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par Nicolas Prouillac | 10 novembre 2016

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Votez IA

Les confé­rences prennent fin à la nuit tombée et peu à peu, les pavillons du salon lisboète se vident de leurs visi­teurs. La musique s’ar­rête, le rythme décé­lère et les allées laissent place au vide. La plupart des stands sont à présent déserts, mais de loin en loin, de petits groupes d’ir­ré­duc­tibles discutent à mi-voix. Rassem­blés autour d’une bière, cinq employés de Sales­force discutent de l’élec­tion. Je tente de recueillir leurs impres­sions, mais leurs visages se ferment instan­ta­né­ment. L’en­tre­prise ne leur permet pas de commu­niquer sur ce sujet à la presse. Plus loin, on me fait la même réponse au stand BNP Pari­bas. Cordial et souriant, un employé du groupe bancaire français vêtu d’un costume impec­cable s’ex­cuse de ne pas pouvoir en parler. « Il y a des choses qu’on peut dire et d’autres pas. L’élec­tion améri­caine, c’est tota­le­ment off limits », dit-il. Avant de pouvoir s’ex­pri­mer sur le sujet, les employés auto­ri­sés doivent attendre qu’on leur commu­nique des éléments de langage offi­ciels. « Pour le Brexit, ça avait pris deux semaines », se souvient-il. « Ça devrait être du même ordre. » Pour l’heure, Donald Trump est sous embargo. Les start-ups ne sont pas logées à la même enseigne. À cette heure, il n’en reste qu’une venue des États-Unis. C’est du moins ce qu’il semble lorsqu’on lit « Lewes, United States » sur l’en­cart de présen­ta­tion d’Im­pres­sivo. En réalité, Lewes n’est qu’une adresse dans le Dela­ware. Les cofon­da­teurs de cette société spécia­li­sée dans les inter­rup­teurs connec­tés viennent de Corée du Sud. Ils parti­cipent actuel­le­ment à un accé­lé­ra­teur au terme duquel ils espé­raient obte­nir un visa perma­nent pour s’ins­tal­ler aux États-Unis. Mais aujourd’­hui, la promesse de Barack Obama faite aux jeunes entre­pre­neurs étran­gers est dans un état quan­tique. « Je crains que Trump ne soit pas aussi atta­ché à la culture des start-ups que l’ad­mi­nis­tra­tion Obama », dit l’un d’eux.

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Ben Goert­zel
Crédits : Web Summit

L’an­xiété succède à l’an­xiété pour des milliers de jeunes inno­va­teurs étran­gers qui dési­rent leur part du rêve améri­cain. « C’est une période de grande incer­ti­tude, car en Corée non plus les choses ne vont pas bien », concluent-ils. On retrouve ce même sourire hébété sur leur visage. Si chacun tente de sauver la face, personne n’en revient vrai­ment et tout le monde est catas­tro­phé. Tout le monde, à l’ex­cep­tion peut-être du Dr Ben Goert­zel, de Hanson Robo­tics. Figure majeure de la recherche sur l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle, Goert­zel est un person­nage à la croi­sée d’Otto, le chauf­feur de bus des Simp­son, du Big Lebowski et de Van Helsing (pour le manteau en cuir). L’Amé­ri­cain installé à Hong Kong a accueilli la nouvelle avec une rela­tive indif­fé­rence. Son sourire à lui n’a rien à voir. C’est le sourire d’un homme qui a vu assez loin dans l’ave­nir pour rester serein face aux turbu­lences du présent. « Je ne sais pas comment leur truc finira, mais le monde va conti­nuer à chan­ger de toute façon. La Grande-Bretagne peut quit­ter l’Union euro­péenne, Trump peut tenter de mettre un terme à la mondia­li­sa­tion, ça n’a pas d’im­por­tance. À la fin, la mondia­li­sa­tion gagne et les IA et les robots nous rempla­ce­ront au travail », dit-il avec une assu­rance tranquille. « D’ici quelques décen­nies, il y aura un revenu de base univer­sel et les gens pour­ront s’adon­ner à des déve­lop­pe­ments intel­lec­tuels, sociaux et artis­tiques. » Le tableau semble idyl­lique, mais il ne nie pas que le chemin pour arri­ver là sera compliqué, notam­ment à cause « de vieux poli­ti­ciens idiots et racistes ».

Accro­chez-vous pour la suite du programme. « De toute façon, quand les robots auront le droit de vote, les choses devien­dront plus surréa­listes qu’elles ne le sont avec Trump aujourd’­hui. La démo­cra­tie, dans sa forme actuelle, ne survi­vra pas à une révo­lu­tion de l’IA. » Selon Goert­zel, l’éveil de la conscience arti­fi­cielle des robots huma­noïdes pour­rait leur permettre de rapi­de­ment nous surpas­ser en nombre s’ils utilisent des impri­mantes 3D pour se démul­ti­plier à l’in­fini. Discu­ter avec Ben Goert­zel prend vite des propor­tions surpre­nantes. Sa dernière prédic­tion, lâchée avec le plus grand sérieux, remet pas mal de choses en pers­pec­tive. « D’ici 40 ans, peut-être même avant ça, les gens fini­ront par voter démo­cra­tique­ment pour donner les pleins pouvoirs à une IA qui fera mieux le boulot que les poli­ti­ciens. L’hu­ma­nité sera dorlo­tée par une nounou IA. Ce sera cool. » Mettons. Mais en atten­dant pour les quatre ans à venir, ce sera Trump.


Couver­ture : Donald Trump par DeepD­ream. (The Daily Dot)


APOCALYPSE : LE GUIDE TERRIFIANT DE DONALD TRUMP

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Le monde se lève dans l’in­cer­ti­tude, au lende­main d’une immense surprise poli­tique. Voici ce qu’on sait du futur président des États-Unis.

I. Parcours d’un outsi­der popu­liste et outran­cier

À quoi ressem­blait un dîner chez les Trump à la fin des années 1980 ? À ça. Quatre scan­dales (parmi un océan de scan­dales) qui jalonnent la carrière de Donald Trump. Une courte histoire des liens troubles entre la mafia et Donald Trump. nbc-fires-donald-trump-after-he-calls-mexicans-rapists-and-drug-runners

II. Dans les coulisses d’une campagne déplo­rable

À quoi ressemble une confé­rence de presse type de la campagne de Trump ? Une semaine dans la peau d’une jour­na­liste qui couvre la campagne de Trump. Comment Trump s’est embrouillé avec la plus grande chaîne conser­va­trice des États-Unis, FOX News. Qui est vrai­ment Mike Pence, futur vice-président des États-Unis ?

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