Depuis que Donald Trump cherche à renégocier l'accord sur le nucléaire, les tentions grimpent irrémédiablement en Iran. Le président américain a la main sur la gâchette.

par Servan Le Janne | 21 juin 2019

Tout est prêt. Mais ce jeudi soir, un groupe de conseillers diplo­­ma­­tiques tente de rame­­ner Donald Trump à la raison. Sur la sugges­­tion du secré­­taire d’État Mike Pompeo, du conseiller à la Sécu­­rité natio­­nale John Bolton et de la direc­­trice de la CIA Gina Haspel, le président améri­­cain a décidé d’en­­voyer des avions frap­­per des radars et des batte­­ries de missiles iraniens. Quelques heures plus tôt, les Gardiens de la révo­­lu­­tion ont commis « une énorme erreur », a-t-il dit, en abat­­tant un drone espion améri­­cain d’une valeur de 130 millions de dollars. Il est 19 heures à Washing­­ton, 4 heures en Europe et 6 h 30 à Téhé­­ran. Il est minuit un peu partout dans le monde si l’Iran réplique.

Averti par les conseillers, le milliar­­daire finit par lâcher la gâchette : les États-Unis ne tire­­ront pas, en tout cas pas aujourd’­­hui. Le souffle de soula­­ge­­ment est inter­­­na­­tio­­nal. Mais la pres­­sion reste. Une semaine aupa­­ra­­vant, le 13 juin, un immense brasier se décla­­rait dans le golfe d’Oman. Sur une mer d’huile aux contours vagues, le tanker norvé­­gien Front Altair se retrou­­vait presque coupé en deux par une explo­­sion, dont les flammes reje­­taient de grands panaches de fumée noire. Au même moment, un autre navire, le Japo­­nais Kokuka Coura­­geous, subis­­sait lui aussi une attaque. Pour le Penta­­gone, seul l’Iran peut être respon­­sable.

Lundi, l’agence de l’éner­­gie atomique perse décla­­rait qu’elle allait dépas­­ser, dans dix jours, le plafond d’ura­­nium enri­­chi auto­­risé par l’ac­­cord sur le nucléaire de 2015. Donald Trump, qui veut abso­­lu­­ment forcer la Répu­­blique isla­­mique à le rené­­go­­cier, annonçait de son côté le déploie­­ment de 1 000 hommes au Moyen-Orient, en plus des 1 500 déjà envoyés en mai. Autre­­ment dit, les États-Unis n’ont pas tiré, mais ils pointent toujours leurs canons vers l’Iran.

Sabo­­tage

À l’ho­­ri­­zon, une éten­­due bleue point derrière les cols arides d’Asa­­luyeh, dans le sud de l’Iran. En ce mois de mai 2019, un convoi excep­­tion­­nel se dirige vers la côte. Sur plusieurs remorques des camions, on devine sans mal deux longs projec­­tiles recou­­verts d’un treillis. Parta­­gée par la chaîne saou­­dienne Al-Arabiya le 20 mai 2019, ces images ont été relayées par le Mouve­­ment de lutte arabe pour la libé­­ra­­tion d’Ah­­vaz, un groupe sépa­­ra­­tiste placé sur la liste des orga­­ni­­sa­­tions terro­­ristes par Téhé­­ran et soutenu par Riyad.

Le régime iranien est en état d’alerte depuis que, le 5 mai 2019, les États-Unis ont envoyé des bombar­­diers B-52, un inter­­­cep­­teur de missiles Patriot, le porte-avion USS Abra­­ham Lincoln et d’autres unités navales dans le golfe Persique. Ce déploie­­ment « repré­­sente un repo­­si­­tion­­ne­­ment prudent en réponse à des indi­­ca­­tions d’une menace crédible par les forces du régime iranien », justi­­fiait le secré­­taire d’État à la Défense, Patrick Shana­­han. « Nous l’ap­­pe­­lons à cesser toute provo­­ca­­tion et nous le tien­­drons comp­­table d’une attaque sur les forces améri­­caines ou nos inté­­rêts. »

Une semaine plus tard, les Émirats arabes unis dénoncent le « sabo­­tage » de quatre navires au large de Fujaï­­rah, près de détroit d’Or­­muz. Le premier appar­­tient au royaume pétro­­li­­fère, tandis que deux viennent d’Ara­­bie saou­­dite et le quatrième de Norvège. D’après l’ana­­lyse balis­­tique d’un assu­­reur du pays nordique, il est « très probable » que le Corps des Gardiens de la révo­­lu­­tion ait orches­­tré l’at­­taque. Trois offi­­ciels améri­­cains cités par la chaîne CBS sont parve­­nus aux même conclu­­sions. L’un d’eux assure même qu’il existe des photos liant l’Iran ou ses alliés à l’at­­taque.

Le porte-avion USS Abra­­ham Lincoln 
Crédits : Gabriel R. Piper/US Navy

Dans un article publié le 15 mai, le New York Times révèle que Washing­­ton a inten­­si­­fié sa présence dans la région après avoir mis la main sur des photos de missiles trans­­por­­tés sur de petits navires dans le golfe Persique. Ce maté­­riel aurait été monté à bord par « des forces para­­mi­­li­­taires iraniennes ». Selon des sources offi­­cielles, la flotte améri­­caine craint d’es­­suyer des tirs. Le porte-parole du centre de comman­­de­­ment, Bill Urban, affirme même possé­­der des « éléments indiquant que l’Iran ou ses forces supplé­­tives préparent poten­­tiel­­le­­ment une attaque des forces améri­­caines dans la région ».

Une évacua­­tion partielle de l’am­­bas­­sade améri­­caine à Bagdad et du consu­­lat au Kurdis­­tan a donc été orga­­ni­­sée mercredi 15 mai dernier. « Si l’Iran veut se battre, il signera son arrêt de mort », tweete même Donald Trump le 19 mai. « Ne mena­­cez plus jamais les États-Unis ! » Quatre jours plus tard, le Penta­­gone présente un plan d’en­­voi de 10 000 soldats au Moyen-Orient. Ce chiffre « n’est pas correct », rétorque Donald Trump. Quoiqu’il en soit, en plaçant ses canons dans la région, Washing­­ton « joue un jeu très dange­­reux », estime le ministre des Affaires étran­­gères de Téhé­­ran, Moham­­mad Javad Zarif. « Le fait d’avoir toutes ces unités mili­­taires dans une petite zone est en soi suscep­­tible de provoquer des acci­­dents. »

À en croire le New York Times, le secré­­taire à la Défense, Patrick Shena­­han, a un autre plan, qui prévoit l’en­­voi de 120 000 soldats au Moyen-Orient en cas d’at­­taque, soit à peu près autant que lors de l’in­­va­­sion de l’Irak. Il pour­­rait même être enclen­­ché si l’Iran accé­­lère son programme nucléaire. Or juste­­ment, la produc­­tion d’ura­­nium du pays semble repar­­tie à la hausse. Au mois de février, elle respec­­tait encore l’ac­­cord inter­­­na­­tio­­nal signé en 2015 pour l’en­­ca­­drer, quand bien même Donald Trump s’en est désen­­gagé en mai 2018. Depuis, « les Améri­­cains mettent une pres­­sion maxi­­mum sur les Iraniens afin de les forcer à rené­­go­­cier », observe Thierry Coville, cher­­cheur à l’Ins­­ti­­tut de rela­­tions inter­­­na­­tio­­nales et stra­­té­­giques (Iris) et auteur du livre Iran, la révo­­lu­­tion invi­­sible.

Dès novembre, Washing­­ton a réta­­bli toutes « les sanc­­tions levées dans le cadre de l’ac­­cord sur le nucléaire iranien », ciblant notam­­ment ses échanges bancaires ainsi que dans les domaines de l’éner­­gie, de la construc­­tion navale et du trans­­port mari­­time. En avril, le gouver­­ne­­ment améri­­cain a carré­­ment défendu à huit pays (Chine, Inde, Turquie, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie et Grèce) d’ache­­ter du pétrole à la répu­­blique isla­­mique, en viola­­tion complète du droit inter­­­na­­tio­­nal. Et le 8 mai, il a adopté de nouvelles sanc­­tions ciblant les secteur du fer, de l’acier, de l’alu­­mi­­nium et du cuivre. Tout est fait pour tordre le bras de Téhé­­ran et lui impo­­ser un accord plus contrai­­gnant. Mais cela a-t-il une chance de marcher ?

Dernier anni­­ver­­saire

La Maison-Blanche a accueilli des anni­­ver­­saires plus joyeux. Ce 11 février 2019, John Bolton célèbre les 40 ans de la révo­­lu­­tion isla­­mique par une sobre allo­­cu­­tion depuis le siège de la prési­­dence améri­­caine. Pendant ces quatre décen­­nies, le régime qui a renversé le chah, desti­­tuant ainsi un allié des États-Unis, « a terro­­risé son peuple et terro­­risé le monde », accuse le conseiller à la sécu­­rité de Donald Trump. « L’Iran conti­­nue de cher­­cher à se procu­­rer des armes nucléaires » et « reste le banquier central du terro­­risme inter­­­na­­tio­­nal ». Puis, Bolton s’adresse direc­­te­­ment à l’aya­­tol­­lah Ali Khame­­nei : « Je ne pense pas que vous aurez beau­­coup d’autres anni­­ver­­saires à fêter. »

Au sein de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Trump, ce mous­­ta­­chu de 70 ans est aujourd’­­hui le plus belliqueux à l’égard de l’Iran. Diplômé de Yale en 1974, cinq ans avant la révo­­lu­­tion iranienne, il rejoint Washing­­ton alors qu’une autre révo­­lu­­tion y prend forme, emme­­née par le très libé­­ral Ronald Reagan. Aux côtés de son ancien profes­­seur de droit Ralph Winter, il plaide lors du procès « Buck­­ley v. Valeo » en faveur de l’abo­­li­­tion des plafonds de dépenses lors des campagnes élec­­to­­rales. La justice lui donne raison pour le grand plai­­sir, bien plus tard, du milliar­­daire Donald Trump.

John Bolton
Crédits : Krem­­lin

Lorsque Bolton rejoint le dépar­­te­­ment de la Justice de Reagan, en 1985, l’Iran vient non seule­­ment d’être envahi par son voisin irakien, mais subit aussi un embargo sur les ventes d’armes. Jamais Washing­­ton n’ac­­cep­­tera cette répu­­blique isla­­mique qui conteste son hégé­­mo­­nie. Les sanc­­tions améri­­caines s’étendent aux biens et services en 1987, puis au pétrole en 1995. Les liens commer­­ciaux sont carré­­ment rompus deux ans plus tard. Le gouver­­ne­­ment de Bill Clin­­ton accuse la nation perse de faire assas­­si­­ner ses oppo­­sants à l’étran­­ger, d’avoir comman­­dité des atten­­tats à Beyrouth et Buenos Aires, et surtout de tenter de possé­­der la bombe nucléaire.

Téhé­­ran se retrouve même dans « l’axe du mal » peu après la nomi­­na­­tion de John Bolton au poste de sous-secré­­taire d’État au contrôle des armes et aux affaires inter­­­na­­tio­­nales de George Bush, en 2001. Selon le jour­­na­­liste d’in­­ves­­ti­­ga­­tion Gareth Porter, Bolton se rend alors à plusieurs reprises en Israël entre 2003 et 2004 sans l’aval de sa hiérar­­chie. Ses rencontres avec le chef du Mossad, les services de sécu­­rité de l’État hébreux, « portent clai­­re­­ment sur la défi­­ni­­tion d’une stra­­té­­gie commune pour qu’é­­mergent les condi­­tions poli­­tiques favo­­rables à des frappes contre l’Iran », détaille Porter. Pour l’heure, la Maison-Blanche se contente de main­­te­­nir des sanc­­tions dont « les effets écono­­miques sont signi­­fi­­ca­­tifs mais les effets poli­­tiques mini­­maux », juge un rapport publié par le cher­­cheur Akbar Torbat en 2005.

Elle aussi dans l’axe du mal, la Corée du Nord subit de lourdes sanc­­tions améri­­caines à partir de 2005. Afin d’évi­­ter la proli­­fé­­ra­­tion nucléaire, Washing­­ton inter­­­dit à ses ressor­­tis­­sants d’échan­­ger avec le royaume ermite. Malgré ces efforts de plus en plus soute­­nus, Pyon­­gyang y parvient par de moyens détour­­nés. « En Iran, Trump applique ce qu’il a fait avec la Corée du Nord en mélan­­geant sanc­­tions et menace », analyse Thierry Coville. Dans les deux cas, le succès est tout rela­­tif.

L’im­­passe

C’est une céré­­mo­­nie très améri­­caine. Dans la salle Benja­­min-Frank­­lin du bâti­­ment Harry-Truman, devant la bannière étoi­­lée, John Bolton avance vers le pupitre avec une cravate rouge et bleue. Tout juste nommé repré­­sen­­tant aux Nations Unies, ce 7 mars 2005, il recon­­naît avoir été « critique » envers l’ins­­ti­­tu­­tion inter­­­na­­tio­­nale. L’an­­née précé­­dente, lors d’une confé­­rence orga­­ni­­sée à New York, il soute­­nait qu’il « n’existe pas de Nations Unies. Il y a une commu­­nauté inter­­­na­­tio­­nale qui peut de temps en temps être diri­­gée par le seul vrai pouvoir de ce monde, c’est-à-dire les États-Unis, quand cela corres­­pond à nos inté­­rêts. Alors nous pouvons être accom­­pa­­gné par d’autres. »

Le nouveau repré­­sen­­tant des États-Unis à l’ONU « a essayé de mani­­pulé les rensei­­gne­­ments pour justi­­fier ses opinions », juge l’an­­cien direc­­teur du comité du Sénat dédié aux rela­­tions inter­­­na­­tio­­nales, Tony Blin­­ken. « C’est arrivé à de multiples reprises, toujours de la même manière : il défen­­dait une posi­­tion et sur les infor­­ma­­tions n’al­­laient pas dans son sens, il essayait de les exagé­­rer et de margi­­na­­li­­ser ceux qui les rappor­­taient. » Sitôt son poste d’am­­bas­­sa­­deur quitté fin 2006, Bolton appa­­raît régu­­liè­­re­­ment sur la chaîne conser­­va­­trice Fox News pour plai­­der en faveur du bombar­­de­­ment de l’Iran, comme il s’était engagé en faveur d’une attaque de l’Irak.

« Si nous ne répon­­dons pas, les Iraniens le pren­­dront comme un signe de faiblesse », défend-il, inquiet par la pour­­suite du programme nucléaire iranien sous le président Mahmoud Ahma­­di­­nejad.

Crédits : Dépar­­te­­ment d’État améri­­cain

À son arri­­vée au pouvoir, en 2009, Barack Obama impose de nouvelles sanc­­tions. Ces mesures « sont diffé­­rentes de celles adop­­tées par l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Trump car il y avait à l’époque un certain consen­­sus inter­­­na­­tio­­nal », compare Thierry Coville. Même si l’Iran est aussi condamné par les Nations Unies, son atti­­tude ne dévie guère qu’à partir de l’ar­­ri­­vée au pouvoir du « modéré » Hassan Rohani en 2013. Deux ans plus tard, Téhé­­ran signe un accord avec les États-Unis, l’Union euro­­péenne, la Chine et la Russie qui lève une partie des sanc­­tions en échange d’un contrôle de son programme nucléaire.

Tout juste candi­­dat à la Maison-Blanche, Donald Trump désap­­prouve l’is­­sue des négo­­cia­­tions. Lui qui fait campagne pour que les États-Unis cessent de se disper­­ser à l’étran­­ger, pense que leurs inté­­rêts auraient pu être mieux défen­­dus. Selon lui, Obama a cédé trop tôt, en sorte que les Iraniens s’en tirent très bien. Alors, dès son acces­­sion au Bureau ovale, il fait tout pour les contraindre à rené­­go­­cier, en commençant pas réem­­ployer la vieille arme des sanc­­tions. Seule­­ment, cela marche rare­­ment, juge Thierry Coville. « Elles ont peut être favo­­risé la fin de l’apar­­theid en Afrique du Sud en 1994, mais auraient-elle vrai­­ment eu un effet sans Nelson Mandela ? » inter­­­roge-t-il.

En Iran, l’em­­bargo a surtout pour effet de compliquer la vie des plus modestes. En recul de 3,9 % en 2018, le PIB pour­­rait se contrac­­ter de 6 % en 2019, selon des prédic­­tions du Fonds moné­­taire inter­­­na­­tio­­nal qui ne prennent pas en compte les dernières sanc­­tions. L’in­­fla­­tion s’éle­­vait déjà 31 % l’an passé, faisant augmen­­ter les prix de la viande rouge de 57 %, ceux du lait du fromage et des œufs de 37 % et ceux des légumes de 47 %. « Près de 40 % de la popu­­la­­tion est main­­te­­nant sous le seuil de pauvreté », s’inquiète Thierry Coville. Mais si les Améri­­cains se figurent qu’elle va descendre dans la rue pour récla­­mer un chan­­ge­­ment de régime, ils se trompent. « Cela ne va faire que renfor­­cer sa haine des États-Unis. »

Parce qu’ils respectent leur enga­­ge­­ment, les Iraniens disent de leur côté n’avoir aucune raison d’ac­­cep­­ter de nouveaux pour­­par­­lers. Personne ne veut enta­­mer une discus­­sion avec un pisto­­let sur la tempe. Alors, les Améri­­cains sont-ils prêts à tirer ? Contrai­­re­­ment à John Bolton, Donald Trump « n’est pas parti­­san d’une guerre », estime le cher­­cheur français. « En revanche, sa stra­­té­­gie confuse fait grim­­per les tensions et on n’est jamais à l’abri d’un acci­dent. » Même si, sous pres­­sion, les Iraniens ont tout inté­­rêt à main­­te­­nir leur soutien aux Houthis au Yémen et au Hezbol­­lah au Proche Orient pour ne pas lais­­ser le terrain aux Saou­­diens et aux Israé­­liens, les moyens manquent.

Alors que chaque armée se posi­­tionne au cas où, le dialogue est pour le moment rompu. Le secré­­taire d’État améri­­cain Mike Pompeo « fait en sorte de m’in­­sul­­ter à chaque fois qu’il parle de l’Iran », souffle son homo­­logue iranien, Moham­­mad Javad Zarif. « Pourquoi est-ce que je répon­­drais à ses coups de télé­­phone ? » Faute de dialogue, les États-Unis commu­­niquent en sanc­­tion­­nant, sans que cela ait vrai­­ment l’air de faire chan­­ger l’Iran.


Couver­­ture : US Army.


 

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