­lance. Des offi­­ciers sont arri­­vés et l’ont enfermé à l’ar­­rière de leur voiture de patrouille. Il y était toujours lorsque l’am­­bu­­lance est arri­­vée. Les secours n’ont même pas essayé de réani­­mer Prince : ils se sont conten­­tés de le cacher sous un drap. https://www.youtube.com/watch?v=XbFbOz5ZMSM Avant les débuts offi­­ciels de leur groupe, les trois rappeurs de Loccish Life­­style ont mis leur talent à l’épreuve en parti­­ci­­pant à une compé­­ti­­tion de free­­style à l’Atrium, une boîte d’At­­lanta, en 2000. Ils n’avaient même pas préparé de morceau se souvient Low Down : « On avait juste un beat entendu quelque part, et un titre. » Le nom de leur groupe fait réfé­­rence au mode de vie typique des rues de Macon – un mode de vie que Low Down compare à celui du gang des Crips de Los Angeles. « On s’en­­ten­­dait bien, c’est proba­­ble­­ment pour ça que ça a marché. On était dans le même délire », raconte-t-il. Le trio de Macon qui était venu à Atlanta les mains dans les poches a réussi à rempor­­ter le prix. Durant les cinq années qui ont suivi, ils ont sorti deux albums et se sont faits un nom dans la rue. Plusieurs de leurs morceaux sont passés en boucle à la radio et dans les boîtes de hip-hop locales. Leur musique était morose et intros­­pec­­tive, et leurs paroles aussi directes qu’un upper­­cut. « On essaie de se baser sur notre mode de vie », a expliqué Low Down en tentant de résu­­mer leur musique. Le titre « Ridin’ High » le résume de manière plus claire : « Je me défonce autant que je veux », « rien ni personne ne pourra m’en empê­­cher », « c’est pas de ma faute mec, c’est de la faute du gang. » Cela faisait cinq ans que le groupe tour­­nait quand Jeezy, qu’ils avaient connu sous le nom de « Lil Jay » du temps où il vivait à Macon, leur a fait une offre. Deux albums et plusieurs dizaines de titres plus tard, Pookie Loc et Shan­­non « Luke » Lundy, allaient de nouveau se retrou­­ver à Atlanta – cette fois dans l’es­­poir de signer un contrat avec la maison de disques Corpo­­rate Thugz Enter­­tain­­ment. Loccish Life­­style n’était pas un groupe très connu sur la scène hip-hop d’At­­lanta, mais un contrat avec CTE pour­­rait chan­­ger la donne ; Pookie Loc était à deux doigts de connaître le succès. Pour­­tant, Low Down n’en était pas si sûr que ça. Il n’était pas vrai­­ment contre, mais il n’était pas non plus convaincu que ce soit la meilleure chose à faire. Luke et Pookie Loc étaient plus embal­­lés que lui. Les deux compères pensaient se rendre à l’hô­­tel Marriott Cour­­tyard dans le centre-ville d’At­­lanta en mai 2005, pour passer en revue certains détails de leur contrat avec CTE. Ils avaient hâte de le signer, mais Pookie Loc s’est retrouvé dans le pétrin avant que cela ne puisse se faire.

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Gucci
Crédits : Diwang Valdez

Ce n’était pas la première fois que ce genre de chose lui arri­­vait, mais en ce qui concer­­nait Low Down, le passé de Pookie Loc n’éga­­lait pas le quoti­­dien inhé­rent à leur mode de vie. « Si vous avez entendu dire d’un type qu’il est violent, croyez-le sur parole, et si le mec a la répu­­ta­­tion d’être cool, c’est qu’il l’est proba­­ble­­ment », résume-t-il. Quant à ce qui s’est passé peu de temps après l’ar­­ri­­vée de Loccish Life­­style à Atlanta, Low Down se montre tout aussi stoïque : « La situa­­tion est ce qu’elle est, je veux dire, ça arrive qu’on se retrouve dans la merde. » La situa­­tion était telle que Pookie Loc allait devoir se confron­­ter à l’en­­nemi juré de Jeezy, Gucci Mane. Ce qui aurait pour consé­quence de mettre leur contrat en suspens pour une durée indé­­ter­­mi­­née. Le 10 mai 2005, Gucci et un de ses amis se sont rendus dans un club de strip-tease sur l’ave­­nue More­­land. Après un certain temps, ils ont décidé d’ac­­cep­­ter l’in­­vi­­ta­­tion d’une des strip-teaseuses, une femme nommée Foxy, et ils sont partis chez elle. Il n’étaient pas là-bas depuis long­­temps quand ils ont eu de la compa­­gnie. Cinq types ont débarqué. L’un d’eux avait des poings améri­­cains. Un autre avait du ruban adhé­­sif. Plusieurs d’entre eux portaient des flingues. Ils ne semblaient pas armés de bonnes inten­­tions… Le type avec les poings améri­­cains a frappé Gucci au visage. Un autre a donné un coup de crosse à son ami. Quelqu’un a parlé de les descendre. Gucci a saisi sa chance. « Reste vigi­­lant. » On lui avait dit. Il a visé et il a tiré.

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LE TRAFIC DE BIG MEECH A COMMENCÉ À ATTIRER L’ATTENTION

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Traduit de l’an­­glais par Elodie Chate­­lais d’après l’ar­­ticle « Hip-hop’s shadowy empire », paru dans Crea­­tive Loafing ATL. Couver­­ture : Big Meech et sa Rolls-Royce.


 

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