Et pourquoi y a-t-il tant d'armes françaises au Yémen ?

par Servan Le Janne | 0 min | 19 novembre 2018

Les promesses de l’obus

Sur les berges d’Ho­­deïda, à l’ouest du Yémen, le ciel dégagé de ce mois de novembre 2018 forme un dégradé turquoise avec la mer Rouge, hérissé çà et là par les grues du port. Il y a encore quelques jours, cette toile harmo­­nieuse était déchi­­rée par les obus. Le calme règne aujourd’­­hui, mais pour combien de temps ? À la remorque d’un pick-up, des hommes armés de Kala­ch­­ni­­kov filent sous les câbles élec­­triques suspen­­dus comme des toiles d’arai­­gnées entre les maisons encore debout. Plus loin, des lance-roquettes aux airs de fusées se promènent à l’ar­­rière de motos. Personne n’y prête vrai­­ment atten­­tion. Car les armes de ces rebelles houthis ne sont rien à côté des bombes saou­­diennes.

Bien­­tôt, impla­­cables, elle revien­­dront s’écra­­ser sur cette ville où tran­­site 70 % de l’aide huma­­ni­­taire. « Des opéra­­tions mili­­taires sont en cours et chaque opéra­­tion a ses parti­­cu­­la­­ri­­tés et son rythme propre », a déclaré jeudi 15 novembre le colo­­nel saou­­dien Turki al-Maliki à l’AFP. Qu’im­­porte les cinq millions d’en­­fants mena­­cés de famine. Au début du mois, une fillette de sept ans, Amal Hussain, a succombé à la malnu­­tri­­tion. La « pire situa­­tion au monde » dénon­­cée par les Nations Unies a des chances d’em­­pi­­rer. Depuis le début du conflit, en 2015, quelque 50 000 personnes ont été tuées. Parmi elles, il faut comp­­ter les 40 mineurs frap­­pés « par erreur » à Saada au mois d’août, a reconnu le comman­­de­­ment saou­­dien de la coali­­tion alliée aux loya­­listes.

Pour accom­­plir cette œuvre funeste, Riyad peut comp­­ter sur le gouver­­ne­­ment des États-Unis, premier armu­­rier mondial. « Au Yémen, il y a surtout des missiles améri­­cains », observe Georges Berghe­­zan, expert du Groupe de recherche et d’in­­for­­ma­­tion sur la paix et la sécu­­rité (Grip). Sans convaincre, Washing­­ton « certi­­fie » que tout est mis en œuvre pour épar­­gner les civils. Ce rôle incombe notam­­ment au troi­­sième expor­­ta­­teur d’armes du monde : la France. « Les avions de la coali­­tion utilisent du maté­­riel de ciblage français », dénonce juste­­ment le député LREM de Haute-Garonne Sébas­­tien Nadot. Ce membre de la commis­­sion des affaires étran­­gères plaide pour l’ou­­ver­­ture d’une commis­­sion d’enquête parle­­men­­taire sur les expor­­ta­­tions d’armes aux belli­­gé­­rants du conflit. En vain.

Crédits : Direc­­tion géné­­rale de l’ar­­me­­ment

Contrai­­re­­ment aux Pays-Bas, à la Suède, à l’Es­­pagne et à l’Al­­le­­magne, qui ont remis en cause des contrats d’ar­­me­­ments passés avec le royaume saou­­dien, la France fait toujours affaire. Elle a envoyé pour 1,4 milliard d’eu­­ros d’armes à Riyad en 2017, « sans complexe », tacle Aude Fleu­­rant, cher­­cheuse à l’Ins­­ti­­tut inter­­­na­­tio­­nal de recherche sur la paix de Stock­­holm (Sipri). « Si Paris trans­­fère habi­­tuel­­le­­ment à Riyad autour de 400 à 500 millions d’eu­­ros d’armes chaque année, les livrai­­sons ont augmenté peu avant et pendant le conflit : 644 millions en 2014, 900 millions d’eu­­ros en 2015, 1 milliard en 2016 », note un long rapport rendu en avril 2018 par la Fédé­­ra­­tion inter­­­na­­tio­­nale des Ligues des droits de l’homme (FIDH), l’Ob­­ser­­va­­toire des arme­­ments (Obsarm), la Ligue des droits de l’homme (LDH) et Sisters Arab Forum for Human Rights.

Au moment où parais­­sait ce docu­­ment, le prince héri­­tier d’Ara­­bie saou­­dite Moham­­med ben Salmane était à Paris. Il ne s’est pas contenté de visi­­ter la capi­­tale. À en croire diffé­­rents quoti­­diens, sa signa­­ture figure au bas d’un contrat prévoyant la livrai­­son de 39 bateaux d’in­­ter­­cep­­tion, construits par le groupe hexa­­go­­nal CMN (Cons­­truc­­tions méca­­niques de Norman­­die), et de canons Caesar, sortis des usines de la société Nexter. Deux mois plus tard, le minis­­tère de la Défense rendait son rapport au Parle­­ment sur les expor­­ta­­tions d’ar­­me­­ment. En intro­­duc­­tion, la ministre Florence Parly se féli­­ci­­tait que la France eût reçu pour 7 milliards d’eu­­ros de commandes en maté­­riel de guerre l’an passé. Près de 60 % viennent du Moyen-Orient.

Ses entre­­prises sont présentes « à envi­­ron 30 % dans l’aé­­ro­­nau­­tique, 30 % dans l’élec­­tro­­nique, 20 % dans le domaine naval », y apprend-on. « Les domaines terrestre, spatial et missiles se partagent les 20 % restants. » Entre 2008 et 2017, leurs carnets de commandes ont surtout été remplis par l’Inde, puis par l’Ara­­bie saou­­dite, le Qatar, l’Égypte, le Brésil et les Émirats arabes unis. Pour la période 2013–2017, le rapport du Sipri met l’Égypte, la Chine et l’Inde dans le trio de tête. « Le prin­­ci­­pal produit d’ex­­por­­ta­­tion, c’est l’avion Rafale », indique Georges Berghe­­zan. « Les navires Mistral coûtent aussi très cher. Puis il y a les sous-marins. La France produit en revanche assez peu d’ar­­me­­ment léger. » En 2017, l’Ara­­bie saou­­dite n’a ainsi reçu que 19 pisto­­lets semi-auto­­ma­­tique (9 mm), huit cara­­bines semi-auto­­ma­­tique et cinq fusils à pompe calibre 12 en prove­­nance de Paris.

Crédits : Direc­­tion géné­­rale de l’ar­­me­­ment

Dans le rapport au Parle­­ment, ce niveau de détail ne concerne que les armes de poing. À sa lecture, on ignore quels appa­­reils ont été trans­­fé­­rés – c’est-à-dire l’es­­sen­­tiel. Les socié­­tés d’ar­­me­­ment doivent pour­­tant deman­­der l’aval du gouver­­ne­­ment avant de vendre à l’étran­­ger. Une fois qu’elles ont obtenu cette licence, une commis­­sion inter­­­mi­­nis­­té­­rielle étudie les commandes. « Elle est compo­­sée de tech­­ni­­ciens qui ont des infor­­ma­­tions précises sur ce qui est vendu », remarque Sébas­­tien Nadot. Hélas, le Parle­­ment n’a pas de droit de regard ou de contrôle sur ce travail. Cette opacité nour­­rit la suspi­­cion, regrette le député. D’au­­tant que « des chars Leclerc ont été vus à proxi­­mité d’Hou­­deida », note-t-il. Leur présence témoigne de l’an­­cien­­neté et de l’opa­­cité des ventes d’armes de la France aux pays du Moyen-Orient.

Dans la ligne des émirs

En ce mois de septembre 2018, dans le désert du Rub al-Khali, 800 soldats avancent péni­­ble­­ment, pris en étau entre le sable plat et le soleil écra­­sant. Quand les ordres reten­­tissent, en français en anglais ou en arabe, des regrou­­pe­­ments se forment derrière les canons Caesar construits par Nexter. Un à un, les appa­­reils font feu, envoyant leurs projec­­tiles se perdre dans le loin­­tain. Et à la nuit tombée, un esca­­dron de chars Leclerc se lance à la recherche d’en­­ne­­mis invi­­sibles. L’exer­­cice franco-émirien « El-Himei­­mat » a pour objec­­tif de « renfor­­cer la coopé­­ra­­tion franco-émirienne et l’in­­te­­ro­­pé­­ra­­bi­­lité des deux armées », décrit le minis­­tère de la Défense.

Pour la France, c’est une manière de respec­­ter son enga­­ge­­ment. « Dans un contrat, il y a plus que la vente de plate-formes et de systèmes », souligne Aude Fleu­­rant. « Cela comprend de l’en­­traî­­ne­­ment, des pièces de rechange, voire la créa­­tion d’usines, de sites d’as­­sem­­blages ou des trans­­ferts de tech­­no­­lo­­gie. Comme les contrats sont confi­­den­­tiels, on ne sait pas exac­­te­­ment ce qui s’y trouve. Les demandes de déclas­­si­­fi­­ca­­tion du Sipri ont été repous­­sées. » Ces services ont permis aux Émira­­tis de prendre posses­­sion de ports stra­­té­­giques dans le sud du Yémen, à Aden, Mukalla, et sur l’île de Soco­­tra, contre la volonté du gouver­­ne­­ment du pays qu’ils sont censés soute­­nir.

Crédits : Direc­­tion géné­­rale de l’ar­­me­­ment

En dehors du désert, les Français et les Émira­­tis montrent de bons signes de coopé­­ra­­tion. Il y a neuf ans, la première armée d’Eu­­rope a implanté une base dans le pays du Golfe, où ses socié­­tés Airbus, Safran, les CMN et Thales ont du reste investi. L’an­­cien président de cette dernière, Luc Vigne­­ron, est aujourd’­­hui à la tête de l’Emi­­rates Defense Indus­­tries Company. À l’été 2018, ce masto­­donte de la défense s’est emparé du construc­­teur de muni­­tions français Manu­­rhin. Belle prise pour un petit État qui n’existe que depuis 1971.

Dès sa nais­­sance, Abou Dhabi commande deux héli­­co­­ptères de combat français, l’Alouette-3 et le Puma. Il s’offre même un avion Mirage-5 et un Matra R550 Magic l’an­­née suivante. À cette période, les socié­­tés françaises se tournent juste­­ment vers les pays arabes pour expor­­ter. Le maté­­riel français utilisé par Israël pendant la Guerre des Six Jours (1967) a été si effi­­cace que les autres États de la région veulent pouvoir riva­­li­­ser. Prin­­ci­­pal client de la France jusqu’ici, l’État hébreu déve­­loppe de son côté sa propre indus­­trie. La Libye s’équipe du Mirage en 1970, suivie deux ans plus tard par l’Irak. La recom­­po­­si­­tion du paysage de l’ar­­me­­ment français s’achève dans le même temps par la nais­­sance de grands groupes : SNECMA et Thom­­son CSF en 1968, Aéro­s­pa­­tiale en 1970, et Dassault-Bréguet avia­­tion en 1971.

Si l’Égypte est un client histo­­rique, « la France a commencé à trans­­fé­­rer des équi­­pe­­ments en Arabie saou­­dite à la fin des années 1960 », constate Aude Fleu­­rant. Durant la décen­­nie suivante, Dassault, la SNECMA et Thom­­son entendent appor­­ter leur concours à l’ « orga­­ni­­sa­­tion indus­­trielle arabe », esquis­­sée par l’Égypte avec des capi­­taux saou­­diens et émira­­tis. Le projet fait long feu mais Paris demeure un des grands four­­nis­­seurs des pays de la région. C’est un moyen de main­­te­­nir à flot un secteur d’ac­­ti­­vité confronté à une demande interne fléchis­­sante. Et cela donne un levier en cas de crise. Lors de l’in­­sur­­rec­­tion de la Grande Mosquée de la Mecque, en 1979, le Groupe d’in­­ter­­ven­­tion de la gendar­­me­­rie natio­­nale (GIGN) livre des grenades lacry­­mo­­gènes aux auto­­ri­­tés saou­­diennes.

Crédits : Direc­­tion géné­­rale de l’ar­­me­­ment

En 1980, la moitié de la produc­­tion de maté­­riel aéro­­nau­­tique, le tiers des arme­­ments terrestres et 17 % des arme­­ments partent à l’étran­­ger. Une série impres­­sion­­nante de frégates et de lanceurs de missiles prennent le chemin de Riyad, de même que des forma­­teurs du Comman­­de­­ment des opéra­­tions spéciales. Les Émirats arabes unis ne sont pas en reste. En février 1992, ils signent même un contrat histo­­rique d’une valeur de 3,6 milliards de dollars, portant notam­­ment sur la vente de 436 chars Leclerc. Seule­­ment, dans ce genre d’en­­ga­­ge­­ments, « il y a un écart entre les annonces de ventes et les ventes », pointe Aude Fleu­­rant. « Une licence d’ex­­por­­ta­­tion est déli­­vrée par le gouver­­ne­­ment sur la base d’une hypo­­thèse. Mais les négo­­cia­­tions concer­­nant tout ce qui accom­­pagne la plate-forme cédée peuvent durer des années. »

Aussi, près d’une dizaine d’an­­née plus tard, en 2001, le groupe public d’ar­­me­­ment Giat Indus­­tries annonce-t-il la suspen­­sion des livrai­­sons pour une « diver­­gence » des termes de l’ac­­cord. En réalité, note alors Libé­­ra­­tion, les problèmes viennent « des commis­­sions exor­­bi­­tantes versées aux inter­­­mé­­diaires, à Taïwan et en Arabie saou­­dite pour des frégates de Thom­­son, ou des faveurs consen­­ties aux clients, aux Émirats arabes unis (UAE) pour les chars Leclerc. » Et le quoti­­dien est encore loin de connaître l’am­­pleur de la corrup­­tion.

Le mur

Le « contrat du siècle », comme l’ap­­pelle alors une partie de la presse, n’est pas arrivé tout seul en France. Il a été apporté sur un plateau en argent plaqué par un intime de l’émir d’Abou Dhabi, Abbas Ibra­­him Yousef al-Yousef. Dans des docu­­ments obte­­nus par Wiki­­leaks, publiés par Media­­part le 28 septembre 2018, cet ancien pilote de chasse appa­­raît comme le desti­­na­­taire, à travers la société offshore Kenoza Indus­­trial Consul­­ting & Mana­­ge­­ment Inc., de commis­­sions occultes de près de 200 millions de dollars. Cette fois, c’est le Giat qui a payé. Mais « d’après un capi­­taine d’in­­dus­­trie français qui l’a bien connu », l’homme a déjà inter­­­cédé en faveur de « Thalès, Dassault ou Airbus ».

Rien que de tout à fait légal. En France, il faut attendre la trans­­po­­si­­tion d’une conven­­tion anti-corrup­­tion de l’OCDE, en juin 2000, pour que ces commis­­sions deviennent contraires à la loi. Les inter­­­mé­­diaires comme Abbas Ibra­­him Yousef al-Yousef « étaient nombreux », se souvient Georges Berghe­­zan. Sous le parrai­­nage du chef des services secrets français Alexandre de Marenches, l’homme d’af­­faires Bernard Chey­­nel met de l’huile dans les contrats en Libye, au Pakis­­tan et en Afrique du Sud. Le Syrien Akkram Ojjeh a lui été « large­­ment utilisé comme négo­­cia­­teur des contrats entre l’Ara­­bie saou­­dite et la France », cite l’his­­to­­rien Jacques Frémaux. Sans oublier Ziad Takkie­­dine, cité dans les affaires Kara­­chi et Sarkozy-Khadafi.

Crédits : Media­­part

« Pendant la guerre froide, les services secrets entraient en jeu », résume Georges Berghe­­zan. « Ce genre de choses est un peu plus contrôlé main­­te­­nant. » Crai­­gnant des pour­­suites, le Giat inter­­­rompt le verse­­ment des commis­­sions à Al-Yousef en 2000. Moins farouche, le porteur d’af­­faires saisit le tribu­­nal arbi­­tral de Paris pour récla­­mer les 39 millions de dollars d’im­­payés sur les 234 promis. Devant cette justice privée, le groupe français recon­­naît que l’Émi­­rati s’est livré à des « des actes de corrup­­tion ». Mais, ajoute-t-il, il existe « une dispro­­por­­tion entre le montant des commis­­sions et les services four­­nis ». En 2010, les arbitres donnent raison au Giat.

L’an­­née suivante, de nouveaux fronts s’ouvrent en Libye et en Syrie. À cette occa­­sion, Paris para­­chute des armes aux oppo­­sants de Mouam­­mar Kadhafi et en livre clan­­des­­ti­­ne­­ment aux insur­­gés syriens. François Hollande le recon­­naî­­tra plus tard. « Rare­­ment un pays s’est vanté de son illé­­ga­­lité », s’étonne Georges Berghe­­zan. « Il est possible que la même chose se déroule au Yémen mais je ne pense pas. » Les affaires de Paris dans la région ne sont cette fois-ci pas secrètes. « Pour ce qui est des chars Leclerc, je vous confirme que leur impli­­ca­­tion au Yémen a forte­­ment impres­­sionné les mili­­taires de la région », déclare en mars 2016 le président de Nexter (ex-Giat), Stéphane Mayer, devant la repré­­sen­­ta­­tion natio­­nale.

Un an plus tard, Sébas­­tien Nadot arrive sur les bancs de l’As­­sem­­blée « sans connais­­sance parti­­cu­­lière sur le sujet ». Alerté par des asso­­cia­­tions, cet histo­­rien de forma­­tion découvre avec horreur le drame des Yémé­­nites. Au gouver­­ne­­ment ou du côté des conseillers minis­­té­­riels, personne ne semble s’en émou­­voir. En tout cas, ses ques­­tions restent sans réponse. « On a une rela­­tion trop forte avec l’Ara­­bie saou­­dite et les Émirats arabe unis qui sont parties prenantes », conclue-t-il face à ce mur. Le traité sur le commerce des armes rati­­fié par la France en 2014 somme pour­­tant les États de suspendre leurs expor­­ta­­tions d’armes, s’ils apprennent qu’elles sont utili­­sées en infrac­­tion avec le droit inter­­­na­­tio­­nal.

Crédits : Sipri

Le rapport de la FIDH rendu en avril 2018 liste une quin­­zaine d’in­­dices de présence d’armes françaises au Yémen : des canons Caesar (Nexter), Mirage 2000 (Dassault), Crotale Shanine (Thales), drones Sper­­wer/SDTI (Safran), drones Airbus DRAC, avions Airbus A330-MRTT, héli­­co­­ptères Airbus Cougar, véhi­­cules ACMAT Bastion Patsas, chars Leclerc (Nexter), héli­­co­­ptères Dauphin (Sud Avia­­tion), une radio Thales, des frégates et une corvette de Naval Group.

Les contrats conti­­nuent d’être signés. À l’hi­­ver 2017–2018, les Émirats arabes unis commandent des corvettes Gowind 2500 et l’Ara­­bie saou­­dite se procure des patrouilleurs de type Combat­­tante FS56. Le 20 mars, les Chan­­tiers Couach acceptent de trans­­fé­­rer des tech­­no­­lo­­gies à la société émira­­tie ADD mili­­tary Supplies. « Qui pouvait savoir qu’é­­cla­­te­­rait un conflit au Yémen ? » se défend contre l’évi­­dence la ministre de la Défense Florence Parly dans la foulée. À la commis­­sion des affaires étran­­gères du Parle­­ment, l’enquête récla­­mée par Sébas­­tien Nadot est bloquée. Sa prési­­dente, Marielle de Sarnez, « estime que ça n’a pas à être à l’ordre du jour », peste-t-il. Elle a en revanche fini par promettre une mission d’in­­for­­ma­­tion.

« Mon souhait le plus cher, c’est qu’on ne découvre pas que la France a parti­­cipé à des crimes de guerre », pour­­suit l’élu. Mais pour l’heure, « on a un rapport d’ex­­perts de l’ONU qui dit qu’il y a crime de guerre et nous on conti­­nue à vendre des armes ».


Couver­­ture : Une forma­­tion de Mirage 2000. (Minis­­tère de la Défense/Ulyces)


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