par Ox000000 | 10 mai 2016

Berlin, Alle­­magne. Quand Rami Al al-Hasan a tenté d’ex­­pliquer à un fonc­­tion­­naire alle­­mand qu’il était un citoyen pales­­ti­­nien venu de Syrie, le travailleur social est resté perplexe. « Les fonc­­tion­­naires alle­­mands ne comprennent pas que bien que je sois né en Syrie, je ne possède pas de passe­­port syrien. C’est quelque chose de très inha­­bi­­tuel pour eux », dit-il. L’étu­­diant de 23 ans est arrivé dans la petite ville de Sieg­­burg, en Alle­­magne, au mois de décembre 2014.

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Rami al-Hasan a grandi à Alep
Crédits : Kait Bolon­­garo

Bien qu’il vive en Alle­­magne depuis plus d’un an, Hasan attend encore de passer l’en­­tre­­tien obli­­ga­­toire pour termi­­ner sa procé­­dure de demande d’asile. On lui a tout d’abord conseillé de deman­­der l’asile poli­­tique du fait de sa citoyen­­neté pales­­ti­­nienne, mais comme il est né en Syrie, Hasan a le senti­­ment qu’il doit pouvoir béné­­fi­­cier du même trai­­te­­ment que les réfu­­giés possé­­dant des passe­­ports syriens. De nombreux fonc­­tion­­naires alle­­mands ignorent tout du statut parti­­cu­­lier des Pales­­ti­­niens nés en Syrie, et cela entraîne des compli­­ca­­tions lorsqu’ils traitent leurs demandes d’asile. Après avoir entendu des histoires contra­­dic­­toires de la bouche de diffé­­rents Pales­­ti­­niens nés en Syrie, Hasan a réalisé que chaque muni­­ci­­pa­­lité obser­­vait des procé­­dures diffé­­rentes. « Ils ne comprennent pas ce que signi­­fie le fait d’être pales­­ti­­nien en Syrie. Certains bureaux pour les migra­­tions locaux enre­­gistrent les Pales­­ti­­niens nés en Syrie comme des Syriens, et les autres se retrouvent dans les limbes à attendre qu’on statue sur leur citoyen­­neté. »


Les Pales­­ti­­niens de Syrie

Avant que la guerre civile n’éclate en Syrie, on esti­­mait à 560 000 le nombre de réfu­­giés pales­­ti­­niens vivant dans le pays. Mino­­rité haute­­ment invi­­sible, les Pales­­ti­­niens se marient aux Syriens depuis long­­temps, et ils ont inté­­gré sans heurts le tissu social du pays – à tel point qu’ils sont admis dans les rangs de l’ar­­mée syrienne.

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Des réfu­­giés pales­­ti­­niens de Syrie dans la plaine de la Bekaa
Crédits : Mahmoud Khair/UNRWA Archives

Depuis que la Jorda­­nie et le Liban voisins ont fermé leurs fron­­tières aux Pales­­ti­­niens syriens arri­­vant de Syrie en 2015 (et plus tard à tous les Syriens), l’Eu­­rope est deve­­nue pour eux la desti­­na­­tion la plus promet­­teuse. D’après l’Of­­fice de secours et de travaux des Nations unies pour les réfu­­giés de Pales­­tine, l’UNRWA, plus de 110 000 Pales­­ti­­niens nés en Syrie ont fui le pays depuis le début du conflit en 2011. 450 000 autres ont été dépla­­cés à l’in­­té­­rieur du pays. « Nous esti­­mons qu’au moins 60 000 d’entre eux ont fui la région où s’étend notre juri­­dic­­tion, c’est-à-dire entre la Jorda­­nie, le Liban et la Pales­­tine », m’a confié le porte-parole de l’UNRWA Chris­­to­­pher Gunness. « Une bonne partie d’entre eux a proba­­ble­­ment essayé de passer en Europe. » « Les Pales­­ti­­niens de la région sont de plus en plus fragiles et vulné­­rables. Ils ne s’y sentent plus en sécu­­rité, et c’est la raison pour laquelle ils risquent leur vie pour voya­­ger en Europe », pour­­suit Gunness. Les Pales­­ti­­niens sont dépla­­cés depuis de très longues années : tout a commencé avec l’ex­­pul­­sion d’un grand nombre d’entre eux des terres pales­­ti­­niennes après la parti­­tion du pays en 1948. « Ce sont les plus vulné­­rables d’entre tous », dit-il.

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Hasan a grandi à Alep et a reçu la même éduca­­tion que n’im­­porte quel Syrien, jusqu’au dialecte alep­­pin qu’il parle couram­­ment et la fierté qu’ils ressent à évoquer sa ville natale. Ses frères et sœurs sont eux aussi mariés à des citoyens syriens. En gran­­dis­­sant, dit-il, ses amis n’ont jamais eu le senti­­ment qu’il était diffé­rent, et il n’a jamais été traité comme tel.

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L’exode des Pales­­ti­­niens en 1948
Crédits : AFP

Les enfants de pères ou de grands-pères pales­­ti­­niens sont consi­­dé­­rés comme des citoyens pales­­ti­­niens par le gouver­­ne­­ment syrien, qu’im­­porte la citoyen­­neté de leur mère. Seules des circons­­tances excep­­tion­­nelles, comme l’ab­­sence ou l’apa­­tri­­die d’un père, peut auto­­ri­­ser une mère à deman­­der la citoyen­­neté syrienne pour son enfant. Au lieu d’un passe­­port, les Pales­­ti­­niens de Syrie se voient déli­­vrer des docu­­ments de voyage et conservent le droit de vivre et travailler en Syrie. L’am­­bas­­sade syrienne à Berlin n’a pas répondu à mes demandes de commen­­taires à propos des légis­­la­­tions sur la natio­­na­­lité du pays. « En Syrie, j’étais traité comme un Syrien, mais hors du pays, c’est diffé­rent », dit Hasan. La plupart des pays du monde exigent des visas de la part des Pales­­ti­­niens et, certains d’entre eux ne les recon­­nais­­sant pas comme les citoyens d’un pays déchiré par la guerre, la vali­­dité de leur statut de réfu­­gié est toujours mise en ques­­tion.

Verwal­­tung

En 2015, l’Al­­le­­magne a enre­­gis­­tré 1,1 millions de demandes d’asile, près de six fois plus qu’en 2014. Et parmi les personnes cher­­chant à obte­­nir le statut de réfu­­gié auprès de la plus puis­­sante écono­­mie euro­­péenne, on comp­­tait envi­­ron 430 000 Syriens. Un porte-parole de l’Of­­fice fédé­­ral alle­­mand pour les migra­­tions et les réfu­­giés (BAMF) m’a affirmé qu’en vertu du droit des réfu­­giés alle­­mands, les Pales­­ti­­niens nés en Syrie étaient consi­­dé­­rés de la même manière que les réfu­­giés déte­­nant la citoyen­­neté syrienne.

Le père de Haki a trouvé refuge en Syrie après que sa famille a fui la Pales­­tine en 1948.

« Les Pales­­ti­­niens syriens ne béné­­fi­­cient pas de la citoyen­­neté syrienne mais sont trai­­tés de la même façon que les réfu­­giés de Syrie déte­­nant des passe­­ports, d’après les procé­­dures d’asile alle­­mandes », a-t-il ajouté. « Pour tous les réfu­­giés en prove­­nance de Syrie, il y a ce qu’on appelle une évalua­­tion indi­­vi­­duelle avec consul­­ta­­tion, au cours de laquelle les deman­­deurs d’asile décrivent les raisons qui les ont pous­­sés à partir. » Le BAMF est respon­­sable de la sélec­­tion des demandes d’asile, et il est divisé en agences dispat­­chées dans plusieurs muni­­ci­­pa­­li­­tés du pays. D’après eux, la légis­­la­­tion alle­­mande est suppo­­sée être appliquée partout de la même façon. « L’Of­­fice pour les migra­­tions déploie fait tout ce qu’il peut pour s’as­­su­­rer que chaque Pales­­ti­­nien est traité équi­­ta­­ble­­ment au cours de son entre­­tien person­­nel », ajoute-t-il. « Pour cela, il y a des spéci­­fi­­ca­­tions et des direc­­tives à suivre selon leur pays d’ori­­gine, que tous les respon­­sables d’agence ont à dispo­­si­­tion. »

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Bien que le droit d’asile alle­­mand prévoit d’of­­frir aux Pales­­ti­­niens nés en Syrie les mêmes protec­­tions qu’aux citoyens syriens, la procé­­dure d’asile repré­­sente un défi de taille pour beau­­coup d’entre eux. Rami Haki est arrivé à Gunz­­burg au début de l’an­­née 2015. La vie dans cette petite ville paisible est très diffé­­rente de ce qu’il connais­­sait à Damas, où il est né, mais l’homme de 37 ans s’en moque. Rami est venu trou­­ver refuge en Alle­­magne avec sa femme, Hanaa, et leurs trois enfants – ils ont eu un quatrième enfant après leur arri­­vée ici. Tandis qu’Ha­­naa est citoyenne syrienne, Rami et les enfants sont consi­­dé­­rés comme des Pales­­ti­­niens nés en Syrie. Le père de Rami a trouvé refuge en Syrie avec toute sa famille après qu’ils ont fui la Pales­­tine en 1948. « C’est quelque chose que mes enfants et moi n’avons pas choisi », m’ex­­plique Rami. « C’est fait pour proté­­ger la natio­­na­­lité pales­­ti­­nienne. Quand les Pales­­ti­­niens adoptent une autre natio­­na­­lité, ils ne peuvent pas retour­­ner en Pales­­tine », dit-il, ajou­­tant que c’est un problème pure­­ment   « poli­­tique ».

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Les Haki et leurs quatre enfants
Crédits : Adrien le Coarer

Ils ont voulu deman­­der le statut de réfu­­gié tous ensemble. Cepen­­dant, lors de son entre­­tien à Munich, les fonc­­tion­­naires ont séparé Rami de sa femme et de ses enfants – dont le cas, en tant qu’en­­fants dépen­­dants d’une citoyenne syrienne, a été traité et approuvé dans les plus brefs délais. Sur les permis de séjour des enfants, la case indiquant leur natio­­na­­lité est lais­­sée vide. Haki n’a même pas réalisé que sa demande avait été trai­­tée sépa­­ré­­ment jusqu’à ce qu’ils reçoivent la certi­­fi­­ca­­tion offi­­cielle d’ap­­pro­­ba­­tion de leur demande d’asile. Son nom ne figu­­rait nulle part. « J’ai pensé que le fonc­­tion­­naire avait dû égarer ma fiche car il ne l’avait pas mise dans le même dossier que celui de ma femme », raconte-t-il. « Et puis on m’a annoncé que nous avions deux dossiers sépa­­rés du fait que je suis pales­­ti­­nien et que ma femme est syrienne. Mais pour moi, cela ne fait aucune diffé­­rence : je suis un Pales­­ti­­nien de Syrie. Je viens de Syrie, j’y ai grandi et vécu au même titre que ma femme. » Il s’est adressé à un employé de l’agence de l’Of­­fice pour les migra­­tions locale, qui lui a dit qu’ils étaient passés un peu vite sur ses docu­­ments de voyage syriens : il avait été enre­­gis­­tré comme citoyen pales­­ti­­nien de Pales­­tine. Les docu­­ments ont fini par être corri­­gés et Haki s’est vu accor­­der l’asile en janvier dernier.

Sans pays

Moha­­mad Jabeti a 22 ans et il venait juste de commen­­cer l’uni­­ver­­sité quand il a été contraint de fuir Damas, sa ville natale. Moha­­mad est le petit-fils d’un réfu­­gié pales­­ti­­nien qui lui aussi avait fui la Pales­­tine en 1948.

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Moha­­mad Jebati à Mann­­heim
Crédits : Moha­­mad Jebati

Depuis septembre 2015, il vit à Mann­­heim, l’une des plus grandes villes d’Al­­le­­magne. En dépit de son expé­­rience globa­­le­­ment posi­­tive là-bas, Moha­­mad a rencon­­tré de sérieuses diffi­­cul­­tés lorsqu’il a dû expliquer aux auto­­ri­­tés alle­­mandes pourquoi il n’avait pas de passe­­port. « Les Syriens n’ont aucun problème pour faire accep­­ter leur demande d’asile, mais pour les Pales­­ti­­niens, le gouver­­ne­­ment alle­­mand rend les choses très diffi­­ciles », m’a confié Moha­­mad. « J’ai l’im­­pres­­sion d’être une personne de second rang. » Moha­­mad nour­­rit une frus­­tra­­tion terrible lorsqu’il rencontre des Syriens et des Irakiens dont les demandes d’asile ont été accep­­tées presque auto­­ma­­tique­­ment. Nombre d’entre eux ont pu être trans­­fé­­rés de la rési­­dence pour réfu­­giés dans laquelle ils vivaient, et ils sont auto­­ri­­sés à étudier et travailler tandis que Moha­­mad prend son mal en patience en atten­­dant des nouvelles du BAMF. « J’ai le senti­­ment de ne pas avoir les mêmes droits que tout le monde », dit-il. « Je voudrais que le gouver­­ne­­ment sache que je suis dans la même situa­­tion que les autres citoyens syriens. » Mais la situa­­tion lui a permis de renouer avec ses racines pales­­ti­­niennes. « Je suis pales­­ti­­nien. Il me serait diffi­­cile de prétendre le contraire », dit-il. « Mais j’ai aussi le senti­­ment de n’avoir aucun pays, aucune natio­­na­­lité. »

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Des réfu­­giés syriens arrivent en Suède
Crédits : Fran­­kie Fougan­­thin

En janvier 2016, la Suède a imposé les contrôles aux fron­­tières pour endi­­guer le flot des réfu­­giés arri­­vant du Dane­­mark. En ce qui concerne les Pales­­ti­­niens nés en Syrie, un membre du minis­­tère de la Justice et de l’im­­mi­­gra­­tion m’a confié qu’ils étaient trai­­tés de la même manière que les citoyens syriens et qu’en outre, des règles spéciales étaient mises en place pour les indi­­vi­­dus sous protec­­tion de l’UNRWA. La légis­­la­­tion suédoise sur l’im­­mi­­gra­­tion, qui défi­­nit le statut de réfu­­gié et iden­­ti­­fie les personnes néces­­si­­tant une protec­­tion inter­­­na­­tio­­nale, contient des articles faisant expli­­ci­­te­­ment réfé­­rence aux « étran­­gers en dehors du pays dans lequel ils ou elles ont leur rési­­dence prin­­ci­­pale », m’a expliqué la personne du minis­­tère. « Ainsi, un Pales­­ti­­nien apatride qui avait sa rési­­dence perma­­nente en Syrie verra sa demande d’asile trai­­tée à la lumière des circons­­tances en Syrie, de la même façon que les citoyens syriens. » Leurs voisins alle­­mands ne sont pas aussi magna­­nimes dans leur façon de trai­­ter les demandes des Pales­­ti­­niens nés en Syrie. Le Royaume-Uni s’est engagé à réins­­tal­­ler 20 000 réfu­­giés syriens d’ici 2020. Les cas sont redi­­ri­­gés vers l’Agence des Nations Unies pour les réfu­­giés, l’UNHCR. Lorsque je leur ai demandé si des Pales­­ti­­niens nés en Syrie étaient atten­­dus parmi les nouveaux arri­­vants, les fonc­­tion­­naires du Bureau de l’In­­té­­rieur britan­­nique se sont refu­­sés à tout commen­­taire.

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Justin Trudeau accueille les réfu­­giés
Crédits : Reuters

D’autres pays adoptent égale­­ment des mesures spéci­­fiques pour offrir l’asile aux Pales­­ti­­niens syriens. Depuis son élec­­tion au mois d’oc­­tobre 2015, le Premier ministre cana­­dien Justin Trudeau a fait virer de bord la poli­­tique du pays envers les réfu­­giés syriens. Le Canada a atteint l’objec­­tif qu’il s’était fixé de réins­­tal­­ler 25 000 réfu­­giés syriens avant la fin du mois de février 2016. Aujourd’­­hui, ce sont plus de 26 000 personnes qui sont arri­­vées là-bas. « Les personnes qui viennent de Syrie mais sont citoyennes d’un autre pays que la Syrie, ainsi que les personnes apatrides ont droit à la réins­­tal­­la­­tion au Canada, du moment qu’ils sont envoyés par l’Agence des Nations Unies pour les réfu­­giés », m’a expliqué un employé du minis­­tère de l’Im­­mi­­gra­­tion, des réfu­­giés et de la citoyen­­neté du Canada. Pour Gunness, il appar­­tient aux nations de s’as­­su­­rer que les programmes de réins­­tal­­la­­tion ne sont pas discri­­mi­­nants envers les Pales­­ti­­niens de Syrie. « La chose à faire immé­­dia­­te­­ment est de s’as­­su­­rer que les Pales­­ti­­niens syriens ne sont pas lais­­sés de côté », dit-il. « Les gouver­­ne­­ments doivent être clairs et intrai­­tables sur le fait que les Pales­­ti­­niens de Syrie sont trai­­tés exac­­te­­ment de la même manière que les citoyens syriens, car ils fuient les mêmes circons­­tances horribles. » Dans un monde où les voyages inter­­­na­­tio­­naux requièrent un passe­­port, Hasan rêve d’en avoir un à lui. Sa situa­­tion actuelle est un fardeau. « Je voudrais un passe­­port, n’im­­porte lequel », dit Hasan. « Je n’ai que des docu­­ments de voyage. Mais je préfère ne plus en parler car ça me noue la gorge. » Pour l’heure, il ne se voit pas retour­­ner en Syrie. À la place, il prévoie de s’ins­­crire à l’uni­­ver­­sité de la ville voisine de Cologne ou de Bonn, pour étudier la science infor­­ma­­tique. Il maîtrise déjà la langue alle­­mande et vit chez une famille locale. « J’aime vivre en Alle­­magne », dit Hasan. « Pour un étudiant, c’est l’idéal. » ulyces-palestiniansyrians-08 Malgré tout, dit-il, il a envie de décou­­vrir le monde et peut-être de voya­­ger en Italie et ailleurs en Europe. Et un jour, dit-il, il aime­­rait aller aux États-Unis ou au Canada. « J’ai entendu dire à la radio que c’étaient des pays formi­­dables où émigrer, je sais tout du rêve améri­­cain. Peut-être qu’un jour, quand j’au­­rai mon passe­­port… »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Pales­­ti­­nian Syrians: Twice refu­­gees », paru dans Al Jazeera. Couver­­ture : Des femmes pales­­ti­­niennes à Yarmouk, une banlieue de Damas bâtie par les Pales­­ti­­niens. (UNHCR)


COMMENT SURVIVENT LES YÉZIDIS IRAKIENS

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À Zakho, dans le nord de l’Irak, des bâti­­ments en construc­­tion se dressent dans la pous­­sière. Cinq mois aux côtés des réfu­­giés de Dabin City.

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Dabin City
Crédits : Florian Seriex

« On a entendu l’écho d’une bombe au loin, puis un proche nous a appelé et a dit : “Il faut partir, ils arrivent.” On n’a pas réflé­­chi, on a pris quelques affaires dans un sac et on a fui. » Depuis janvier 2014, l’his­­toire s’est répé­­tée, encore et encore. Terro­­ri­­sées à l’idée de finir entre les mains des hommes en noir de l’État isla­­mique, des centaines de milliers de personnes sont parties en direc­­tion du nord de l’Irak. Entre juillet et septembre, alors que les tempé­­ra­­tures dépas­­saient par moment 50°C, elles ont trouvé refuge partout où elles le pouvaient : dans les parcs, les écoles ou encore les innom­­brables bâti­­ments en construc­­tion de la région. C’est notam­­ment le cas à Zakho, à quelques kilo­­mètres des fron­­tières turque et syrienne. Dabin City, du nom de son promo­­teur immo­­bi­­lier, est un groupe d’im­­meubles inache­­vés au cœur de cette ville de 350 000 habi­­tants, où plus de 120 000 personnes se sont réfu­­giées en août dernier. Prin­­ci­­pa­­le­­ment origi­­naires du Sinjar, elles ont fui l’hor­­reur, laissé leur vie derrière elles et mené un incroyable périple à travers la montagne et la Syrie avant de retrou­­ver le sol irakien. Au côté de l’ONG Action contre la Faim, je pars à la rencontre de ces familles quelques jours après leur arri­­vée. Des bâti­­ments en construc­­tion pour des vies détruites, tel est le premier senti­­ment que j’éprouve face à la détresse de ces femmes qui fixent l’objec­­tif de l’ap­­pa­­reil à la recherche de réponses. C’est la première fois que je viens à Dabin City. Une cinquan­­taine de personnes m’en­­tourent et dans leurs regards règne une même angoisse, qui traduit leurs mots que je ne comprends pas.

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Des habi­­tants de Zakho viennent distri­­buer des repas chauds
Ils sont pour­­sui­­vis par des enfants gamelles à la main
Crédits : Florian Seriex

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