par Vegas Tenold | 11 avril 2016

LISEZ LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE ICI

Obama et les drones

Entre janvier et février cette année, selon le Bureau of Inves­­ti­­ga­­tive Jour­­na­­lism, le Pakis­­tan a subi une frappe de drone qui a fait cinq morts, le Yémen en a subi quatre et l’Af­­gha­­nis­­tan plus de cinquante. L’Air Force et la CIA ont égale­­ment exécuté des missions en Syrie et en Irak, diri­­gées contre l’État isla­­mique. Obama, avec près de cinq fois plus de frappes de drones sous sa prési­­dence que sous n’im­­porte quelle admi­­nis­­tra­­tion précé­­dente, ne prévoit pas de chan­­ger de stra­­té­­gie. Seul un petit nombre des candi­­dats prin­­ci­­paux à l’élec­­tion prési­­den­­tielle semble s’in­­té­­res­­ser au fait de réduire leur nombre. L’an­­cienne secré­­taire d’État Hillary Clin­­ton tient les assas­­si­­nats ciblés pour être l’une des stra­­té­­gies les plus effi­­caces en matière de contre-terro­­risme. Ted Cruz et Marco Rubio ont exprimé des inquié­­tudes à l’idée de tuer des citoyens améri­­cains, mais leur souci prin­­ci­­pal semble d’être de perdre l’op­­por­­tu­­nité avec les drones d’in­­ter­­ro­­ger des terro­­ristes présu­­més. Jeb Bush voulait étendre leur utili­­sa­­tion. Carson aurait voulu déployer des drones armés à la fron­­tière entre le Mexique et les États-Unis. Et Trump, qui comme toujours prend soin de ne pas entrer dans les détails, a seule­­ment promis une campagne massive de bombar­­de­­ments en Syrie et ailleurs. Il n’y a que Bernie Sanders qui a exprimé des doutes à propos du programme. Dans une inter­­­view sur ABC, il a reconnu que les frappes de drones présen­­taient certains avan­­tages stra­­té­­giques, avant d’ajou­­ter : « À certaines occa­­sions, ils se sont montrés abso­­lu­­ment contre-produc­­tifs et ont causé plus de problèmes qu’ils n’en ont résolu. Lorsqu’on tue des inno­­cents, les gens de la région deviennent anti-Améri­­cains alors qu’ils ne l’au­­raient pas été autre­­ment. »


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Un drone Reaper tire un missile Hell­­fire
Crédits : US Air Force

Il faut souli­­gner que les drones ont tué beau­­coup plus de combat­­tants que de civils – et sauvé les vies d’un nombre incal­­cu­­lable de soldats améri­­cains. À l’au­­tomne dernier, Jihadi John, le membre de l’État isla­­mique connu pour avoir déca­­pité des otages dans des vidéos postées sur YouTube, a été tué dans une frappe de drone. Les drones ont égale­­ment joué un rôle de surveillance majeur dans la décou­­verte de la planque d’Ab­­bot­­ta­­bad où la Team Six des SEAL a abattu Oussama ben Laden au terme d’une traque de longue haleine. Et les chiffes montrent que la CIA évite de plus en plus les victimes colla­­té­­rales, surtout comparé à des opéra­­tions au sol comme Sharp Cutting Strike, la tenta­­tive de l’ar­­mée pakis­­ta­­naise de débar­­ras­­ser le pays du terro­­risme qui a fina­­le­­ment conduit au dépla­­ce­­ment de plus d’un million de ses conci­­toyens. « Rappe­­lez-vous que les terro­­ristes que nous pour­­chas­­sons prennent pour cible des civils, et que le nombre de victimes liées à leurs actes de terro­­risme contre les musul­­mans excèdent de loin toutes les esti­­ma­­tions de pertes civiles liées au frappes de drones », a déclaré Obama dans un discours en 2013. « C’est pourquoi ne rien faire n’est pas une option. » Mais la plupart des critiques ne visent pas les drones à propre­­ment parler, elles s’at­­taquent à la fréquence des attaques et aux nombreuses erreurs commises qui sapent le programme.

Durant la guerre du Viet­­nam, Wilker­­son a passé 1 000 heures à voler à basse alti­­tude dans la cano­­pée dans un petit héli­­co­­ptère d’ob­­ser­­va­­tion. Il a su qu’il avait trouvé quelque chose seule­­ment quand on a commencé à lui tirer dessus à travers les arbres. Voilà à quoi ressem­­blait la surveillance aérienne avant que les drones ne soient opéra­­tion­­nels. Mais même s’il recon­­naît les béné­­fices tactiques des aéro­­nefs sans pilote – son propre fils est opéra­­teur de drone –, il voit d’un mauvais œil l’im­­por­­tance qu’ils ont prise en deve­­nant un élément central de la tactique de guerre améri­­caine. « J’ai été parti­­cu­­liè­­re­­ment trou­­blé quand j’ai vu Obama tripler l’usage des drones armés car il était réti­cent à expo­­ser ses troupes », explique-t-il. « Cela a fait dimi­­nuer la conscience dans l’es­­prit des Améri­­cains que nous conti­­nuons à tuer des gens. »

Hell­­fire

En 2007, Bryant et Haas ont tous deux été trans­­fé­­rés à la base de l’ar­­mée de l’air de Nellis, en péri­­phé­­rie de Las Vegas. Durant l’une des premières missions de Bryant là-bas, un convoi de l’ar­­mée qu’il obser­­vait sur une route déserte de la campagne irakienne est passé sur un EEI. Bryant a assisté impuis­­sant à la mort de trois Améri­­cains, qui se sont vidés de leur sang. « Ça m’a donné envie de tuer », dit-il. « Je me rappelle encore cette fureur. »

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Une frappe de drone
Crédits : US Air Force

Il a eu sa chance quelques semaines plus tard. Sur l’écran, trois insur­­gés s’ap­­prê­­taient à venir renfor­­cer les rangs de soldats tali­­bans, au cours d’une fusillade avec des troupes améri­­caines. Bryant a placé le laser entre les deux hommes de devant et celui de derrière. L’opé­­ra­­teur de capteur n’est pas celui qui lance le missile – c’est le boulot du pilote –, mais le missile ne peut quit­­ter le rail si l’opé­­ra­­teur de capteur ne main­­tient pas le fais­­ceau laser. Bran­­don a pressé la détente jusqu’à ce que ses join­­tures deviennent blanches. Un missile Hell­­fire fran­­chit le mur du son presque immé­­dia­­te­­ment après son lance­­ment, et le bang sonique peut être entendu au sol avant l’im­­pact. Bryant a vu l’homme de derrière tenter d’at­­ti­­rer l’at­­ten­­tion des deux autres, avant que le missile ne touche sa cible. « L’écran infra­­rouge est devenu noir à cause de la chaleur de l’ex­­plo­­sion », dit Bryant. « Quand ça a refroidi, tout ce qu’il restait des deux hommes de devant était un cratère fumant. Le type à l’ar­­rière était étendu par terre. J’avais fait explo­­ser ses jambes et on pouvait bien voir le sang chaud s’écou­­ler sur la terre froide. Je l’ai regardé se vider de son sang sur la caméra-IR jusqu’à ce que son corps refroi­­disse et qu’il devienne de la même couleur que le sol sur lequel il était mort. »

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La caméra infra­­rouge d’un drone
Crédits : SPI

C’était la première fois que Bryant tuait, mais il y en aurait d’autres. Un jour, il a tué un petit groupe d’in­­sur­­gés présu­­més et leur chameau pendant qu’ils dormaient. Après, il est allé se réfu­­gier dans sa voiture et il a pleuré. Haas n’a eu à tirer qu’une fois, mais il se souvient d’autres membres de son esca­­dron qui effec­­tuaient des tirs problé­­ma­­tiques. Il se rappelle avoir regardé la vidéo d’un collègue lançant un missile Hell­­fire sur un combat­­tant blessé, le tuant alors qu’il se traî­­nait au sol. Un mois durant, on a chargé Lewis de surveiller un homme dont le fils avait été tué dans une frappe de la CIA. « Je n’avais aucune idée de qui c’était », dit Lewis. « Je sais juste qu’il était gros, chauve et qu’il boitait en marchant. » L’homme passait presque tout son temps à la maison avec sa femme et ses deux filles, ou à traî­­ner dans le coin avec des voisins. « C’était quelqu’un d’ap­­pré­­cié, ça sautait aux yeux », dit Lewis. « C’était un type très popu­­laire. »

Le premier vendredi de chaque mois, après les prières de la mi-jour­­née, l’homme prenait sa moby­­lette pour aller se recueillir sur la tombe de son fils. Durant une visite au cime­­tière, on a demandé à Lewis de confir­­mer l’iden­­tité de la cible. Le missile a frappé alors que l’homme rentrait chez lui. « Ses jambes ont pris feu », raconte Lewis. « Il s’est retourné et à ce moment-là le second missile l’a frappé en plein visage. » Pour­­tant, des milliers d’heures que passe un opéra­­teur de drone dans son poste de contrôle, très peu d’entre elles sont ciné­­tiques – le jargon mili­­taire pour parler du combat. « On passe un temps fou à regar­­der des bâti­­ments tour­­noyer sur un écran », dit Haas. « Assez pour deve­­nir dingue. » La plupart des opéra­­teurs trouvent des moyens de lutter contre l’en­­nui. Haas et son pilotes s’étaient inven­­tés des jeux de bataille sur des fichiers Excel. Et souvent, ils dormaient dans leurs chaises. Bryant, qui avait perdu le sommeil à cause de ses cauche­­mars, a décou­­vert que le poste de contrôle était l’un des rares endroits où il parve­­nait à dormir paisi­­ble­­ment. Une fois, durant un service de deux semaines consé­­cu­­tives, il a lu une douzaine de livres de la saga des Dossiers Dres­­den. Parfois, pour finir leur service plus tôt, les opéra­­teurs prenaient les choses en main. Haas et Bryant faisaient tour­­ner la caméra sur elle-même jusqu’à ce qu’elle se bloque. « Si on la faisait pivo­­ter de plus de 120°, de sorte que l’image se retrou­­vait de haut en bas, ça foutait en l’air le support », explique Bryant. « Je faisais ça dès que je pouvais. »

D’autres opéra­­teurs avaient compris que les drones consom­­maient davan­­tage d’es­­sence – et donc retour­­naient plus vite à la base – avec le train d’at­­ter­­ris­­sage sorti. Mais tandis que certains opéra­­teurs commençaient à craquer sous la pres­­sion, à mener une guerre télé­­com­­man­­dée, d’autres semblaient savou­­rer le travail. « Il y a un type que j’ai connu qui s’est fait tatouer un missile Hell­­fire sur les côtes pour chaque tir qu’il a effec­­tué », dit Bryant. « Un autre s’est fait tatouer le mot “Infi­­dèle” autour du cou. Il y avait vrai­­ment des psycho­­pathes dans le programme, qui ne voulaient rien d’autre que tuer des gens au sol. À chaque fois que quelqu’un avait effec­­tué un tir qui avait tué des gens, il y avait des célé­­bra­­tions. Les gars se faisaient des high five et s’ap­­plau­­dis­­saient. C’était à gerber. »

Haas a fini par succom­­ber à son tour à l’état d’es­­prit qui permet­­tait à ses collègues de tuer de bon cœur.

L’un des aspects les plus bizarres du manie­­ment d’un drone est que vous vous trou­­vez, d’une certaine façon, à deux endroits en même temps. Tandis que vous passez la majeure partie de votre jour­­née à voler à 25 000 pieds au-dessus de l’Af­­gha­­nis­­tan, du Pakis­­tan, de la Soma­­lie, du Yémen ou de la Syrie, lorsque vous quit­­tez le poste de contrôle, vous vous retrou­­vez en plein désert à deux pas de Las Vegas. Vous pouvez dans la même jour­­née tuer des gens au sol en Afgha­­nis­­tan et aller ache­­ter du papier toilettes au super­­­mar­­ché du coin. Bryant passait la majeure partie de son temps libre à jouer à World of Warcraft. Haas buvait telle­­ment qu’il a reçu un coup de fil inquiet de ses parents, qui voyaient ses addi­­tions quoti­­diennes sur ses rele­­vés de compte mensuels. « Le job nous dépri­­mait », dit Haas. « Il y avait des limites au nombre d’heures durant lesquelles on pouvait voler sur une semaine et sur un mois, mais personne n’était tenu de s’y confor­­mer. Noël, Thanks­­gi­­ving, le 4 juillet, ça n’avait aucune impor­­tance pour nous puisqu’on se trou­­vait tech­­nique­­ment en zone de guerre. Tout le monde était crevé et en mauvaise forme à cause des plan­­nings, qui boule­­ver­­saient nos cycles de sommeil. »

Pour compen­­ser, Haas a adopté des moyens de plus en plus destruc­­teurs. « C’était une période de merde », dit-il. En plus de sa consom­­ma­­tion d’al­­cool, il snif­­fait des sels de bain avant, après et même parfois pendant son service. Il avait aussi décou­­vert que s’il buvait assez pendant son temps de repos, il était trop intoxiqué pour qu’on lui demande de venir travailler. « Je prenais beau­­coup de coke, de speed, ce genre de choses », raconte-t-il. « Tout le monde buvait. Je me rappelle qu’on avait surnommé l’al­­cool “de l’es­­sence pour drone” parce que c’est ce qui faisait tour­­ner le programme. Si les gradés étaient au courant, il n’en disaient rien. Mais je suis sûr qu’ils devaient savoir, c’était partout. » Haas a fini par succom­­ber à son tour à l’état d’es­­prit qui permet­­tait à ses collègues de tuer de bon cœur. « Il y a un senti­­ment de pouvoir immense qui découle du fait de regar­­der quelqu’un sans qu’il le sache, et de savoir qu’on pour­­rait le tuer à tout moment », dit-il. « On arrê­­tait de voir les personnes à l’écran comme des personnes. C’était impos­­sible, si on voulait rester sains d’es­­prit. Sur l’écran, c’était des points. Des four­­mis. Vous avez déjà marché sur une four­­mi­­lière sans vous poser de ques­­tions ? C’est à ça que ressem­­blait notre job. Les enfants, on disait que c’était des “terro­­ristes de taille rigo­­lote” ou des “graines de terro­­ristes”. On parlait d’ar­­ra­­cher les mauvaises herbes pour qu’elles ne repoussent pas. On parlait tous comme ça. Les gens disent que les drones dépos­­sède les gens qu’ils prennent pour cible de leur huma­­nité, mais ils nous prennent aussi la notre. Sérieu­­se­­ment, quel genre de personnes disent des conne­­ries pareilles ? »

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L’écran de contrôle d’un opéra­­teur
Crédits : US Air Force

Un cercle vicieux

Le gouver­­ne­­ment améri­­cain a trouvé une utilité aux drones pour la première fois sous la prési­­dence de Bill Clin­­ton, quand le direc­­teur de la CIA James Wool­­sey a entendu parler de deux frères de Cali­­for­­nie qui avaient trouvé le moyen d’en­­voyer dans le ciel un appa­­reil sans pilote. James et Linden Blue s’étaient essayés à plusieurs acti­­vi­­tés avant ça, de la culture du cacao au Nica­­ra­­gua à l’im­­mo­­bi­­lier, en passant par l’ex­­trac­­tion de ressources natu­­relles. Ils ont ensuite racheté l’en­­tre­­prise mili­­taire Gene­­ral Atomics en 1986. À l’époque, James voulait renver­­ser les révo­­lu­­tion­­naires sandi­­nistes en envoyant des avions sans pilote équi­­pés de GPS lors de missions kami­­kazes, mais il n’est pas parvenu à créer un proto­­type fonc­­tion­­nel. Quelques années plus tard, Gene­­ral Atomics a réussi à mettre au point deux proto­­types d’avions sans pilote – l’Am­­ber et le Gnat – d’après les plans de l’in­­gé­­nieur israé­­lien Abe Karem. Ils visaient à four­­nir une alter­­na­­tive aux avions espions tradi­­tion­­nels. C’est à ce moment-là que Wool­­sey les a contac­­tés, et les frères Blue ont commencé à four­­nir des drones espions au gouver­­ne­­ment améri­­cain. L’uti­­li­­sa­­tion des drones en tant qu’arme, pour leur part, est venue des années plus tard. « Dans les premiers temps de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Bush, on discu­­tait beau­­coup de savoir s’il fallait armer les drones ou non », raconte le colo­­nel en retraite Wilker­­son, qui était alors conseiller du secré­­taire d’État Colin Powell. « Les drones servaient jusque là au rensei­­gne­­ment, à la surveillance et à la recon­­nais­­sance, et nous nous deman­­dions si le fait de les armer serait mora­­le­­ment et léga­­le­­ment accep­­table. Ce sur quoi tout le monde s’en­­ten­­dait en revanche, c’est que la déci­­sion ne devait pas être prise à la légère, et que nous devions prendre le temps d’y réflé­­chir tous ensemble. »

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La chaîne de comman­­de­­ment du programme
Crédits : The Inter­­cept

Le Penta­­gone et la Maison-Blanche étaient essen­­tiel­­le­­ment contre, jusqu’à ce qu’un drone soit parvenu à loca­­li­­ser Oussama ben Laden en Afgha­­nis­­tan à l’été 2001. « À ce moment-là, beau­­coup de gens se sont dits : “Okay, on sait où il est. Armons ce machin et allons le buter” », dit Wilker­­son. « Mais nous avons loupé le coche et il s’est enfui. Ça a plus ou moins remis la discus­­sion sur la table. Ensuite, bien sûr, il y a eu le 11 septembre et tout a changé en quelques heures. Soudai­­ne­­ment, tout le monde voulait les armer et les contrô­­ler. La CIA les avait, et l’Air Force en voulait. Il n’y avait plus de tergi­­ver­­sa­­tions. » Quinze ans plus tard, les frappes de drones sont une pratique commune. L’an­­née dernière, le site The Inter­­cept a publié des docu­­ments confi­­den­­tiels détaillant la chaîne de comman­­de­­ment actuelle : le Joint Special Opera­­tions Command (JSOC) repère une cible ; le CENTCOM ou l’AFRICOM – tout dépend du centre de comman­­de­­ment en charge de la région – trans­­met l’in­­for­­ma­­tion au chef d’état-major ; et le secré­­taire de la Défense met sur le coup un groupe consti­­tué de membres de son cabi­­net et des direc­­teurs de la NSA et de la CIA, appelé le Comité des direc­­teurs.

Enfin, une recom­­man­­da­­tion est portée à l’at­­ten­­tion du président, qui accorde ou non la permis­­sion de frap­­per la cible. Mais d’après les docu­­ments, le président n’a pas à approu­­ver chacune des frappes. Cela donne au JSOC et à ses opéra­­teurs de drones jusqu’à deux mois pour s’y reprendre autant de fois que néces­­saires afin d’éli­­mi­­ner un suspect. Mais même si les ordres remontent tout en haut, les problèmes persistent dans les rangs de l’Air Force. D’après un memo prove­­nant de hauts respon­­sables mili­­taires acquis par le Daily Beast l’an­­née dernière, l’écou­­le­­ment du person­­nel – le nombre d’opé­­ra­­teurs de drones qui aban­­donnent l’Air Force – est une sérieuse menace pour le programme. Au début de l’an­­née dernière, le géné­­ral Mark A. Welsh III, chef du person­­nel de l’Air Force, a déclaré qu’ils perdaient 240 opéra­­teurs par an, contre 180 nouvelles recrues. « Nous étions à un point de rupture », dit Benja­­min Newel, respon­­sable des affaires publiques du comman­­de­­ment du combat aérien. « Pour dispo­­ser d’as­­sez de person­­nel, on est entrés dans un cercle vicieux en sortant les nouvelles recrues des écoles pour les ajou­­ter direc­­te­­ment aux opéra­­tions. »

~

En septembre de l’an­­née dernière, l’Air Force a insti­­tué un nouveau programme baptisé CPIP – Programme d’amé­­lio­­ra­­tion du proces­­sus et de la culture – dans une tenta­­tive d’apai­­ser un peu le stress et la colère ressen­­tis par le person­­nel du programme. Le programme se résume en gros à une gigan­­tesque boîte à idées. D’après l’état-major de l’Air Force, les chan­­ge­­ments dus au CPIP incluent notam­­ment la réduc­­tion du nombre de missions. L’Air Force a égale­­ment commencé à offrir aux opéra­­teurs de drones des salaires à six chiffres. Mais aucun de ces chan­­ge­­ments ne semble avoir stoppé l’écou­­le­­ment. « Les derniers chiffres de réten­­tion d’ef­­fec­­tifs que j’ai vu pour l’an­­née 2015 sont à peu près les mêmes qu’a­­vant », dit Newell. « Peut-être même légè­­re­­ment pires. » Le 18 novembre, les quatre lanceurs d’alerte on publié leur lettre à Obama dans le Guar­­dian. Les jours suivants ont été un tour­­billon d’in­­ter­­ven­­tions et d’in­­ter­­views dans la presse. Ils ont parlé devant une salle comble à FitzGib­­bons Media ; l’équipe de The Inter­­cept les a emme­­nés boire des verres ; et Haas, Lewis et West­­mo­­re­­land ont enre­­gis­­tré un dossier spécial pour NBC News. Malgré cela, il n’y a eu aucune réponse du gouver­­ne­­ment – excepté le fait que Lewis a reçu une propo­­si­­tion de travail du Bureau du rensei­­gne­­ment naval après 15 minutes d’in­­ter­­view. « Ils ont mis nos télé­­phones sur écoute donc ils ont tout entendu », dit West­­mo­­re­­land. « Ils essaient de rache­­ter sa loyauté. »

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Des opéra­­teurs en service
Crédits : US Air Force

D’autres signes ont été inter­­­pré­­tés trop rapi­­de­­ment comme l’en­­tre­­mise du gouver­­ne­­ment. À l’avant-première du docu­­men­­taire, qui affi­­chait complet, seul un quart des sièges étaient occu­­pés, alimen­­tant la spécu­­la­­tion chez les lanceurs d’alerte que le gouver­­ne­­ment avait acheté les billets pour saper l’évé­­ne­­ment. Jusqu’à ce que les retar­­da­­taires finissent par arri­­ver en masse. Après que la carte de crédit de Haas a été refu­­sée, Radack, leur avocate, a tweeté à WikiLeaks : « Mes lanceurs d’alerte se sont expri­­més en public cette semaine et main­­te­­nant, leurs cartes de crédit et leurs comptes bancaires sont gelés. Un conseil ? » Mais il s’est avéré que Haas avait oublié de noti­­fier à sa banque ses projets de voyage : son compte avait été gelé par mesure de sécu­­rité. Deux jours après la paru­­tion de leur lettre dans le Guar­­dian, des funé­­railles popu­­laires ont été orga­­ni­­sées au Pakis­­tan en hommage à vingt mili­­tants locaux tués par une frappe de drone améri­­caine. Des centaines de personnes endeuillées y ont assisté.

À la fin de la semaine, tout le monde s’est séparé. Lewis, qui dit être toujours aux prises avec le stress post-trau­­ma­­tique, vit avec sa petite amie à San Anto­­nio, où il travaille chez Walmart. Wesmo­­re­­land a récem­­ment quitté son poste d’opé­­ra­­teur de télé­­siège à Taos, au Nouveau-Mexique, pour lutter à plein temps pour davan­­tage de trans­­pa­­rence et de reddi­­tion de comptes dans le programme des drones. Haas, qui vit à présent avec ses parents dans le Nevada, a supprimé son compte Face­­book et a cessé de donner son email ou son numéro de télé­­phone à cause des menaces constantes qu’il rece­­vait de la part de trolls. Quant à Bryant, il a démé­­nagé en Norvège pour trou­­ver du récon­­fort ; il fait encore des cauche­­mars dans lesquels les gens qu’il a tués encerclent son lit. « Ce que nous avons fait en tant qu’o­­pé­­ra­­teurs de capteurs et pilotes de drones a creusé un trou dans notre âme », dit-il. « Avoir fait partie du programme est comme une mala­­die mentale qui s’ac­­croche et ne vous lâche plus. »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « The Untold Casual­­ties of the Drone War », paru dans Rolling Stone. Couver­­ture : Un drone Preda­­tor en Afgha­­nis­­tan (US Air Force).


COMMENT LE GAME DESIGNER DE BLACK OPS 2 EST DEVENU CONSEILLER DE GUERRE

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Dave Anthony, créa­­teur de Call of Duty: Black Ops, donne aujourd’­­hui des confé­­rences sur le futur de la guerre. Ses idées en effrayent plus d’un.

Le jeu vidéo repré­­sente un marché colos­­sal : depuis des années main­­te­­nant, il génère plus de reve­­nus que les indus­­tries du cinéma et de la musique réunies. Et parmi toutes ces licences qui pèsent des milliards de dollars, Call of Duty est l’une des plus impor­­tantes. Durant huit ans, Dave Anthony a piloté cette fran­­chise. Il a écrit et réalisé cinq des onze titres de la série, contri­­buant à trans­­for­­mer un simple jeu de tir sur la Seconde Guerre mondiale en une réfé­­rence cultu­­relle majeure, doublée d’un véri­­table événe­­ment ludique attendu chaque année par des millions de personnes. Après avoir produit quelques-uns des plus grands succès de l’his­­toire du jeu vidéo, Anthony a quitté l’in­­dus­­trie. Un an plus tard, il était embau­­ché par l’At­­lan­­tic Coun­­cil – un think tank indé­­pen­­dant basé à Washing­­ton D.C. – pour aider à prédire le futur de la guerre. Désor­­mais, l’homme qui imagi­­nait des guerres virtuelles aide un groupe de réflexion influent à penser la vraie guerre, ou du moins la façon dont celle-ci pour­­rait évoluer.

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Dave Anthony, ex-game-desi­­gner
Confé­­rence sur le futur de la guerre, septembre 2014
Crédits : Atlan­­tic Coun­­cil

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