Dans le documentaire Leaving Neverland, de nouvelles accusations d'agressions sexuelles sur enfants accablent l'ancien roi de la pop.

par Servan Le Janne | 19 mars 2019

Danse avec le loup

Atten­­tion, l’ar­­ticle qui suit contient des témoi­­gnages suscep­­tibles de heur­­ter la sensi­­bi­­lité du lecteur.

Des cris d’en­­fants montent de la pelouse de Never­­land. En ce beau jour de 1990, dans le ranch cali­­for­­nien, Michael Jack­­son et le soleil sont à leur zénith. Sans parler de sa voix, dont les aigus atteignent une hauteur de soprano. Entre la tour­­née mondiale de Bad et l’en­­re­­gis­­tre­­ment de Dange­­rous, le chan­­teur use ses cordes vocales dans une bataille d’eau tapa­­geuse. Quand les muni­­tions viennent à manquer, il se rapproche de son parte­­naire de jeu. « Nous avons gagné, encore et encore », vante-t-il en posant sa main sur l’épaule de Macau­­lay Culkin. À l’ombre de son chapeau noir, un sourire de Joker découpe le masque de plas­­tique qu’il doit à la chirur­­gie. Il a 31 ans, le jeune acteur de Maman j’ai raté l’avion 10.

Crédits : Leaving Never­­land

Le roi de la pop tourne son visage vers la caméra. « Je suis un peu inno­cent, n’est-ce pas ? » lance-t-il, rayon­­nant. À voir le nombre de jouets et d’at­­trac­­tions que compte le ranch, on pour­­rait croire que le soleil ne se couche jamais sur Never­­land. C’est faux, garan­­tit amère­­ment Wade Robson. Cette même année 1990, alors qu’il a 7 ans, l’Aus­­tra­­lien est invité chez Michael Jack­­son après avoir gagné un concours de danse. Il est enchanté de jouer avec son idole, qui lui enseigne le moon­­walk quand il ne lui propose pas de regar­­der un film avec lui.

Mais à la fin du géné­­rique, la nuit se fait plus obscure. « Nous allions nous coucher dans son lit », raconte Robson dans le docu­­men­­taire Leaving Never­­land, diffusé à partir de ce mois de mars 2019 sur HBO. « Je me souviens qu’il passait ses mains sur mes jambes, au-dessus de mon pyjama. Ensuite ses mains arri­­vaient dans la zone de mon entre-jambe et il commençait à me cares­­ser. »

Pendant près de 30 ans, Wade Robson a nié tout rapport sexuel, comme conti­­nue de le faire Macau­­lay Culkin. Ils l’ont défendu lorsque l’ar­­tiste a été attaqué par la famille du jeune Jordan Chand­­ler, en 1994, ainsi qu’une décen­­nie plus tard, quand l’ac­­cu­­sa­­tion est venue d’un autre garçon, Gavin Arzivo. Aban­­don­­nées contre 23 millions de dollars dans un cas, les pour­­suites ont butté sur un acquit­­te­­ment dans l’autre. « Nous atten­­dions de meilleures preuves, quelque chose de plus convain­­cant », déclara un juré. Robson préfé­­rait alors proté­­ger sa carrière et ses proches. Il a recon­­si­­déré la ques­­tion en deve­­nant père, en 2010.

La star « cares­­sait mon pénis par-dessus le pyjama », raconte-t-il. « Et ensuite ses mains sont passées sous le panta­­lon et il a touché mon pénis sous mon panta­­lon. Il n’y avait rien d’agres­­sif. Je n’ai jamais eu peur. Ça ne parais­­sait pas si bizarre. Ensuite il m’a guidé pour que je lui fasse la même chose. Il a bougé mes mains pour toucher son pénis qui était déjà en érec­­tion. » En 2013, quatre ans après la mort du chan­­teur, le choré­­graphe s’était rendu sur le plateau de l’émis­­sion Today, sur la chaîne NBC, pour révé­­ler les abus dont il se dit victime. Il s’est même résolu à les expo­­ser à la justice, mais son recours a été jugé trop tardif pour être examiné par un tribu­­nal de Los Angeles. Avec une autre victime présu­­mée, James Safe­­chuck, il a alors attaqué les entre­­prises de l’ex-chan­­teur, MJJ Produc­­tions et MJJ Ventures. Là encore, fin 2017, il a été débouté.

« Nous prenions des douches ensemble, nous nous touchions, nous nous embras­­sions », raconte-t-il aujourd’­­hui. « Il m’em­­bras­­sait avec la bouche ouverte, avec la langue. Il mettait mes doigts sur ses tétons et me disait de les pincer. Il gémis­­sait, prenait du plai­­sir. J’ai­­mais la sensa­­tion de le rendre heureux, de lui faire plai­­sir. » La gorge nouée, Robson pour­­suit son récit en décri­­vant des fella­­tions. « Il m’ame­­nait dans un coin du lit, s’al­­lon­­geait contre un cous­­sin, me mettait à quatre pattes et me faisait me pencher en avant pour qu’il puisse regar­­der mon anus en se mastur­­bant. Par moment, il venait et mettait sa langue dans mon anus. » Le témoi­­gnage est insou­­te­­nable, mais le chan­­teur n’a pas été inquiété de son vivant.

Le ranch Never­­land

Histoires pour adultes

La nuit est tombée sur le ranch de Never­­land. Vêtu d’un kimono vert, Michael Jack­­son guide le jour­­na­­liste Martin Bashir au milieu de tour­­noyants manèges illu­­mi­­nés. Il vient ici « tout le temps », même si on apprend plus loin que rien ne vaut pour lui les batailles d’eau et l’es­­ca­­lade. Quand il avait l’âge de remplir des ballons de baudruches au robi­­net et de grim­­per aux arbres, son père l’a envoyé sur scène.

À 5 ans, il a commencé à quit­­ter son Indiana natal pour se produire avec ses frères devant des parterres d’adultes. Alors que la famille s’en­­ri­­chis­­sait, il ne rece­­vait au départ que des coups en guise de salaire. Après être revenu sur cet épisode doulou­­reux pour le docu­­men­­taire de Martin Bashir, Michael Jack­­son appa­­raît dans son ranch entouré d’en­­fants. « Sa rela­­tion avec eux est pour moi l’as­­pect le plus pertur­­bant », indique le jour­­na­­liste.

Car le chan­­teur ne cache pas qu’il les invite dans son lit. À ceux qui s’en offusquent, il répond : « Vous n’êtes pas passé par où j’en suis passé psycho­­lo­­gique­­ment. » Voilà d’après lui « quelque chose de beau », dont personne ne se plaint. Au contraire : « Il agit comme un enfant, connaît les enfants et sait comment ils pensent », se réjouit Gavin Arzivo. Une nuit, le garçon de 11 ans aurait demandé à dormir dans la chambre de son idole, qui lui aurait alors laissé son lit. Rien de sexuel ne serait arrivé. « Nous allons dormir, je couche les enfants, je mets de la musique et quand c’est l’heure de l’his­­toire, je lis un livre », raconte l’ar­­tiste. « Nous dormons près de la chemi­­née, je leur donne du lait chaud, nous mangeons des cookies, c’est char­­mant, très doux, c’est ce que tout le monde devrait faire. »

Crédits : Leaving Never­­land

Au moment de la sortie du docu­­men­­taire Living with Michael Jack­­son, le public a de bonnes raisons de le croire. Certes, la star n’a évité le procès qu’au prix d’une négo­­cia­­tion avec la famille du petit Jordan Chand­­ler. Mais un enre­­gis­­tre­­ment de son père obtenu par ses avocats montre que l’argent n’était pas la dernière de ses moti­­va­­tions. « Tout est prêt », confie Evan Chand­­ler à l’ex de sa femme, June, « Je n’ai qu’à passer un appel et ce mec [son avocat] va détruire tout le monde aussi cruel­­le­­ment, sour­­noi­­se­­ment et mécham­­ment que possible. Et il n’y a aucune chance que je perde, j’ai véri­­fié. J’au­­rai tout ce que je veux et ils seront détruits pour toujours. June perdra [la garde de son fils] et la carrière de Michael sera termi­­née. »

Dans ce contexte, le New York Times écrit en 1993 qu’ « aucune preuve confon­­dante n’a été rassem­­blée dans les centaines de pages du dossier, les photos et les vidéos saisies pendant les perqui­­si­­tions à Never­­land et dans l’ap­­par­­te­­ment de Michael. »

L’his­­toire est légè­­re­­ment diffé­­rente en 2003. Une fois le docu­­men­­taire de Martin Bashir paru, Gavin Arzivo rapporte des faits nouveaux à la police. Michael Jack­­son se serait masturbé devant lui et son frère après leur avoir servi du vin. Cette fois, la police saisit pèle-mêle des livres compor­­tant des enfants nus et des vidéos porno­­gra­­phiques. Rien n’est illé­­gal. Mais les empreintes digi­­tales de Gavin Arzivo, 11 ans, sont retrou­­vées sur des maga­­zines pour adultes. Cela corro­­bore le témoi­­gnage de son frère, qui indique par ailleurs avoir vu Michael Jack­­son se mastur­­ber deux fois en touchant Gavin. D’après l’an­­cienne femme de ménage de Never­­land, Blanc Fran­­cia, il a aussi pris sa douche avec Wade Robson. Ce dernier nie.

L’ac­quit­­te­­ment obtenu en 2005 par l’ar­­tiste ne chasse pas toutes les suspi­­cions. « Je n’ai jamais oublié ce que m’a fait Michael », explique Robson, « mais j’étais psycho­­lo­­gique­­ment et émotion­­nel­­le­­ment complè­­te­­ment inca­­pable de comprendre que c’était une agres­­sion sexuelle ». Désor­­mais, il semble trop tard pour que la justice tranche. Mais le choré­­graphe veut réta­­blir ce qu’il dit être la vérité sur le person­­nage : « Oui, Michael était un artiste incroya­­ble­­ment talen­­tueux, mais c’était aussi un pédo­­phile et un agres­­seur d’en­­fants. » Dimanche 17 mars 2019, on appre­­nait que le Chil­­dren Museum d’In­­dia­­na­­po­­lis avait retiré le chapeau et les gants du roi de la pop de sa collec­­tion.


Couver­­ture : Leaving Never­­land.


 

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