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Le Pérou va nommer son troi­sième président en 8 jours

par   Sarah Ben Bouzid   | 18 novembre 2020

En l’es­pace de huit jours, le Pérou a changé trois fois de président. L’an­cien président élu, Martín Vizcarra, était le leader popu­laire de la lutte contre la corrup­tion, mais il a été démis de ses fonc­tions par le parle­ment, qui a choisi Manuel Merino pour le rempla­cer. Accusé de prise de pouvoir anti­cons­ti­tu­tion­nelle par le peuple dont il a violem­ment réprimé la colère, Merino a fina­le­ment démis­sionné après cinq jours. 24 heures après, le Congrès a fina­le­ment accepté de nommer à la tête de l’État Fran­cisco Sagasti, un légis­la­teur progres­siste qui s’était opposé à l’évic­tion de Vizcarra, rappor­tait Vice le 17 novembre.

La semaine dernière, après que le Congrès a desti­tué Vizcarra pour mettre fin à ses allé­ga­tions de corrup­tion au sommet de l’État, les citoyens péru­viens sont descen­dus dans la rue pour mani­fes­ter leur colère, depuis les quar­tiers chics de Lima jusqu’aux commu­nau­tés isolées des Andes et de l’Ama­zo­nie.

L’évic­tion de Vizcarra a eu lieu malgré le soutien massif de l’opi­nion publique, les sondages montrant que quatre Péru­viens sur cinq y étaient oppo­sés. Les réformes anti-corrup­tion qu’il a fait voter à un Congrès récal­ci­trant compre­naient notam­ment l’in­ter­dic­tion des candi­dats poli­tiques ayant été condam­nés par le passé, l’obli­ga­tion pour les partis d’avoir un nombre égal de candi­dats mascu­lins et fémi­nins, et la fin des réélec­tions consé­cu­tives.

Mais alors que Merino venait d’être choisi comme son succes­seur, d’im­menses mani­fes­ta­tions ont eu lieu dans le tout le pays. Des mani­fes­ta­tions plutôt paci­fistes jusqu’à ce que la police prenne pour cible les protes­ta­taires avec des armes à feu. Cette nuit-là, Inti Sotelo, 24 ans, et Jack Pintado, 24 ans, ont été tués dans le centre-ville de Lima. On dénom­brait égale­ment une centaine de bles­sés et une dizaine de dispa­rus, qui n’ont pas encore refait surface.

Si bien que cinq jours après sa prise de poste, dimanche dernier, Merino a annoncé sa démis­sion, après que plus de la moitié de son cabi­net a démis­sionné dans la nuit et que les chefs des forces armées ont refusé de parti­ci­per à une réunion d’ur­gence qu’il avait convoquée dans le palais prési­den­tiel.

Dès lundi, le même Congrès, qui avait voté une semaine plus tôt la desti­tu­tion de Vizcarra, a cédé à la vague d’in­di­gna­tion publique et fina­le­ment accepté de rempla­cer Merino par Fran­cisco Sagasti jusqu’aux élec­tions géné­rales de l’an­née prochaine. Consi­déré comme distin­gué, trans­pa­rent et intel­lec­tuel, Sagasti, ancien ingé­nieur de 76 ans, appa­raît comme l’an­ti­thèse de Merino. Il a prêté serment hier, le 17 novembre, en appe­lant à la justice et à la récon­ci­lia­tion natio­nale.

Source : Vice

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