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SPACE Act
Jusqu’ici, l’espace était régi par un ensemble de traités internationaux négociés au sein des Nations Unies, dont le premier texte a vu le jour le 10 octobre 1967. Appelé « Traité de l’espace », il se constitue de 17 articles qui posent les bases de la cohabitation pacifique des États dans l’espace et veille à ce qu’aucun d’eux ne puisse s’en approprier une partie. Mais il y a un an ce mois-ci, la promulgation par les États-Unis du SPACE Act a mis un terme à la suprématie du traité. Cette loi a spécifiquement trait au commerce spatial et prévoit que les « citoyens américains peuvent entreprendre l’exploration et l’exploitation commerciales des “ressources spatiales” ». Elle ajoute que toute personne ou entité entrant en possession d’une ressource spatiale ou découverte sur un astéroïde – à l’exception des corps célestes, qui n’appartiennent à personne – devient dès lors propriétaire et libre de la transporter, d’en faire usage et de la vendre. Il n’existe pas à l’heure qu’il est de législation précise qui contraigne la conquête commerciale de l’espace. Le cadre est délibérément vaste et souple, pour permettre l’essor des premières industries. Gouvernements et compagnies écriront ensemble les lois du futur, à mesure que le brouillard de guerre se dissipera – le Luxembourg figure d’ailleurs parmi les investisseurs de Planetary Resources et Deep Space Industries depuis le début du mois. 
Multi-planètes
« L’homme est une espèce multi-planètes, faite pour coloniser l’espace », affirmait Chris Lewicki au début du mois lors de sa conférence à Lisbonne. Petit à petit, ce qui appartenait jadis au domaine de la science-fiction glisse vers celui de la science factuelle, à une vitesse exponentielle. D’après lui, cela s’explique du fait que la plupart de ces techniques sont en développement depuis un demi-siècle. « Les choses progressent à ce rythme car beaucoup de problèmes ont été résolus au cours des décennies précédentes », dit-il. « Nous n’avons besoin que d’une petite équipe pour concevoir des satellites aujourd’hui car une grande partie de la technologie existe déjà. » À l’heure qu’il est, Planetary Resources travaille d’arrache-pied au développement et au déploiement de la technologie qui leur permettra de trouver le site idéal où s’établir pour commencer l’extraction de l’eau spatiale. Une ressource plus précieuse qu’on ne l’imagine : « Nous sommes capables de séparer l’oxygène et l’hydrogène qui forment l’eau. Le premier servira à respirer et le second de carburant aux moteurs des vaisseaux spatiaux. » En plus de commercialiser dans l’espace et sur Terre le précieux fluide vital, l’activité de Planetary Resources permettra ainsi d’étendre la durée des expéditions spatiales en produisant in situ le carburant nécessaire à l’alimentation des appareils et l’oxygène des astronautes. Au cours des six prochains mois, deux tests de satellites équipés de capteurs permettant la détection d’astéroïdes contenant de l’eau auront lieu dans notre orbite. L’étape suivante sera de les accoster. Planetary Resources prévoit le lancement de sa première mission d’extraction d’eau sur un astéroïde en 2020.

Il existe des milliers de sites potentiels dans le Système solaire
Crédits : NASA
« On rêve tout de dix à quinze ans, en gros », disait Jacques Brel, « et puis on passe le restant de sa vie à tenter de réaliser une partie de ces rêves. » Peut-être est-ce aussi vrai pour l’humanité toute entière. Depuis qu’il est capable de rêver son futur, l’homme se voit dans les étoiles. Certains ont imaginé des empires galactiques, des corporations interstellaires, des galaxies entièrement colonisées. À leur suite, des millions d’individus, génération après génération, se sont bercés de ces visions fantastiques. D’autres se sont employés à réaliser ces fantasmes. Chris Lewicki et son équipe sont aux portes d’une première dispersion de l’humanité à travers l’immensité spatiale. S’il plane encore et pour longtemps une incertitude quant aux bénéfices véritables qu’en tirera le reste de l’humanité (leur fortune à eux ne fait aucun doute), être témoins de cet envol n’en demeure pas moins enthousiasmant. « Quand on pense aux progrès que nous avons faits au cours des dix dernières années », conclut l’astronome-entrepreneur avant de partir prendre son avion, « il est excitant d’imaginer où on en sera dans les dix prochaines ! »
Couverture : Prospection sur un astéroïde. (NASA)
CES SCIENTIFIQUES TENTENT D’ÉVITER L’APOCALYPSE GRÂCE À UN RAYON DE LA MORT
La défense planétaire contre les astéroïdes s’organise grâce à une poignée de scientifiques. Ils rivalisent d’inventivité pour détruire les menaces célestes qui nous guettent.
I. Toungouska
Le mardi 18 août 2015, la NASA a publié un communiqué de presse intitulé « La Terre n’est menacée par aucun astéroïde ». Un gros titre alarmant, surtout pour ceux qui ignoraient qu’une partie de la population craignait sincèrement de voir un astéroïde percuter la terre… En réalité, les craintes de ces gens étaient telles qu’à force de les voir s’agiter et multiplier les articles de blogs, l’agence spatiale la plus respectée de la planète s’est vue contrainte de publier un démenti. « De nombreux blogs affirment, de manière totalement erronée, qu’un astéroïde entrera en collision avec la Terre entre le 15 et le 28 septembre 2015 », pouvait-on lire dans le communiqué. Dans les locaux du Jet Propulsion Laboratory de Pasadena en Californie, Paul Chodas, directeur du département NEO dédié à l’étude des objets géocroiseurs (Near-Earth Objects), a déclaré le même jour : « Il n’existe aucune donnée scientifique, et pas l’ombre d’une preuve qui porterait à croire qu’un astéroïde frappera la Terre à cette période. » D’après le communiqué, le programme d’observation des objets géocroiseurs de la NASA « affirme n’avoir observé ni astéroïde ni aucune comète susceptible d’entrer en collision avec la Terre dans un avenir proche ». 
Historiquement, il y a pourtant des raisons de s’inquiéter. Au matin du 15 février 2013, les habitants de la ville de Tcheliabinsk en Russie se réveillaient à peine lorsqu’une intense traînée de lumière est apparue à l’est et a traversé l’horizon avant d’exploser. On a tout d’abord cru à un missile nucléaire, mais il s’agissait d’un astéroïde. L’objet mesurait environ 17 mètres de diamètre et se déplaçait à une vitesse de 67 600 km/h. Grâce à la friction de l’atmosphère, il a chauffé et fini par exploser bien au-dessus du sol. Ce phénomène, que les scientifiques appellent « onde de choc », a fait exploser des fenêtres, s’effondrer des murs et endommagé des toitures. Bilan : plus de 1 500 blessés à cause de projections d’éclats de verre. En son point le plus intense, la lumière émise par l’objet en pleine explosion était 30 fois plus vive que celle du soleil, causant chez certains habitants des brûlures de la peau et de la rétine. Si quelques fragments de roche ont bien fini par s’écraser au sol – notamment un bloc assez lourd pour transpercer la couche de glace d’un lac gelé –, 99 % de la masse de l’astéroïde s’est désintégrée en vol, libérant une énergie équivalente à 500 kilotonnes de TNT.



