par Steven Levy | 5 novembre 2015

Jusqu’à il y a envi­­ron un an, Megan Smith était la personne la plus calée de son fief, la Sili­­con Valley. Une matheuse surdouée origi­­naire de Buffalo qui, après avoir obtenu sa licence d’in­­gé­­nieure au MIT (Massa­­chu­­setts Insti­­tute of Tech­­no­­logy), a heurté la Cali­­for­­nie telle un météore, s’illus­­trant au sein d’Apple, Gene­­ral Magic et Google. Puis, Todd Park, le CTO (Chief Tech­­no­­logy Offi­­cer) du gouver­­ne­­ment améri­­cain et conseiller du Président, lui a télé­­phoné pour lui propo­­ser de lui succé­­der à ce poste. Elle a accepté.

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Megan Smith, CTO du gouver­­ne­­ment améri­­cain
Crédits : Joi Ito

À peu près à la même époque, un autre irré­­duc­­tible de la Sili­­con Valley, Alex Macgil­­li­­vray (plus connu sous le surnom AMac), rece­­vait un appel simi­­laire de la part de Todd Park. Macgil­­li­­vray comp­­tait parmi les meilleurs avocats de Google, et il avait été direc­­teur juri­­dique de Twit­­ter. Park l’avait choisi pour occu­­per le poste d’adjoint de CTO aux côtés de Megan Smith. Lui aussi a accepté la propo­­si­­tion du futur ex-CTO. Le duo, en poste depuis presque un an main­­te­­nant, a présidé l’opé­­ra­­tion White House tech policy, loca­­li­­sée au sein de l’Of­­fice of Science and Tech­­no­­logy Policy, à une époque où le geek qui sommeille en Barack Obama semble s’éveiller. Le fait que le chef exécu­­tif du pays s’ex­­prime fréquem­­ment, et avec convic­­tion, quant à l’idée d’em­­ployer l’éner­­gie de l’élite tech­­no­­lo­­gique améri­­caine pour rendre le gouver­­ne­­ment plus effi­­cace n’a proba­­ble­­ment rien d’une coïn­­ci­­dence, après la débâcle du site heal­­th­­care.gov – et de son sauve­­tage glorieux par une équipe de vété­­rans de diverses entre­­prises, notam­­ment Google. Ses inter­­­ven­­tions au sujet d’une poli­­tique en faveur de la tech­­no­­lo­­gie (par exemple, la neutra­­lité du Net), sujet long­­temps laissé en suspend, se font égale­­ment plus nombreuses.

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Alex Macgil­­li­­vray, son adjoint
Crédits : @AMacOSTP/Twit­­ter

Smith et Macgil­­li­­vray mettent à profit ce moment d’im­­pli­­ca­­tion du gouver­­ne­­ment dans la tech­­no­­lo­­gie pour impliquer la Maison-Blanche dans de nombreux projets, notam­­ment la Police Data Initia­­tive (qui vise à collec­­ter des infor­­ma­­tions au sein de postes de police locaux colla­­bo­­ra­­teurs, telles que l’iden­­tité des personnes arrê­­tées, et suivre ce qui se passe grâce à des camé­­ras embarquées) et TechHire (pour donner l’ac­­cès à des emplois dans le secteur de la tech­­no­­lo­­gie au plus grand nombre). Smith s’est trou­­vée aux côtés du Président à l’oc­­ca­­sion de plusieurs événe­­ments qui, s’ils sont fami­­liers aux Cali­­for­­niens, étaient aupa­­ra­­vant rares sur Penn­­syl­­va­­nia Avenue, comme des meetups, des conven­­tions tech­­no­­lo­­giques et des demo days. J’ai récem­­ment inter­­­viewé le duo par visio­­con­­fé­­rence, dans une salle de réunion située près du laby­­rinthe qui leur sert d’es­­pace de travail, au cœur du bâti­­ment du bureau exécu­­tif Eisen­­ho­­wer.

Sili­­con Valley → Washing­­ton D.C.

Megan, vous êtes à présent en poste depuis presque un an après une longue carrière dans la Sili­­con Valley. Quel effet ça fait ?

MEGAN SMITH : C’est incroyable. Nous étions là aux débuts d’In­­ter­­net et je me souviens encore de ce que c’était dans les années 1997–1998. Toutes ces idées que nous avions en tête depuis long­­temps ont enfin pris forme, alors qu’a­­vant c’était comme pous­­ser le rocher de Sisyphe au sommet de la colline. Ce qui se passe actuel­­le­­ment ressemble beau­­coup à un début de gouver­­ne­­ment numé­­rique. Il faut dire que les prin­­ci­­paux postes du gouver­­ne­­ment sont main­­te­­nant occu­­pés par des spécia­­listes du secteur.

Au départ, la tech initia­­tive d’Obama ne répon­­dait pas aux attentes du monde de la tech­­no­­lo­­gie. Mais depuis un an envi­­ron, peut-être depuis la débâcle de heal­­th­­care.gov, les choses ont pris de la vitesse : on a pu consta­­ter un grand nombre d’em­­bauches et des efforts réali­­sés pour que ce secteur soit davan­­tage mis en avant. Pourquoi la renais­­sance tech­­no­­lo­­gique du gouver­­ne­­ment améri­­cain a-t-elle lieu main­­te­­nant plutôt qu’en 2009 ?

ALEX MACGILLIVRAY : Il a d’abord fallu labou­­rer la terre avant de semer les graines. Déjà, il y a d’ex­­cel­­lents modèles ailleurs qu’aux États-Unis, comme l’Es­­to­­nie et le Royaume-Uni, dont nous pouvons nous inspi­­rer. Ensuite, nous pouvons remer­­cier Mikey Dicker­­son, qui préside le United States Digi­­tal Service (le service numé­­rique améri­­cain) ; il est là depuis un moment et sait comment faire avan­­cer les projets au sein du gouver­­ne­­ment. Car à son arri­­vée, ce n’était pas comme si les cieux s’étaient ouverts au son du chant des anges ; il a fallu travailler dur. Mais les choses se font de plus en plus faci­­le­­ment à présent.

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Le logo du service, en émoti­­cônes
Crédits : United States Digi­­tal Service

MS : Le Président était ouvert à la tech­­no­­lo­­gie. Et le site heal­­th­­care.gov est arrivé, cette grande poli­­tique a obtenu l’ap­­pro­­ba­­tion du Congrès. C’est un brillant modèle commer­­cial, ça en a tous les atouts… comment imagi­­ner qu’un site Inter­­net vien­­drait tout gâcher ? Même lorsqu’il était de nouveau fonc­­tion­­nel, il fallait quand même cliquer sur 70 pages pour en faire le tour et termi­­ner l’ins­­crip­­tion. Si vous deviez passer par 70 pages pour ache­­ter un article sur Amazon, est-ce que vous y achè­­te­­riez quoi que ce soit ? L’équipe char­­gée du projet s’est empres­­sée de corri­­ger ça. Le Président a alors été témoin de ce qu’il n’avait jamais vu jusqu’ici. Il connais­­sait les infor­­ma­­ti­­ciens, ils lui étaient fami­­liers puisqu’ils avaient parti­­cipé à sa campagne, mais il n’avait jamais véri­­ta­­ble­­ment assisté aux coulisses du métier. Aussi, le fait de les voir debout toute la jour­­née à faire leur job a dû être révé­­la­­teur ; il a dû se dire : « OK, on a besoin de ces gens, il faut chan­­ger les choses. »

J’ai­­me­­rais vous deman­­der, à chacun d’entre vous, si accep­­ter ce job a été une déci­­sion diffi­­cile à prendre ?

AM : Ça tombait sous le sens pour moi. Je pense qu’il ne nous a fallu que quelques heures à chacun pour nous déci­­der. MS : J’ai d’abord reçu cet e-mail de Todd Park. Au début, je me disais : « Quoi ? Démé­­na­­ger à Washing­­ton ? » Mais quand il m’a décrit le boulot, ça m’a paru être une oppor­­tu­­nité incroyable.

Qu’est-ce que ce travail avait de si incroyable ?

« C’est un envi­­ron­­ne­­ment collé­­gial, très diffé­rent de celui de l’en­­tre­­prise. » — Megan Smith

MS : Cette capa­­cité que j’ai désor­­mais d’être réel­­le­­ment utile aux Améri­­cains. Je réalise à présent qu’il y a deux pratiques que nous devrions mettre en place. D’abord, être présents où se trouvent nos semblables, comme au MIT ou dans la Sili­­con Valley, car on peut très vite progres­­ser dans ce genre d’en­­droits et accom­­plir des choses extra­­or­­di­­naires. Ensuite, nous rendre là où les infor­­ma­­ti­­ciens se font rares. Dans ces endroits, les gens sont incroya­­ble­­ment entre­­pre­­nants et portés par leur mission, très talen­­tueux. À Washing­­ton par exemple. Ils sont très bons en écono­­mie, pour écrire des discours, et vrai­­ment bluf­­fants dans le domaine légis­­la­­tif. Mais ils ne sont pas aussi tech­­niques que nous. Il manque litté­­ra­­le­­ment un siège pour un infor­­ma­­ti­­cien autour de la table, et nous devons l’ajou­­ter. Nous devons égale­­ment nous montrer. Il nous faut aller et venir au sein du gouver­­ne­­ment pour être aussi effi­­caces que possible.

Vous dites que les gens à Washing­­ton sont entre­­pre­­nants ? Je les vois ambi­­tieux, mais pas néces­­sai­­re­­ment entre­­pre­­nants, parti­­cu­­liè­­re­­ment en termes de prise de risques.

MS : Je ne sais pas, je les ai pas trou­­vés comme ça. Je pense que le fait de travailler dans le domaine légal relève de l’en­­tre­­pre­­neu­­riat, d’une certaine façon. On trouve parfois des personnes fabu­­leuses même parmi les tech­­ni­­ciens. Il y avait ce groupe d’in­­for­­ma­­ti­­ciens à l’Ad­­mi­­nis­­tra­­tion de la sécu­­rité sociale qui voulait être dans le cloud, ils sont donc allés cher­­cher des ordi­­na­­teurs non utili­­sés, ont créé leur propre base sur Hadoop et ont commencé à se construire là-dessus. Pour moi, ce sont des gens entre­­pre­­nants. AM : Dans ce milieu, il n’y a pas de conflits en rapport avec la moti­­va­­tion. Il n’y a pas besoin de possé­­der un serveur publi­­ci­­taire pour fonc­­tion­­ner. Vous avez un but à atteindre et vous travaillez pour l’at­­teindre.

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Barack Obama s’ap­­prête à répondre à ses conci­­toyens
Crédits : @POTUS/Twit­­ter

Vous avez tous deux travaillé pour des entre­­prises qui ont parfois été en désac­­cord avec le gouver­­ne­­ment – notam­­ment vous, Alex. Comment gérez-vous cela ?

AM : Quand je suis arrivé à Washing­­ton, j’ai été surpris par le fait que les gens étaient très prompts à venir me parler. En tant qu’a­­vo­­cat, j’aime débattre et essayer de parve­­nir à la meilleure solu­­tion. MS : J’avais pu voir le MIT sous cet angle lorsque je siégeais à son conseil. Que ce soit au CEA (Coun­­cil of Econo­­mic Advi­­sers), au Conseil de sécu­­rité natio­­nale ou au sein de l’équipe entou­­rant le CTO, on se trouve à tenir des conver­­sa­­tions qui ressemblent fort aux discus­­sions qu’on a lorsqu’on monte un projet étudiant. On peut être d’ac­­cord ou non, c’est très collé­­gial. C’est un envi­­ron­­ne­­ment très diffé­rent de celui de l’en­­tre­­prise.

QT

Megan, vos deux prédé­­ces­­seurs au poste de CTO avaient chacun leur agenda, des projets qu’ils tenaient parti­­cu­­liè­­re­­ment à accom­­plir lorsqu’ils étaient en poste. Quels sont les vôtres ?

MS : Je me concentre vrai­­ment sur trois choses. D’abord, nous avons fait du QT (quotient tech­­no­­lo­­gique) une poli­­tique prio­­ri­­taire, on utilise le terme comme on utilise QI et QE. Le but est de nous assu­­rer que des tech­­ni­­ciens siègent au Conseil, qu’ils parti­­cipent à tous les sujets, depuis le fait de devoir faire place nette au gratin améri­­cain de l’in­­no­­va­­tion jusqu’aux discus­­sions autour de l’en­­cryp­­tage, de la neutra­­lité du Net ou de la réforme des brevets.

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Le logo du service numé­­rique du gouver­­ne­­ment améri­­cain

Quand vous parlez d’avoir des personnes à fort QT autour de la table, vous sous-enten­­dez des personnes qui sont effec­­ti­­ve­­ment des infor­­ma­­ti­­ciens ? Des geeks ?

MS : Oui.

Ou bien vous parlez d’aug­­men­­ter le QT des Améri­­cains ?

AM : Mille fois oui ! Nous avons beau­­coup de personnes intel­­li­­gentes ici, qui s’y connaissent en tech­­no­­lo­­gie. S’as­­su­­rer qu’elles aient un siège à la table du Conseil plutôt qu’un siège face au mur est extrê­­me­­ment impor­­tant.

Comment entre-t-on au Conseil ?

MS : En faisant ce qu’on attend de vous. Si vous vous présen­­tez à la réunion et y appor­­tez un avan­­tage, on vous deman­­dera de reve­­nir.

Donnez-moi un exemple d’une fois où vous avez changé la compo­­si­­tion du groupe présent autour de la table.

AM : La Police Data Initia­­tive. C’est un modèle complè­­te­­ment entre­­pre­­neu­­rial : un groupe de personnes réunies parce qu’elles voient une oppor­­tu­­nité de colla­­bo­­rer et de résoudre un problème en parti­­cu­­lier. MS : Tout est parti de l’idée de réunir les bonnes personnes. Nous avons convoqué ce groupe et dit : « OK, qu’est-ce qu’on peut faire ensuite ? » Et ils étaient là : « J’ai une idée, j’ai une idée ! » Comme dans la Sili­­con Valley, on cherche toujours celui qui a une solu­­tion. Les venture capi­­ta­­lists ne se disent pas : « Oh, tiens, je pense que je vais créer Twit­­ter aujourd’­­hui. » Une personne a l’idée. Sur notre planè­­ten il y a toujours quelqu’un qui a une solu­­tion pour quasi­­ment tous les problèmes, il nous suffit de le ou la trou­­ver. Dans ce cas en parti­­cu­­lier, nos collègues connais­­saient des indi­­vi­­dus créa­­tifs.

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La page d’ac­­cueil de Heal­­thCare.gov, reje­­ton de l’Obama­­care
Crédits : Heal­­thCare.gov

OK, quelle est la deuxième de vos prio­­ri­­tés ?

MS : Le gouver­­ne­­ment numé­­rique. Mikey et Haley de l’équipe des services numé­­riques améri­­cains sont nos éléments-clés dans cette entre­­prise. De mon point de vue, nous sommes comme leurs membres du conseil, ou leurs équi­­piers. Ils fonc­­tionnent comme une start-up, ils recrutent leur équipe, ils se déve­­loppent. Ils disposent de vingt millions de dollars four­­nis par le Congrès, ce qui leur permet de travailler sur une dizaine de projets très spéci­­fiques, c’est une très bonne chose.

D’ac­­cord ; et le troi­­sième dessein sur lequel vous travaillez ?

MS : Il s’agit d’une idée que j’ai ressen­­tie comme étant très impor­­tante, et le Président l’a approu­­vée. Je l’ap­­pelle Inno­­va­­tion Nation. Comment propose-t-on à davan­­tage de citoyens améri­­cains de vivre le type d’ex­­pé­­riences que nous vivons en tant qu’in­­for­­ma­­ti­­ciens ? En éveillant la jeunesse aux STEM (« Science, tech­­no­­lo­­gie, ingé­­nie­­rie et mathé­­ma­­tiques ») de façon ludique, comme avec les expos­­ciences et surtout la robo­­tique et la décou­­verte. Le Président a bien travaillé à augmen­­ter le taux d’ob­­ten­­tion du diplôme de fin d’études du lycée, mais nous devons vrai­­ment résoudre ce problème et enga­­ger nos enfants dans l’éco­­no­­mie du XXIe siècle. Nous faisons donc beau­­coup de choses. En partie sur la main-d’œuvre s’y rappor­­tant comme TechHire. L’avan­­tage des jobs tech­­niques est qu’ils rapportent 50 % de plus que le salaire moyen des Améri­­cains. Nous essayons de convaincre ceux qui pensent qu’ils n’ont pas besoin d’y songer que ce serait une bonne chose. Notam­­ment les mino­­ri­­tés, qui sont dans un état critique. Nous avons donné tout récem­­ment un cours dans la Sili­­con Valley sur la promo­­tion et la réten­­tion des femmes et des personnes appar­­te­­nant à des mino­­ri­­tés ethniques. A égale­­ment été abor­­dée la ques­­tion de comment mieux travailler au sein de la commu­­nauté du capi­­tal-risque, car seule­­ment 3 % de l’argent est versé aux femmes, et moins d’1 % aux personnes issues de mino­­ri­­tés ethniques. Quelle est la solu­­tion ?

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L’équipe au travail
Crédits : United States Digi­­tal Service

Que pouvez-vous faire ? L’in­­ti­­mi­­da­­tion est-elle votre arme prin­­ci­­pale ?

MS : Pas tant l’in­­ti­­mi­­da­­tion, plutôt des arran­­ge­­ments. Il faut que nous soyons capables d’en commu­­niquer l’im­­por­­tance, mais égale­­ment de réunir des personnes qui ont les solu­­tions et de les avoir toutes sur la même longueur d’onde.

Vrai­­ment ? Que peut-on faire pour avoir davan­­tage de femmes asso­­ciées dans les socié­­tés d’in­­ves­­tis­­se­­ment ?

MS : On peut faire beau­­coup. Les gens qui financent des start-ups doivent trou­­ver des femmes et des personnes issues de mino­­ri­­tés ethniques, ils doivent se montrer ouverts à leurs idées, et revoir leurs préju­­gés incons­­cients. Nous en avons tous. Nous étudions donc la science des préju­­gés incons­­cients et tentons de trou­­ver le moyen de les atté­­nuer. AM : Un des nombreux super-pouvoirs de Megan est sa capa­­cité à non seule­­ment connaître des personnes ayant travaillé dans tous les domaines que vous pouvez imagi­­ner, mais aussi à réunir ces personnes et les lancer dans une conver­­sa­­tion qui surpasse notre impli­­ca­­tion et qui parvient à faire avan­­cer les situa­­tions. Et il y a encore une centaine d’autres choses. Le Président peut réunir des personnes au Bureau ovale, c’est une bonne chose, et il possède le compte Twit­­ter @Potus, pas vrai ? Il peut faire beau­­coup juste avec ce compte.

Est-ce que le Président a parlé à certaines de ces compa­­gnies en parti­­cu­­lier, à ce propos ?

MS : C’est un sujet récur­rent dans ses allées et venues entre la Valley et Los Angeles : rappe­­ler l’im­­por­­tance d’im­­pliquer davan­­tage de monde dans ce domaine. Nous avons égale­­ment orga­­nisé le premier meetup tech­­no­­lo­­gique ici, à la Maison-Blanche, réunis­­sant les cinquante plus grands orga­­ni­­sa­­teurs de meetups venus de quarante États – qui ont été géniaux –, ainsi que des personnes voulant s’in­­sé­­rer dans le monde du travail.

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Un dossier impor­­tant
Crédits : United States Digi­­tal Service

Avez-vous donné des conseils par rapport à l’amé­­lio­­ra­­tion de la sécu­­rité du gouver­­ne­­ment ? Je pense notam­­ment au pira­­tage massif des infor­­ma­­tions gouver­­ne­­men­­tales.

AM : Il y a eu telle­­ment de gros inci­­dents média­­ti­­sés, le plus récent étant celui de la Hacking Team. Le problème n’est pas seule­­ment le gouver­­ne­­ment. Tout le monde a besoin d’être mieux accom­­pa­­gné, d’être capable de faire le meilleur choix quant à sa sécu­­rité. L’enjeu n’est pas seule­­ment de savoir comment nous pouvons amélio­­rer le gouver­­ne­­ment ou de faire rentrer les meilleurs experts en sécu­­rité au gouver­­ne­­ment, mais égale­­ment de saisir ce que nous pouvons faire au niveau fédé­­ral qui amélio­­re­­rait la sécu­­rité en ligne. C’est un problème épineux.

N’êtes-vous pas limi­­tés par les impasses auxquelles abou­­tissent fréquem­­ment les votes du Congrès ?

MS : Non. AM : Les trois branches du gouver­­ne­­ment agissent comme des freins les unes sur les autres. Il y a des équi­­tés diffé­­rentes au sein même de la Maison-Blanche. Donc on se dit : « OK, que puis-je faire qui aura un quel­­conque impact, et comment est-ce que je le mets en œuvre ? » Avec ce Président, ça a parfois été des ordres très effi­­caces de l’exé­­cu­­tif, d’autres fois des lettres adres­­sées à la FFC (Fede­­ral Commu­­ni­­ca­­tions Commis­­sion). Rien n’est limité par ce qui est supposé se passer dans une jour­­née normale au Congrès. Il y a plein de possi­­bi­­li­­tés. MS : C’est un mélange de colla­­bo­­ra­­tion avec le Congrès, et égale­­ment de déci­­sions qui émanent du pouvoir exécu­­tif. On fait fonc­­tion­­ner le pays. Voici un exemple : À Pine Ridge, dans le Dakota du Sud – j’en viens –, l’es­­pé­­rance de vie est de 48 ans. 30 % de la popu­­la­­tion obtient son diplôme à la sortie du lycée. 70 % de taux de chômage. Ça n’al­­lait pas. Nous nous y sommes rendus, et il s’est trouvé que nous pouvions être utiles en tant qu’é­quipe du CTO. Par exemple, il y avait moins de 10 % de connec­­ti­­vité Inter­­net là-bas. Donc en ajou­­tant un peu de QT, on a pu orga­­ni­­ser une réunion avec les opéra­­teurs télé­­pho­­niques de Pine Ridge et décou­­vrir qu’en réalité, la ville était équi­­pée de la fibre. Les écoles sont faites de telle sorte qu’elles ne commu­­niquent pas avec untel, ou bien c’est le service de la santé qui ne s’adresse pas aux bonnes personnes. Mais nous pouvons répa­­rer ce genre de dysfonc­­tion­­ne­­ments. Il suffi­­sait de faire inter­­­ve­­nir un ingé­­nieur en connec­­ti­­vité, qui s’est porté volon­­taire pour nous accom­­pa­­gner, afin de comprendre comment résoudre ce problème de façon claire. La plupart des plus grands problèmes des États-Unis peuvent être réso­­lus en travaillant ensemble.

Crypto Wars

Alex, parlons de la poli­­tique de cryp­­tage. Certaines personnes au gouver­­ne­­ment débattent à propos d’une certaine auto­­rité de séquestre. Quelles sont vos recom­­man­­da­­tions à ce sujet ?

« Il y a des diri­­geants dans la pièce, mais aussi des citoyens améri­­cains avec lesquels nous pouvons échan­­ger. » — Megan Smith

AM : Le Président a dit que nous étions en plein dans le proces­­sus déci­­sion­­nel, je n’en parle­­rai donc pas. Le fait de garan­­tir la mise en appli­­ca­­tion d’une loi donnant accès à des infor­­ma­­tions est un problème compliqué à une époque où l’en­­cryp­­tage est courant.

Étant donné que vous avez travaillé pour Google et Twit­­ter, je suppose que vous y abor­­diez déjà ce genre de problèmes et que vous en êtes arrivé à certaines conclu­­sions. À présent que vous faites partie du gouver­­ne­­ment, avez-vous recon­­si­­déré ces conclu­­sions ?

AM : On est recruté pour un travail comme celui-ci au gouver­­ne­­ment pour sa carrière : aussi bien pour ce qu’on a déjà accom­­pli que pour ce qu’on pourra appor­­ter. Mais en plus, on obtient bon nombre de nouvelles infor­­ma­­tions inté­­res­­santes. On entend d’autres argu­­ments. Un exer­­cice qui m’amuse est de comp­­ter combien des choses que je pensais être vraies le sont effec­­ti­­ve­­ment. Et suppo­­sant qu’on a toujours le même point de vue qu’on avait au début de sa carrière, on peut envi­­sa­­ger la façon dont on arri­­vera à rallier les équi­­tés présentes autour de la table à sa manière de voir les choses. Ou bien comment faire pour accep­­ter le fait que leur façon de penser est peut-être la bonne.

Durant les crypto wars (guerres de la cryp­­to­­gra­­phie) des années 1990, le gouver­­ne­­ment rédui­­sait souvent son argu­­men­­taire à : « Si vous saviez ce que nous savons, vous chan­­ge­­riez d’avis. » Main­­te­­nant que vous faites partie du gouver­­ne­­ment, savez-vous ce que le gouver­­ne­­ment sait ?

MS : Oui. On apprend à le savoir. Un des buts des réunions est de recueillir les diffé­­rents points de vue autour de la table et d’avoir une discus­­sion globale. Il y a des diri­­geants dans la pièce, mais aussi des citoyens améri­­cains avec lesquels nous pouvons échan­­ger et dont nous pouvons prendre en compte le point de vue. Pendant le débat sur la neutra­­lité du Net, c’était génial d’avoir quatre millions de personnes dont la voix pesait dans la FCC. Un des points essen­­tiels pour nous est de faire en sorte d’avoir les meilleures pers­­pec­­tives tech­­niques pour l’en­­semble des idées, et de ne pas les lais­­ser de côté.

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Barack Obama et Megan Smith
Crédits : @POTUS/Twit­­ter

En parlant de neutra­­lité du Net, en novembre dernier, le Président a fait une décla­­ra­­tion poignante en faveur de celle-ci à la FCC. Il ne s’était jamais exprimé en faveur de la neutra­­lité du Net aupa­­ra­­vant…

MS : Si, en tant que candi­­dat.

Mais cette décla­­ra­­tion a témoi­­gné d’un soutien plus actif de sa part. Y êtes-vous pour quelque chose ?

MS : Le Président a toujours été plutôt favo­­rable à cette idée, et ce depuis sa campagne élec­­to­­rale ; il la compre­­nait et avait pris de son temps pour la comprendre. Nous y avons contri­­bué. Le but était de nous assu­­rer, une fois encore, que notre connais­­sance de la tech­­no­­lo­­gie était prise en compte, aux côtés de nos équi­­piers de l’éco­­no­­mie et de la légis­­la­­tion.

Mais à partir de novembre, il a semblé plus caté­­go­­rique sur le sujet. Y avait-il un message spéci­­fique dans vos expli­­ca­­tions tech­­niques, quant au fonc­­tion­­ne­­ment de l’en­­cryp­­tage, qui aurait fourni de nouvelles pièces du puzzle au Président ?

AM : C’est un homme intel­­li­gent, et bien conseillé. Il n’y a personne qui puisse le faire chan­­ger d’avis, si ce n’est lui. Si vous voulez mon avis, nous aurions très bien pu ne pas nous montrer pendant trois mois que nous aurions abouti au même résul­­tat.

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« La Coali­­tion numé­­rique existe pour… bâtir un meilleur gouver­­ne­­ment par le peuple et pour le peuple. Aujourd’­­hui. »
Crédits : @AMacOSTP/Twit­­ter

MS : Je pense que nous avons apporté beau­­coup de pers­­pec­­tives archi­­tec­­tu­­rales, du point de vue tech­­nique, sur le fonc­­tion­­ne­­ment d’In­­ter­­net.

L’un et l’autre, qu’est-ce qui vous manque le plus dans le fait de ne plus travailler dans la Sili­­con Valley ?

AM : À l’ins­­tant, il se trouve que j’ai faim, donc la première chose qui me vient à l’es­­prit serait le restau­­rant Taque­­ria Cancun sur Valen­­cia Street. MS : J’avais des collègues brillants là-bas, mais j’ap­­pré­­cie vrai­­ment mon équipe actuelle, car c’est l’équipe la plus hété­­ro­­clite avec laquelle j’ai jamais travaillé. Main­­te­­nant, quand je retourne dans le monde de la tech­­no­­lo­­gie, je suis vrai­­ment choquée. Vous ne réali­­sez pas à quel point c’est uniforme jusqu’à ce que vous vous retrou­­viez dans une commu­­nauté d’in­­no­­va­­tion améri­­caine normale, diver­­si­­fiée, comme l’est l’équipe du Président. Et quand vous y retour­­nez, vous êtes juste émer­­veillée. Vous vous dites : « Cette indus­­trie est vrai­­ment géniale, et pour­­tant nous passons à côté de tous ces gens talen­­tueux… » Mais on les ramène ici.


Traduit de l’an­­glais par Marie Le Breton d’après l’ar­­ticle « The White House’s Alpha Geeks », paru dans Back­­chan­­nel. Couver­­ture : La Maison-Blanche.

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