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En coulisse, Russes, Chinois, Israéliens et Américains glanent des informations sensibles sur le sol français.

par Servan Le Janne | 5 juillet 2019

Sur les rares photos où il appa­­raît lors de céré­­mo­­nies offi­­cielles, Valery Levitsky ne sourit pas. Pour son pot de départ, ce 28 mars 2018, le consul de Russie à Stras­­bourg n’est pas plus enjoué ni plus triste. Il a l’air plutôt serein. C’est que l’homme cache bien son jeu. Quatre jours plus tard, il est expulsé vers Moscou pour des faits d’es­­pion­­nage, a-t-on appris le 22 juin 2019. Les auto­­ri­­tés françaises le suspectent de faire partie du service de rensei­­gne­­ment mili­­taire russe (GU).

Le mois suivant son départ, quatre autres agents sont inter­­­pel­­lés à La Haye, aux Pays-Bas. Il s’ap­­pellent Alexeï More­­nets, Evgeni Sere­­bria­­kov, Oleg Sotni­­kov et Alexeï Minin. Dans la foulée, la Suisse iden­­ti­­fie un de leurs comparses, le dénommé Sergueï Jelti­­kov.

Valery Levitsky (au centre)
Crédits : commune de Folk­­ling et Gaubi­­ving

Avant d’exer­­cer des fonc­­tions diplo­­ma­­tiques chez les Helvètes, ce dernier était vice-consul de Russie à Marseille. En septembre 2016, il y a été vu accueillant Evgueni Sere­­bria­­kov et Alexeï More­­nets à l’aé­­ro­­port par des agents de la Direc­­tion géné­­rale de la sécu­­rité inté­­rieure (DGSI). Dans ce climat un rien tendu, l’agence française craint même ses propres employé·es. Selon un article du 3 juillet 2019, elle a renvoyé un certains « Didier » l’an passé. Alors qu’il devait prendre la tête du Collège du rensei­­gne­­ment en Europe, l’agent suspecté de tuyau­­ter les rensei­­gne­­ments israé­­liens a dû faire ses cartons.

Ces affaires gardées sous le bois­­seau montrent l’am­­pleur de l’es­­pion­­nage dans l’Hexa­­gone. Au moment des faits, le public n’en savait rien. Mais depuis, un scan­­dale parti­­cu­­liè­­re­­ment média­­tisé lui a mis la puce à l’oreille.

Le loup blanc

Autour du palais du Luxem­­bourg, dans le pros­­père VIe arron­­dis­­se­­ment de Paris, une étrange passion a long­­temps grandi au mépris de tous, comme le lierre sur les murs. Elle était fière­­ment culti­­vée. Benoît Quen­­ne­­dey parta­­geait avec gour­­man­­dise son inté­­rêt pour la Corée du Nord, ce « pays que l’Oc­­ci­dent adore détes­­ter ». Au mieux, cet admi­­nis­­tra­­teur de la Direc­­tion de l’ar­­chi­­tec­­ture, du patri­­moine et des jardins du Sénat passait pour une plante exotique, au pire pour de l’herbe folle. « Il est connu comme le loup blanc dans la maison », souffle le séna­­teur André Gatto­­lin, à qui il a présenté « un groupe cryp­­to­­com­­mu­­niste qui prônait la grande récon­­ci­­lia­­tion » avec le régime de Pyon­­gyang. On fait plus fréquen­­table.

Aujourd’­­hui, cette lubie ressemble à une feuille de vigne. Placé en garde à vue à Leval­­lois-Perret (Hauts-de-Seine), dans les locaux de la Direc­­tion géné­­rale de la sécu­­rité inté­­rieure (DGSI), dimanche 25 novembre, l’homme de 42 ans a été mis en examen pour « trahi­­son par livrai­­son d’in­­for­­ma­­tions à une puis­­sance étran­­gère », et « intel­­li­­gence avec une puis­­sance étran­­gère ». Il est rentré chez lui le jeudi soir suivant, avec l’in­­ter­­dic­­tion de contac­­ter certaines personnes et de quit­­ter le terri­­toire. Beau­­coup de ceux qui l’ont côtoyé préfèrent de toute manière éviter d’en parler. Ils ne souhaitent « pas commen­­ter cette affaire » ou ne « pas s’ex­­pri­­mer car il y a une instruc­­tion en cours ». S’es­­ti­­mant écla­­boussé « si les faits incri­­mi­­nés étaient avérés », le Sénat l’a suspendu provi­­soi­­re­­ment.

Benoît Quen­­ne­­dey

Lorsqu’il a appris la nouvelle, Pierre Nico­­las Bapt est « tombé de [s]a chaise ». Ce secré­­taire natio­­nal du Mouve­­ment radi­­cal, social et libé­­ral (MRSL) le voyait tous les 45 jours, du temps où la forma­­tion s’ap­­pe­­lait Parti radi­­cal de gauche (PRG). Benoît Quen­­ne­­dey y adhé­­rait avant sa fusion avec le Parti radi­­cal, en 2017. « Plus qu’é­­tonné, j’étais abasourdi », confie le mili­­tant. Car le Dijon­­nais était un « gentil garçon » en phase avec la ligne de la forma­­tion poli­­tique. « Je connais­­sais son atti­­rance pour la Corée du Nord, enfin pour les Corée, mais je n’ai jamais senti chez lui une admi­­ra­­tion profonde pour le régime dicta­­to­­rial », ajoute Bapt. Cela dit, « je ne pense pas que la DGSI arrête à tort ».

Après un an de fila­­ture, l’agence de rensei­­gne­­ment française a perqui­­si­­tionné son appar­­te­­ment, dans le Ve arron­­dis­­se­­ment de Paris, son bureau au Sénat et le domi­­cile de ses parents, à Dijon. Ceux-ci assurent qu’il « n’avait pas accès à des docu­­ments liés au secret défense ». Après avoir étudié à Sciences Po, Benoît Quen­­ne­­dey est passé par l’École natio­­nale d’ad­­mi­­nis­­tra­­tion (ENA). Cela ne fait pas de lui un « énarque », souligne un ancien collègue de promo : « Il a aban­­donné l’ENA avant la fin de la scola­­rité et n’a jamais été nommé dans l’un des corps de sortie. Son nom n’ap­­pa­­raît pas sur l’ar­­rêté du 29 avril 2003, qui nomme les élèves de la promo­­tion. » Cette année-là, le Bour­­gui­­gnon devient fonc­­tion­­naire au Sénat.

Au lieu de la commis­­sion des affaires étran­­gères et de la défense qu’il convoite, on l’af­­fecte à celle des finances puis de l’ar­­chi­­tec­­ture, du patri­­moine et des jardins. Alors Benoît Quen­­ne­­dey assou­­vit sa passion pour les rela­­tions inter­­­na­­tio­­nales ailleurs. En 2005, il rejoint l’As­­so­­cia­­tion de l’ami­­tié franco-coréenne, dont il pren­­dra la prési­­dence en avril 2017. Au retour de ses sept voyages au royaume ermite, il vante un pays où « il n’y a pas de papiers par terre », « la santé et l’édu­­ca­­tion sont gratuites », allant jusqu’à parler de « modèle de déve­­lop­­pe­­ment ». L’ad­­mi­­nis­­tra­­teur du Sénat se veut contre-point : « Toute personne qui parle de la Corée du Nord s’ex­­pose, si elle ne prend pas les thèmes habi­­tuels, à se voir rétorquer qu’elle ne peut être qu’un suppôt du pire régime au monde », déplore-t-il.

Auteur de deux livres sur le sujet, L’Éco­­no­­mie de la Corée du Nord en 2012 : Nais­­sance d’un nouveau dragon asia­­tique ? (Les Indes savantes, 2013) et La Corée du Nord, cette incon­­nue (Ed. Delga, 2017), il se rend une huitième et dernière fois à Pyon­­gyang, en septembre 2018, où il croise Gérard Depar­­dieu. La DCRI est sur ses pas. « Je n’au­­rais jamais pensé… », soupire aujourd’­­hui Pierre Nico­­las Bapt. Si Benoît Quen­­ne­­dey est présumé inno­cent, son cas en rappelle un autre. « On lui aurait donné le bon Dieu sans confes­­sion. Les bras m’en tombent ! » s’était exclamé le Premier ministre de l’époque, Georges Pompi­­dou. Il parlait d’un certain Georges Pâques.

De bons amis

Quand les parents de Benoît Quen­­ne­­dey sont parve­­nus à joindre la DGSI, on leur a assuré qu’il était défendu par un avocat. Mais « au nom du secret défense », l’iden­­tité de ce conseil ne leur a pas été donnée. « Ça ne doit pas être tendre quand la DGSI inter­­­roge quelqu’un », imagine Pierre Nico­­las Bapt. À moins que la version des services recoupe celle du suspect. Après seule­­ment une demi-heure d’in­­ter­­ro­­ga­­toire, Georges Pâques décide d’avouer, ce 12 août 1963, dans les locaux de la DST, l’an­­cêtre de la DGSI. « Donnez-moi du papier et un stylo s’il vous plaît, je vais tout vous racon­­ter, tout mettre par écrit », lance ce membre du service de presse de l’OTAN, au 13 de la rue des Saus­­saies, à quelques pas de l’Ély­­sée.

« L’his­­toire a commencé à Alger en 1944. Depuis quatre ans, nous vivions dans une atmo­­sphère tendue et nos esprits ne se propo­­saient plus que deux buts : abattre l’Al­­le­­magne et prépa­­rer un monde dans lequel la guerre serait impos­­sible. Je pensais que l’URSS aurait un rôle capi­­tal à jouer après la victoire. » Réfu­­gié en Algé­­rie pendant la Seconde Guerre mondiale pour résis­­ter aux nazis, Pâques a fait part de ses craintes à son méde­­cin, Imek Berstein, un an plus tôt. Ce commu­­niste rescapé des camps de concen­­tra­­tion lui a suggéré de rencon­­trer un conseiller de l’am­­bas­­sade sovié­­tique, M. Gouzovsky. « Nous parlâmes, discu­­tâmes, devînmes bons amis », écrit Pâques.

Georges Pâques

À la faveur de la déroute nazie, les deux hommes se retrouvent à Paris en 1944. La ville sera bien­­tôt reprise par les Améri­­cains, qui viennent de débarquer sur les côtes normandes, tandis que les Sovié­­tiques progressent à l’est. Mais ils placent aussi leurs pions en France. Gouzovsky prête 200 dollars à Pâques et lui jette : « Vous les rendrez quand vous pour­­rez, ce sont des fonds secrets. » Au cabi­­net du minis­­tère de la Marine où il travaille alors, les gradés prennent un accent parti­­cu­­liè­­re­­ment belliqueux à l’évo­­ca­­tion de l’hydre sovié­­tique. Cela l’ef­­fraie. Après un bref passage au minis­­tère chargé des Affaires musul­­manes, il entre au minis­­tère de la Recons­­truc­­tion et de l’Ur­­ba­­nisme.

Piliers majeurs de la résis­­tance, les Commu­­nistes sont débarqués du gouver­­ne­­ment en 1947, année du plan Marshall. Cette aide finan­­cière massive des États-Unis à l’Eu­­rope « suppo­­sait que ces pays s’aident eux-mêmes en se débar­­ras­­sant des commu­­nistes » , constate Jacques Fauvet, jour­­na­­liste au Monde, dont il pren­­dra plus tard la direc­­tion en chef. « J’en demeu­­rai effon­­dré », relate Pâques. « Je crus de mon devoir de commu­­niquer aux Sovié­­tiques tous les éléments d’in­­for­­ma­­tion que je possé­­dais sur la poli­­tique française, et surtout sur la poli­­tique améri­­caine. Toutes les fois qu’une crise poli­­tique se dessi­­nait, j’es­­sayais de l’ex­­pliquer, d’en prévoir les consé­quences. »

Ce fils d’ar­­ti­­sans de Chalon-sur-Saône se plaît à jouer un rôle dans la diplo­­ma­­tie. En catho­­lique pratiquant, passé par l’École normale supé­­rieure, il est fier d’ap­­por­­ter sa pierre à l’édi­­fice de la paix, alors que tout le monde paraît occupé à en enle­­ver. George Pâques est même prêt à le faire plus offi­­ciel­­le­­ment. Sa voca­­tion n’est pas de grenouiller à l’ombre de ministres qu’ils estime souvent moins compé­­tents que lui. Alors il se présente aux élec­­tions légis­­la­­tives en 1951 sur la liste d’un Répu­­bli­­cain indé­­pen­­dant, André Moynet, autre­­ment dit un homme de droite. Lui-même passe pour un intel­­lec­­tuel conser­­va­­teur, intègre, sérieux et même proche de l’Or­­ga­­ni­­sa­­tion armée secrète (OAS) favo­­rable à la domi­­na­­tion française de l’Al­­gé­­rie. Mais la candi­­da­­ture échoue.

Les espions et agents doubles n’ont pas disparu avec la guerre froide.

La taupe

La France ne tient pas la bride qu’en Algé­­rie. Elle fait aussi la guerre en Indo­­chine avec le soutien des États-Unis. En marge d’une mani­­fes­­ta­­tion pour la paix orga­­ni­­sée le 28 mai 1952, le diri­­geant natio­­nal du Parti commu­­niste français, Jacques Duclos, est arrêté à Paris. Dans son coffre, la police retrouve deux pigeons « visi­­ble­­ment desti­­nés à trans­­mettre des messages ». En clair, le député est suspecté de tuyau­­ter Moscou. On le libère fina­­le­­ment le 1er juillet faute de preuve. Les oiseaux devaient en réalité être servis au dîner. Comme lui, Benoît Quen­­ne­­dey paye-t-il sa posi­­tion hété­­ro­­doxe, dont il ne fait d’ailleurs aucun secret ? « Un espion se cache par défi­­ni­­tion et ne s’af­­fiche pas à la tête d’une asso­­cia­­tion de soutien au régime qu’il servi­­rait ! » défend son éditeur, Ayme­­ric Monville.

En passant pour un homme de droite, George Pâques a ainsi une parfaite couver­­ture. « De retour à Paris, un peu désap­­pointé et démuni d’argent, mes amis sovié­­tiques m’ai­­dèrent modes­­te­­ment à me réta­­blir », avoue-t-il. En 1955, cet agrégé d’ita­­lien est promu direc­­teur adjoint du BCDI (Bureau central de docu­­men­­ta­­tion et d’in­­for­­ma­­tion). À ce poste, il doit mettre de l’ordre dans la poli­­tique français au Magh­­reb et au Moyen-Orient pour le président du Conseil, Edgar Faure. Certains diraient qu’il s’agit d’avoir des idées simples pour un Orient compliqué. « Large­­ment ravi­­taillé en infor­­ma­­tions par la prési­­dence, les Affaires étran­­gères et le Sdece (Service de contre-espion­­nage exté­­rieur), j’en vins à la conclu­­sion que nos prin­­ci­­paux adver­­saires dans le monde arabe et en Afrique étaient les compa­­gnies pétro­­lières améri­­caines et le gouver­­ne­­ment des États-Unis qui se faisait leur instru­­ment », rapporte-t-il.

Par son inter­­­mé­­diaire, des télé­­grammes d’am­­bas­­sa­­deurs et des synthèses du Sdece passent à Moscou. À partir de 1958, depuis le secré­­ta­­riat géné­­ral de la Défense natio­­nale (SGDN), il peut même commu­­niquer des docu­­ments de l’état-major géné­­ral de la défense natio­­nale et de l’Otan. Voilà sa manière de « travailler à la réali­­sa­­tion de la grande poli­­tique [qu’il] prêtai[t] au géné­­ral de Gaulle : recons­­ti­­tuer une Europe suffi­­sam­­ment forte pour servir de pont entre le monde améri­­cain et le monde sovié­­tique. » Hyper­m­né­­sique, selon l’écri­­vain Pierre Assou­­line, qui lui a consa­­cré la biogra­­phie Une Ques­­tion d’or­­gueil (Galli­­mard), la taupe sovié­­tique connaît des dizaines d’opé­­ras par cœur. Il est moins manuel. Inca­­pable de copier les dossiers lui-même, il doit les empor­­ter, à midi, pour les faire photo­­gra­­phier par les agents du KGB, avenue de Breteuil ou rue du Temple.

Georges Pâques

À l’été 1962, c’est heureux, Georges Pâques est nommé direc­­teur adjoint de l’in­­for­­ma­­tion de l’Otan. « Mes corres­­pon­­dants s’en réjouirent fort. Vassili Vlas­­sov me dit qu’il fallait redou­­bler de précau­­tions, car si mes rela­­tions avec les Sovié­­tiques étaient connues, je perdrais mon emploi. Il décida qu’il valait mieux éviter Paris et nous rencon­­trer à la campagne. Pour cela, il me conseilla de rempla­­cer ma vieille Dauphine par une voiture en meilleur état, et il me remit 300 000 francs pour payer la diffé­­rence. » Désor­­mais, les docu­­ments doivent être remis devant l’église de Feuche­­rolles, dans les Yvelines.

À l’hi­­ver 1962, un agent du KGB en poste à Helsinki demande à voir le chef de station de la CIA dans la capi­­tale finlan­­daise. Anatoli Mikhaï­­lo­­vitch Golit­­syne veut passer à l’ouest, il est prêt à rensei­­gner les Améri­­cains pour cela. D’après cet Ukrai­­nien, des docu­­ments de l’Otan sont arri­­vés sur le bureau du Soviet suprême depuis Paris. Qui les a trans­­mis ? Il l’ignore. Mais le patron de la DST, Marcel Chalet, sait désor­­mais par Washing­­ton qu’il y a une taupe. Il la ferre non sans mal jusqu’à ce qu’un « inter­­­lo­­cu­­teur de qualité », d’après ses confi­­dences recueillies par Libé­­ra­­tion, lui révèle ce qu’il pense de Pâques : « Ce n’est certai­­ne­­ment pas un homme de droite », indique-t-il le mardi 4 août 1963. Pâques est fait.

Orgueil et préju­­gés

Pierre Assou­­line et Marcel Chalet déchiffrent le compor­­te­­ment de Georges Pâques de la même manière. « Georges Pâques n’a jamais eu l’oc­­ca­­sion d’être chef, mais souvent un brillant second », observe l’ex-patron de la DST. « Faute de pouvoir jouer un rôle prin­­ci­­pal dans la lumière, on le joue dans l’ombre. Typique. Son ressort, comme pour beau­­coup d’agents secrets, c’est l’or­­gueil. » Alors qu’il priait les services français de ne pas dévoi­­ler son iden­­tité, elle est diffu­­sée dans les jour­­naux en quelques jours. Condamné à perpé­­tuité le 7 juillet 1964, il est gracié en mai 1970 par Georges Pompi­­dou, un ancien cama­­rade de l’École normale supé­­rieure. Il s’éteint le 19 décembre 1993, peu après la chute de l’Union sovié­­tique.

Shi Pei Pu, l’es­­pion chan­­teur d’opéra

Les espions, agents doubles et autres offi­­ciers de rensei­­gne­­ment retour­­nés n’ont toute­­fois pas disparu avec la guerre froide. En 1997, un ancien respon­­sable de contre-espion­­nage de la direc­­tion géné­­rale de la Sécu­­rité exté­­rieure (DGSE) est nommé chef du rensei­­gne­­ment en Chine. Sa femme reste en France. « Ça aurait dû être une alerte, à peine arrivé, il avait déjà une faiblesse a exploi­­ter », se lamente un ancien membre de l’agence. Car ce Henri M. tombe vite sous les charmes de l’in­­ter­­prète de l’am­­bas­­sa­­deur, une jeune femme qui a déjà entre­­tenu une rela­­tion avec un membre du corps diplo­­ma­­tique français à Pékin. Crai­­gnant qu’elle soit ce qu’on appelle dans le jargon une « hiron­­delle », autre­­ment dit une envoyée du pouvoir char­­gée de récol­­ter des confi­­dences sur l’oreiller, l’am­­bas­­sa­­deur réclame son retour dans l’Hexa­­gone.

À en croire un ex-espion inter­­­rogé par Marianne, « un ressor­­tis­­sant chinois ne pouvait pas avoir de rela­­tion avec un Occi­­den­­tal sans auto­­ri­­sa­­tion des services ». Remer­­cié par la DGSE, Henri M. fonde une société d’im­­port-export de meuble avec un autre Français ainsi que l’in­­ter­­prète chinoise en 2002. L’an­­née suivante, il rallie Pékin et se marrie avec celle-ci. Le 24 mai 2018, il est inter­­­pellé et mis en examen, avec un autre retraité des services, pour « livrai­­son à une puis­­sance étran­­gère d’in­­for­­ma­­tions portant atteinte aux inté­­rêts fonda­­men­­taux de la nation », « intel­­li­­gence avec une puis­­sance étran­­gère », « collecte d’in­­for­­ma­­tions portant atteinte aux inté­­rêts fonda­­men­­taux de la nation » et « compro­­mis­­sion du secret de la défense natio­­nale par une personne dépo­­si­­taire du secret de la défense natio­­nale ».

Si l’agence de rensei­­gne­­ment chinoise, le Guoanbu, a appro­­ché Henri M., elle a de longue date bien d’autres infor­­ma­­teurs en France. Dans les années 1960, le chan­­teur d’opéra Shi Pei Pu est parvenu à souti­­rer des infor­­ma­­tions au diplo­­mate Bernard Bour­­si­­cot en se faisant passer pour une femme. Ce dernier a été condamné à six ans de prison en 1986 pour « intel­­li­­gence avec des agents d’une puis­­sance étran­­gère ». Plus récem­­ment, en 2005, une stagiaire de Valeo, Li Li Huang, a été arrê­­tée pour avoir fauché de grandes quan­­ti­­tés de données dans les ordi­­na­­teurs de l’équi­­pe­­men­­tier. Renault a démis de ses fonc­­tions trois hauts cadres six ans plus tard, les accu­­sant d’es­­pion­­nage indus­­triel pour l’em­­pire du Milieu. Ils ont fina­­le­­ment été réin­­té­­grés, ayant visi­­ble­­ment été victimes de dénon­­cia­­tions calom­­nieuses.

Ces derniers temps, Henri M. cher­­chait à renouer contact avec d’an­­ciens collègues. A-t-il trahi pour l’amour d’une femme ? À la DGSE, en tout cas, « sauf rares excep­­tions, une femme ne “traite” jamais un homme et vice versa », assure un ancien membre, Pierre Siramy, auteur de 25 ans dans les services secrets. « Ce n’est pas le cas de certains services concur­­rents. Les Russes, par exemple, n’hé­­sitent pas à utili­­ser des Mata Hari pour séduire de possibles sources. » L’in­­verse est aussi vrai. Dans les années 2000, des agents français ont mis sous surveillance un membre du FSB russe. En suivant une femme qui sortait de chez lui, au petit matin, ils sont remon­­tés jusqu’au boule­­vard Mortier, où se trouve le siège de la DGSE. Elle y travaillait en tant qu’a­­na­­lyste.

Le 20 décembre 2017, la DGSI a monté une opéra­­tion visant à éloi­­gner un agent du GRU, (la direc­­tion géné­­rale des rensei­­gne­­ments russe) sous couver­­ture. Un employé du Quai d’Or­­say dans la combine a proposé des fichiers confi­­den­­tiels à Alexeï Guen­­na­­die­­vitch O. Au moment de leur remise, des poli­­ciers étaient là pour les arrê­­ter. Selon les infor­­ma­­tions de Media­­part, la DGSE a quant a elle procédé à des inter­­­cep­­tions de sécu­­rité vis-à-vis d’un Russe agis­­sant lui aussi pour le compte du GRU, à l’abri d’une couver­­ture diplo­­ma­­tique. Ce dernier aurait recruté une taupe au sein même du cabi­­net mili­­taire de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense d’alors.

« Il dit qu’il n’a rien à se repro­­cher. »

La Corée du Nord a-t-elle la sienne au Sénat en la personne de Benoît Quen­­ne­­dey ? Le Dijon­­nais « clame son inno­­cence. Il dit qu’il n’a rien à se repro­­cher », a déclaré vendredi 30 novembre son avocat, Florian Lastelle. « M. Quen­­ne­­dey est extrê­­me­­ment ému et scan­­da­­lisé du trai­­te­­ment média­­tique qu’il a reçu ces derniers jours dans la mesure où il découvre l’at­­teinte qui a été portée à son honneur et à sa répu­­ta­­tion. » Est-ce l’or­­gueil qui parle ?


Couver­­ture : Ben Rosett


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