À travers son centre dédié à l'innovation, le club catalan se positionne à la pointe des nouvelles technologies afin de remporter les trophées de demain.

par Servan Le Janne | 26 mars 2019

Pied droit pied gauche

Le ciel et la route sont déga­­gés. À l’ouest de Barce­­lone, dans la commune de Sant Joan Despi, une Audi RS3 noire contourne l’aca­­cia planté au milieu d’un rond-point. Sous le regard d’un agent de sécu­­rité, dont la guérite olive comporte quelques camé­­ras, elle pénètre dans la Ciutat espor­­tiva Jordi Samper. Une silhouette longi­­ligne en sort avec noncha­­lance sur le parking. On a souvent repro­­ché à Ousmane Dembélé son manque de rigueur.

Plusieurs fois, il est arrivé en retard à l’en­­traî­­ne­­ment. Mais en cette semaine de trêve inter­­­na­­tio­­nale, c’est l’unique joueur de l’ef­­fec­­tif profes­­sion­­nel du FC Barce­­lone présent. Atteint d’une déchi­­rure à la jambe gauche, il ne parti­­cipe pas au match de l’équipe de France contre la Molda­­vie, vendredi 22 mars 2019.

Le milieu offen­­sif de 21 ans trot­­tine donc seul, sur l’une des vastes pelouses du complexe. Autour de lui, sous le soleil du prin­­temps, le centre distri­­bue les rectangles verts entre des allées de bétons. Tout est épuré. Cela ne va pas durer. Dans les mois à venir, le club va construire un stade de 6 000 places au nom de l’an­­cien milieu néer­­lan­­dais Johan Cruyff, mort il y a tout juste trois ans le 24 mars.

Cette enceinte à 19 millions d’eu­­ros entre dans le cadre du projet Espai Barça, qui prévoit aussi la réno­­va­­tion du Camp Nou et de ses abords à partir d’avril 2019. En quatre ans, la capi­­tale cata­­lane sera ainsi dotée du « meilleur complexe spor­­tif au monde », agré­­menté d’une kyrielle de restau­­rants et de boutiques.

Pour coor­­don­­ner cette initia­­tive tita­­nesque, la forma­­tion cata­­lane compte sur le Barça Inno­­va­­tion Hub (Bihub). Fondée en 2017, cette unité de recherche mène le projet « le plus impor­­tant » du club selon le président Josep Maria Barto­­meu. « Les spor­­tifs du futur seront bien meilleurs que ceux d’aujourd’­­hui », assure-t-il. L’homme qui en assure la direc­­tion est un physi­­cien ayant étudié la commu­­ni­­ca­­tion aux États-Unis, Albert Mundet. « Nous travaillons avec des labo­­ra­­toires, des univer­­si­­tés, des start-ups et des clubs de foot­­ball ou d’autres sports pour favo­­ri­­ser l’in­­no­­va­­tion et la parta­­ger », indique-t-il.

En parte­­na­­riat avec la société Cantenda, une plate­­forme a par exemple été déve­­lop­­pée de manière à gérer de concert les diffé­­rents projets d’in­­fra­s­truc­­ture. Cela permet de mettre en cohé­­rence les sous-projets à tiroirs et de relier les nombreuses parties prenantes. « Nous voulons inclure autant de tech­­no­­lo­­gie que possible pour amélio­­rer l’ex­­pé­­rience du public », explique Mundet. Et surtout pour amélio­­rer le niveau des joueurs.

Lundi 25 mars, le Bihub a annoncé un projet d’étude sur le sommeil des athlètes déve­­loppé en lien avec l’as­­su­­reur alle­­mand Allianz. Pendant six mois, quelque 600 jeunes formés au club iront se coucher bardés de capteurs afin que la qualité de leurs nuits soit mise en rela­­tion avec leurs perfor­­mances. Les textiles intel­­li­­gents de la société Hexos­­kin mesu­­re­­ront l’ac­­ti­­vité de leur cœur, de leur respi­­ra­­tion et de leurs mouve­­ments.

Ensuite, l’ins­­ti­­tut Adsa­­lu­­tem de Gérone analy­­sera les données recueillies avec l’ap­­pui de l’Uni­­ver­­sité inter­­­na­­tio­­nale de Cata­­logne. Et les conclu­­sions seront rendues publiques.

Le futur stade Johan-Cruyff
Crédits : FC Barce­­lona

« Notre objec­­tif est de faire avan­­cer le progrès tech­­nique en géné­­ral et c’est pourquoi nous parta­­geons tout », avance Albert Mundet. Auto­­suf­­fi­­sant grâce aux reve­­nus de sa plate­­forme de forma­­tion, le Barça Inno­­va­­tion Hub expé­­ri­­mente diffé­­rentes tech­­no­­lo­­gies suscep­­tibles de mettre l’équipe dans les meilleures dispo­­si­­tions. Avec le groupe Real­­track, il a par exemple mis au point le Wimu, ce gilet détec­­tant les dépla­­ce­­ment d’un joueur ainsi que ses para­­mètres physiques et médi­­caux, afin d’éva­­luer et pour finir opti­­mi­­ser ses perfor­­mances.

« Nous voulons que tout le monde accède aux données du Wimu », assure Mundet. Pour lui, mener une approche de « savoir ouvert » est le meilleur moyen de deve­­nir le club le plus en pointe du monde. Car en foot­­ball, le futur est au « suivi des données ».

Au cœur des données

Derrière l’arche d’où émergent les joueurs deux par deux, tenant un enfant par la main, les couleurs des indé­­pen­­dan­­tistes cata­­lans sont fière­­ment bran­­dies en tribune du Camp Nou. Pour ce huitième de finale de la Ligue des cham­­pions, le drapeau rayé rouge et jaune à étoile blanche sur un triangle bleu est inter­­­dit, mais certains suppor­­ters du FC Barce­­lone n’en ont cure.

Le 13 mars 2019, avant le match retour contre Lyon, ils sifflent copieu­­se­­ment l’hymne de l’Union of Euro­­pean Foot­­ball Asso­­cia­­tions (UEFA), cette orga­­ni­­sa­­tion qui entend taire leurs reven­­di­­ca­­tions. À côté de la bannière, un groupe d’An­­glais écoute les huées sans comprendre. Il n’est pas le seul. Ces jours-ci, il peut y avoir quelque 30 000 étran­­gers dans le stade, sur les 78 000 personnes qui s’y trouvent en moyenne. Si bien qu’une bonne part des plus de 140 000 socios revendent leur place.

Si le projet Espai Barça va faire passer le nombre de sièges de 99 000 à 105 000, les petits action­­naires n’ont pas tous de siège. C’était le cas d’Al­­bert Mundet quand il était jeune. Il a reçu sa carte de membre à 18 ans, comme cadeau d’an­­ni­­ver­­saire. Tout juste cente­­naire, le Barça peinait à briller vrai­­ment depuis le départ de son capi­­taine histo­­rique Josep Guar­­diola, restant pour l’heure dans l’ombre du Real Madrid et du FC Valen­­cia.

Diplômé en physique, le jeune homme est consul­­tant pour son club de cœur qu’il lui confe la gestion du Barça Inno­­va­­tion Hub en 2017. « Il n’a pas attendu de créer cette unité de recherche pour être inno­­vant », précise-t-il. « Notre style l’a été », en faisant notam­­ment réfé­­rence au jeu de posses­­sion prôné par Johan Cruyff quand il était entraî­­neur entre 1988 et 1996. Mundet donne aussi en exemple le centre de forma­­tion. « Il y avait donc déjà cet état d’es­­prit tourné vers le futur avant mon arri­­vée, mais tout n’était pas assez struc­­turé. »

Le président Josep Maria Barto­­meu
Crédits : FC Barce­­lona

La forma­­tion cata­­lane n’est pas la seule à s’in­­té­­res­­ser à la science. Mais trop souvent, les équipes orga­­nisent des événe­­ments et créent des ponts avec des entre­­prises et des labo­­ra­­toires pour se donner le senti­­ment d’être à la pointe, sans résul­­tats concrets, constate le brun à la barbe fine. Pour ne pas vivre ce genre de décep­­tion, il a d’abord cher­­ché à arti­­cu­­ler effi­­ca­­ce­­ment les compé­­tences présentes en interne.

« Nous avons sélec­­tionné des personnes clés au sein de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, ayant de l’ex­­pé­­rience, et nous leurs avons demandé de venir pour nous aider à choi­­sir des projets et des cher­­cheurs », décrit-il. Ce « co-déve­­lop­­pe­­ment » a pour objec­­tif de tester direc­­te­­ment des proto­­types, notam­­ment en équipes de jeunes, pour ensuite en faire des produits prêts à l’em­­ploi. « Comme les autres clubs ont des besoins simi­­laires, ils pour­­ront être diffu­­sés ailleurs », ajoute-t-il. « C’est pour ça que notre approche est ouverte. »

Déjà abreu­­vés de statis­­tiques, les staffs n’en ont pas encore assez, estime le respon­­sable du Barça Inno­­va­­tion Hub. « Il nous faut trou­­ver de nouvelles manière de quan­­ti­­fier les éléments tactiques, mieux détec­­ter les mouve­­ments des 22 acteurs, pour donner plus de réponses aux entraî­­neurs », expose-t-il. « 95 % du temps, un joueur n’a pas le ballon. Sa perfor­­mance à ces moments peut donc être évaluée grâce à l’ana­­lyse contex­­tuelle et aux données de dépla­­ce­­ment. »

Cette ques­­tion de la maîtrise de l’es­­pace fait l’objet de recherches en parte­­na­­riat avec le Massa­­chu­­setts Insti­­tute of Tech­­no­­logy (MIT). Elle est enri­­chie par l’éla­­bo­­ra­­tion d’in­­tel­­li­­gences arti­­fi­­cielles capables de décou­­per les vidéos à la place des analystes. Un temps précieux peut ainsi être écono­­misé et servir à autre chose. Car en défi­­ni­­tive, « certains aspects auront toujours besoin du cerveau humain », promet Albert Mundet.


Couver­­ture : Espai Barça.


 

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